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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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  • 11/23/16--02:12: BERNARD PERROY ... Extrait
  • Petite brassée d'automne
    avant que tout ne ploie
    sous l'avalanche des tons
    de gris froids et de terre mouillée…

    Les mots s'enchantent
    et se gavent de lumière,
    se prennent à rêver à trois fois rien
    niché dans un silence d'or…

    Ouvrir la porte,
    ouvrir la bouche et le coeur
    aux mouvements qui montent
    de l'intérieur de soi,

    douceurs ou blessures
    à longueur de mourir
    et de vivre à nouveau,
    mouvements de l'un vers l'autre

    que l'on apprend sans cesse
    entre les lignes à décrypter,
    à recevoir et à donner…

     

    .

     

    BERNARD PERROY

     

    .

    Rikka Ayasaki,1

    Oeuvre Rikka Ayasaki


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  • 11/24/16--06:56: NE PAS TE NOMMER
  • Ne pas te nommer

    Toi qui es

    De toute arithmétique

    L’unique dissidence

     

    Tu danses

    Dans l’enfilade bleue

    De ma mémoire

    Émargeant de tes voeux

    L’échelle de la joie

     

    À la fenêtre offerte

    La digue se balance

    Et le môle en riant

    Éperonne la mer

     

    Vois comme tout s'achemine

    Au large de l’hiver

    Sous l’archet sémillant

    De la prime espérance

     

    L’amour est insensé

     

    O

    Ne pas te nommer

    Toi qui es

    De toute certitude

    L’unique arborescence

    L’infini retrouvé

    Le verbe

    La fragrance

    L’embrasement secret

    Des lignes méridiennes

     

    O

    Ne pas te nommer

    Il suffit que tu viennes

     

    Par-delà la métrique

    Par-delà le silence

    Quand le brûlot du soir

    Attise le désir

     

    Et que la mer au loin

    Septentrionne lente

    Les îles à venir

     

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    SYLVIE  MEHEUT

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    R A Y • C O L L I N S

    Photographie Ray Collins


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  • 11/24/16--06:58: GERARD CLERY...Extrait
  • ...


    je rêve les rives enflammées
    les pétales étonnés
    par le saccage doux
    qui les tourmente
    je rêve la rivière qui sanglote
    tes parfums qui musiquent
    la pluie qui supplie
    le coeur quand il déploie
    ses ailes dans ton ventre

    je rêve la vague
    aux odeurs féminines
    à la rosée d'étoiles
    au goût de sel
    qui asperge mes dents
    je rêve aux fleurs rousses
    à la barque de nacre
    qui recueille le ciel
    à ta gueule de loup
    à ta fenêtre ouverte

    au dessus de ton île
    deux oiseaux qui frémissent
    ils sont mon ordalie
    et je rêve aux confins de ton île
    à ta peau lente
    à ton roulis
    aux délires de tes pentes
    ...


    .

     


    GERARD CLERY

    .

    Katia Chausheva Photography10,

    Katia Chausheva Photography


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  • 11/24/16--07:21: MARCHER

  • Un seul souci... marcher...

    Dans le noir... marcher... Dans la nuit épaisse de la voûte fraîche l'enclume son métallique approche. Marcher... La procession s'enroule en pelote, et doucement l'air se raréfie, la voix de fer s'alourdit: le marteau frappe et résonne et gémit.

    Un seul souci...marcher... On débouche : aire faite d'yeux. Yeux aveugles, yeux sillus, yeux clos, yeux diaphanes Yeux éteints, yeux écarquillés, yeux sources trompés par les miracles de l'humain.

    Un seul souci...marcher... Aire faite de bouches. Bouche qui rit, bouche qui crie, bouche qui aboie Bouche muette Bouche ouverte, puits profond où se noie la parole.

    La route des aires court : aire faite de mains. Mains tendues, mains ouvertes, mains feuilles, mains désirs, mains nées du toucher de la terre-mère.

    Un seul souci...marcher...

    La route des aires se répand : soudain s'exhalent des milliers de parfum. L'aire des sens : ultime plaine. Parfums du vent vivant du vouloir, vertes passerelles pour enivrer le souffle des légendes ballerines

    Marcher... Le martèlement de la voûte renaît... La procession tourne et revient... Sortir... Sortir...

    Dans le cerveau de l'homme s'achève le songe étrange du voyage."

     

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    LUCIA SANTUCCI
    Traduction française de F.M.Durazzo

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    procession

    Photographie Kristoffer Axén


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  • 11/26/16--01:39: LETTRE D'AMOUR
  • Je pense aux holothuries angoissantes qui souvent nous entouraient à l’approche de l’aube
    quand tes pieds plus chauds que des nids
    flambaient dans la nuit
    d’une lumière bleue et pailletée

    Je pense à ton corps faisant du lit le ciel et les montagnes suprêmes de la seule réalité
    avec ses vallons et ses ombres
    avec l’humidité et les marbres et l’eau noire reflétant toutes les étoiles
    dans chaque œil

    Ton sourire n’était-il pas le bois retentissant de mon enfance
    n’étais-tu pas la source
    la pierre pour des siècles choisie pour appuyer ma tête ?
    Je pense ton visage
    immobile braise d’où partent la voie lactée
    et ce chagrin immense qui me rend plus fou qu’un lustre de toute beauté balancé dans la mer

    Intraitable à ton souvenir la voix humaine m’est odieuse
    toujours la rumeur végétale de tes mots m’isole dans la nuit totale
    où tu brilles d’une noirceur plus noire que la nuit
    Toute idée de noir est faible pour exprimer le long ululement du noir sur noir éclatant ardemment

    Je n’oublierai pas
    Mais qui parle d’oubli
    dans la prison où ton absence me laisse
    dans la solitude où ce poème m’abandonne
    dans l’exil où chaque heure me trouve

    Je ne me réveillerai plus
    Je ne résisterai plus à l’assaut des grandes vagues
    venant du paysage heureux que tu habites
    Resté dehors sous le froid nocturne je me promène
    sur cette planche haut placée d’où l’on tombe net

    Raidi sous l’effroi de rêves successifs et agité dans le vent
    d’années de songe
    averti de ce qui finit par se trouver mort
    au seuil des châteaux désertés
    au lieu et à l’heure dits mais introuvables
    aux plaines fertiles du paroxysme
    et de l’unique but
    ce nom naguère adoré
    je mets toute mon adresse à l’épeler
    suivant ses transformations hallucinatoires
    Tantôt une épée traverse de part en part un fauve
    ou bien une colombe ensanglantée tombe à mes pieds
    devenus rocher de corail support d’épaves
    d’oiseaux carnivores

    Un cri répété dans chaque théâtre vide à l’heure du spectacle
    inénarrable
    Un fil d’eau dansant devant le rideau de velours rouge
    aux flammes de la rampe
    Disparus les bancs du parterre
    j’amasse des trésors de bois mort et de feuilles vivaces en argent corrosif
    On ne se contente plus d’applaudir on hurle
    mille familles momifiées rendant ignoble le passage d’un écureuil

    Cher décor où je voyais s’équilibrer une pluie fine se dirigeant rapide sur l’hermine
    d’une pelisse abandonnée dans la chaleur d’un feu d’aube
    voulant adresser ses doléances au roi
    ainsi moi j’ouvre toute grande la fenêtre sur les nuages vides
    réclamant aux ténèbres d’inonder ma face
    d’en effacer l’encre indélébile
    l’horreur du songe
    à travers les cours abandonnées aux pâles végétations maniaques

    Vainement je demande au feu la soif
    vainement je blesse les murailles
    au loin tombent les rideaux précaires de l’oubli
    à bout de forces
    devant le paysage tordu dans la tempête

     

    .

     

    CESAR MORO

    1942

    poète péruvien (1903-1956)

    https://brunoruiz.wordpress.com

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    Katia Chausheva Photography7,

    Katia Chausheva Photography


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    Nous dépendons de deux ou trois mots
    Ils tissent autour de nous une étoffe protectrice
    Contre le froid de l'indifférence
    Si peu de mots pour vivre
    Notre mendicité ne fait que commencer
    Les rêves se frottent à nous
    comme des chats familiers
    Comme eux ils s'enfuient
    Sans que nous puissions les retenir
    Pour ne pas rester nus
    Nous avons besoin de mots

     

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    COLETTE ANDRIOT

     

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    L'atelierdemyrrha

     Oeuvre Myrrha

    https://www.facebook.com/atelierdemyrrha?fref=ts


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  • 11/26/16--09:38: ODE
  • Toi et moi
               les bras tendus
               à hauteur de l’azur
                           avec la folle envie d’accoter nos regards
                           au royaume des étoiles.

    Nos oreilles collées au sol
               ont cru entendre
               le bruit des feuilles mortes
                         – était-ce celui des fleurs desséchées ?
                         Qu’importe !  la terre lieu d’empreintes
                         est terreau fertile à toutes les promesses.

    Toi et moi
               la nuit, le jour
               toute l’exultation criée,
                         nos cœurs dansaient la foudre
                         au pied d’un arbre égaré.

    C’était l’espoir, c’était l’instant
               c’était toi et moi
               mais l’amour consume les étoiles
                        et les étoiles qui meurent
                        dans les yeux des amants
                        emportent avec elles la flamme du rêve.

    Adieu !
    Aucun mortel n’a de force à vaincre l’éloignement cosmique.

     


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    GABRIEL MWENE OKOUNDJI

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    Katia Chausheva Photography11,

    Katia Chausheva Photography

     


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  • 11/26/16--10:04: S'ABAISSER JUSQU'A L'HUMUS
  •  S'abaisser jusqu'à l'humus où se mêlent
    Larmes et rosées, sangs versés
    Et source inviolée, où les corps suppliciés
    retrouvent la douce argile,
    Humus prêt à recevoir frayeurs et douleurs,
         Pour que tout ait une fin et que pourtant
         rien ne soit perdu.
    S'abaisser jusqu'à l'humus où se loge
    La promesse du souffle originel. Unique lieu
    De transmutation où frayeurs et douleurs
    Se découvrent paix et silence. Se joignent alors
    Pourri et nourri, ne font qu'un terme et germe.
    Lieu du choix : la voie de mort mène au néant,
    Le désir de vie mène à la vie. Oui, le miracle a lieu,
    Pour que tout ait une fin et que pourtant
         toute fin puisse être naissance.
    S'abaisser jusqu'à l'humus, consentir
    Àêtre humus même. Unir la souffrance portée
    Par soi à la souffrance du monde ; unir
    Les voix tues au chant d'oiseau, les os givrés
         au vacarme des perce-neige !


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    FRANCOIS CHENG

     

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    CAROLINE ORTOLI,,,

    Caroline Ortoli


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  • 11/26/16--10:20: PIERRE BERGOUNIOUX...Extrait
  • Nous avons perdu la félicité indistincte qu'on voit aux bêtes, aux poissons enchâssés dans l'eau cristalline, aux bêtes des bois couleur de feuilles mortes, aux oiseaux ivres d'air. Nous sommes devenus pensifs et, par­tant, étrangers, frêles, frileux, vulnérables. Il nous faut une table, un toit, du feu, une maison. Nous nous souvenons parfois d'avoir été au monde pleinement, sans états d'âme, d'un très lointain commencement. Je rêve, pour finir, d'une lande ouverte à tous les vents où l'on verrait ce qu'il en est de nous et de tout et d'y être, avant d'avoir été.

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    PIERRE BERGOUNIOUX

     

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    L'atelierdemyrrha

    Oeuvre Myrrha

    https://www.facebook.com/atelierdemyrrha?fref=ts

     


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  • 11/30/16--13:55: GERALD BLONCOURT
  • La colère
    est en moi
    je hume l’existence
    je me heurte
    aux fils de fer barbelés
    de la désespérance
    je franchis les ruisseaux
    boueux de l’inquiétude
    Martissant, Carreour-feuille,
    Bizoton, Jérémie, Jacmel,
    Pétionville, Port-au-prince,
    l‘Ile de la Gonave,
    bruissants de misère
    L’azur est en folie
    Tout se mêle
    S’entrecroise
    Et se noue
    Je sonde l’espace séculaire
    Ce brassage de peuples
    Qui fil sonner le glas
    Du sordide esclavage

    Je dis à la jeunesse
    Aux yeux-diamants
    luisants d’espoir
    Aux cohortes affamées
    des bidonvilles
    aux créateurs
    peintres
    poètes
    écrivains
    L‘heure est venue
    De dire NON
    aux embroglios
    des politiciens véreux
    aux corrompus
    aux assassins

    Le jour se lève
    en ma mémoire
    Les « CINQ GLORIEUSES » de Janvier 1946
    Ont offert au Monde
    Un sursaut salutaire

    Haiti d’infortune
    des tremblements de terre
    tes enfants sont là
    Kampé ! Debout !
    Je crois en tes vertus
    En vous
    Nouvelle générations
    Je crois en ce renouveau cosmique
    De Liberté, d’Égalité et de Fraternité

    Je dis Merde à l’Espace
    Je crie mon mot d’ordre
    « Kembe fèm ! pa lagé ! »

    Salut à vous
    mes racines profondes
    mon doux parlé créole
    mes cassaves, boborits
    rapadou, mes rorolis,
    mes pisquettes grillées
    mon choux palmiste

    Salut à vous Furcy
    Kenscoff, le Morne Bourrette
    Le Massif de la Selle

    Salut à vous
    Dessalines, Toussaint Louverture,
    Héros de l’Indépendance

    Salut à vous Jacques Roumain, Jacques Stephen Alexis,
    Gérard Chenet, René Depestre
    Et tous les autres

    Je m’incruste dans les rues démembrées
    Je soude espoir et certitude
    pour bannir l’obscurité.

     

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    GERALD BLONCOURT

    29 novembre 2016

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    gerald-bloncourt

    Gérald Bloncourt

    bloncourtblog.net

     

     

     


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  • 12/01/16--05:30: PRIZREN
  • L’enfance, les herbes, le lac
    le jadis du monde
    je pense comme le granit

    Des temps immémoriaux
    bien des fantômes reviennent
    dans la forteresse des mots

    Des lieux, des gens s’entrecroisent
    la nuit, le temps
    les oliviers et les oiseaux

    le temps semble fait de lumière
    pas d’obscur sur les places
    il fait beau.

    Des tziganes cheminent
    Et jouent le long de la rivière
    L’air entraine la danse

    il y a dans l’air des prières païennes
    des appels magiques et des pans silencieux d’histoire
    des prairies entrevues remplies de mémoire

    des vallées forgées de mots et de combats
    des victimes étrangères, des rivières tapies
    au creux des rochers. Vérité et cendres des rêves

    il vit encore le vent
    il vit toujours le souffle
    et les oiseaux parlent aux nuages

    il fait beau. Nous allons sous l’aile fraternelle
    écrasés sous un poids d’histoire
    nous nous souvenons des ruines et des massacres.

    Nous songeons à la vie, l’éphémère fin du temps
    Nous allons en passage discret nous recueillir
    A la rencontre des tziganes et des marchands ambulants

    Qui côtoya ici l’horreur et l’inhumanité ?
    Qui eut froid et faim ?
    Qui commença àécrire un poème pour dire l’inoubliable ?

    Qui survécut et vit libre malgré les balafres de la guerre ?
    Le temps, sarment intérieur brûle
    Sans nostalgie, savoir partir.

    Voilà les arbres plus humains qui bordent la route
    Un éclat de lune les couvre
    Dans la brume des survivants appellent

    Je suis là, je suis là dans le feu
    Et la neige descend de la montagne
    Glace des mots sur la route tournoyante

    Sur la route, une énigme, la clartéélémentaire du givre
    Et la mémoire remonte de l’obscurité des arbres
    Un appel des chemins de glaise, des passages de frontières

    Quand les douaniers apposent leur sceau sur la tempe du passeport
    Nous sommes étrangers et sombrons avec le monde
    Nous portons chacun un amour à sauver

    Notre errance des marches, nos visions prophétiques
    Nous titubons dans le chaos du monde
    Cherchons le soufre et l’eau

    Au crépuscule, nous trouvons la lumière
    Nous arpentons l’or du couchant
    Nous adossons notre vie aux clôtures

    La nuit descend de la montagne enroulée de neige
    la vie descend entre les songes d’oiseaux
    Comme revenants du vent.

    Taciturne est le vol des oiseaux, avance en brûlant le temps
    errance à la lisière des humains, et des forêts
    où murmure encore le sang des bouleaux

    et se cognent aux plaines, le fleuve, aux pierres, la lune,
    la neige au vent, les images aux mots, abrupts, rugueux,
    surtout la nuit, des pleurs sans larmes

    les murs n’ont plus cours, reste cette élégie de tristesse
    un éclair plus fort dans la douleur de l’étreinte.
    et le bonheur qu’un effleurement de tendresse aurait sauvé.

     

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    NICOLE BARRIERE

     

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    Jeannette Grégori2

    Photographie Jeannette Grégori

    www.jeannettegregori.com


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  • 12/01/16--09:42: CITADELLE LXIII...Extrait
  • "Me vint le grand exemple des courtisanes et de l’amour. Car si tu crois aux biens matériels pour eux-mêmes tu te trompes. Car de même qu’il n’est de paysage entrevu du haut des montagnes qu’autant que tu l’auras toi-même construit par l’effort de ton ascension, ainsi de l’amour. Car rien n’a de sens en soi, mais, de toute chose, le sens véritable est structure. Et ton visage de marbre n’est point somme d’un nez, d’une oreille, d’un menton et d’une autre oreille mais musculature qui les noue. Poing fermé qui retient quelque chose. Et l’image du poème ne réside ni dans l’étoile ni dans le chiffre sept ni dans la fontaine, mais dans le seul nœud que je compose en obligeant mes sept étoiles de se baigner dans la fontaine. Et certes il faut des objets reliés pour que la liaison se montre. Mais son pouvoir ne réside point dans les objets. Ce n’est ni dans le fil ni dans le support ni dans aucune de ses parties que réside le piège à renards, mais dans un assemblage qui est création, et le renard tu l’entends crier car il est pris. Ainsi moi le chanteur ou le sculpteur ou le danseur, je saurai te prendre à mes pièges.
    Et ainsi de l’amour. Qu’as-tu à attendre de la courtisane ? Sinon repos de la chair après conquête des oasis. Car elle n’exige rien de toi et ne t’oblige point d’être. Et ta reconnaissance dans l’amour quand tu désires voler au secours de ta bien-aimée, c’est qu’ait été sollicité de toi l’archange qui y dormait."

     

    .

     

    ANTOINE DE SAINT-EXUPERY

     

    .

    michael-parkes_

    Oeuvre Michael Parkes


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  • 12/02/16--01:26: ANDRE LAUDE... Extrait
  • Jetons d'absence
    Olga Katz, ma mère, juive polonaise, morte à Auschwitz. Parfois les sombres vents venus de Pologne, me ramènent l'odeur maternelle. Une odeur de peaux, de dents, de crânes, de tibias, d'omoplates carbonisés. Alors je pleure comme un enfant dans le noir.
    Absent à moi-même, je descends et monte les rues sans identité. Rue Pelleport,
    rue Etienne-Marcel, rue des Abbesses, rue François 1er ...
    Quand un flic m'arrête brutalement, c'est, forcément, qu'il m'a pris pour un autre.
    Un autre que j'ignore, et qui m'effraie.
    Plus de vingt ans après on me torture toujours. Course du rat à travers la chambre.
    Mais où ont-ils caché la gégène.
    Rien! Les Aurès coulent, mince et muette poussière, entre mes doigts couverts de bleus
    J'ai aimé Françoise d'amour fou. Elle avait quinze ou seize ans. Elle est morte de leucémie le jour de pâque. Pourriture aujourd'hui, et moins que ça. Je ne peux plus toucher une femme sans toucher l'os mortel, nauséabond déjà.
    Je ne posède rien sinon quelques gadgets de base. Je n'habite nulle part. je défraie la chronique. Je dors dans des ruines chaque nuit renouvelées. dans la position du tireur couché, qui, depuis Sodome et Gomorrhe, cherche, en vain, la cible vivante.
    Brouillards
    Brumes
    Corbeaux
    Epouvantails
    Silences
    sang
    Sueur et
    Larmes.
    Il n'y a plus de damnés
    Au numéro que vous avez demandé.
    Cette nuit les cadavres flottent
    Entre deux eaux.
    Le plat du jour
    Se mange froid
    Et le commun des mortels
    Se contemple
    Commettant un meutre ordinaire
    Avant de rafler le pauvre argent.
    Olga Katz
    Un nom gravé dans le marbre.
    J'essaie d'imaginer
    La cuisse, la couleur des yeux.
    L'absence est un film d'OZU,
    Aux sous-titres illisibles.
    Olga Katz
    Etait lettres.
    Comment toucher le flanc
    Le sein gonflé de lait
    Cette nuit la chaîne est brisée
    Auschwitz
    J'y suis allé
    Je n'ai rien vu.
    Des barbelés
    Une herbe rase.
    Des touristes coréens turbulents.
    J'en suis revenu
    Les mains vides.
    .
    ANDRE LAUDE
    In "faire-part" n°1er trimestre 1982
    .

    IsaacCelnikier1,

    Oeuvre Isaac Celnikier


    0 0

    Les larmes quelquefois montent aux yeux
    comme d'une source,
    elles sont de la brume sur des lacs,
    un trouble du jour intérieur,
    une eau que la peine a salée.

    La seule grâce à demander aux dieux lointains,
    aux dieux muets, aveugles, détournés,
    à ces fuyards,
    ne serait-elle pas que toute larme répandue
    sur le visage proche
    dans l'invisible terre fît germer
    un blé inépuisable ?

     

    .

     

    PHILIPPE JACCOTTET

     

    .

     

    blé2


    0 0

    nulle route

    dans cette ébriété de lignes

    nulle pierre, nulle herbe
    pour essarter la peur

       le bleu menaçant
    et la horde ininterrompue des dunes

       dans la lumière
    des silhouettes peureuses
    font vaciller l'immense

       ta main   juste ta main
    comme repère
           ou illusion

    marcher là

       fouler ces friches de lumière
    c'est réponse à l'oubli

     

    .

     

    ALAIN LE BEUZE

     

    .

     

     

    desert2

    Désert

     


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    Je ne dirai pas tout.

    J’aurai passé ma vie à me décortiquer, à me déshabiller,
    à donner en spectacle à n’importe quel prix ce que j’avais de plus précieux, de plus original,
    plus vivant que moi-même,
    au prix de quels efforts,
    je ne le dirai pas.

    Je ne dirai pas tout.

    On passe au beau milieu de ses contemporains et la figuration n’est pas intelligente.
    Ils ont tous un cerveau fendu par le milieu
    dont toute une moitié se transforme en silex.

    Je vais jour après jour, envers et contre tout, vers mon point de départ,
    cercueil aussi tranquille, aussi doux qu’un berceau.

    Le besoin de parler ne m’a pas réussi,
    les hommes sont cruels et crèvent de tendresse,
    les femmes sont fidèles aux amours de hasard,
    tout le talent du monde est à vendre à bas prix
    et qui l’achètera ne saura plus qu’en faire.

    L’animal a raison qui sait tuer pour vivre…
    Les animaux sont purs, ils n’ont pas inventé la morale au rabais, les forces de police
    ni la peur du néant, ni le Bon Dieu chez soi,
    ni l’argent ni l’envie
    ni l’atroce manie de rendre la justice.

    Les poissons de la mer n’ont pas d’infirmités.
    Là, chacun se dévore et s’arrache et s’étripe
    et le meilleur des mondes est encore celui-là,
    sans paroles perdues, sans efforts de cervelle,
    mensonges cultivés, mis au point, sans techniques…

    L’antilope sait bien qu’un lion la mangera, elle reste gracieuse.
    La savane est superbe, elle y prend son plaisir
    et moi de jour en jour
    Je suis comme un crapaud, de plus en plus petit,
    écrasé, aplati malheureux sous une planche de jardin.
    Le soleil me fait peur… Vous regards d’imbécile ont eu raison de moi.

    Je ne dirai pas tout.
    J’ai compris trop de choses,
    mais de comprendre ou pas nul n’en devient plus riche.
    La vie comme un brasier finira par gagner,
    attendu que la cendre est au bout de la route
    et que tous les squelettes ont l’air d’être parents.

    Je croyais autrefois, à l’âge des étoiles et des sources et du rire et des premiers espoirs
    être né pour tout dire,
    n’être là que pour ça.

    Intoxiqué très tôt par le besoin d’écrire,
    je me suis avancé, parmi vous, pas à pas,
    et l’on m’a regardé comme un énergumène,
    comme un polichinelle au sifflet bien coupé
    qui savait amuser son monde…

    À la rigueur…
    le faire un peu sourire, le faire un peu pleurer,
    j’aurais pu devenir assez vite un virtuose mais le goût m’est passé de parler dans le vent.

    Je ne dirai pas tout,
    j’ai le sang plein d’alcool, d’un alcool de colère,
    et je vais achever ma vie dans un bocal comme un poisson chinois
    peut-être un coelacanthe…

    J’aurai, j’en suis certain, de l’intérêt plus tard,
    vous aurez des machines à faire parler les morts,

    Je vous raconterai mes crimes et ma légende
    et je vous offrirai des mensonges parfaits
    que vous mettrez en vers, en musique, en images,
    mais vous aurez beau faire,
    je ne dirai pas tout !

    Je suis le descendant du vautour et du poulpe,
    mes ancêtres, autrefois, survolaient vos jardins
    et sillonnaient vos mers.

    Je ne dirai pas tout… Tant de peine perdue !

    On peut avoir à dix-huit ans l’impérieux besoin d’aller prêcher dans le désert
    devant un auditoire de fantômes illettrés, de beaux analphabètes ou de milliardaire courtois
    ni plus ou moins idiots qu’un ouvrier d’usine…

    Mais l’âge m’est passé des sermons de ce genre.
    Je ne dirai pas tout !

    Or tout me reste à dire.

     

    .

     

    BERNARD DIMEY

     

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    Dimey-

    Bernard Dimey


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  • 12/04/16--09:32: DIZAINE POUR LE LIBAN
  •  Au pied d’un immeuble
    une poupée bombardée
    meurt les yeux ouverts

    Revenir « chez soi »
    Ni cachemire ni soie
    Des ruines fumantes

     

    Noces de Cana
    dans l’amour d’un Christ un jour
    Eau changée en vin

    Meurtres de Cana
    Évangiles piétinés
    Eau changée en sang

     

    Même pas le temps
    d’ensevelir ses cadavres
    La Mort vient du ciel

    Ciel noir Marée Noire
    How beautiful the war !
    Diurne pollution

    Galilée Ma Terre
    les hommes t’auront violée
    les femmes trahie

    Connaître par toi
    la Joie la Beauté de vivre
    au pays des cèdres

     

    Donc rien n’a changé
    L’exode est de tous les temps
    la mort des enfants

    Leurs bras grands ouverts
    réclamaient tendresse ultime
    caresse infinie…

     

    .

     

    FRANCINE CARON

     

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    syrie,


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  • 12/04/16--09:51: VENDANGES
  • Offrir ce que nous fûmes
    Et ce que nous serons
    Aux villes de demain
    Aux vendanges d’hier
    Et de nos soifs encore
    Réinventer la mer
    Qui rabat en riant
    Son chaperon d’écume

    Offrir ce que nous fûmes
    Et étreindre l’instant
    Et étreindre l’instant
    Comme on étreint la dune

    Là-bas sur l’avenue
    Tout s’agite et se tend
    La frêle ritournelle
    De nos cœurs en partance
    Assaille ça et là
    Les moyeux du silence

    Voici l’aube venue
    Sur les gradins du temps
    Voici les berges folles
    Ombrellées d’insouciance
    Et sur le fleuve en marche
    Les faisceaux de faïence
    D’un possible océan

    Et nous allons ainsi
    En ne possédant rien
    Que le bagage heureux
    De nos ombres qui dansent

    Offrir ce que nous fûmes
    Et nous saurons demain
    Les vendanges d’hier
    L’instant qui se balance
    Et la dune
    Et la mer
    Et le fleuve en partance

     

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    SYLVIE MEHEUT

     

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    gustave courbet,

    Oeuvre Gustave Courbet


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  • 12/06/16--00:59: ALEP, MA BLANCHE...
  • Alep,
    ma blanche,
    Alep,
    je ne suis pas ce vagabond,
    Alep,
    tu le sais,
    mais un matin de novembre,
    le feu soudain m’a brûlé,
    Alep,
    et depuis,
    en guise de maison,
    je cherche une étoile filante,
    Alep,
    en guise de coeur,
    une plaie ouverte,
    Alep,
    en guise de sommeil,
    l’ombre du cyprès,
    Alep,
    lorsque j’ai faim,
    je brise une amande amère,
    Alep,
    si j’ai soif,
    j’attends que tu pleures
    et je me cramponne à tes cils,
    Alep,
    Je ne suis pas ce vagabond,
    Alep,
    tu le sais,
    mais un matin de novembre,
    le feu, soudain, m’a brûlé,
    ma blanche,
    mon Alep
    ! حلب ! حلب ! حلب »

     

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    TITI ROBIN

     

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