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DU FOND D'UN PAYS DE SILENCE...Extrait

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Les rêves échoués desséchés font au ras de la gueule des

rivières

de formidables tas d’ossements muets

les espoirs trop rapides rampent scrupuleusement

en serpents apprivoisés

on ne part pas on ne part jamais

pour ma part en île je me suis arrêté fidèle

debout comme le prêtre Jehan un peu de biais sur la mer

et sculpté au niveau du museau des vagues et de la fiente

des oiseaux

choses choses c’est à vous que je donne

ma folle face de violence déchirée dans les profondeurs

du tourbillon

ma face tendre d’anses fragiles où tiédissent les lymphes

c’est moi-même terreur c’est moi-même

le frère de ce volcan qui certain sans mot dire

rumine un je ne sais quoi de sûr

et le passage aussi pour les oiseaux du vent

qui s’arrêtent souvent s’endormir une saison

c’est toi-même douceur c’est toi-même

traversé de l’épée éternelle

et tout le jour avançant

marqué du fer rouge de choses sombrées

et du soleil remémoré

 

.

 

AIME CESAIRE

 

 

.

 

CESAIRE

 

 

 

 

ALAIN DUAULT

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«Être poète, c’est regarder le monde avec des mots. C’est être constamment sur le qui-vive — en
entendant : qu’ils vivent, les mots, les hommes, les oiseaux. C’est-à-dire : que la beauté les sauve et invente une langue qui ouvre ses portes vers des couloirs nouveaux, déplie les temps trop sages, brise la mer gelée des évidences.
Être poète, c’est avoir des oiseaux dans la bouche, courir le ciel, gravir le vent avec des semelles trouées comme un parapluie. C’est, guetteur mélancolique, être sujet aux langoureux vertiges. C’est vouloir découdre l’erreur des destins et des chemins défaits, prendre les rêves au sérieux, ne pas se retourner sur Eurydice pour s’arracher à une saison en enfer. Être poète, c’est écrire des poèmes pour résister à l’insoutenable poids de la nuit sur les roses.»

 

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ALAIN DUAULT

 

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parkes

Oeuvre Michael Parkes

LE DROIT D'ASILE...Extrait

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L’amour près du sommeil c’est l’ombre auprès de l’ombre
sacrifice des nuits les étoiles longtemp
sont neigé sur ton corps endormi parmi les roches brûlantes
Du ciel écroulé sur ton sourire secret

ton sommeil sous tes bras en mousses scintillantes
ton sommeil dans ta maison où tourne un astre familier
qui distille du songe au bord de l’oreiller
ton sommeil qui la tête sous l’aile
défend aux grands chevaux blancs de hennir
car il est une plante magique qu’il importe de ne pas réveiller
Arbres noirs de la nuit j’entends chanter vos oiseaux aveuglés
et TOI femme songe de pourriture et de cheveux dénoués
tu dors sur mon bras nu comme dorment au printemps

les nuages et à l’automne les raisins sous les feuilles
et l’hiver les anges fatigués et l’été
les grands incendies de montagne dont les journaux sont illuminés

Et tu t’en vas revoir tes rivières originelles
les meubles étonnants qui t’ont vue petite fille
et moi je reste là dans les draps
trompé par la forme de cadavre et par la lueur douce de tes bras

Les fantômes des morts de ta Maison
promènent sur ton front
leurs longs sourires – tristes mains d’ombre-
Je devine celui auquel le tien répond
C’est celui du beau capitaine tué par la foudre
le 23 juillet 1789

Alors pour écarter tous ces visages anéantis
qui viennent dérober ta figure à la mienne
Je m’endors, moi aussi, entouré des fumées
d’amour qui s’élèvent de tes yeux fermés

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ANDRE DE RICHAUD

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GUSTAVE MOREAU2

Oeuvre Gustave Moreau

HELENE GRIMAUD - ADAGIO PIANO CONCERTO No 23 MOZART

DYLAN THOMAS...Extrait

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Alors j’allais jeune et souple sous les branches des pommiers
Prés de la maison mélodieuse et heureux comme l’herbe est verte,
     Comme la nuit par-dessus la vallée étoilée,
     Le temps me laissait crier et grimper
     Couvert d'or dans l’apogée de ses yeux,
Honoré parmi les chariots j’étais le prince de villes de pommes
Et en ce temps là je possédais majestueusement arbres et feuilles,
     Les chemins avec les marguerites et l’orge,
     La descente des rivières et le fruit de la lumière.

 

Alors j’allais vert et sans-souci, célébré parmi les granges,
Près du jardin heureux je chantais comme si cette ferme était ma demeure,
    Sous le soleil qui n’est jeune qu’une fois,
    Et le temps me laissa jouer et exister
    Couvert d’or dans la miséricorde de ses fins,
Et vert et or j’étais chasseur et berger, le troupeau répondait à mon cor,
Les renards des collines glapissaient clairs et froids,
     Et le sabbat sonnait lentement
     Sur les galets de la rivière sacrée.

 

Tout au long du soleil courait le foin délicieux,
Aussi haut que la maison, les mélodies des cheminées,
     C’était l’air, l’eau, et leurs jeux
     Le feu vert comme herbe.
     Et la nuit sous les simples étoiles
Tandis que je chevauchais vers le sommeil, les hiboux emportaient la ferme ailleurs,
Longtemps j’écoutais la lune, béni parmi les écuries,
     Les engoulevents voler parmi les meules,
     Et les chevaux ruer dans l’obscur.

 

Et puis au réveil la ferme comme un blafard voyageur errant avec la rosée revenait,
Un coq sur son épaule : tout était lumière,
     C’était Adam et la toute jeune fille,
     Le ciel se recueillait à nouveau
     Et le soleil s'arrondissait comme au premier jour.
C’était comme à la naissance de la simple lumière,
Pendant le tissage du lieu originel, les chevaux captivés sortant encore chauds
     Des hennissements de la verte écurie
     Pour les champs de la félicité.

 

Et honoré parmi les renards et les faisans près de la maison joyeuse,
Sous le nuage tout neuf et aussi heureux que le coeur était fort,
     Dans le soleil naissant et renaissant encore et encore
     Je courais mes chemins nonchalants,
     Mes désirs dévalaient de-ci de-là au travers de la haute demeure du foin
Et je ne me préoccupais pas, dans mon commerce avec le bleu du ciel
De ce que le temps n’accorde, dans son cycle mélodieux, que si peu de chants matinaux
     Avant que les enfants verts et dorés
     Ne le suivent dans sa chute hors de la grâce,

 

Et je ne me préoccupais pas, en ces jours blancs comme agneaux,
     De ce que le temps m’emporterait dans ce grenier peuplé
     D’hirondelles démultipliées par l’ombre de ma main,
     Dans la lune toujours montante,
Ni que dans cette chevauchée vers le sommeil,
Je l’entendrais voler par les champs immenses
Et m’éveillerais dans une ferme à tout jamais enfuie du pays des enfants.
Oh comme j’étais jeune et facile à vivre dans la miséricorde de ses fins,
     Et le temps me piégeait, vert et mourant,
     Alors que je chantais dans mes chaînes comme la mer.



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DYLAN THOMAS

 

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Julien-Dupre2

Oeuvre Julien Dupré

A LA MEMOIRE DE WILLIAM B. YEATS...Extrait

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Reçois, Terre, un hôte honoré ;

William Yeats va pouvoir dormir

Que le vase irlandais repose,

Vidé de sa poésie.

 

Dans le cauchemar des ténèbres

Tous les chiens d’Europe aboient,

Les nations vivantes attendent,

Chacune enfermée dans sa haine ;

 

Une disgrâce de l’esprit

Se lit sur chaque face humaine,

Et des océans de pitié

Sont enclos, glacés, dans chaque œil.

 

Va, poète, descends tout droit

Jusqu’au plus profond de la nuit,

Que ta voix qui nous laisse libres

Nous invite à nous réjouir.

 

Que la culture d’un beau vers

Fasse du juron un vignoble,

Chante les insuccès de l’homme

Dans une extase de détresse.

 

Fais, dans les déserts de son cœur,

Jaillir la source guérisseuse,

Dans la prison de ses journées

Instruis l’homme libre à louer.

 

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WYSTAN HUGH AUDEN

Traduction Jean Lambert

 

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Leszek Sokol2,

Oeuvre Leszek Sokol

 

IL FAUDRAIT

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Avant l'issue fatale il faudrait demeurer
sur le chemin qui va de l'interrogation
jusqu'au coeur.
Il faudrait croire à cette démarche verbale
et graphique pour ignorer rancoeur et peur.
Etreindre la foi sans exiger la réponse.
Demeurer entre le plaisir et la douleur
entre le bien et le mal, la lumière et l'ombre.
Réassembler sans fin, par l'instinct et la main
le puzzle délicat de ces éclats de coeur

 

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IRENE DE SAINT- CHRISTOL

http://www.irenedesaint-christol.com

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fleur

 

 

 

HORIZON BRÛLE...Extrait

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  Chaque matin
                          Je recompose la poupée cassée
                          je recolle tous les morceaux
                          chaque matin
                          face à face
                          c'était donc toi ?

                         et chaque soir
                         je l'écrase et  la piétine
                         et lentement j'étouffe tout ce qui en sort :
                         oui, chaque soir .

                         Cependant,
                         ce coeur saigne et s'obstine à fabriquer des fleurs
                         ce murmure du sang allume des étoiles
                         que mes pieds coléreux ne peuvent effacer ;
                         je demeure toujours affamée de lumière
                         et de mots nourrissants

                        Que vienne le sommeil, le sommeil du dedans ...
                        Solitude attendue
                        par la fleur du silence !
                        Arrache, arrache un à un
                        tous ces pétales accouplés
                        avec un masculin !
                        Crache, crache au coeur du parfum
                        du pistil de l'amour !
                        Etrangle et fend le souvenir ,
                        dépèce-le
                        jette tous ces déchets
                        à la poubelle du matin ...

                        Les rats goûteront aux relents des extases !

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IRENE DE SAINT CHRISTOL

Editions Saint- Germain- des- Prés

http://www.irenedesaint-christol.com

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Femme-regardant-dans-un-miroir-brisé2

 

 

 

 

OU VONT NOS NUITS PERDUES...Extrait

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J'ai parfois ce sentiment que je vais mourir sans
T'avoir assez dit que je t'aime sans que ma main
                Chante au clair de lune de ta nuque posée du soir jusqu'à

La pluie de l'ombre sans que j'ai épuisé tes yeux
Et ces méandres des joues qui courbent la lumière
J'aime tant suivre l'oubli qui déploie tes cheveux
Cet or foulé aux doigts ce paysage balayé comme
On chevauche une plaine ma plaine cette chanson
Des mains tourmentées par le désir je t'ai si bien
Imaginée que je connais toutes tes peurs ton bruit
Silencieux et ce rêve de déchirer ta robe sur le soir
Quand il est déjà temps de te regarder infiniment
Car il y a tes épaules tes vagues et tes tempêtes et
Ce qui fait inoubliable au delà du jour le visage de
Mon amour



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ALAIN DUAULT



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andrea kiss

Photographie Andréa Kiss

L'EXIL ET LE DESARROI - Hommage

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J'ai vu
et, j'ai lentement traversé le dérisoire lieu du retour.
traversé la cour
où nulle herbe ne pousse
où nulle parole ne parvient
où nulle offrande n'existe.
Ainsi
j'ai poussé la porte du lieu, et ma gorge s'est gonflée de colère, haine, désespoir.
J'ai poussé la porte du lieu, et, j'ai vu
L'agneau mort.
Celui dont j'aurais pu être le gardien coutumier pour notre bonheur.
Innocence.
J'ai poussé la porte du lieu et, quelque chose s'est brisé en moi.
Comme une larme.
Ou, un plaisir.
Désanimé.
J'ai poussé la porte du lieu, et, j'ai pu parvenir à l'intérieur de ma durée, car l'intérieur venait de se fissurer.
C'est alors que je me suis mis à frapper.
Oui : à frapper.
Le long cou de la terre.
Et son insignifiance immédiate.
J'ai frappé.
Pour que la terre parle. Dise. Parle.
Comme nous. A son tour. Du malheur.
Du bonheur.
De la vérité. De nos Ignorances.

 

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NABILE FARES

 

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Chafik Kadi femme2,

Oeuvre Chafik Kadi

 

 

PIERRE REVERDY...Extrait

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J’aurai filé tous les nœuds de mon destin d’un trait, sans une escale: le cœur rempli de récits de voyages, le pied toujours posé sur le tremplin flexible des passerelles du départ et l’esprit trop prudent surveillant sans cesse les écueils.
Prisonnier entre les arêtes précises du paysage et les anneaux des jours, rivéà la même chaîne de rochers, tendue pour maîtriser les frénésies subites de la mer, j’aurai suivi, dans le bouillonnement furieux de leur sillage, tous les bateaux chargés qui sont partis sans moi. Hostile au mouvement qui va en sens inverse de la terre et, insensiblement, nous écarte du bord: regardant, le dos tournéà tous ces fronts murés, à ces yeux sans éclat, à ces lèvres cicatrisées et sans murmures, par-dessus les aiguilles enchevêtrées du port qui, les jours de grand vent, du fil de l’horizon tissent la voile des nuages. En attendant un autre tour. En attendant que se décident les amarres; quand la raison ne tient plus à la rime: quand le sort est remis au seul gré du hasard jusqu’au jour où j’aurais pu enfin prendre le large sur un de ces navires de couleur, sans équipage, qui vont en louvoyant mordre de phare en phare comme des poissons attirés par la mouche mordorée du pêcheur. Courir sous la nuit aimantée sans une étoile, dans le gémissement du vent et le halètement harassé de la meute des vagues pour, lorsqu’émerge enfin des profondeurs de l’horizon sévère le fronton limpide du matin, aborder, au signal du levant, l’éclatant rivage de la Grèce — dans l’élan sans heurt des flots dociles, frémissant parmi les doigts de cette large main posée en souveraine sur la mer.

 

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PIERRE REVERDY

 

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garibaldi

Oeuvre Joseph Garibaldi

LES AILES DU DESIR....Extrait

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« Lorsque l’enfant était enfant,
Il marchait les bras ballants,
Il voulait que le ruisseau soit rivière
Et la rivière, fleuve,
Que cette flaque soit la mer.
 
Lorsque l’enfant était enfant,
Il ne savait pas qu’il était enfant,
Tout pour lui avait une âme
Et toutes les âmes étaient une.
 
Lorsque l’enfant était enfant,
Il n’avait d’opinion sur rien,
Il n’avait pas d’habitude
Il s’asseyait souvent en tailleur,
Démarrait en courant,
Avait une mèche rebelle,
Et ne faisait pas de mines
quand on le photographiait.
 
 
                                                       Lorsque l’enfant était enfant,
 ce fut le temps des questions suivantes :
Pourquoi suis-je moi et pourquoi pas toi ?
Pourquoi suis-je ici et pourquoi … pas là ?
 Quand commence le temps et où finit l’espace ?
La vie sous le soleil n’est pas qu’un rêve ?
Ce que je vois, entends et sens, n’est-ce pas…
simplement l’apparence d’un monde devant le monde ?
 Le mal existe t-il vraiment
 avec des gens qui sont vraiment les mauvais ?
Comment se fait-il que moi qui suis moi,
 avant de le devenir je ne l’étais pas, et qu’un jour moi…
 qui suis moi, je ne serai plus ce moi que je suis ?
 
Lorsque l’enfant était enfant,
Les pommes et le pain suffisaient à le nourrir,
Et il en est toujours ainsi.
 Lorsque l’enfant était enfant,
Les baies tombaient dans sa main comme seul tombent des baies,
Les noix fraîches lui irritaient la langue,
Et c’est toujours ainsi.
 
Sur chaque montagne, il avait le désir d’une montagne encore plus haute,
Et dans chaque ville, le désir d’une ville plus grande encore,
Et il en est toujours ainsi.
 Dans l’arbre, il tendait les bras vers les cerises , exalté
Comme aujourd’hui encore,
Etait intimidé par les inconnus et il l’est toujours,
Il attendait la première neige et il l’attend toujours.
 
Lorsque l’enfant était enfant
il a lancé un bâton contre un arbre, comme une lance,
Et elle y vibre toujours.  »
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PETER HANDKE
 Introduction du film
 " Les ailes du désir "
de Wim Wenders
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mila 2008,

FRANCOIS CHENG

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En pensant à ma petite Emma O.

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" Ce sentier qu’une nuit

                Nous avons parcouru

Tu le prolongeras

                Enfant de mon regard

Par-delà la forêt

                Dort peut-être un étang

Ou une plage errante

                Au gré de hautes vagues

 

Ce sentier constellé

                Tu le prolongeras

Malgré vents et rosées

                Enfant de ma mémoire

De ce côté l’automne

                A enfoui son secret

En toi le temps s’envole

                Fou d’appels d’oies sauvages "


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FRANCOIS CHENG

 

 

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TABLEAU D'EMMA

Tableau d'Emma Ortoli

Caroline Ortoli

 

 

CINQ MEDITATIONS SUR LA MORT, AUTREMENT DIT SUR LA VIE...Extrait

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La mort n'est point notre issue,
Car plus grand que nous
Est notre désir, lequel rejoint
Celui du Commencement,
Désir de Vie.
La mort n'est point notre issue,
Mais elle rend unique tout d'ici :
Ces rosées qui ouvrent les fleurs du jour,
Ce coup de soleil qui sublime le paysage,
Cette fulgurance d'un regard croisé,
      et la flamboyance d'un automne tardif,
Ce parfum qui assaille et qui passe insaisi,
Ces murmures qui ressuscitent les mots natifs,
Ces heures irradiées de vivats, d'alléluias,
Ces heures envahies de silence, d'absence,
Cette soif qui jamais ne sera étanchée,
      et la faim qui n'a pour terme que l'infini...
Fidèle compagne, la mort nous contraint
À creuser sans cesse en nous
pour y loger songe et mémoire ;
À toujours creuser en nous
       le tunnel qui mène à l'air libre.
Elle n'est point notre issue.
Posant la limite,
Elle nous signifie l'extrême exigence de la Vie,
Celle qui donne, élève.

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FRANCOIS CHENG

 

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zao wou ki2,

Oeuvre Zao Wou Ki

 

 

PACO IBANEZ - Mi niña se fue a la mar - FEDERICO GARCIA LORCA

CARMEN - FLAMENCO - Antonio Gades & Carlos Saura | Teatro Real de Madrid

I VERANI / LES PRINTEMPS

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S’hè firmatu indè a mente, in lu dùbitu prisente

Un frombu chi nimu un po pientà.

Sò le matine impalidite di le prumesse fughjite

Ch’un albore vene assulanà.

Sò li populi in mossa  chi un temenu la fossa

Sò li ghjorni è sò l’eternita

Sò quelle ghjente schiffite, pronte à lampà le so vite

Per un sognu un ansciu di sperà

Quandu un basta a parolla  quandu si move la folla

Quandu  l’ora hè sunata,  Avà.

  Sò li muri d’una vita alzata

Cum’un mughju cum’una parata.  

Disfatte sò tandu l’offese i ghjorni  à rinchinà

E loghe e parolle diffese  e notte a scunghjurà

Disfatte e nazion’è l’imperi   è nimu un  po parà

Disfatte, disfatte

  Disfatte sò…è cambiera

E nimu  a sò, un po parà 

Cascate,  e  so muraglie avà

Svegliate, e campagne e cità 

Rizzate,  e soie e vuluntàè chjare sò  e so speme  

Hè ghjunta l’ultima stonda di un mondu chi s’affonda

Per fà piazza a un altru campà

E la ghjente s’addunisce in ped’a le so muricce

Per e libertà ritrove, fa festa à li tempi novi

E fà di le so accolte, triunfà le so rivolte

E gloria    

 

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JEAN-PHILIPPE GUISSANI

MAXIME MERLANDI

http://www.barbara-furtuna.fr

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Dans le doute présent, une clameur inexorable
Est venue marquer les esprits
Ce sont ces matins blafards des promesses enfuies
Et qu’une aube nouvelle vient ensoleiller
Ce sont ces peuples en révolte que la mort n’effraie pas
Ils sont le temps présent et l’éternité
Ce sont ces gens aux traits marqués, prêts à sacrifier leur vie
Pour un rêve, un souffle d’espoir
Quand les mots ne suffisent plus, quand la foule se lève
Quand l’heure est venue, maintenant.

Ils sont les murailles d’une vie dressée
Comme un cri, comme une barricade.

Finis alors les humiliations et les courbettes
Toutes les choses interdites et ces nuits de crainte
Défaits les nations et les empires et personne ne peut rien y faire Défait, défaits…

Défaits et tout va changer
Et personne ne pourra l’empêcher…

Les murailles sont tombées
Villes et campagnes se sont éveillées
Leurs volontés se sont dressées
Et leurs espoirs sont clairs

La dernière heure a sonné pour ce monde qui s’effondre
Et fera place à un autre.
Les gens se massent au pied des ruines
Et les libertés retrouvées, célèbrent les temps nouveaux
Pour faire de ce rassemblement triompher leurs révoltes

SI VITA SI - BARBARA FURTUNA & BELEM

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Sì vita sì

Ci ne serà furtune, ore assulanate

Sò centu le prumesse e strade à piglià

Ci ne serà vittorie è svie imbulighjate

Ma quandu o mente hè sorda u core sà digià

Sì vita, sì lotta, sì fame chì nunda pò sazià

Sì via, sì ora, sì brama chì nimu pò frazà

Sì tempu preziosu, turrente furiosu

Sì li ghjorni ingordi chì cunsumanu l'età

Sì mezu è cunfine, sì principiu èfine,

Penseru prufondu è scopu per l'umanità

Sì vita sìè da la prima stonda, u mondu và

Fin’a l'ultima ronda di i ghjorni, u mondu anderà U mondu anderà...

Ci ne serà passione, amori sfiuricciati

È parolle lampate à chì sente à sà

Ci ne serà ricordi è mumenti scurdati

È tanti ghjorni andati ch'ùn si ponu fermà

Sì vita, sì vera, sì pane chì nunda pò cambià

Sì sfida, sì spera, funtana chì nimu pò stancià

Sì vita, sì spera, sì brama E dà la prima stonda

Fin’a l'ultima ronda Sempre cusì u mondu và

Dà la prima carezza À l’ultim'amarezza

A vita sempre anderà

 

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http://www.barbara-furtuna.fr/

 

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Il y aura des moments heureux, des heures ensoleillées

L’avenir est plein de promesses, de chemins à parcourir

Il y aura aussi des victoires et des voies sans issues

Mais quand l'esprit est sourd le cœur lui sait déjà

Tu es vie, tu es lutte, faim que rien ne peut assouvir

Tu es route, tu es temps, tu es envie que l'on ne peut gaspiller

Tu es ce temps précieux, ce torrent impétueux

Tu es ces jours avides qui engloutissent les âges

Tu es le centre et la frontière, le début et la fin

Tu es cette pensée profonde qui porte l'humanité

Oui tu es la vie et depuis le début ainsi va le monde

Jusqu’à la dernière ronde des jours ainsi le monde ira

Il y aura encore des passions et des amours fanés

Et des paroles jetées à qui sait entendre

Il y aura des souvenirs et des moments oubliés

Mais les jours qui passent nul ne les retiendra

Tu es vie, tu es vraie, tu es pain que rien ne peut remplacer

Tu es défi, tu es espoir, fontaine que nul ne peut tarir

Tu es vie, tu es espoir, tu es envie

Et du premier instant Jusqu’au dernier mouvement

Ainsi toujours le monde ira De la première caresse

A la dernière amertume

La vie sera toujours ainsi

LES FEUILLETS DE LA MINOTAURE...Extrait

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                              De Ghjottani, marine, ce matin

 
 " Noire la plage étrillée écume blanche                blanches
les striures de la montagne        creux de neige inviolés
gris le Dorsoduro de la Balagne mer argent mêlée
de froideur et de lave                noir l’acier dur d’un coeur
sans larme      île frileuse tremblée dans ses lignes
menaces enroulées à ses pentes flocons
fluides incrustés branches de bruyère fils cendrés
 
et
 
grappes de dentelles l’Eolie de Morsiglia plane
dans son rai de lumière en suspens de départ    
le ciel se gonfle             dures eaux retenues engorgées
sur la mer          silences routes sablées salées sabrées    
quel mot      pour dire     ça grise sous les pas      sous la dent
dure grince crisse là-bas en creux d’éboulis
pierres écroulées sous les coups de
 
l’île frissonne bleue dans son cresson de cistes
étrillés sous la neige plumetis blancs que
rien n’abîme pas même un souffle d’air et
moi traversant l’hiver jour de blancheur
balles de cotons voletant sur l’écume    
quelle légèreté soudain me grise
quelles ailes me portent
 
à l’autre bout du ciel              il neige mais les montagnes
ici ont enduré le froid et la mer couve
ses secrets sous la tôle d’ondes noires apesanteur
de mots apesanteur du moi les morts dorment
à l’ombre de l’hiver      tombes de marbres
lissées par la pluie clapotis doux qui berce
la pensée vibrations de mots envols conjugués
au temps en attente de sons agglutinés
sans qu’aucun n’échappe fibre d’air léger
rougeoyant sur la langue sans espoir d’éclosion
sons délaissés au fond des gorges tenus
serrés sous l’aplat d’une pierre grésillement têtu
de la flamme      crépite sur l’horizon de feu       le temps
détruit scarabée avaleur de minutes qui me roulent
vers ma fin  je cherche comment déroger à
la loi j’élargis mon espace bandes d’amours-accordéon
plis contre plis d’un amour l’autre coeur
brisé et cet autre quels mots pour le dire
ressac de mots inchangés qui bercent
régularité de la vague des mots !

 

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ANGELE PAOLI
Editions de Corlevour

avril 2015

 

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THIERRY RAYNAUD

Photographie Thierry Raynaud

http://thierry-raynaud.com/galerie-noir-et-blanc/

FALLAIT PAS !

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Fallait pas jeter le linceul de la guerre sur ces contrées martyres ! Fallait pas la guerre ! Et maintenant l'image de cet enfant, de ce déjà corps d'enfant échoué sur la plage de Bodrum me déchire les yeux, me fermente de colère. Je suis en colère, je suis en rage contre les surpuissants de la terre. C'est vous ! C'est totalement vous qui avez fertilisé la géhenne par votre regard de spadassin et par vos armées envoyées.

Cet enfant que les vagues auront été dernières à bercer, il est un. Un parmi les milliers d'invisibles déchiquetés, brulés, rejetés. Il est un parmi les horribles fruits de la guerre. Votre guerre. Notre guerre.

Ces morts sont nos morts.
Ce malheur est notre malheur.
Cette inhumanité est notre inhumanité.

Ce sont nos bombes qui tuent. Ce sont nos obus qui perforent. C'est notre fric qui domine et écrase. C'est notre regard qui impose. Oui nous sommes pères de Daesh et autres barbares parce que nous les avons enfantés. Nos interventions humanitaires armées ont été bien fécondes, bien prolifiques. Nous, les intelligents, les modèles à suivre, les valeurs à prendre, avons été bien moyenâgeux ! Revenir à la guerre pour solution ! Sombres crétins ! Kant, Jaurès, Hessel sont piétinés sur les plages ensanglantées. Et maintenant cet enfant au souffle des vagues, cet enfant qu'il est si horrible d'admettre qu'il est mort... La mer, plus humaine que nous, tente de lui insuffler les dernières souplesses de son corps. Et elle nous le rend.

Nous avions été des millions à clamer qu'il ne fallait pas. Il ne fallait pas en Irak. Il ne fallait pas. Ils l'ont fait, et encore, et encore. Partout, notre monde s'embrase. Le couvercle de la boite de Pandore a été ouvert, pulvérisé. La guerre se propage, les éclaboussures de sang entrent dans nos trains, nos musées, nos journaux...

Nous allons « accueillir » 100 000, 200 000... migrants et continuer la guerre, continuer à dominer, continuer à imposer. Nos valeurs sont si grandes. Nos valeurs sont si belles. Mais nos valeurs n'imaginent même pas comment refermer le couvercle de la boite de Pandore. Nos valeurs puent le fric et ne sont rien d'autre.

Pour que nos enfants ne s'ajoutent à cet enfant des flots bleus, il serait grand temps que nous regardions dans les yeux ces valeurs qui sont les nôtres.

 

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SERGE GROSSVAK
Deuil la Barre, le 03/09/2015

 

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SYRIE

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