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PRINCE NOIR ...Extrait

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Mon père au long du fleuve tout debout
Hanté de négoces en mer
Et crêté de puissance,
Halait de sa voix de grand vent
Les chœurs des piroguiers luisants de sel et lumière,
Les pagayeurs vibrants sur leurs chalands de mil.
Une houle d'oiseaux ouverte
Par nos proues aux masques de buffle
(O mouettes le vol de vos signes
Que lisaient les  devins dans la profération  et  le  trouble des embouchures !)  
Refermait sur nos sillages une neige fabuleuse.

 

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TOUSSAINT MEDINE SHANGÔ


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TOUSSAINT

TOUSSAINT MEDINE SHANGÔ...Extrait

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Je me vois sous l’or vert

De hauts micocouliers enivrés d’un Murmure:

Quel oiseau de désir aux paupières scellées

Gémit vers les faîtes graciles

Fléchis par une brise où l’âme du jasmin

Se livre à l’âme qui se grise

D’un léger et profond plaisir ?

Nulle fièvre, nulle mesure,

Nulle faille ici, nul miroir

Où se reflète un œil duplice

L’infini qui me tait son nom, de son odeur

Illumine ma transparence.

 

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TOUSSAINT MEDINE SHANGÔ

 

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ors verts

 

BONJOUR

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A celui qui a dansé la forme
Bonjour
A celui qui a laissé dans les bras refermés
De l’amour
La place pour penser ensemble
Bonjour
A celui qui rend perceptible le monde
Aux aveugles définitifs
Bonjour
Et pour la caresse au ventre dur
De la vénus enfin trouvée
Bonjour
A sa ligne vivante courbée
Au dessin infini de l’homme torturé
A son corps qui résiste
A ses yeux trop fragiles
Bonjour

Au sourd décidé de chasser les horreurs
Artiste assassiné par les incompétences
A ses contradictions, ses amours, ses errances
A ses heures du soir où il se sentait bien
A ses impossibles matins
A la pensée qu’il nous exige
A l’énergie, à la masse du temps, à la liberté
Si le vide était son combat
L’homme en était le souvenir
Et la tendresse vive
Des forces modernes
Qui le prolonge à l’infini
A Saint-Maur
Bonjour



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SONIA BRANGLIDOR

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JEANNETTE GREGORI

Photographie Jeannette Gregori

www.jeannettegregori.com

LETTRE A L'ELEPHANT

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Monsieur et cher éléphant,

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Vous vous demanderez sans doute en lisant cette lettre ce qui a pu inciter à l’écrire un spécimen zoologique si profondément soucieux de l’avenir de sa propre espèce. L’instinct de conservation, tel est, bien sûr ce motif. Depuis fort longtemps déjà, j’ai le sentiment que nos destins sont liés. En ces jours périlleux « d’équilibre par la terreur », de massacres et de calculs savants sur le nombre d’humains qui survivront à un holocauste nucléaire, il n’est que trop naturel que mes pensées se tournent vers vous.

À mes yeux, monsieur et cher éléphant, vous représentez à la perfection tout ce qui est aujourd’hui menacé d’extinction au nom du progrès, de l’efficacité, du matérialisme intégral, d’une idéologie ou même de la raison car un certain usage abstrait et inhumain de la raison et de la logique se fait de plus en plus le complice de notre folie meurtrière. Il semble évident aujourd’hui que nous nous sommes comportés tout simplement envers d’autres espèces, et la vôtre en particulier, comme nous sommes sur le point de le faire envers nous-mêmes.

C’est dans une chambre d’enfant, il y a près d’un demi-siècle, que nous nous sommes rencontrés pour la première fois. Nous avons pendant des années partagé le même lit et je ne m’endormais jamais sans embrasser votre trompe, sans ensuite vous serrer fort dans mes bras jusqu’au jour où ma mère vous emporta en disant, non sans un certain manque de logique, que j’étais désormais un trop grand garçon pour jouer avec un éléphant. Il se trouvera sans doute des psychologues pour prétendre que ma « fixation » sur les éléphants remonte à cette pénible séparation, et que mon désir de partager votre compagnie est en fait une forme de nostalgie à l’égard de mon enfance et de mon innocence perdues. Et il est bien vrai que vous représentez à mes yeux un symbole de pureté et un rêve naïf, celui d’un monde où l’homme et la bête vivraient pacifiquement ensemble.

Des années plus tard, quelque part au Soudan, nous nous sommes de nouveau rencontrés. Je revenais d’une mission de bombardement au-dessus de l’Éthiopie et fis atterrir mon avion en piteux état au sud de Khartoum, sur la rive occidentale du Nil. J’ai marché pendant trois jours avant de trouver de l’eau et de boire, ce que j’ai payé ensuite par une typhoïde qui a failli me coûter la vie. Vous m’êtes apparu au travers de quelques maigres caroubiers et je me suis d’abord cru victime d’une hallucination. Car vous étiez rouge, d’un rouge sombre, de la trompe à la queue, et la vue d’un éléphant rouge en train de ronronner assis sur son postérieur, me fit dresser les cheveux sur la tête. Hé oui ! vous ronronniez, j’ai appris depuis lors que ce grondement profond est chez vous un signe de satisfaction, ce qui me laisse supposer que l’écorce de l’arbre que vous mangiez était particulièrement délicieuse.

Il me fallut quelque temps pour comprendre que si vous étiez rouge, c’est parce que vous vous étiez vautré dans la boue, ce qui voulait dire qu’il y avait de l’eau à proximité. J’avançai doucement et à ce moment vous vous êtes aperçu de ma présence. Vous avez redressé vos oreilles et votre tête parut alors tripler de volume, tandis que votre corps, semblable à une montagne disparaissait derrière cette voilure soudain hissée. Entre vous et moi, la distance n’excédait pas vingt mètres, et non seulement je pus voir vos yeux, mais je fus très sensible à votre regard qui m’atteignit si je puis dire, comme un direct à l’estomac. Il était trop tard pour songer à fuir. Et puis, dans l’état d’épuisement où je me trouvais, la fièvre et la soif l’emportèrent sur ma peur. Je renonçai à la lutte. Cela m’est arrivéà plusieurs reprises pendant la guerre : je fermais tes yeux, attendant la mort, ce qui m’a valu chaque fois une décoration et une réputation de courage.

Quand j’ouvris de nouveau les yeux, vous dormiez. J’imagine que vous ne m’aviez pas vu ou pire vous m’aviez accordé un simple coup d’œil avant d’être gagné par le sommeil. Quoi qu’il en soit, vous étiez là ; la trompe molle, les oreilles affaissées, les paupières abaissées et, je m’en souviens, mes yeux s’emplirent de larmes. Je fus saisi du désir presque irrésistible de m’approcher de vous, de presser votre trompe contre moi, de me serrer contre le cuir de votre peau et puis là, bien à l’abri, de m’endormir paisiblement. Une impression des plus étranges m’envahit. C’était ma mère, je le savais, qui vous avait envoyé. Elle s’était enfin laissée fléchir et vous m’étiez restitué. Je fis un pas dans votre direction, puis un autre… Pour un homme aussi profondément épuisé que j’étais en ce moment-là, il se dégageait de votre masse énorme, pareille à un roc, quelque chose d’étrangement rassurant. J’étais convaincu que si je parvenais à vous toucher, à vous caresser, à m’appuyer contre vous, vous alliez me communiquer un peu de votre force vitale. C’était l’une de ces heures où un homme a besoin de tant d’énergie, de tant de force qu’il lui arrive même de faire appel à Dieu. Je n’ai jamais été capable de lever mon regard aussi haut, je me suis toujours arrêté aux éléphants. J’étais tout près de vous quand je fis un faux pas et tombai. C’est alors que la terre trembla sous moi et le boucan le plus effroyable que produiraient mille ânes en train de braire à l’unisson réduisit mon cœur à l’état de sauterelle captive. En fait, je hurlais, moi aussi et dans mes rugissements il y avait toute la force terrible d’un bébé de deux mois. Aussitôt après, je dus battre sans cesser de glapir de terreur, tous les records des lapins de course. Il semblait bel et bien qu’une partie de votre puissance se fût infusée en moi, car jamais homme à demi-mort n’est revenu plus rapidement à la vie pour détaler aussi vite En fait, nous fuyions tous les deux mais en sens contraires. Nous nous éloignions l’un de l’autre, vous en barrissant, moi en glapissant, et comme j’avais besoin de toute mon énergie, il n’était pas question pour moi de chercher à contrôler tous mes muscles. mais passons là-dessus, si vous le voulez bien. Et puis, quoi, un acte de bravoure a parfois de ces petites répercussions physiologiques. Après tout, n’avais-je pas fait peur à un éléphant ?

Nous ne nous sommes plus jamais rencontrés et pourtant dans notre existence frustrée, limitée, contrôlée, répertoriée, comprimée, l’écho de votre marche irrésistible, foudroyante, à travers les vastes espaces de l’Afrique, ne cesse de me parvenir et il éveille en moi un besoin confus. Il résonne triomphalement comme la fin de la soumission et de la servitude, comme un écho de cette liberté infinie qui hante notre âme depuis qu’elle fut opprimée pour la première fois. J’espère que vous n’y verrez pas un manque de respect si je vous avoue que votre taille, votre force et votre ardente aspiration à une existence sans entrave vous rendent évidemment tout à fait anachronique. Aussi vous considère-t-on comme incompatible avec l’époque actuelle. Mais à tous ceux parmi nous qu’écœurent nos villes polluées et nos pensées plus polluées encore, votre colossale présence, votre survie, contre vents et marées, agissent comme un message rassurant. Tout n’est pas encore perdu, le dernier espoir de liberté ne s’est pas encore complètement évanoui de cette terre, et qui sait ? si nous cessons de détruire les éléphants et les empêchons de disparaître, peut-être réussirons-nous également à protéger notre propre espèce contre nos entreprises d’extermination.

Si l’homme se montre capable de respect envers la vie sous la forme la plus formidable et la plus encombrante allons, allons, ne secouez pas vos oreilles et ne levez pas votre trompe avec colère, je n’avais pas l’intention de vous froisser alors demeure une chance pour que la Chine ne soit pas l’annonce de l’avenir qui nous attend, mais pour que l’individu, cet autre monstre préhistorique encombrant et maladroit, parvienne d’une manière ou d’une autre à survivre.

Il y a des années, j’ai rencontré un Français qui s’était consacré, corps et âme, à la sauvegarde de l’éléphant d’Afrique. Quelque part, sur la mer verdoyante, houleuse, de ce qui portait alors le nom de territoire du Tchad, sous les étoiles qui semblent toujours briller avec plus d’éclat lorsque la voix d’un homme parvient à s’élever plus haut que sa solitude, il me dit : « Les chiens, ce n’est plus suffisant. Les gens ne se sont jamais sentis plus perdus, plus solitaires qu’aujourd’hui, il leur faut de la compagnie, une amitié plus puissante, plus sûre que toutes celles que nous avons connues. Quelque chose qui puisse réellement tenir le coup. Les chiens, ce n’est plus assez. Ce qu’il nous faut, ce sont les éléphants ». Et qui sait ? Il nous faudra peut-être chercher un compagnonnage infiniment plus important, plus puissant encore…

Je devine presque une lueur ironique dans vos yeux à la lecture de ma lettre. Et sans doute dressez-vous les oreilles par méfiance profonde envers toute rumeur qui vient de l’homme. Vous a-t-on jamais dit que votre oreille a presque exactement la forme du continent africain ? Votre masse grise semblable à un roc possède jusqu’à la couleur et l’aspect de la terre, notre mère. Vos cils ont quelque chose d’inconnu qui fait presque penser à ceux d’une fillette, tandis que votre postérieur ressemble à celui d’un chiot monstrueux. Au cours de milliers d’années, on vous a chassé pour votre viande et votre ivoire, mais c’est l’homme civilisé qui a eu l’idée de vous tuer pour son plaisir et faire de vous un trophée. Tout ce qu’il y a en nous d’effroi, de frustration, de faiblesse et d’incertitude semble trouver quelque réconfort névrotique à tuer la plus puissante de toutes les créatures terrestres. Cet acte gratuit nous procure ce genre d’assurance « virile » qui jette une lumière étrange sur la nature de notre virilité.

Il y a des gens qui, bien sûr, affirment que vous ne servez à rien, que vous ruinez les récoltes dans un pays où sévit la famine, que l’humanité a déjà assez de problèmes de survie dont elle doit s’occuper sans aller encore se charger de celui des éléphants. En fait, ils soutiennent que vous êtes un luxe que nous ne pouvons plus nous permettre.

C’est exactement le genre d’arguments qu’utilisent les régimes totalitaires, de Staline à Mao, en passant par Hitler, pour démontrer qu’une société vraiment rationnelle ne peut se permettre le luxe de la liberté individuelle. Les droits de l’homme sont, eux aussi, des espèces d’éléphants. Le droit d’être d’un avis contraire, de penser librement, le droit de résister au pouvoir et de le contester, ce sont là des valeurs qu’on peut très facilement juguler et réprimer au nom du rendement, de l’efficacité, des « intérêts supérieurs » et du rationalisme intégral.


Dans un camp de concentration en Allemagne, au cours de la dernière guerre mondiale, vous avez joués, monsieur et cher éléphant, un rôle de sauveteur. Bouclés derrière les barbelés, mes amis pensaient aux troupeaux d’éléphants qui parcouraient avec un bruit de tonnerre les plaines sans fin de l’Afrique et l’image de cette liberté vivante et irrésistible aida ces concentrationnaires à survivre. Si le monde ne peut plus s’offrir le luxe de cette beauté naturelle, c’est qu’il ne tardera pas à succomber à sa propre laideur et qu’elle le détruira… Pour moi, je sens profondément que le sort de l’homme, et sa dignité, sont en jeu chaque fois que nos splendeurs naturelles, océans, forêts ou éléphants, sont menacées de destruction.

 

Demeurer humain semble parfois une tache presque accablante ; et pourtant, il nous faut prendre sur nos épaules an cours de notre marche éreintante vers l’inconnu un poids supplémentaire : celui des éléphants. Il n’est pas douteux qu’au nom d’un rationalisme absolu il faudrait vous détruire, afin de nous permettre d’occuper toute la place sur cette planète surpeuplée. Il n’est pas douteux non plus que votre disparition signifiera le commencement d’un monde entièrement fait pour l’homme. Mais laissez-moi vous dire ceci, mon vieil ami : dans un monde entièrement fait pour l’homme, il se pourrait bien qu’il n’y eût pas non plus place pour l’homme. Tout ce qui restera de nous, ce seront des robots. Nous ne réussirons jamais à faire de nous entièrement notre propre œuvre. Nous sommes condamnés pour toujours à dépendre d’un mystère que ni la logique ni l’imagination ne peuvent pénétrer et votre présence parmi nous évoque une puissance créatrice dont on ne peut rendre compte en des termes scientifiques ou rationnels, mais seulement en termes où entrent teneur, espoir et nostalgie. Vous êtes notre dernière innocence.

Je ne sais que trop bien qu’en prenant votre parti mais n’est-ce pas tout simplement le mien ? je serai immanquablement qualifié de conservateur, voire de réactionnaire, « monstre » appartenant à une autre évoque préhistorique : celle du libéralisme. J’accepte volontiers cette étiquette en un temps où le nouveau maître à penser de la jeunesse française, le philosophe Michel Foucault, annonce que ce n’est pas seulement Dieu qui est mort disparu à jamais, mais l’Homme lui-même, l’Homme et l’Humanisme.

C’est ainsi, monsieur et cher éléphant, que nous nous trouvons, vous et moi, sur le même bateau, poussé vers l’oubli par le même vent puissant du rationalisme absolu. Dans une société, vraiment matérialiste et réaliste, poètes, écrivains, artistes, rêveurs et éléphants ne sont plus que des gêneurs. Je me souviens d’une vieille mélopée que chantaient des piroguiers du fleuve Chari en Afrique centrale.

Nous tuerons le grand éléphant
Nous mangerons le grand éléphant
Nous entrerons dans son ventre
Mangerons son cœur et son foie…
(..) Croyez-moi votre ami bien dévoué.

 

 

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ROMAIN GARY

Le figaro littéraire 1968

 

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CARNETS DE L'INCARNATION...Extrait

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« Devenir conscient du caractère fictif de notre « je » et de toutes ses appartenances : voilàà mon sens l’enjeu majeur de notre temps. Ne jamais oublier que le monde humain est une scène, que nos identités sont mouvantes, fragiles et interdépendantes, que « l’homme n’est qu’une ombre qui passe, un pauvre acteur qui se pavane et s’agite durant son heure sur la scène et qu’ensuite on n’entend plus… », et que ceux qui se prennent sérieusement pour des héros – éclatants ou sombres, dans les livres et au-dehors – devraient se calmer un peu. »

 

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NANCY HUSTON

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zao wou ki2

Oeuvre Zao Wou Ki

LE SEUIL ET LA DEMEURE...Extrait

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Bâtir une maison dans le silence
pour que soit très secret
l'enfantement du poème

Mais que soit toute porte permise
A la délégation des oiseaux

...

Dévêtir l’arbre des écorces
qui travestissent son été.
Fouiller de lumière profonde
Le mur aveugle du visage.
Interroger haute parole
Sous l’épaisseur terreuse d’habitude.
Toucher au bout de l’aventure
L’ange durable sous les ombres.

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CARLO MASONI

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ange

 

QUELQUE CHOSE COMME LA CLÉ DE L'AMOUR

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Dès que la lumière a lavé la nuit, farigoules, romarins et lavandes en bordure d'allée se dédient aux insectes. Recommence avec eux, et les merles peu avant, la rumeur de vivre. Au retour du soleil, finis, le torrent panique, la tétanie du refus. Respirer ne consterne plus.

Sur le banc du jardin, nous trouvons réconfort, enlacés dans la fraîcheur de l'aube. Une mésange, bec alerte, s'abreuve de rosée dans la corolle d'un iris. Nous partageons cette faveur, dont les mailles ombre-lumière tamisent nos ressouvenirs.

Puis les reliefs se précisent, ciel du sud dans les parages. L'air trémule, nos corps se baignent de chaleur ; les pétales se déplient, la cressonnière se veloute.

Des papillons ivres de couleurs de senteurs volettent, sondent à trompe déroulée réceptacles, gynécées. Par quel jeu, avec quel enjeu, pour la fleur, pour l'amoureux ?

La beauté de l'instant est trop insistante pour nous en tenir aux mirages, ta peau me donne l'heure du grand jour, toi devenue rose déclose chantant versets, psaumes de sève.

Toi, au mitan des mots que tu fais drus comme tes seins. Une ferveur défourvoyée.

 

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FRANCOIS LAUR

 

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Francis Picabia 1

Oeuvre Francis Picabia

 

 

L'ÂME DES POETES - JULIETTE GRECO

SUR UN VOEU DE PAUL ELUARD

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« Toute caresse, toute confiance se survivent ! »

Ces mots tout simples de lumière
Paul Éluard les a écrits
Mots plus fervents que la prière
Et plus éclatants que le cri…
Ils sont plus forts que l'invective
Que la violence ou le mépris
Ils ont jailli comme l'eau vive
Le cœur y parle avant l'esprit…

« Toute caresse, toute confiance se survivent ! »

Où sont les lendemains qui chantent
Et ce bonheur toujours promis ?
Dans les cités indifférentes
Chacun croit voir ses ennemis…
Mais si, par hasard, il arrive
D'entrevoir un regard ami
Parmi tant d'ombres fugitives
Que ce regard soit retransmis…

« Toute caresse, toute confiance se survivent ! »

Pour la berceuse maternelle
La voix du père, en la maison
Et pour le souvenir de celles
Qui t'aimaient plus que de raison
Que rien ne parte à la dérive
Et que le bonheur d'un instant
Sur un ciel d'avenir, s'inscrive
Et resplendisse avec le Temps…

« Toute caresse, toute confiance se survivent !

 

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JEAN ROGER CAUSSIMON

 

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LA FEMME AVEC QUI JE SUIS EN AMOUR

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Le crève-cœur faibli, sans doute serait-il possible d’adresser un début de motet à un être de lumière ; encore faudrait-il que me vînt quelque figure ou sa feinte, signe quelconque avant-coureur ouvrant leur envol aux vocables, les laissant s’affranchir de l’horizon fielleux.

Prémices : aux entrailles, une fougue métissée d’euphorie, un réveil de visées sans dessein pour l’instant, de silencieuses effigies augurant un futur incertain. Mais l’orpailleur du temps n’écrit-il pas : « L’étreinte poétique comme l’étreinte de chair / tant qu’elle dure / défend toute échappée sur la misère du monde » ?

Bien entendu, soudaine, toi : sibylline, subtile, vêtue de tes seuls songes, sang et chair intensément, déroutante un peu dans l’haleine des fièvres ; toi qui t’ébats, souris ; toi qui viens procurer sans calcul une aubaine, quand le jour enrosit : m’offrir ton fredon de fontaine.

 À chacun des vagirs montés de ton cœur à ta gorge, le prosème se soleille à ta voix bleue d’angelus lente.

 

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FRANCOIS LAUR

 

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francis-picabia-uncana

Oeuvre Francis Picabia

 

VOYAGE FUTILE ?

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Quelques cailloux à la joue du rêve
initient un chemin.
Sautillement d'oiseaux
entre nos deux visages,
palabres des gentianes
aux
lèvres carminées
quand, derrière la haie,
le soir couche le vent
quand, derrière ton nom,
s'élève un chêne vert.
Au coeur de l'hiver
débroussailler les heures
et retenir des friches
leur patience gris-bleu.
Déterrer sous la croûte durcie
un
reste de jour,
un morceau de saison.
Les rainures du temps
laissent glisser le ciel.
Frêle esquif ?
Voyage futile ?
Si peu de couleurs s'apprêtent à embarquer.
Et pourtant,
il suffirait d'un rien
pour les accorder.
De quelques notes de jasmin
quand les mains de l'orante
ne sont plus que deux ailes,
deux ailes de gaze,
fines et légères.
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BRIGITTE  BROC
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Francis Picabia 1

Oeuvre Francis Picabia

TRANSPOETIQUE. LA MAIN CACHEE ENTRE POESIE ET SCIENCE...Extrait

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En évoquant le miel le plus secret de la poésie, nous touchons ici un domaine où il n'y a rien à comprendre rationnellement, mais tout à vivre intuitivement. Le sentiment de l'Absolu ne se définira jamais. Il est vécu ou il n'est pas vécu. Tout rationaliste ne verra là qu'illusion ou absurdité. Il n'est pire sourd, dit-on, que celui qui ne veut pas entendre. Mais la question est plus radicale : N'entend pas celui qui n'a pas le pouvoir d'entendre. Trop d'êtres humains sont hélas des huîtres scellées : jamais la lumière ne pénètre à l'intérieur.

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MICHEL CAMUS

 

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CAMUS MICHEL


COULEUR D'HOMME...Extrait

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Merci André ( Chenet )

 

Le petit homme gris
a tout envahi
Il prolifère
vermine inexpugnable
Le petit homme
dicte la loi
Poisson froid
singe hurleur
je le croise partout
sous divers masques
Il a tué ma joie
mon rire d'enfant
Il a brisé mes élans
purs vers les hauteurs
là où l'on peut toucher
la transparence
Il a noirci mes matins
Ses crimes sont innommables
mais nul trouble en lui
Depuis la nuit des temps
je fais la guerre totale
au petit homme gris
C'est sans doute lui
qui l'emportera
Mais cette guerre-là
vaut mieux, bien mieux
que toute paix séparée
Le petit homme gris
n'a pas encore gagné !

 

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ANDRE  LAUDE

 

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guy denning2a

Oeuvre Guy Denning

 

 

 

N'ÊTRE...Extrait

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Merci Thami

―« Je l’aurais achevé de sitôt,
n’était cette flamme qui m’a pris en otage, bien
avant l’adhérence, que j’ai couvée intimement,
contre vents et marées, allant d’attisement en
attisement ;
n’était cet amour qui me coiffe d’auréoles,
m’entoure de colliers d’écume flamboyante,
rassure la raison de persister à me réveiller
chaque matin,
et, avec beaucoup de peine, rassembler mes
membres disloqués, tant le marasme ambiant
entrepose :
un oeil par-ci
une hanche par là
et les pieds en tête-bêche dévoyés
n’était cette tendresse qui, sans faillir, fait de
moi un miraculé, revenant de l’entre-deux,
souriant, détaché du factice.
Tel le jour où j’ai rencontré la lumière.
Comme venue d’ailleurs sans crier gare »

 

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MOHAMMED LOAKIRA

 

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THAM 100,

Photographie Thami Benkirane

benkiranet.aminus3.com

L'A-MERE OU PLUS LOIN QUE LA MEMOIRE...Extrait

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De braises et de gentiane
l’offrande originelle.

Les mains nées caressantes
dominaient clouaient.

Une onde toujours autre
une ombre furtive
l’odeur de pommes
ton odeur mère
traversait mon éveil.

Mère…
mot source
pour aider le passage
mais toi sans aube
toi de trop de ravines
et de résonances,
toi unique en ta déréliction
en ton impuissance
ne guidais rien.

 

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AGNES SCHNELL

 

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mere d'agnes,

 

 

AGNES SCHNELL...Extrait

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Agnès...9 mois déjà

 

Rage
révolution muette toute au dedans
germes à forcer
mots à crever à aligner
étroite union avec l’encre fertile
de l’autre rive.

On retardait l’instant.
On effaçait.

La voix pourtant s’élevait
s’étirait
arrachement fouaillement
déchirure des digues
la voix montait malgré soi.

 

On en possédait
le son le tremblé
le souffle
on possédait le cri
l’inarticulé l’imminent
la carcasse.

 

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AGNES SCHNELL

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agnes 2,

 

 

 

HAUTE SOLITUDE...Extrait

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Quand ma chambre est en ordre, je la quitte. Quand mes amours sont en ordre, je m'en détourne. L'ordre, c'est le salon d'attente d'un dentiste, pièce époussetée, tristement coquette, impersonnelle et silencieuse, et dans laquelle on s'apercevrait soudain qu'on ne souffre plus. Et l'on resterait là, inutile dans un cadre inutile, indéfiniment... On serait un des chaînons de l'ordre. On prendrait place dans la durée correcte et classique...
L'ordre interdit dans une large mesure les fu­mées, les forêts, les voyages. Désirer l'ordre de façon systématique, c'est désirer la clinique, le devoir de vacances, l'uniforme et la mort. Car le plus bel ordre est l'ordre de la Mort. Il n'y a d'ordre que dans les alphabets, les règles grammaticales, les souvenirs et les cimetières. L'ordre est sous les vagues, sous les herbes, sous les passions. Il est dans le passé, dans ce qu'on ne dérange plus guère, dans ce qui ne bougera jamais. L'ordre, ce sont les saints du calendrier, les saisons, les frontières natu­relles. Mais que serait cet ordre sans la folie des hommes ? Tout simplement ce qu'est un nid sans oiseaux, un parc sans enfants, une main sans lignes.
L'ordre, c'est Bouddha, c'est Mahomet. C'est un grand roi, et voici les noms des personnages de sa cour : Symétrie, Classement, Méthode, Subdivision, Ensemble, Système, Alignement, etc. Or, je ne mets rien en file...
Attention, pourtant le désordre n'est pas le contraire de l'ordre. De même que l'ordre n'est pas un arrangement, le désordre n'est pas un dérange­ment. Le désordre, ce n'est ni la tempête, ni la vibration des vitres secouées par les roues des véhicules, ni la tête à l'envers, ni la charrue avant les bœufs. C'est la vie même. L'ordre suppose l'apparence des disciplines, des immobilités, des tombes, des lois, des structures, et ne donne nais­sance qu'à des iconoclastes. Car la fatalité de l'or­dre, c'est l'invitation à la débandade, à l'injure, aux fêlures et au dégel. L'ordre, c'est Dieu statique. Tandis que le désordre, tel que le comprennent les âmes véritables, c'est l'homme en mouvement (…)
Nous nous comprenons, la « turne » et moi. Nous échangeons des messages. Mais — si l'on avait mis de l'ordre dans cet univers de bouquins et de papiers, si l'Armée du Salut avait vidé mon encrier de son alcool, si la Société protectrice des Animaux avait limé les dents de mes porte-plume, je me sentirais mûr pour un harakiri au coupe-papier. Qu'on ne touche pas à mes affaires! Qu'on laisse mes parents où ils sont, mes souvenirs à ma porte et mes manies à leur place!
Je ne me sens un homme d'avenir et d'amour, un citoyen de solitude et de douleur qu'au milieu de mes monceaux, que perdu dans le tramail des foules. Des endosmoses fulgurantes me permettent d'avoir le pied léger, la main leste et l'œil sûr. Le chapeau est logé avec les livres, le linge voisine avec la littérature, les dictionnaires se baladent comme des mille-pattes, des mille-feuilles, des mille-idées. Mon peignoir de bain gesticule comme si j'étais encore dedans. Un coin de page blanche me donne la clef de mes travaux. Je retrouve le Vapex au milieu des épreuves à corriger. Désordre que tout cela ? Non, allégresse du solitaire.
Je précise : il n'y a pas de règle qui oblige l'homme à dormir sur le côté droit, à choisir dans un menu le cassoulet plutôt que le rôti de porc, à se lever à une certaine heure. L'homme est tou­jours en train de créer. Quand on demandait à Shakespeare où il puisait le sujet de ses pièces, il répondait : « Dans le rêve. » Ainsi allait-il au plus pur du désordre. Il tournait les pages du merveilleux album des nuits. Il priait le déterminisme de se retirer avec son plateau. L'ordre offre aux mortels des oreillers. Le désordre les met en route vers le possible.

 

 

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LEON PAUL FARGUE

Extrait de Plaidoyer pour le désordre 

 

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MARCEL DUCHAMP

Oeuvre Marcel Duchamp

 

 

8 Mai 1902 - ERUPTION DE LA MONTAGNE PELEE - SAINT-PIERRE - MARTINIQUE

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Trois membres  ( voir cinq ) de notre famille directe originaire de Corse, périrent à Saint-Pierre le 8 Mai 1902

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Mme Dumas, née Marie La Boissière, femme d'un honorable négociant de Saint-Pierre, s'était réfugiée, dès le 6 Mai, dans le bourg du Saint-Esprit, à une soixantaine de kilomètres du Volcan. Ses quatres jeunes enfants l'accompagnaient. C'est à cette sage mesure, prise à temps, qu'ils doivent, ayant tout perdu, d'avoir au moins la vie sauve. Quand à M. Dumas, retenu en ville pour la garde de son magasin et pour son courrier, il écrivait, le matin même du désastre, une lettre qui, dans son admirable simplicité, témoigne bien de la sécurité funeste qui n'abandonna presque à aucun moment la malheureuse population qui allait périr ( On évalue le nombre des victimes, rien que pour Saint-Pierre, à plus de 26 000. Mais il faut ajouter à ce nombre les réfugiés et les
autres habitants qui ont succombé dans les environs, de sorte que le chiffre total des morts peut être porté sans exagération à près de 40 000 )

 

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Saint-Pierre, ce matin, 8 Mai.

Ma chère Marie,
Mes bons petits enfants,


Il est 3 heures et demie -  Il y a plus de trois heures que je ne dors pas. -
Je vous écris au milieu d'un feu d'artifice que je ne saurais vous dépeindre. Figurez-vous deux orages ensemble: l'un, volcanique, avec ses lueurs blafardes, d'un bleu indécis, affectant des formes fantastiques, à travers des grondements sourds, sans une seconde d'interruption entre eux; l'autre atmosphérique, avec ses brillants éclairs en zigzags, déchirant le ciel, et des bruits stridents de toile arrachée vilemment par de mais inlassables !
Cela, je vous assure, fait trépider les maisons, un peu aussi les courages.
Voilà le spectacle grandiose et terrible auquel j'assiste depuis ce temps !
Vraiment que c'est beau, saisissant, sublime !
Quel dommage qu'une pareille magnificence ne soit pas sans danger !
Cette peur de l'inconnu provoque, malgré vous, comme un petit frisson dans le corps, et, partant, point de plaisir, point d'agrément, plus de poésie captivante en ces scènes merveilleuses de la nature !
Qu'ils sont mesquins, les explosifs et les lumières de nos fêtes, à côté de ceux du volcan !
J'ai honte d'être si petit, si ignorant, si " rien ", devant ces forces puissantes des éléments déchaînés.
Quel magasin d'électricité dans notre montagne ! En la distribuant avec mesure, il y aurait de quoi éclairer Saint-Pierre pendant mille ans !
Cet orage sera un bienfait pour la ville. Il pleut. Nous avions besoin de ce volume d'eau pour purifier les rues et les toitures de la cendre qui nous incommodait.
Et quel bonheur inappréciable que cette énorme quantité d'électricité se dégageant au dehors; car, si elle eût persisté encore un peu à se condenser dans les flancs du mont Pelé, qui pourrait dire de quelles explosions épouvantables nous étions menacés ?
Saint-Pierre se comporte bravement en face de son Goliath. On ne bronche pas. Jusqu'à présent, il n'y a aucun danger pour la ville. Ce que nous redoutions, c'étaient les tremblements de terre: or, ils sont écartéspar l'éruption.
Mais , si nous jouissons d'un peu de tranquilité, il n'en est pas de même dans ce pauvre Fonds-Coré: de tout ce riche quartier, je ne donnerais pas un centime, à l'heure qu'il est. La nuit dernière, les deux rivières qui le cernent ont failli le couvrir tout entier. L'ex-voto rest indemne, mais, à l'autre extrémité, la tonnellerie mécanique et les maisons voisines ont été submergées. Ceci n'est point l'oeuvre du volcan, mais plutôt le fait du  fort débordement occasionné par les grandes pluies qui se sont déversées sur la montagne. Il n'y a plus personne dens les villas dela banlieue; j'y suis allé hier, toutes les maisons étaient closes, ou, si quelques unes s'entr'ouvraient encore, c'est que leurs propriétaires se hâtaient d'achever leur déménagement.
L'orage bat son plein au dessus de ma tête. L'eau tombe à gros bouillons. Depuis deux jours, nos bassins étaient vides.
.....Je m'étais arrêté d'écrire à 4 heures, croyant prendre un petit sommeil, mais il n'y a pas eu moyen. La tempête continue, avec un peu d'accalmie pourtant.
Par contre, la montagne redouble ses fureurs. Elle gronde effroyablement!
Oh! Ma chère Marie, que je suis content que tu n'aies pas été ici,cette nuit, car tu aurais trop souffert; et les pauvres petits, mon Dieu ! Dans quelle détresse les aurais-je vus !
Enfin, le jour vient. L'Angelus sonne. C'est l'Ascension. Cela ramène au coeur je ne sais quelles douces pensées, quels délices, quelle joie suave !
Je ne vois pas encore la ville, mais seulement le voisinage.
Grâce à la pluie torrentielle, nos toitures ont repris leur vive couleur. Les arbres ont cessé d'être affreux. Le pavé reluit comme auparavant. *
Cette vue plus gaie nous réconfortera tous.
Quant aux effets produits par le volcan dans la montagne, je les apprendrai dans la journée.
....Hier, la plupart des magasins sont restés ouverts. La vie voudrait reprendre, mais les affaires chôment totalement.
Pensez donc, plus d'étrangers, plus d'acheteurs, plus aucune transaction ! Je m'efforce de garder mon sang-froid. Sans nier le péril, je ne le vois pas encore si près que ça.
Je vous envoie " Les Antilles " et " Les Colonies ". Vous verrez, en les feuilletant, que je ne suis pas seul à dire qu'il n'y a point de danger à rester à Saint-Pierre. Tranquillisez-vous doncà mon sujet et attendons.
Je me réjouissais à l'idée de passer cette belle fête de l'Ascension avec vous, mes chéris. C'est bien le cas de répéter: " L'homme propose et  Dieu dispose ."
Allons, vous tous que j'aime tant, recevez mes plus tendres baisers.

J. Dumas


Cet excellent père, ce travailleur honnête, tout à son devoir, finissait d'écrire à cinq heure du matin, déposait lui-même sa lettre à 6 heures au bateau, et, à sept heures 50, de lui comme dela ville entière, il n'y avait plus que des cendres...

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https://issuu.com/scduag/docs/1635-1902s2

 

 

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https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89ruption_de_la_montagne_Pel%C3%A9e_en_1902

À TOI QUI SAIS TENIR PAROLE

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Toi, femme aux mains de poignante douceur, lèvres offertes comme fardées au pinceau rouge du vin des noces de Cana, je salue en ta chair la naissance du monde, toutes saveurs du sel, ton parfum de fourrure, l'appel sourd de la terre, sa promesse de source, son octroi de froment.

Toi, femme qui inventes la prosodie de mes paroles, toi par qui mes songes prennent corps ; tu as flétri mes cauchemars dans tes flancs de longue houle.

Avant toi, rien, jamais, ne m'avait suggéré que le poème est la pâture pour faire éloge ou récuser ; que sa voix, on la doit à la vie, vie plurielle vie plus nombreuse que les abeilles de l'aurore. Tu m'as appris par ton regard à percer le brouillard du banal : les lieux en ont gagné une évidence toute neuve. Depuis toi, je ne saurais m'imaginer seul dans la ville des miroirs, des mosaïques et des masques ; de l'anneau d'or : ville et mer mariées, ce lieu de vertigineuse merveille qui donne le mensonge en exemple.

« Tu danses dans mon cœur » ; ainsi certains Amérindiens, m'as-tu dit, nomment l'amour. Malheur à qui est sans désir : il ne saura rien de ta chorégraphie quand tu cisèles, en silence, l'invite.

Certes, entre nous, le plein partage est impossible. Mais nos dialogues sans soliloque ! Mais la mémoire de tes mains, tes grains de beauté conviant aux baisers ! Certains matins la tiédeur de la brise, un beau rectangle d'herbe drue, l'ombre qui glisse sur le pech comme le drap de lin bleu sur tes seins ; femmes de Kobanê arme à la main pour être libres...

Je nais au long de notre vie, le temps s'y cadence en tendresses

 

 

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FRANCOIS LAUR

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francis picabia

Oeuvre Francis Picabia

LE DROIT D'ÊTRE NATURALISTE...Extrait

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La culture ce n’est pas avoir le cerveau farci de dates, de noms ou de chiffres, c’est la qualité du jugement, l’exigence logique, l’appétit de la preuve, la notion de la complexité des choses et de l’arduité des problèmes. C’est l’habitude du doute, le discernement dans la méfiance, la modestie d’opinion, la patience d’ignorer, la certitude qu’on n’a jamais tout le vrai en partage; c’est avoir l’esprit ferme sans l’avoir rigide, c’est être armé contre le flou et aussi contre la fausse précision, c’est refuser tous les fanatismes et jusqu’à ceux qui s’autorisent de la raison; c’est suspecter les dogmatismes officiels mais sans profit pour les charlatans, c’est révérer le génie mais sans en faire une idole, c’est toujours préférer ce qui est à ce qu’on préférerait qui fût.

 

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JEAN ROSTAND

 

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Gilles-Joseph Berger

Oeuvre Gilles Joseph Berger