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Channel: EMMILA GITANA
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RÊVES BLEUS

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                                                             Je vampirise le bleu de l'azur, il coule dans mes veines telle une drogue douce . Mes rêves de petite fille étaient bleus . Ma grand mère me les souhaitait de cette couleur juste avant de fermer la porte de ma chambre , et ma nuit était sereine. C'est sans doute elle qui a nourri ce goût pour le bleu qui ne m'a jamais quitté . Tout au long de ma vie, parmi toutes les nuances ,il fut ma référence , le bon ton . Entre un ciel d'hiver froid, bleu dur et celui d'un été torride, plus pâle , je n'ai jamais eu à choisir, ils me convenaient tous les deux  . Ce n'est pas pour autant que j'ai vécu dans une atmosphère ouatée, mais chaque fois qu'un bleu apparaissait sous n'importe quelle forme , il m'équilibrait . Ignorant involontairement les verts, les rouges, les jaunes , je me privais d'une palette admirable .   
                                                             Je me souviens avoir hérité d'une aigue-marine dans ma jeunesse, elle me fascinait . Cette bague au doigt m'assurait dans tous les domaines et je ne craignais plus de lever la main pour parler . Un pouvoir magique dûà cette transparence à peine bleutée qui traversait les facettes de la pierre claire, faisait disparaître mes craintes.  Je l'ai perdue et les doutes sont revenus.
                                                             Des années ont passé et lorsque je retrouve la mer miroir d'un ciel pur , entre le sable beige et doré  de Marseille , je ferme les yeux et, sous mes paupières closes, le souhait de mon aïeule se réalise encore. Si mon rêve se trouble de gris , une trouée de bleu vient l'irradier et efface le blues qui venait le troubler.

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JOSIANE

 

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bleus-2

Oeuvre Sylvie de Martignac

http://sylviedemartignac.e-monsite.com

 

 

PAR DELA LES MOTS...Extrait

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" Les armes qui éventrent la terre
Brisent l'enfant
Dénaturent ses jeux

Quelle refonte de nos rêves
Quelles alluvions de paix
Quelles brassées d'amour
Écarteront les mâchoires d'épouvante ?

Quelles paroles quels regards quelles mains
Redonneront enfance
À nos enfants en mal d'enfance ? "

 

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ANDREE CHEDID

 

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GUERRE ENFANCE

Enfant syrien et sa maman

LA RETRAITE SENTIMENTALE....Extrait

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« ... quelle amertume d’abord – mais quel apaisement ensuite ! – de découvrir – un jour où le printemps tremble encore de froid, de malaise et d’espoir – que rien n’a changé, ni l’odeur de la terre, ni le frisson du ruisseau, ni la forme, en boutons de roses, des bourgeons du marronnier... Se pencher, étonnée, sur la petite coupe filigranée des anémones sauvages, vers le tapis innombrables des violettes – sont-elles mauves, sont-elles bleues ? –, caresser du regard la forme inoubliée des montagnes, boire d’un soupir qui hésite le vin piquant d’un nouveau soleil – revivre ! revivre avec un peu de honte, puis avec plus de confiance, retrouver la force, retrouver la présence même de l’absent dans tout ce qu’il y a d’intact, d’inévitable, d’imprévu et de serein dans la marche des heures, dans le décor des saisons... »



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COLETTE

 

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PRINT

 

 

LA LONGUE CHAINE DE L'ANCRE...Extrait

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 Le souvenir est une voix brisée,

On l’entend mal,

même si on se penche.

Et pourtant on écoute,

et si longtemps

Que parfois la vie passe.

Et que la mort

Déjà dit non à toute métaphore.

 

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YVES BONNEFOY

 

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souvenir

EFFLEUREE PAR L'OISEAU DE L'INSTANT

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« devant vous je me dénude/doigt/par doigt/ongle par ongle/peau »
Maram al-Masri

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J’ai connu la beauté jusqu’au saisissement, tenté de dire l’affleurement des choses, leurs muettes émergences, sans savoir où allait le vent. Quelle vérité de la chose nue ? L’émotion exige de trouver séjour, d’avoir lieu. Les mots, bien sûr, affluent, mais écrêtés, affadis ou prescrits. Il faudrait laisser advenir leur déflagration par l’orifice jusqu’aux lèvres, lave pure, sécrétion rouge ardent avec glaise et lichens, marais spumeux où fermentent les formes, creux, tours et prêts de langue ? Comment être là ? Là oùça source, au « lieu païen » : quand tu brosses tes cheveux, ondoyante généreuse, ton linge et peignoir près de toi, et que la lune baignée d’aurore, sa caresse halo d’idiome te font chair aimantée, rosissant d’un cri d’oiseau ; quand ça ruisselle sur ton encolure tes seins et qu’une mousse parfumée glisse en bulles sur ton ventre qui halète ; que ton rire les brimbale, claires vénielles, à ton Y trempé, féminin et velu ? Rien ne troublera plus le choc de ta lumière, le toucher de nos doigts, les fastes de l’instant. Pourrais-je ne croire qu’à l’ossement la ruine tandis que tu t’avances d’un obscur si proche, glèbe, eau fraîche d’été, corolles, sillonnée de joie comme un jardin jet et vasque jasants ?

 

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FRANCOIS LAUR

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francis-picabia

Oeuvre Francis Picabia

 

MATINALE DE MON PEUPLE...Extrait

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Tu disais des choses faciles
Travailleuse du matin
La forêt poussait dans ta voix
Des arbres si profonds que le cœur s’y déchire
Et connait le poids du chant
La tiédeur d’une clairière
Pour l’homme droit qui revendique
Un mot de paix
Un mot à notre dimension
Tu tirais de sa solitude
Le rôdeur qui te suit tout pétri de son ombre
Celui qui voudrait écrire comme tu vois
Comme tu tisses comme tu chantes
Apporter aux autres le blé
Le lait de chèvre la semoule,
Et si dru dans le cœur et si fort dans le sang
La bonté de chacun
Le charme impétueux des hommes solidaires
Parle Ô tranquille fleur tisseuse des promesses
prélude au sûr éveil de l’orge
Dis que bientôt l’acier refusera la gorge
Bientôt le douar entamera la nuit.
Tu m’apprends à penser
A vivre comme tu es
Matinale arrachée à l’obscure demeure.

 

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JEAN SENAC

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etienne dinet

Oeuvre Etienne Dinet

LA VRAIE VIE EST ABSENTE...Extrait

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Un jour
une année
des siècles
sans toi
le courage se défait
l’agonie prend forme d’éternité
sans toi
sans eux
les autres qu’il faudrait rejoindre
qui sont trop loin déjà
ailleurs
insaisissables
entre nous
une paroi de roches si lisse
que les mains n’y trouvent pas d’appui
on se lève le matin
hébété
on se regarde dans la glace
ces yeux
ce visage
ce rictus
pas moi
un autre
un étranger
un malade bien sûr
ils l’ont tant répété
les lâches
pour qu’il ne reste vraiment plus rien
à accrocher au gibet de l’amour avorté.

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FRANCIS GIAUQUE

 

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francis picabia,,

Oeuvre Francis Picabia

RAVIR: LES LIEUX...Extrait

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Une fenêtre. Presque le mur déjà

Comme si l'on avait déplacé
la fenêtre, et la fenêtre seule.

Les livres se défont, les feuilles
se perdent dans l'orbite du ciel
-plus aucune couleur
et le vent manque soudain.

Qu'as-tu gardé des jardins fastes
des ombres au petit matin
qui venaient s'échouer sur tes lèvres?

À l'instant bouge le paysage. L'heure
n'est qu'un maigre abri, les arbres déploient
cornes et lames. Écoute
les années qui résonnent derrière toi
l'orage brouille tes yeux, tes mains
ne touchent plus que ce passé furieux.
Tout est rouge, bientôt sera mauve.

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HELENE DORION

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HEL

LES ANNEES

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On couche tôt son corps inhabité, prétextant un sommeil inexistant, et l'on s'inscrit à l'habitude .
Les années pleines de vie sont affaires classées. On prend le train tranquille, on s'y accroche de
plus en plus difficilement puis on l'oublie. L'automatisme s'installe, ultime preuve d'un pouvoir
d'action révolu. On s'attarde longtemps sur la fleur qui nous émerveille, on se penche même à
grand coup de douleur pour chercher son secret, et en fermant les yeux on la respire comme
une bouffée d'oxygène. Derrière les carreaux, la nature nous offre ses meilleurs tableaux, on
l'observe avec la plus grande attention. On l'écoute. Tout est restéà sa place. Elle nous a
accompagnés discrètement depuis toujours et sans condition. Aujourd'hui nos yeux lui sont
reconnaissants pour sa fidélité. On la remercie de nous donner ce plaisir, preuve de vie .
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JOSIANE
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joss

GUISANE...Extrait

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La lumière délimite notre présence au monde
Sombres, nous sommes pourtant lumineux
Ecrire à peine juste pour frôler la peine
Sinon la tristesse finirait par se prendre
Définitivement au sérieux
Comme la truite qui rejoint les eaux profondes
Que nous pensions tenir dans nos mains
Pêcheurs du poème

 

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PATRICK CHEMIN

 

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VALLEE DE LA GUISANE, le Lauzet

L'Aiguillette, vallée de la Guisane au Lauzet

LE SOLEIL NOUS A BLESSES

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L’écorchure a atteint le papier vierge. J’entends battre ton cœur sur le quai de la gare où tu m’attends. Tu flottes comme un chagrin à la recherche d’un câlin réconfortant. Les trains se succèdent dans la pénombre haletante, des bras et des jambes, un corps, un vertige, une matière assemblée et agile. Je ne peux te toucher.

Les mots font trop de bruit. Trop de fracas de feuilles dans l’écriture. Je peins le vacarme aux couleurs de mon souffle. Mille étages de couleurs s’effondrent en avançant.
Et si nous allions voir la lame qui découpe nos visages ?

Le silence, tel que je l’entends, n’est rien d’autre qu’un serpent sur le manche d’un couteau. Je pense encore à la poussière qui passe, aux trombes d’eau vinaigrées et au nénuphar solitaire derrière la lune. Nous sommes des passeurs. Avec soi, l’espace se garantit une limite. Nous sommes des convoyeurs d’air. Nos victoires et nos échecs imbibent le temps et s’offrent à la pesanteur lancinante des sources taries. Le sens que nous donnons à l’existence est celui d’un bohémien, un intrus dans notre sang. Le rouge est une couleur non sédentaire. Il a besoin de bouger, il a besoin de mouvements pour ne pas sécher sur place. Toutes les couleurs n’ont que deux préoccupations essentielles : se répandre et se mélanger à d’autres. Elles glissent le long des chaînes du temps. Un tableau surréaliste est suspendu après chaque nuage qui défile dans le prolongement de ma mémoire.

Je dors avec une lame de barbier sous l’oreiller. J’habite un sommeil tranchant et de coups étouffés. Des nuages épinglés à mes rêves, je chute comme la pluie qui réveille les arbres et les herbes. Des verres grincent dans les placards fermés. Tout près, des trains sans locomotive passent indifférents. Pourtant la voie qui s’ouvre se révèle neuve de toutes les tensions irrésolues et les rails détonnent dans l’espace qu’il nous reste à franchir.

J'aime embrasser le ciel muni de la patience et de l’insomnie qui brûle. Mes lèvres ont besoin de s’enflammer pour sentir les mots qu’elles mâchonnent avant de les projeter sur la vitre qui nous tient lieu de parloir. Mes oreilles se retrouvent sous le casque d’un motard et le bruit diminue. La vitesse, aussi. L’agitation m’entoure mais ne me pénètre pas. La tête entre les mains, la nuit dans la grange, quelque part des sources courent. Je dors devant la caravane qui passe. J’entends au loin des ombres qui se noient dans la nuit.

C’est le couac des ténèbres. Tout s’éparpille. Deux cratères polaires fondent sur les trottoirs souterrains. La froideur est exempte de frissons. Il y a deux trous noirs oubliés sur la rive et mes paupières pétrifiées. Jamais dans la cathédrale du silence un bruit ne fut aussi sourd.

Nous marchons côte à côte pour dénicher un coin de paix, un repos autorisé dans le couchant des ombres. Incurable tristesse d’un amour sans le soufflet qui attise des braises. Je ne vois rien ou si peu. Mais tu es là. J’entends presque ta voix dans les mots que je prononce. Je les répète et tu es partie. C’est un jeu de cache-cache où nous dansons autour du feu. La grâce des flammes vivifie le silence par lequel nous nous comprenons.

Nos joies quittent la larme coupante. L’air s’aiguise tout seul. Nous n’avons pas pu vieillir sur un coin de soleil mais nos tendresses associées enflamment la nuit. Nous sommes au monde dans le fait accompli et la présence du feu est devenue une prière transfigurée. Tu coules de ma mémoire terne et sans visage. L’amour est égal aux collines d’écumes où nous avons vu le jour. Je suis une amande posée sur la fenêtre. Tu es une fleur sur l’amandier. Nos saisons se suivent jusqu’au labour prochain. Le silence ne recule pas, il participe à la mélodie qui nous emporte.

Tu n’es plus là, l’évidence est morte avec toi. Rien ne tient plus dans le corset des vers qui grouillent dans le casier trop étroit de la terre. Là-bas, dans l’étang suspendu sous l’ardoise des verbes, le cri est une boule d’écume qui meurt au bout de la ruelle où le crépuscule chantonne. Une mue insidieuse broie la craie qui t’écrit.

Je ne te vois que là où tu n’es plus. Mais cela suffit au vacarme.
Ma tête est dans la tienne. Ton baiser sur ma joue. Tes éclats sont couchés sur mes ombres.
Un abat-jour filtre la pensée qui s’allume.
Un frisson s’arrache de mon ventre, expulsant des sanglots morts. Je pose mon regard sur tes joues en feu. L’appel de la vie est un tapis invisible que je bats au-dessus de la respiration. Le vide est plein d’armoires àétoiles. Ce qui brille ressemble à tes yeux. L’air se brise sur la cornée de la matière arrachée à nos mains et la poussière ensevelit l’espace qui nous engloutit.

Puis, le silence se redresse. Il se répète mille fois dans le noir bouillon d’une opaline. Une ligne droite cherche le bonnet de pierre qui nous cache. J’essaie d’apprivoiser l’heure qui remue par-dessus comme drap étendu.

Le vent est une amarre pour les copeaux de lumière.

Par de vains efforts pour ressusciter ce qui n'est plus, j’active les voiles pour leur faire prendre le vent. Mais tout est vitrifié. Je me tiens aussi proche que possible mais le souvenir déborde mes quais. L’éclaboussure est une gifle. Je te retrouve sur la digue. Nos mers sont recouvertes d’une nuée de corbeaux affamés.

La nuit réforme la substance du jour qui n’a pas dévoilé l’immobilité. Mort, je continuerai à me répandre comme une lame d’eau qui a rompu les digues du silence. Je transgresserai les frontières de l’oubli.

J’égorge toutes les agonies, sourdes, aveugles, muettes. Je romps avec le sens qui est pensé. La parole tisse les mots avec la langue. Spontanée comme le frisson, elle fait encore pleurer mes mains. Ephéméride horizontale, sans hauteur, sans pignon et sans axe, la voix décline l’énergie déployée mais la substance polyphonique se cache sous le feuillage des arbres où les oiseaux rêveurs se disputent le ciel.

Sans équivoque, le soleil nous a blessés et nous sommes déchirés par l’abus de clarté. Le jour est un organe sensible. Un violon de marbre violente ses cordes dans nos poumons. Je te regarde dans le vif de la faille. La brûlure n’en est que plus saisissante. Elle célèbre l’inconnu où s’uniformisent la beauté et la douleur et elle clame l’armistice entre les baies d’épices rutilantes.

Nos lèvres sont façonnées par la luminosité qui nous étrille. Nos voix sont debout comme la larme rampante couchée dans nos yeux. Une averse printanière inonde notre respiration. C’est l’allaitement incongru du sang aux mamelles de l’existence. Du sucre et du lait s’évanouissent dans l’air. Je ne peux toujours pas te toucher.

J’ai peur de penser. Peur de mes démons, peur de ces absolus que la nécessité voudrait régir par la douleur abusive. Je redoute tant de découvrir en moi le désastre de mes origines d’homme et les empreintes répandues à l’apparat du vide. Je crains que le sacrifice soit l'autel d'inutiles logiques. Tout ce qui éclaire ma vie intime accable le monde de sa trop grande puissance. Je m’effrite comme une raison qui ne connaît pas son fondement.
De ma voix, entends-tu donc les tremblements qui me font chanceler et m’ébrouer comme un linge épaissi de crasses indélébiles ? Je m’isole dans le temps interminable, sec comme un cri. Le tombeau des mots n’enferme pas toujours la mort dans le silence. Ils appartiennent au poids du monde comme à la légèreté des cendres de la voix.

Si tu veux bien, nous irons chercher dans l’absence tout ce que nous ne possédons pas dans le songe.

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BRUNO ODILE

 

 

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Francis Picabia 1

Oeuvre Francis Picabia

 

 

U.P. WILSON - YOUR LAST CHANCE

PEDRO SALINAS...Extrait

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Oui, derrière les gens, je te cherche.
Pas dans ton nom, s'ils le disent,
pas dans ton image, s'ils la peignent,
derrière, derrière, au-delà.
Derrière toi, je cherche.
Ni dans ton miroir, ni dans ton écriture,
ni même dans ton âme.
Derrière, au-delà.
Derrière aussi, plus arrière que moi,
je te cherche.
Tu n'es pas ce que je sens de toi.
Tu n'es pas ce qui en moi frémit
dans le sang de mes veines sans être moi.
Derrière, au-delà, je te cherche.
Pour te trouver, cesser de vivre en toi,
et en moi, dans les autres.
Vivre déjà derrière tout,
sur l'autre versant de tout
-pour te trouver –
comme si j'allais mourir.

 

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ELLE LANCAIT SA VIEILLE VAISSELLE

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Elle lançait sa vieille vaisselle à la lune
qui répare les assiettes ébréchées
ravaude le linge des noces
et classe par ordre de tristesse les photos jaunies par le regard de la lampe

Tout l’univers se partageait les taches ménagères de ma mère
les vents adverses soufflaient dans les tiroirs
négociaient dans ses volets
et balayaient vers la ville les miettes de rêves qu’elle grignotait dans son sommeil

Mère si négligente
sur ta corde de linge séchaient les nuages au blanc douteux
qui suscitaient le sarcasme des rossignols et attristaient le soleil
tu signalais leur disparition aux gendarmes quand le vent les entrainaient
par-delà de la vallée
le traitant de voleur de draps et de bétail
puis retirait ta plainte quand les nuages te revenaient brouillard accroupi
sur ton seuil

 

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VENUS KHOURY-GHATA

 

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nuages

 

NE T'EXCUSE PAS...Extrait

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Pour notre patrie,

proche de la parole divine,

un toit de nuages.

Pour notre patrie,

distante des attributs du nom,

une carte de l'absence.

Pour notre patrie,

petite comme un grain de sésame,

un horizon céleste...et un abîme caché.

Pour notre patrie,

pauvre comme les ailes de la grouse,

des Livres saints...et une blessure à l'identité.

Pour notre patrie,

aux collines assiégées déchiquetées,

les embuscades du passé nouveau.

Pour notre patrie, butin de guerre,

le droit de mourir consumée d'amour.

Pierre précieuse dans sa nuit sanglante,

notre patrie resplendit au loin, au loin,

elle illumine à l'entour...

mais nous, en elle,

nous étouffons chaque jour davantage !

...

Cadavres et anonymes.

Aucun oubli ne les réunit,

aucun souvenir ne les sépare...

Oubliés sur la voie publique,

dans l'herbe hivernale,

entre deux longs récits de bravoure

et de souffrances.

«Je suis la victime». «Non, je suis

l'unique victime». Ils n'ont pas répliqué:

«Une victime ne tue pas une autre,

et il y a dans cette histoire un assassin et une victime». Enfants,

ils cueillaient la neige sur les cyprès du Christ

et jouaient avec les angelots, car ils avaient

le même âge...Ils fuyaient

l'école pour échapper aux mathématiques

et à la vieille poésie héroïque. Aux barrages

ils jouaient avec les soldats au jeu innocent de la mort.

Ils ne leur disaient pas: «Laissez donc les fusils

et dégagez les routes que le papillon retrouve

sa mère auprès du matin,

que nous nous envolions avec le papillon

hors des rêves, car les rêves sont étroits

pour nos portes». Ils étaient petits,

ils jouaient et inventaient un conte pour la rose

rouge sous la neige, derrière deux longs récits

de bravoure et de souffrances,

puis ils s'échappaient

en compagnie des angelots

vers un ciel limpide.

 

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MAHMOUD DARWICH

 

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hebron,

Palestine , Hebron

LE RIEN

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J’ai traversé le Rien
Aux jours de mon enfance
Déchiffrant la mort
En nos corps d’argile
Et de brièveté
J’ai récusé l’orgueil
Disloqué les triomphes
Dévoilé notre escale
Et sa précarité

Cependant j’y ai cru
A nos petites existences
A ses saveurs d’orage
Aux foudres du bonheur
A ses éveils ses percées
Ses troubles ou ses silences
A ses fougues du présent
A ses forces d’espérance
Au contenu des heures

J’y ai cru tellement cru
Aux couleurs éphémères
Aux bienfaits de l’aube
Aux largesses des nuits
Oubliant que plus loin
Vers les courbures du temps
L’explosion fugace
Ne laissera aucune trace
De nos vies consumées

Et qu’un jour notre Planète
A bout de souffle
Se détruirait

 

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ANDREE CHEDID

 

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werner hornung

Oeuvre Werner Hornung

 

 

ANDREE SODENKAMP...Extrait

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Lorsque la mort pourra mourir,
les galaxies ramèneront leur bétail de lumière,
les longues heures voyageuses
n’auront plus de passé dans le ventre
et laisseront tomber longtemps leurs souvenirs éteints.

Plus de vivants pour les tombes,
de livres pour dorer les rois.
Les légendes resteront vraies.
On ne pourra plus rien contre elles.

L’atome défera ses épousailles.
Les comètes traîneront leur queue morte
en se mangeant le cœur.

 

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ANDREE SODENKAMP

 

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mahmoud al- Kurd

Oeuvre Mahmoud Al Kurd

http://www.mahmoudalkurd.com

LE PETIT CHAT...

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A Muchju et Ludwig, deux petits gris....


    Tu es mort aujourd’hui, mon compagnon le chat,
    Bleu de fumée, mon petit frère entre les lampes.

    Tu as mis à mourir une extrême patience.
    Tu t’es enfui à pas de loup, à pas de chat.

    Mon petit feu du soir, Roi couronné d’oreilles,
    Tu as perdu ainsi tous les prochains soleils
    Et tes plaisirs d’oiseaux et les moelleux hivers,
    La saison qui remue un matin sous la terre,
    À petits coups de fleurs, le jeu de tous les bruits,
    Et ces lunes d’été où tu marquais minuit.

    Sur ton pelage gris, la mort a déjà froid.
    Qui donc a fui de toi, mon compagnon le chat,
    Dont nous cherchons le nom et qui n’a pu t’attendre ?

 

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ANDREE SODENKAMP

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chat2

OU SONT LES OLIVIERS ?

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Où sont les oliviers
Et les oranges amères
Ces fruits à peine écrits
Dans nos ivresses bleues

Où sont nos rêves roux
Et ces voix éphémères
Qu’un blanc soleil salin
Exilait en tes yeux

Où sont ces heures vives
Dérobées au silence
Où sont nos cœurs émus
D’avoir tenu le jour

Où sont nos villes folles
Nos déserts en partance
L’été et son scalpel
La mer
Le vent
L’amour

Où sont les oliviers
Et les oranges amères
Où sont les oliviers
Les oliviers frondeurs

Où sont les oliviers
Les oliviers, mon frère

Ils sont là
Secourables
Au cadran de nos cœurs

 

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 SYLVIE  MEHEUT

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olivier-millenaire

 

 

 

 

TERRITOIRES SANS NOM

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Dans la maison déshabillée
de la routine des armoires
j’ai rayé la chambre aux poupées
d’un trait d’oubli sur le miroir.

D’un mot j’ai tranché la guirlande
des jours unis par le passé
en m’esquivant du champ de mon adolescence
et des caprices de l’été.

Entre ces murs d’où je me chasse
flotte un sourire de ma mère
comme un fil de la vierge accrochéà la treille
comme un pollen tombé de l’aile d’une abeille.

Flotte la fumée dérisoire
d’un espoir mort à petit feu
et la chance prise aux cheveux
de me soustraire au jeu de ma mémoire.

J’ai désarmé les almanachs
détenteurs de toutes menaces;
je me dérobe à leurs hivers
mais je garde ma carapace
et j’emporte avec moi mes fers.

 

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COLETTE BENOÎTE

 

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mahmoud al- Kurd

Photographie Mahmoud Al-Kurd

http://www.mahmoudalkurd.com/