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Channel: EMMILA GITANA
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ELLE AVAIT PRIS...

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Elle avait pris dans son armoire à seins
Une paire de seins du dimanche
Une paire de mains à faire l'amour

Lui avait changé de tête
Il avait pris dans sa garde-têtes
Sa tête des beaux jours

Et ensemble ils prirent dans une autre armoire
Un chemin bordé d'arbres et odorant et parfumé
Puis ils vécurent le plus beau jour de leur vie
Qu'ils avaient été chercher dans le tiroir des jours

 

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JULOS BEAUCARNE

 

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raul canestro,

Oeuvre Raul Canestro

 

LA PETITE PLACE

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Ma vie a pris la forme de la petite place
L'automne durant lequel ta mort s'organisait méticuleusement
Je m'attachais à cette petite place parce que tu aimais
L'humble et nostalgique humanité des petites boutiques
Où les commis plient et déplient rubans et étoffes
Je cherchais à devenir toi parce que tu allais mourir
Et là toute ma vie cessa d'être la mienne
J'essayais de sourire comme tu souriais
Au marchand de journaux au marchand de tabac
Et à la femme sans jambes qui vendait des violettes
Je demandais à la femme sans jambes de prier pour toi
J'allumais des cierges à tous les autels
Des églises qui se trouvaient au coin de cette place
Puisque dès que j'ouvris les yeux je ne vis que pour lire
La vocation de l'éternel écrite sur ton visage
Je convoquais les rues les lieux les gens
Qui furent les témoins de ton visage
Pour qu'ils t'appellent pour qu'ils défassent
La trame que la mort entrelaçait en toi.

 

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SOPHIA DE MELLO BREYNER ANDRESEN

Traduit du portugais par Raymond Farina

 

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messagio-petite-place-a-rouen,

Oeuvre Celestin Messagio

 

 

GABRIELLE ALTHEN

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L'homme a agrippé la femme
Et la femme murmure
"Ne t'écartes pas, nous tombons
Tu vois, c'est un beau voyage dans le vent de la chute
Et c'est si beau
Le vent s'enchante
Dans la maison trop claire qui tient sa paume ouverte
Comme une plaine
Sans turbulence malgré le vent"
Tous deux s'épousent et le moment ne tombe pas
La femme ne sait pas où ils vont
L'homme croit peut-être le savoir
Elle ferme simplement les yeux
Pour mieux sentir son cœur qui navigue vers lui
Et les vergers font des étoiles
On voit le vent qui s'énamoure
Et qui secoue les arbres fous
L'homme et la femme emportent pour repères
La satiété d'anciens châteaux du paysage
Qu'ils ont toujours connus arrimés dans le temps
"Ne t'écarte pas, nous tombons"
Nœud partageable fol appui
Le voyage et son point fixe
Et le moment ne tombe pas
Et c'est sans eux que le temps se décline.

 

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GABRIELLE ALTHEN

 

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Alain DENEFLE dit NIALA2,

Oeuvre Alain Denefle dit Niala

JOE DASSIN - MY FUNNY VALENTINE

LE JOURNAL DE PERSONNE - MON SAINT-VALENTIN

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C'est la Saint Valentin
Ton cœur et ton esprit sont ailleurs
Je le sais, mais tu sais aussi
que je ne suis pas douée pour la poésie
Je sais crier... je ne sais pas écrire
Je rêve de toi toutes les nuits
Parfois je pleure, parfois je gémis
De te savoir en prison sans raison
Pardon pour la rime qui ne rime à rien
Je t'aime, je t'aime, je t'aime...
C'est pour toi que je vis
Pour toi, je suis prête à mourir aussi
Et même si ce n'est pas le même sang
Qui coule dans nos veines
J'ai choisi de verser le mien
Pour avoir le même destin que le tien
La même histoire, les mêmes déboires
Jusqu'à l'ultime victoire
Parce que je t'aime... Palestine

 

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PERSONNE

http://www.lejournaldepersonne.com/2016/02/mon-saint-valentin/

 

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LIBERTE

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La peau minérale des tyrans emmaillote l'espace
Multiplie ses écailles sur les cités avares de portes sur les bouches plâtrées

Pourtant
plus nue que l'herbe
et grosse de printemps

La Vie

Trame sans fin la débâcle des idoles
Ranime l'éclat de l'eau sur les fleuves de sang


Pourtant
plus aiguë que la foudre

La Vie

Tranche les nœuds de la peur
Condamne les nuits en arme
Et nomme
à faire frémir de douceur toutes nos clairières inavouées
Nomme la parole ouverte
Respire déjà en chacun.

 

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ANDREE CHEDID

 

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Jamil Naqsh8,

Oeuvre Jamil Naqsh

 

LA SEMAINE DE HUIT JOURS

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Dimanche


Incantation première
au seuil du lieu parfait
ton sexe

sitôt dru
l’engorgement du ventre
j’en sais les houilles
le troc infini des grisous
qu’il y suffit de feu
pour l’espace d’être nu


Lundi


Seconde incantation
à l’air
aux cisailles atroces
de la glotte
hachant le souffle
au silence et ses pollens
qu’il m’indiffère de lire
dans le fruit
son orgasme


Mardi


tiers noeud
en nos anatomies
lépreuses
tant
manquent les doigts
pour compter
au-delà des corps
troisième incantation
aux lymphes nomades
le legs émacié
d’une question


Mercredi


Quarto
ma dimension
sans doute
incantation à l’espace
on tremble
dans l’engorgement
forcené
des marges


Jeudi


Terre ou mer
on porte aux lèvres
la conque
sans trop savoir
à mi-distance
quelle incantation
la quantième
dégorger


Vendredi


Mur môle jetée
prennent à la gorge
odeur de marée
l’incantation aussi
n’ignorant rien
du ressac
des ses franges
à travers soi
jamais tout à fait blanches


Samedi


Le chant s’allume
au bois de la veille
humide encore
les yeux piquent
la gorge est rêche
la braise sauve
jusqu’à demain

 

Polythéidéi


Hors chant
fichée en gorge
l’ultime incantation
tant de dieux assassinés
pour un sac de clous
à la petite semaine
ça taloche ferme
sous l’estomac

 

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CHRISTIAN ERWIN ANDERSEN

 

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werner hornung4,

Oeuvre Werner Hornung

 

 

 

OU QUE ME PORTE MON VOYAGE, LA GRECE ME BLESSE

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A Pilion, parmi les oliviers, la tunique du centaure

Glissant parmi les feuilles a entouré mon corps

Et la mer me suivait pendant que je marchais

Où que me porte mon voyage, la Grèce me blesse

 

A Santorin en frôlant les îles englouties

En écoutant jouer une flûte parmi les pierres ponces

Ma main fut clouée à la crête d'une vague

Par une flêche subitement jaillie des confins d'une jeunesse disparue

Où que me porte mon voyage, la Grèce me blesse

 

A Mycènes, j'ai soulevé les grandes pierres

et les trésors des Atrides

J'ai dormi à leur côtés à l'hôtel de "La Belle Hélène"

Ils ne disparurent qu'à l'aube lorsque chanta Cassandre

Un coq suspendu à sa gorge noire

Où que me porte mon voyage, la Grèce me blesse

 

A Spetsai, à Poros et à Myconos

les Barcaroles m'ont soulevé le coeur

Où que me porte mon voyage, la Grèce me blesse

Que veulent donc ceux qui se croient à Athenes ou au Pyrée

l'un vient de Salamine et demande à l'autre

si il "ne viendrait pas de la place Omonia"

"non, je viens de la place Syndagma" repond-il satisfait

"j'ai rencontré Yannis et il m'a payé une glace"

Pendant ce temps la Grèce voyage et nous n'en savons rien,

nous ne savons pas que, tous, nous sommes marins sans emploi

et nous ne savons pas combien le port est amer

quand tous les bateaux sont partis

Où que me porte mon voyage, la Grèce me blesse

 

Drôles de gens, ils se croient en Attique et ne sont nulle part

ils achètent des dragées pour ce marier et il se font photographier

l'homme que j'ai vu aujourd'hui assis devant un fond de pigeons et de fleurs

laissait la main du vieux photographe lui lisser les rides creusées

de son visage par les oiseaux du ciel

Où que me porte mon voyage, la Grèce me blesse

 

Pendant ce temps, la Grèce voyage, voyage toujours

Et si la mer Egée se fleurit de cadavres

ce sont les corps de ceux qui voulurent rattrapper à la nage

le grand navire

Où que me porte mon voyage, la Grèce me blesse

 

Les Pirée s'obscurcit

les bateaux sifflent, ils sifflent sans arrêt

mais sur le quai nul cabestan ne bouge

Nulle chaine mouillée n'a scintillé dans l'ultime éclat

du soleil qui décline

Où que me porte mon voyage, la Grèce me blesse

 

Rideaux de montagnes, archipels, granites dénudés

le bateau qui s'avance s'apelle

Agonie ...

 

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GEORGES SEFERIS

 

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VOYAGE GRECE

PLEINE LUNE

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Pleine lune
dans un ciel vide
que rien n’habite
hors l’effroi
pas même le cri
des grands oiseaux
précipités dans le puits de la nuit
pleine lune car
si n’était un peu de sang
pour farder l’aube
qui rosirait le sourire contraint
du matin
pleine lune et sa douceur
pour éclairer les choses
tout ce qu’il nous reste
chemins de traverse
pour mieux tricher
soleils factices enfouis
dans le sommeil
cherché en vain
pleine lune et sa lumière rousse
pour allumer nos yeux encore
quand nous nous souviendrons
de l’amour
pleine lune
juste un peu
que la nuit se taise

 

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CHRISTIAN ERWIN ANDERSEN

 

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catherine thivrier

Oeuvre Catherine Thivrier

http://www.galerie-creation.com/artiste-catherine-thivrier-forestier-m-456.html

EPITRE DU DIVIN MARQUIS A QUELQUES DUPES

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Nous sommes devenus
économes

nous n’aimons plus
qu’à bon escient
ou avec circonspection
la vie nous a généreusement dotés
dans la gamme du sombre

et si n’était que la vie

mais la mort était fée
à notre berceau
nous devrons compter avec elle
écouter ses hérauts
recevoir ses émissaires
ukases et sermons

les entendre sans être dupe
prendre le risque du dégoût
tutoyer le prophète
et comme lui feindre

l’appeler seigneur
en hommage au mensonge incarné
nous faisant passer la corde au cou
du ciel
des créateurs qui s’y terrent
des créations qu’on leur attribue

parce que

nous avons préféré les créatures
là où il n’y a plus à choisir
nous ne choisissons pas

nous avons atteint ce carrefour
mal éclairé entre urètre et prostate
où se débat la vraie question
de l’être et du néant

la lancinante interrogation
portée par les vents glacés venus
des hauts plateaux tibétains
ou ceux saturés de sel de l’Altiplano

hablando y hablando
tanto de bardo y karma
tanto de bolsas y tetas
y mucho mas passando
hasta la suffocation

jusqu’à suffocation
par trop plein ou vacuité
en sautant
comme nous l’avons fait souvent
l’invisible mur
la bride par quoi
Gothard tient Canigou
en laisse et
de croix en chapelets
chapelles en bénitiers
sur le chemin de Compostelle
attente à la pudeur
d’un ciel rougissant


avec le marteau
avec le clou
avec nos yeux de déments
avec nos poignets douloureux
mais libres
nous clamons
et martelons que

il est grand temps

(mais pas n’importe lequel
de ce temps qu’on nous dit compté)

grand temps de convoquer
voire de soumettre à la question
le petit prophète perclus de visions

qui d’un pet violent et malodorant
au kilomètre cent du chemin de Damas
envoya au tapis pour le compte
Paul qui ne s’en remit jamais vraiment
se fit adepte du terrorisme épistolaire
et fut appelé le Haineux

il est temps d’intimer au prévenu
de donner sens à ses propos
et clôturer ici une fois pour toutes
non par une croix de bois
mais par mille de son sang
le martyrologue des femmes
la terreur des enfants
le récitatif des péchés
les Saint Barthélemy et Inquisition

trêve d’arguties et de jérémiades
si le ventre aujourd’hui
tant encore affole et tétanise

si la vie persiste à ne vouloir naître
qu’ où jaillit et frappe la mort
si l’extase fait basculer et s’inverser le ciel
dans les yeux des amants
pour qu’ils n’aient plus d’égaux
en profondeur
que les gouffres de la faute

si la nuit ne semble propice
qu’aux agonies et au blanchiment
du temps sale
qu’il soit affirmé enfin que
s’il n’est plaisir à la mesure de l’homme
il n’est davantage prophète à sa taille

je connais le prix des choses
ma solitude ne me désavouera pas
je suis seul et ne pense pas
c’est la vie qui me saisit
et vous parle

tous mentent dans l’érection
de leur chaos

sur l’oreiller
comme dans l’auge
à chacun sa Bastille

du divin marquis
je reste le dévoué

 

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CHRISTIAN ERWIN ANDERSEN

http://bris-de-verre.over-blog.com/page/3

 

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sade2

 

 

 

 

SOUFFLES ET SONGES...Extrait

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Surprise de l'aurore

échappée de la nuit sauvage

comme un filet d'eau clair

qui délivre les joies possibles

Le vent a chassé les nuages,

balayé les mémoires

Un étrange lumière invite au songe

révélant la naissance du monde

La vie n'est-elle qu'une escapade

aux sources du soleil ?

 

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COLETTE GIBELIN

 

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jean claude barthel

Oeuvre Jean-Claude Barthel

 

 

SAMBELA..Extrait

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Oui c'était merveille de soies
merveille que ce fin système
où se prenaient
semences
insectes

Te fascinait la dentellière
sensible à la moindre détresse
si prompte à répondre à l'appel
si délicate & si précise
en son exercice cruel

Te voici maintenant
non plus simplement captivé
par l'image du piège
− rêvant comme l'enfant
riant comme le sage
qui domine le jeu
& qui se joue de lui
en lui jetant des mouches −

mais bien captif
en son réseau fatal

passion
qui se débat
s'épuise

pensée
qu'éteint
son thème
ultime

*

Ai-je offensé
un jour
le silence
ou la gentillesse ?

Au jasmin
ai-je volé
son âme ?

Ai-je oublié
chez les Barbares
un enfant
un poème ?

En toi
ai-je blessé
une colombe intime ?

Ai-je tué
en moi
quelqu'un
ou quelque chose
d'absolu
d'animal ?

Ne suis-je
coupable
que d'élégie ?

& suis-je
capable encore
de ce tendre scrupule
qui savait faire
d'un rien remords
grave comme
− sur une conscience
d'écolier −
le génocide
d'une hirondelle ?

 

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RAYMOND FARINA

 

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marna2

Oeuvre Marna

 

 

LA PRISON DU CIEL

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N'être pas même
trace de sa pensée
− ce désespoir d'avoir
dépensé son dernier nuage −

Seulement
le sujet d'une biographie
entre fable & aveu
cherchant un verbe de passage
une occasion d'appareiller
pour aller fonder l'Acropole
de quelques volées de vocables
& d'oiseaux mangeurs de soleils

*

Naître en prenant le temps l'espace
comme on prend un train pour ailleurs
pour des vergers comme des pages
d'abeilles butinant le blanc
quand l'allégresse des enfants
surgit de la légende fraîche
du linge qui gifle le vent

*

Le sens de quel effacement
Le sens pensé par effraction
de quelques mots surpris
d'un silence peut-être

Attendre dans ces odeurs
qu'embrouillent les papillons
tournant autour d'une mort
qu'on ne veut pas s'avouer

Puis retrouver l'émoi
des soleils réciproques
& retourner les pierres
débourber de sa nuit
avec l'aube des mains
le peuple des cloportes

*

Cette ville insensée
Le cérémonial des passants
au néant de ce non-soleil
Et pour n'être pas rien
pour ne pas m'effacer
ces mots de mes deux langues
gardés tout près de l'âme

Être enfin libéré
de ce pays pris dans décembre
Frêle idole déambuler
dans la fraîcheur veinée de voix
mettant la vie en feuilleton
Craindre encore
la prison du ciel

*

Quelqu'un
comme une maison vide
une solitude
où se perdrait sans doute
le monde

ce qu'il reste de mots usés
jusqu'au cœur
d'inachever l'enfance

 

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RAYMOND FARINA

 

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© A N D R E A • C O S T A N T I N I,

Oeuvre Andréa Costantini

 

 

REVEILLEZ-VOUS ...

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Réveillez-vous, réveillez-vous, ôégarés !
Vos religions sont subterfuges des Anciens.
Ils disent que le Temps mourra bientôt,
Que les jours sont à bout de souffle.
Ils ont menti – ils ignorent son échéance.
N’écoutez pas ces champions de fourberie.

Les gens voudraient qu’un imam se lève
Et prenne la parole devant une foule muette.
Illusion trompeuse – il n’est d’imam que la raison,
Notre guide de jour comme de nuit.

Peut-être dans les temples se trouvent-ils des gens
qui procurent la terreur à l'aide de versets,
Comme d'autres dans les tavernes
Procurent le plaisir.

Les lois divines ont semé parmi nous la rancune
Et nous ont apporté toutes sortes de malheurs,

Les corps vont à la poussière.
Aucun savant ne sait où va l'âme.

Malgré moi, je suis sorti en ce bas monde,
Et mon voyage est pour un monde ailleurs.
Cela malgré moi aussi, et Dieu m'en est témoin !
Suis-je prédestiné, entre ces deux mondes,
A accomplir une tâche,
Ou suis-je libre de mes choix ?

Raison - demeures laissées à l'abandon
Ignorance - solides demeures habitées.

La religion - commerce de morts.
Pour cette raison, c'est un objet invendable
parmi les vivants.

L'égaré appelle impie celui qui ne partage pas sa foi.
Malheur à lui ! Quel homme n'a pas connu l'impiété ?

Le Livre est devenu trompettes des égarés,
Et les versets, mélodies.
Ils en ont joué, puis, dans leur infamie,
Les ont agitées comme des épées
Sur l'homme paisible qui veille
Au clair de lune.

Je ne blâme pas l'athée?
Mais plutôt celui qui, craignant l'enfer,
Persiste dans sa furie.

La raison ne peut que s'étonner des lois,
Qu'elles soient païennes, musulmanes,
juives ou chrétiennes...


Quant à la certitude, elle n'existe pas.
L'apogée de mes efforts se trouve
Dans l'intuition et les pressentiments.

J'ai poussé loin mes recherches
Et mes investigations.
J'affirme, malgré cela,
Que je suis perdu et ignorant.

Le mensonge a détruit
Les habitants de la terre.
Leurs descendants se sont groupés en sectes
Qui ne peuvent fraterniser.
Si l'inimitié n'avait été dans leur nature,
Dès l'origine,
Mosquée, église et synagogue
N'auraient fait qu'une.

La vérité est soleil recouvert de ténèbres -
Elle n'a pas d'aube dans les yeux des humains.

La raison, pour le genre humain
Est un spectre qui passe son chemin.

Foi, incroyance, rumeurs colportées,
Coran, Torah, Évangile
Prescrivant leurs lois ...
A toute génération ses mensonges
Que l’on s’empresse de croire et consigner.
Une génération se distinguera-t-elle, un jour,
En suivant la vérité ?

Deux sortes de gens sur la terre :
Ceux qui ont la raison sans religion,
Et ceux qui ont la religion et manquent de raison.

Tous les hommes se hâtent vers la décomposition,
Toutes les religions se valent dans l'égarement.

Si on me demande quelle est ma doctrine,
Elle est claire :
Ne suis-je pas, comme les autres,
Un imbécile ?

 

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ABU-L-ALA AL-MAARI

 

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Abu-l-Ala al-Maari , Aboul Ala El-Maari ou Aboul Alaa El-Maari (973-1057) est un grand poète arabe qui naquit dans la ville syrienne de Ma`arrat an-N`uman au sud d'Alep. Il connu pour sa virtuosité et pour l'originalité et le pessimisme de sa vision du monde. En effet, ses poèmes philosophiques sont construits sur la base d’une tristesse existentielle profonde, faisant du pessimisme une ligne de conduite et le départ de toute réflexion philosophique.

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jean claude barthel2

Oeuvre Jean-Claude Barthel

 

 

PAUVRETES

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Je regarde vivre, je connais ici, des gens de peu. Je les fréquente et me trouve riche de les connaître. Ils vivent autrement.
Par choix ou par nécessité, ils consomment peu. En revanche ils donnent beaucoup. Pas des choses, pas ces objets qui nous encombrent, non. Ils offrent de leur temps, de leur histoire, d'eux-mêmes. Leur logique est autre. Créativité et ingéniosité ont pris le relais d'un désir entretenu par l'offre commerciale.
A les écouter et regarder faire, je prends la mesure de la prétention de mes évidences.


Souvent, je me suis dit :"Il faut être lucide sur soi, sur ces automatismes de la pensée qui relaient trop facilement notre intelligence". Et j'essaie. Je vois pourtant ici combien mes efforts, pour louables qu'ils sont, restent dérisoires tant l'asservissement est profond.
Beaucoup de nos besoins sont futiles. Ils sont même si futiles que nous ignorons lesquels, parmi eux, constituent nos véritables besoins et cette futilité qui nous taraude tient davantage à la manière dont nous entendons l'assouvir qu'à sa nature même de désir. Vouloir, désirer sont, somme toute, naturels, mais la richesse de notre société et l'opulence qui nous entourent sont telles qu'elles font de nous des impatients, et l'impatience nous rends arrogants.
L'argent met tout à notre portée. Je veux un tabouret, je l'achète. Je veux une étagère, Je l'achète. Je veux un tableau, je l'achète... Ici, on peut faire autrement. Ce dont on a besoin, on le passe au crible d'autres critères que le seul vouloir. Le besoin bien sur, mais aussi la bourse disponible, les capacités à fabriquer, les matériaux utilisables, les commerces accessibles. Quand on estime que le jeu en vaut la chandelle, on met en œuvre quelque chose, et l'objet vient, plus ou moins rapidement. Il sort des limbes du désir ou du besoin pour devenir réel et appartenir.
La possession de ces objets-là est différente de celle que procure habituellement l'argent. En premier lieu, ils sont bizarres. Assemblages de choses hétéroclites qu'on n'aurait pas imaginées ensembles. Du bois flotté devient étagère, du mobilier cassé et laissé au rebut, mariéà quelques autres bricoles insolites, trouve une seconde vie. Ensuite, rien n'est convenu, et rien n'est en trop. Ce qu'on possède alors (peu de choses) est accordéà cette vie et à ses valeurs.
Tout le monde ne fait pas ce choix de vie, même ici, loin s'en faut. Seulement quelques uns, assez rares. Mais j'en ai rencontrés et ils m'épatent.
Je réapprends à attendre. A considérer ce qui me fait envie, ce dont je pense avoir besoin. Les circonstances m'ont placée dans un dénuement matériel (relatif) qui m'offre ce temps pour songer à tout ce qui, en d'autres lieux et d'autre temps, m'aurait semblé des acquisitions évidentes. Je redécouvre une lenteur qui me va bien, je repense la nécessité. Se construit, au sens propre, un patrimoine de quelques objets réfléchis, venant sans hâte – mais sans retard non plus, tout bien considéré.
Il nous manque la foi. La foi dans le peu. La foi dans une certaine pauvreté. Pas celle qui mène au dénuement total et à la misère, non, mais une pauvreté noble en quelque sorte, une forme de sobriété joyeuse. On ne manque de rien en ayant très peu – en rapportant "très peu"à l'immense gaspillage de notre monde.
J'apprends à voir l'indispensable, à penser ce "minimum" et à le réduire encore et encore tout en restant heureuse, plus heureuse même, parce que plus légère. Souvent, ce qu'on imagine le minimum est encore un énorme "patrimoine" mobilier. La pensée de la décroissance, au fond, ne propose pas autre chose que cette remise en cause des bienfaits de l'abondance, car le modèle de l'abondance et de l'inépuisable a entraîné celui de l'inassouvissable. Il a réinventé la frustration en ce qu'elle a de pire.


La corne de la chèvre Amalthée transformée par Zeus en corne d'abondance pour la remercier de ses bienfaits a donné naissance à un mythe qui avait du sens dans le monde antique (et jusqu’à une époque assez récente) où chaque geste visait à assurer la survie. De nos jours, cette même corne d'abondance, si caprine, justifie bien sa similitude étymologique avec le caprice. Pousséà l'extrême, pour certains, l’accès à l’abondance, l’achat, devient même un loisir, un défouloir ou un divertissement. Revenir d'un magasin avec tout autre chose que ce dont on avait besoin, c'est fun.
Alors, nous sommes devenus des acheteurs, des plagiats de nantis. Des proies aussi. Notre insatiable désir fait de nous des victimes, mais sans innocence. Nous consentons mollement àêtre l'inépuisable porte-monnaie où les générateurs malins de ce système puisent sans fin la manne de leur scandaleuse richesse. Les parachutes dorés ? Les salaires mirobolants des grands patrons ? Les dessous de table ? Les paradis fiscaux ? C'est nous, d'une certaine manière. Nous alimentons ces dérives par notre domestication, par notre absence de questionnement. L'abondance nous a faits réellement pauvres, et vides.
Je me trouve bien d'avoir rencontré cet espace et ce temps pour faire autrement. Je m'aperçois que le passé lui-même s'allège, avec si peu de biens à traîner. Je traverse la vie plus légère et tout ce que je n'ai pas ne me manque pas. J'imagine contribuer, même petitement, à autre chose que le vaste supermarché mondial. J'imagine que je vis plus près de mes idées et de ce que je suis, mais sans non plus y accorder tant d'importance. Il n'y a pas de grandeur à cela, juste un peu plus de conscience (j'y crois, disons).
Quelque chose change en soi. Le regard sur les autres, le regard sur les choses, les paroles, les actes aussi. De la fraîcheur émane de moins de richesse, moins de commerce, moins de frénésie, et chaque matin ouvre sur une forme de manque qui éveille et aiguise l'esprit sans le corrompre.
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LEILA ZHOUR
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leila

L’EFFORT HUMAIN

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L’effort humain
n’est pas ce beau jeune homme souriant
debout sur sa jambe de plâtre
ou de pierre
et donnant grâce aux puérils artifices du statuaire
l’imbécile illusion
de la joie de la danse et de la jubilation
évoquant avec l’autre jambe en l’air
la douceur du retour à la maison
Non
l’effort humain ne porte pas un petit enfant sur l’épaule droite
un autre sur la tête
et un troisième sur l’épaule gauche
avec les outils en bandoulière
et la jeune femme heureuse accrochée à son bras
L’effort humain porte un bandage herniaire
et les cicatrices des combats
livrés par la classe ouvrière
contre un monde absurde et sans lois
L’effort humain n’a pas de vraie maison
il sent l’odeur de son travail
et il est touché aux poumons
son salaire est maigre
ses enfants aussi
il travaille comme un nègre
et le nègre travaille comme lui
L’effort humain n’a pas de savoir-vivre
l’effort humain n’a pas l’âge de raison
l’effort humain a l’âge des casernes
l’âge des bagnes et des prisons
l’âge des églises et des usines
l’âge des canons
et lui qui a planté partout toutes les vignes
et accordé tous les violons
il se nourrit de mauvais rêves
et il se saoule avec le mauvais vin de la résignation
et comme un grand écureuil ivre
sans arrêt il tourne en rond
dans un univers hostile
poussiéreux et bas de plafond
et il forge sans cesse la chaîne
la terrifiante chaîne où tout s’enchaîne
la misère le profit le travail la tuerie
la tristesse le malheur l’insomnie et l’ennui
la terrifiante chaîne d’or
de charbon de fer et d’acier
de mâchefer et de poussier
passée autour du cou
d’un monde désemparé
la misérable chaîne
où viennent s’accrocher
les breloques divines
les reliques sacrées
les croix d’honneur les croix gammées
les ouistitis porte-bonheur
les médailles des vieux serviteurs
les colifichets du malheur
et la grande pièce de musée
le grand portrait équestre
le grand portrait en pied
le grand portrait de face de profil à cloche-pied
le grand portrait doré
le grand portrait du grand divinateur
le grand portrait du grand empereur
le grand portrait du grand penseur
du grand sauteur
du grand moralisateur
du digne et triste farceur
la tête du grand emmerdeur
la tête de l’agressif pacificateur
la tête policière du grand libérateur
la tête d’Adolf Hitler
la tête de monsieur Thiers
la tête du dictateur
la tête du fusilleur
de n’importe quel pays
de n’importe quelle couleur
la tête odieuse
la tête malheureuse
la tête à claques
la tête à massacre
la tête de la peur

 

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JACQUES PREVERT

 

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Pranasas2

Oeuvre ?

 

 

 

IMPRESSION ET SOUVENIRS...Extrait

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"Cela m'arrive aussi de la même manière. Il y a des heures où je m'échappe de moi, où je vis dans une plante, où je me sens herbe, oiseau, cime d'arbre, nuage, eau courante, horizon, couleur, forme et sensations changeantes, mobiles, indéfinies ; des heures où je cours, où je vole, où je nage, où je bois la rosée, où je m'épanouis au soleil, où je dors sous les feuilles, où je plane avec les alouettes, oùje rampe avec les lézards, où je brille dans les étoiles et les vers luisants, où je vis enfin dans tout ce qui est le milieu d'un développement qui est comme une dilatation de mon être".

 

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GEORGE SAND

 

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francois trinel

Photographie François Trinel

LE SECRET PERDU

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Qui me consolera ? - "Moi seule, a dit l'étude ;

"J'ai des secrets nombreux pour ranimer tes jours." -

Les livres ont dès lors peuplé ma solitude,

Et j'appris que tout pleure, et je pleurais toujours.



Qui me consolera ? - "Moi, m'a dit la parure ;

"Voici des noeuds, du fard, des perles et de l'or." -

Et j'essayai sur moi l'innocente imposture,

Mais je parais mon deuil, et je pleurais encor.


Qui me consolera ? - "Nous, m'ont dit les voyages ;

"Laisse-nous t'emporter vers de lointaines fleurs." -

Mais, toute éprise encor de mes premiers ombrages,

Les ombrages nouveaux n'ont caché que mes pleurs.



Qui me consolera ? - Rien, plus rien ; plus personne.

Ni leurs voix, ni ta voix ; mais descends dans ton coeur ;

Le secret qui guérit n'est qu'en toi. Dieu le donne :

Si Dieu te l'a repris, va ! renonce au bonheur !

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MARCELINE DESBORDES-VALMORE

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TIENS BON...

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La nuit s'en est venue
avec des pas d'enfants
Et le mystère de ses yeux noirs
m'a saisi tout entier

Qu'est-ce ce bruit lointain
qui monte de ma race
aux larges trajectoires
de lames ensanglantées?

Qu'est-ce cette odeur de poudre
et de rhum mêlé
sur les vagues incertaines
d'un océan houleux?

Une île à demie nue
aux plages d'or fin
signe sa découverte
à tous les flibustiers

La nuit est impalpable
et sa chevelure d'encre
se défait
et devient le destin

Trente-sept ans vont sonner
à l'horloge patience
Trente-sept coups de canon
sur ma frégate espoir

Mettons nos montres à l'heure,
à l'heure de l'exil
Je demande une minute de silence
pour le moment oubli

Va, petit gars,
moussaillon atlantique
grimpe sur la hune
et vois la Caraïbe

Va, petit gars,
dans la nuit qui t'abrite
Tiens bon, tiens bon
jusqu'au matin.

 

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GERALD BLONCOURT

 

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gerald3

Oeuvre Gérald Bloncourt

EN ROUTE POUR LA FRANCE - 1946
Aquarelle réalisée à bord du San Mateo dans l'Atlantiquee durant le voyage vers l'Europe

JERUSALEM

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Encore une fois regarde
et ne retourne plus.
Une fenêtre au-dedans,
grande ouverte sur l’Étendue.
Tu n’as pas besoin de te retourner,
partout c’est l’Ouvert à cette heure,
là-bas ici , même ce qui n’a jamais commencé.
Lumière gris-rose de poumon qui enfle entre les doigts
cherchant toujours un fond, des limites,
qui le retournent pour chercher le secret,
la membrane grise de l’amnios fissurée
l’incertitude entre l’aube et la nuit.
Odeur de la vie, enflure d’un bourgeon
dans l’arbre se dépliant à l’infini– Le jasmine s’éclaire –
deux ou trois gouttes sur le sol – là-bas le figuier nu, la peau tendue par l’hiver
et voici l’amandier déjà couvert de pousses
la sève impatiente à ouvrir ses volets
un battement plus vite de nuits blanches
serrées sous l’écorce, dans la chair –
Sous les pins à gauche la mangeoire vide
par terre des moineaux se disputent le crottin
plus loin des corneilles qui houspillent le chat
allongé sur le mur de pierres sèches
sur le mur qu’enjambe le souvenir
pour rejoindre là-bas la même lumière
d’un seul tenant qui ouvre l’étendue –
parler encore à ces vieux compagnons
de montagnes usées par tant de clarté
là chaque matin sont consommées les noces
du rayonnement et de l’usure d’une terre désolée –
inventer une musique faite seulement
de ce rien qui respire entre contraires
entre un battement du cœur
et le battement d’une aile
la fin et l’infini -

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LORAND GASPAR

 

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francois trinel

Photographie François Trinel