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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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    J'aurais beaucoup à dire
    Ce qui remonte de la nuit
    Ce que le jour te jette à la figure,
    les traînées rouges du ciel entre les branches
    Et toi, n'osant bouger pour ne pas déranger
    cette splendeur fugace
    J'ai quelquefois si mal de toutes ces ferveurs

    Que faire de l'absence, qui grandit,
    qui déploie ses ailes miroitantes
    imprègne le langage
    Je pourrais dire la fascination de l'inutile,
    l'aimantation du vide

    Je pourrais même dire le besoin de parler,
    comme on crache,
    comme on urine
    et l'âpre nécessité de se taire
    parce que rien, jamais, n'aboutit,
    rien n'atteint l'aube suffisante

    La voix se déroule comme un fil,
    ânonnant les renoncements, les regrets,
    les cèdres argentés dans les forêts d'Ifrane
    La voix pleure et chante,
    attendant la Parque,
    ramassant les cailloux,
    dérisoires cadeaux de la vie

     

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    COLETTE GIBELIN

    Editions du Petit Véhicule, 2016

     

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    cèdre-gouraud-1930,

     

     


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  • 02/16/17--09:14: QUESTIONS DE POESIE
  • Dans ta patrie de neige,
    Quête muette des mots
    depuis toujours,
    jusqu'à l'ultime frontière.

    Viens boire à l’arc-en-ciel de la beauté
    Au grand passage
    Au lien à la terre
    Point de paroles vaines pour l’enfance absente des mots

    Natale est la lumière
    Silencieuse la pierre du retour
    Au peuple du poème.
    Qui se réduit à l'isolement ?
    Qui va vivre en exil intérieur ?
    Quelle étoile est la plus triste ?

    Natale est la lumière
    Désenchantée et
    écartelée entre rêve et néant.
    Qui veut franchir le grand passage ?
    Qui porte le chant ?
    Qui porte le chagrin ?
    Qui désarticule et disloque
    les images sans épithètes

    Je suis la sœur fatiguée
    d’être là dans la chaleur brasillant de l’âme.
    Qui interroge la terre ?
    Qui abaisse le seuil des étoiles ?
    Qui frappe les coups saccadés au cœur ?
    Qui du fond de la source vient à la rencontre ?
    Qui est réfugié dans les mots archaïques et mythiques de l’enfance taiseuse ?
    Qui recherche la plénitude vitale et la borde de tristesse et de doutes ?
    Qui cherche l’infini de l’éternité et la borne dans sa grande traversée ?
    Qui va lentement vers la mort en procession mystérieuse jusqu’aux ancêtres ?
    Qui est taraudé par les origines et par tout un monde inconnu en lui ?
    Qui écrit une poésie striée de silences, de non-dits ?
    Qui est aux aguets, à l’écoute anxieuse,
    en attente de révélation des énigmes du monde ?
    qui reste englouti dans le bleu profond,
    vie à n’y comprendre rien ?

    La poésie à mi-voix, frémit, s’absente,
    oreille collée aux mystères, contemplations, silences,
    hantes de dieu muet
    pressentiments cachés par l’ombre grandissant sur le monde
    laisse les larmes retenir l’occident ?

     

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    NICOLE BARRIERE

     

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    Sezen Vatansever‎

    Photographie Sezen Vatansever‎


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  • 02/16/17--09:44: JEAN LAVOUE...Extrait
  • Aux forces qui divisent
    Aux branches qui se lézardent
    Aux écorces mortes qui de partout craquèlent
    Saurons-nous opposer avec calme
    Cette poussée de sève
    Dans la nuit de l'arbre

    Ce surgissement de bourgeons
    Ce bruissement de rameaux et de tiges
    Ce remuement de terre
    Ce soulèvement par milliers
    Des crocus de l'aube

    Cette fine poussée en gloire
    D'un printemps qui n'a que faire
    De nos vieilles rancœurs
    De nos peurs attisées
    De nos calculs sans joie
    De nos slogans futiles
    De nos amertumes dérisoires ?

     

    .

     

    JEAN LAVOUE

    www.enfancedesarbres.com

     

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    jean


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  • 02/16/17--11:40: FRANKETIENNE...Extrait
  • La dure soif jusqu’aux affres des lampes éclatées sursaturées de sable et de gangrène
    la flamboyance aux aboiements de la rage
    la rougeoyance aux jappements de l’orage tandis que vocifèrent des rafales frénétiques de cloches déracinées surgissant des clartés anonymes
    et le désert s’anime de lumières cathédrales en un festin de sel vénéneux
    un bâillement de ténèbres déchouquées rompant la drivaillerie nocturne des fantômes maquillés de faux astres
    la supercherie des soleils travestis de chiquetailles d’aube ou de mardigratures hachurées de crépuscules factices
    scandale magma goudron pétrole monopole nécropole de pourritures hiéroglyphiques où s’en va la mort qui passe brutalement vite
    sentochiures de graffiti aux zigzags mathématiques du trépas comme retailles répugnantes des malheurs vagabonds extravagants à rebondissements nauséabonds
    nos rues nos ruelles nos pylônes nos boulevards nos maisons nos villes au pilon des barbaries pyromaniaques et macoutiâcres telles des déchirures ornementales de morgue enlugubrée de clafourailles sacrificielles à vapeurs de silence et de râles fatidiques
    le définitif monte et remonte le calvaire du destin vers l’absolu concert du vide qui s’effondre dans un abîme d’immobilité.

     

    .

     

    FRANKETIENNE

     

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    victor hugo2

    Oeuvre Victor Hugo


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  • 02/17/17--04:00: LE PIEGE
  • Et tout ce sang

    Tout ce sang…
    Toutes ces vies qui s’échappent les cris
    Les rochers entassés devant la grotte et le feu
    La fumée l’air qui manque les prières sont-elles utiles
    Les enfants que l’on serre dans les bras jusqu’à les étouffer
    Tout ce sang
    Tout ce sang
    Le bruit absurde de la bombe à la terrasse du café les rires
    Brisés les vitres en éclats le silence qui suit comme un souffle
    Mortel puis les cris les appels au secours les sirènes
    Et ceux qui rampent sous les tables celui qui regarde l’endroit
    Oùétait sa main au bout de son bras là où gicle
    Tout ce sang
    Tout ce sang

    Aujourd’hui vous regardez les deux armées d’ombres qui se lèvent
    De chaque côté de la guerre leurs yeux creux de peine
    Leurs mains décharnées qui se tendent leurs voix d’os,
    Enfants, et vous croyez qu’ils demandent vengeance de
    Tout ce sang
    Tout ce sang
    vous ne voyez pas que ce qu’ils veulent
    C’est le pardon
    Vos mains nouées au dessus d’eux
    Pour qu’ils puissent dormir
    En paix

     

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    ALEXO XENIDIS

     

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    roberto matta

    Oeuvre Roberto Matta


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  • 02/17/17--04:34: EN MONTAGNE LIBANAISE
  • Se souvenir – du bruit du clair de lune,
    lorsque la nuit d’été se cogne à la montagne,
    et que traîne le vent,
    dans la bouche rocheuse des Monts Liban.

    Se souvenir – d’un village escarpé,
    posé comme une larme au bord d’une paupière ;
    on y rencontre un grenadier,
    et des fleurs plus sonores
    qu’un clavier.

    Se souvenir – de la vigne sous le figuier,
    des chênes gercés que Septembre abreuve,
    des fontaines et des muletiers,
    du soleil dissous dans les eaux du fleuve.

    Se souvenir – du basilic et du pommier,
    du sirop de mûres et des amandiers.

    Alors chaque fille était hirondelle
    ses yeux remuaient comme une nacelle,
    sur un bâton de coudrier.

    Se souvenir – de l’ermite et du chevrier,
    des sentiers qui mènent au bout du nuage,
    du chant de l’Islam, des châteaux croisés,
    et des cloches folles du mois de Juillet

    Se souvenir – de chacun, de tous,
    du conteur, du mage, et du boulanger,
    des mots de la fête, de ceux des orages,
    de la mer qui brille comme une médaille,
    dans le paysage.

    Se souvenir – d'un souvenir d'enfant
    d'un secret royaume qui avait notre âge;
    nous ne savions pas lire les présages,
    dans ces oiseaux morts au fond de leurs cages,
    sur les Monts Liban».

     

    .

     

    NADIA TUENI

     

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    louis-lottier-001

    Oeuvre Louis Lottier


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    Il serait beau, ami,
    de naître dans un autre monde :
    tu aurais là plusieurs jeunesses
    et tu pourrais choisir la plus heureuse,
    la mieux remplie,
    peut-être aussi la plus étrange.
    Il serait beau, ami,
    de vivre dans un autre monde,
    et ce ne serait point
    être là, respirer, s’émouvoir,
    mais peut-être se faire plus durable
    comme la pierre endormie dans la pierre,
    ou le fleuve courant à l’intérieur du fleuve,
    ou le feu inconnu
    qui ne ressemble pas au feu.
    Il serait beau, ami,
    de mourir dans un autre monde,
    sans rien comprendre
    ni calculer,
    sauf que la mort peut-être
    y est très douce,
    y est très tendre,
    et ne saurait se comparer
    ni à la mort ni à la vie.

     

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    ALAIN BOSQUET

     

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    phil charp

    Oeuvre Philippe Charpentier


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  • 02/17/17--04:51: RAPJAZZ...Extrait
  • Mots et rêves
    sont mes repères.
    Mon journal
    n'a pas de dates.
    En rapjazz
    je dis ma ville.

    Que pourrais-je écrire que l'on ne sache déjà ?
    Que devrais-je dire que l'on n'ait déjà entendu ?
    J'écoute ma voix baroque dans le miroir enflé de litanies sauvages.

    Batteur battant aux appels de ma ville
    rapeur frappeur à l'ivresse de mes tripes
    je délire et je tangue au fracas de ma langue à mes roues cycloneuses
    je dérape aux zigzags de mes mots à dentelles d'ouragan
    mes paysages écrabouillés au tournoiement du vent
    coïncidence et connivence
    mes affres et mes balafres
    mes joies et mes vertiges au tressaillement du masque
    mon ombre écartelée d'oubli et d'épouvante.

    Mes amours me reviennent amalgame d'utopies et de tendre violence quand je mange mes silences
    je m'en vertige à contempler ma ville debout
    hors des vestiges de l'ombre
    entre pierre et poussière
    entre l'or invisible et la boue des ténèbres
    entre ordures et lumière
    je nage inépuisable

    je suis de Port-au-Prince
    ma ville enfouraillée de nuits intarissables
    ma ville schizophonique bavarde infatigable.

     

    .

     

    FRANKETIENNE

     

    .

    HAITI,

    Artiste ?


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  • 02/17/17--08:25: UN MORT HEUREUX
  •   Je n'ai pas disparu
    car il suffit de se pencher sur la rivière :
    ce sont mes mots qu'elle chuchote
    avec douceur, les nuits de pleine lune.
    Je suis tout près :
    regardez le platane,
    qui prend mes vieilles attitudes,
    celle de la rancœur et celle de l'espoir.
    et même le nuage me ressemble,
    je vous assure,
    avec cette manière de bouder,
    puis soudain d'éclater de rire.
    Je suis un mort heureux, n'en doutez pas :
    j'habite votre pain,
    votre doute léger,
    le tremblement qui accompagne
    vos journées trop remplies.
    Je suis une fourmi, une virgule,
    un verre d'eau pour vous servir.
    Me ferez-vous l'honneur de me croire, à présent
    que je suis décédé ?

     

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    ALAIN BOSQUET

    Demain, sans moi

     

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    nuages,

    http://sphere.of.fear.cowblog.fr/images/


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  • 02/17/17--09:47: CARLOS SANTANA - OYE COMO VA

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  • 02/18/17--08:49: BERTHE MORISOT - 1841-1895
  • À voir la détermination avec laquelle Berthe Morisot nous regarde, nous pourrions penser qu’elle a trouvé facilement sa place d’artiste. Une palette est esquissée sur la gauche de trois mouvements tournants. Elle porte une fleur bleue à la boutonnière, « comme une décoration  », dira Mallarmé, elle se tient droite, la tête tournée vers le spectateur, et elle nous regarde de ses célèbres yeux noirs qui ont tant fasciné Manet. Paul Valéry écrira d’ailleurs au sujet de ses yeux  : « Berthe Morisot vivait dans ses grands yeux dont l’attention extraordinaire à leur fonction, à leur acte continuel lui donnait cet air étranger, séparé qui séparait d’elle. Étranger, c’est-à-dire étrange; mais singulièrement étranger —  étranger, éloigné par présence excessive  ».

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    edma-morisot

    Oeuvre Edma Morisot - Berthe Morisot peignant...

     

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     On pourrait dire que c’est l’effet que produit d’abord cet autoportrait. Elle porte une robe brune, zébrée de quelques touches ocre, vert, marron, et a noué un foulard noir autour du cou. Ses cheveux sont gris, signe qu’il s’agit d’un autoportrait de la maturité et, à mesure qu’on le regarde, on se demande ce que cache une telle détermination du regard. Pourquoi Berthe Morisot aurait-elle cet air étranger alors qu’elle est née dans la bonne bourgeoisie française de la deuxième moitié du XIXe siècle   ? Alors, on cherche sa signature... et on ne la trouve pas. Il s’agit d’une esquisse, ce qui veut dire que le tableau n’est pas terminé. De plus, elle ne l’a exposé qu’une fois, à la galerie Le Barc de Boutteville en 1893, mais au milieu d’un grand nombre d’autres portraits de gens beaucoup plus importants qu’elle. Il ne sera vraiment montré qu’après sa mort, lors de l’exposition posthume qui eut lieu à la galerie Durand-Ruel en 1896, inspirant ce commentaire à sa fille Julie Manet qui note dans son Journal  : «  Ce portrait a été fait il y a environ une dizaine d’années, maman ne l’avait pas fini, personne ne le vit, elle le roula et le laissa dans une armoire ou une chambre de débarras   ; son apparition à l’exposition émerveille  » (4 mars 1896).

     Cet autoportrait serait-il exemplaire du statut de la femme artiste dans le mouvement impressionniste, et plus largement dans la champ professionnel où elle peut tout juste prétendre à un statut d’amatrice  ? Déjà sa mère pensait que Berthe « n’a pas le talent de valeur commerciale et publique, elle ne vendra jamais rien de ce qu’elle fait comme ça   ». Ce qui était vrai des impressionnistes l’est encore plus pour les femmes. Berthe n’est reconnue ni par le pouvoir artistique ni par la société bourgeoise dont elle est issue. Même pour ses amis peintres, comme Manet, elle a d’abord été un modèle à peindre avant d’être un sujet qui peint. Avant même d’avoir pris un pinceau, elle est pour ses semblables une femme-objet de la représentation. Est-ce parce que le statut de femme-sujet de son regard lui est pratiquement interdit qu’elle cache la toile dans un débarras  ?

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    BERTHEMORISOT

    Oeuvre Berthe Morisot

     

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    On sait qu’une seule toile fut achetée par l’État de son vivant, et encore, ce fut grâce à l’intervention de Stéphane Mallarmé. On sait aussi que les femmes qui n’étaient pas inscrites par des liens familiaux dans les milieux artistiques n’avaient aucune chance de percer, sauf exception évidemment, comme l’a montré Rosa Bonheur en incarnant un véritable contre-modèle de réussite artistique. Mais Berthe Morisot n’a pas étéélevée par un père saint-simonien. Elle vient d’un milieu bourgeois où les femmes ne travaillent pas. Elles prennent le thé l’après-midi, cousent dans le jardin ou se promènent avec les enfants, dans un ennui mortel que Berthe Morisot exhibe littéralement dans ses scènes d’intimité féminine. Une huile de 1876 représentant une Femme à l’éventail ou tête de jeune fille montre une jeune fille blonde assise dans un fauteuil en train d’agiter un éventail les yeux fixes, comme chavirés d’angoisse à la perspective d’une vie sans issue.

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    BERTHEMORISOT

    Oeuvre Berthe Morisot

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    Berthe Morisot a connu ces angoisses comme en témoignent ses carnets. Elle a connu son occultation comme créatrice à une époque où les femmes n’avaient droit à aucune autonomie sociale, intellectuelle, religieuse, créatrice. Peut-on dire alors qu’elle dénonce dans cet autoportrait inachevé l’effroyable condition qui est faite aux femmes artistes du XIXe siècle  ? D’abord, on est frappé par le faible nombre d’autoportraits
    qu’elle a peints dans sa carrière. Cinq connus, dont trois avec sa fille Julie, et trois autres disparus (deux aquarelles et une esquisse). La plupart sont inachevés, comme cette autre esquisse à l’huile conservée au musée Marmottan. Ils datent tous des années 1885, 1887, soit dix ans avant sa mort. Elle a alors quarante-quatre ans. En 1874 elle a épousé le frère d’Edouard Manet, Eugène, avec qui elle a eu sa fille Julie à l’âge de trente-sept ans   : in extremis,  pourrait-on dire, et cette alliance avec les Manet, juste après la mort de son père, montre bien qu’une femme de son milieu se doit d’être « protégée  » par un homme. Sans oublier qu’elle n’aura son premier atelier qu’à l’âge de quarante-neuf ans.

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    BERTHEMORISOT

    Oeuvre Berthe Morisot

     

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    Alors oui   ! elle peut s’affirmer avec fierté sur cette petite toile dont elle sait ce qu’elle deviendra. « Le désir de glorification après la mort me paraît une ambition démesurée, écrira-t-elle dans ses Carnets. La mienne se bornerait à vouloir fixer quelque chose de ce qui passe  ; oh   ! Quelque chose   ! la moindre des choses. Eh bien, cette ambition-là est encore démesurée  ! Une attitude de Julie, un sourire, une fleur, un fruit, une branche d’arbre, et quelque fois un souvenir plus spirituel des miens, une seule de ces choses me suffirait  ».

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    Berthe_Morisot_Le-berceau-

    Oeuvre Berthe Morisot

     

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    Elle a fait mieux. Elle a inscrit sa présence d’artiste dans le mouvement même de dissolution de l’image de la femme qu’elle opère dans l’optique impressionniste, contre l’académisme institutionnel dont l’idéal de beauté féminine enferme les femmes dans le carcan du conformisme et de la représentation. Elle s’est engouffrée dans la brèche ouverte par Manet. Et la voilà devant nous qui se désocculte comme créatrice mais qui n’ose pas aller plus loin. Le chemin est long, comme le disent sa touche nerveuse et sa façon de montrer des femmes qui se réduisent à des taches de lumière dans un parc ou au bord de l’eau. Peut-être pourra-t-elle signer ses autoportraits. En attendant, elle fixe quelque chose d’inouï  : une femme qui nous regarde dans la conscience de sa valeur, comme elle l’exprima en disant  : « Je ne crois pas qu’il y ait jamais eu un homme traitant une femme d’égale àégal, et c’est tout ce que j’aurais demandé, car je sais que je les vaux  ».

     

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    https://clio.revues.org/1603

     

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    Et la mort qui avance

    A petits cris plaintifs,

    Dansant sa drôle de danse

    Sur mon centre émotif



    Qui grimpe dans le lit,

    Soulève les couvertures ;

    Mon amour aboli,

    Pourquoi tout est si dur ?





      Au bout de quelques mois

    (Ou de quelques semaines)

    Tu t’es lassée de moi,

    Toi que j’avais fait reine.



    Je connaissais le risque,

    En mortel éprouvé ;

    Le soleil, comme un disque,

    Luit sur ma vie crevée.





      Il n’y a pas d’amour

    (Pas vraiment, pas assez)

    Nous vivons sans secours,

    Nous mourons délaissés.



    L’appel à la pitié

    Résonne dans le vide

    Nos corps sont estropiés,

    Mais nos chairs sont avides.



    Disparues les promesses

    D’un corps adolescent,

    Nous entrons en vieillesse

    Où rien ne nous attend



    Que la mémoire vaine

    De nos jours disparus,

    Un soubresaut de haine

    Et le désespoir nu.





      Ma vie, ma vie, ma très ancienne,

    Mon premier vœu mal refermé

    Mon premier amour infirmé

    Il a fallu que tu reviennes.



    Il a fallu que je connaisse

    Ce que la vie a de meilleur,

    Quand deux corps jouent de leur bonheur

    Et sans fin s’unissent et renaissent.



    Entré en dépendance entière

    Je sais le tremblement de l’être

    L’hésitation à disparaître

    Le soleil qui frappe en lisière






    Et l’amour, où tout est facile,

    Où tout est donné dans l’instant.

    Il existe, au milieu du temps,

    La possibilité d’une île.

     

     

    .

     

     

    MICHEL HOUELLEBECQ

     

    .

    thomas goujon

    Photographie Thomas Goujon


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  • 02/18/17--17:22: MAHMOUD DARWICH...Extrait
  • Comme l’herbe qui pousse entre les jointures des rochers,

    On s’est rencontré un jour tels deux étrangers… 

    Le ciel printanier composait l’étoile après l’étoile.

    Et moi, je composais une strophe d’amour

    Pour tes yeux… Et je l’ai chantée !

     

    Tes yeux, savent- ils que j’ai longuement attendu

    Comme l’été qui a attendu un oiseau

    Et que j’ai dormi comme l’émigrant

    Ayant un œil fermé tandis que l’autre demeure éveillé

    A pleurer sa sœur… ?

    Amoureux, nous sommes

    Jusqu’à ce que s’endorme la lune.

    Nous, nous savons que les étreintes et les baisers

    Sont la nourriture des nuits d’amour

    Et que le matin appelle mes pas à poursuivre

    La  route pour encore un nouveau jour !

     

    Amis, nous sommes… Marche, donc, près de moi main dans la main

    Ensemble… nous ferons le pain et les chansons !

    Pourquoi  demander à ce chemin…  où il nous mène…

    Et comment il a cicatrisé nos pieds ?

    Mon destin et le tien... C’est d’aller

     Ensemble  pour l’éternité !

    Pourquoi chercher  les tristes élégies dans un recueil ancien?

    Et pourquoi nous demander : O ! Amour vas- tu durer ?

    Je t’aime…

    De l’amour des caravanes pour l’oasis d’herbes et d’eau

    Et de l’amour du pauvre pour le pain !

     

    Comme l’herbe qui pousse entre les jointures des rochers

    On s’est rencontré un jour tels deux étrangers… 

    Et nous resterons des camarades  pour toujours…

     

     .

     

     MAHMOUD DARWICH

     

    .

    deux


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    Est-ce la pluie sur ma joue ou la sueur amère des jours passés à boire? Je ne suis ni gai ni triste, tout simplement poète. On n'écrit pas avec des larmes. On a beau faire les durs, le cœur saigne sous la carapace. Que deviendra l'enfance dans cet enfer moderne? Trop de barreaux remplacent la ligne d'horizon. Le matin vient trop tard pour réveiller le soleil. Les ombres sont partout et snipent l'infini. Je me sers des mots pour saluer la mer, la duvet des palombes et le vent dans les branches. Il faut bien que les mots dépassent le réel et qu'ils résistent au froid. Une pause, une rose, une chose, ce sont plus que des rimes, plus que des mots, plus que des lettres et de l'encre. Des milliards d'atomes ont engendré la voix. Chaque paragraphe peut être une maison.

    Sans la chaleur d'une histoire, un peuple meurt de froid. Nous avons nos hivers pour réchauffer les mots autour d'un poêle à bois, des bancs de neige en pleine réflexion, des chiens qui hurlent à la lune et des chasses-galeries. La mort est à l'aise avec nous malgré notre méfiance. Nous refusons de croire au temps, mais nous faisons confiance aux vendeurs d'assurances. Dans les moments d'émoi, mon corps bouge plus vite. La bête butée repart. Chaque nouveau matin sera peut-être le dernier. J'aime la pluie et ses dentelles de brume, les levers de soleil où tout saigne soudain, les orages trop courts. J'écris de longues lettres. Quelques phrases macèrent dans le bocal des ratures. Un soupir de géant crache des milliers d'insectes. Il m'arrive de lire comme on écosse des petits pois, pour l'odeur et le goût. Les mots avec leurs pattes et leurs antennes avancent sur la page, laissant une traînée d'encre comme une bave d'escargot. À défaut de balles à blanc, je tire avec des caractères d'imprimerie. Je farcis l'horizon de garamond 14, de Bodoni et d'elzévir.

    Où vont tous les objets perdus, les projets avortés, les cœurs de chien sans maître, les poupées oubliées, les peaux mortes, les paroles muettes? Le corps garde en mémoire les blessures subies. Sur la peau qu'est ma vie, chaque phrase est une cicatrice qui démange. Les fantômes s'unissent à la mémoire du monde. Il est toujours trop tard pour la main qui écrit. Le mal est déjà fait. On placarde les murs d'affiches publicitaires. Le strass y cache la détresse. Lors des enterrements, chaque mort est notre mort.

    Il manque toujours un mot pour être entier, jamais d'os à ronger. Au moindre envol, les poètes et les oiseaux laissent des plumes. Avec le temps, le corps devient triste. Les muscles s'atrophient. Les pieds regimbent à danser. Les doigts cherchent leurs gestes et je cherche mes mots. Ce qu'on oublie devient pesant. Il faut saisir l'oiseau sous le soustraire au ciel, croquer la pomme sans effacer les branches, mettre à nu l'espérance sans la déshabiller.

    J'aime les phrases qui ne finissent pas, les maisons hantées par la forêt. Malgré les apparences, la vie finit toujours par renaître. Les chemises au dos d'une chaise ont les gestes du vent, les muscles des fantômes. Chaque enfant qui naît réinvente les larmes.

     

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    JEAN-MARC LA FRENIERE

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    Berthe-Morisot-Snowy

    Oeuvre Berthe Morisot

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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    C’était il y a très longtemps – écoute, amer amour de l’autre monde

    — C’était très loin, très loin – écoute bien, ma sœur d’ici

    — Dans le Septentrion natal où des grands nymphéas des lacs

    Monte une odeur des premiers temps, une vapeur de pommeraies de légende englouties.

     

    Loin de nos archipels de ruines, de lianes, de harpes,

    Loin de nos montagnes heureuses.

    — Il y avait la lampe et un bruit de haches dans la brume,

    Je me souviens,

     

    Et j’étais seul dans la maison que tu n’as pas connue,

    La maison de l’enfance, la muette, la sombre,

    Au fond des parcs touffus où l’oiseau transi du matin

    Chantait bas pour l’amour des morts très anciens, dans l’obscure rosée.

     

    C’est là, dans ces chambres profondes aux fenêtres ensommeillées

    Que l’ancêtre de notre race avait vécu

    Et c’est là que mon père après ses longs voyages

    Était venu mourir.

     

    J’étais seul et, je me souviens,

    C’était la saison où le vent de nos pays

    Souffle une odeur de loup, d’herbe de marécage et de lin pourrissant

    Et chante de vieux airs de voleuse d’enfants dans les ruines de la nuit.

     

    ...

     

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    OSCAR VLADISLAS DE LUBICZ MILOSZ

     

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    Berthe-Morisot-Farm

    Oeuvre Berthe Morizot

     

     


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  • 02/19/17--13:36: INSOMNIE
  • Je dis : ma Mère. Et c’est à vous que je pense, ô Maison !
    Maison des beaux étés obscurs de mon enfance, à vous
    Qui n’avez jamais grondé ma mélancolie, à vous
    Qui saviez si bien me cacher aux regards cruels, ô
    Complice, douce complice ! Que n’ai-je rencontré
    Jadis, en ma jeune saison murmurante, une fille
    À l’âme étrange, ombragée et fraîche comme la vôtre,
    Aux yeux transparents, amoureux de lointains de cristal,
    Beaux, consolants à voir dans le demi-jour de l’été !
    Ah ! j’ai respiré bien des âmes, mais nulle n’avait
    Cette bonne odeur de nappe froide et de pain doré
    Et de vieille fenêtre ouverte aux abeilles de juin !
    Ni cette sainte voix de midi sonnant dans les fleurs !
    Ah ces visages follement baisés ! ils n’étaient pas
    Comme le vôtre, ô femme de jadis sur la colline !
    Leurs yeux n’étaient pas la belle rosée ardente et sombre
    Qui rêve en vos jardins et me regarde jusqu’au cœur
    Là-bas, au paradis perdu de ma pleureuse allée
    Où d’une voix voilée l’oiseau de l’enfance m’appelle,
    Où l’obscurcissement du matin d’été sent la neige.
    Mère, pourquoi m’avez-vous mis dans l’âme ce terrible,
    Cet insatiable amour de l’homme, oh ! dites, pourquoi
    Ne m’avez-vous pas enveloppé de poussière tendre
    Comme ces très vieux livres bruissants qui sentent le vent
    Et le soleil des souvenirs et pourquoi n’ai-je pas
    Vécu solitaire et sans désir sous vos plafonds bas,
    Les yeux vers la fenêtre irisée où le taon, l’ami
    Des jours d’enfance, sonne dans l’azur de la vieillesse ?
    Beaux jours ! limpides jours ! quand la colline était en fleur,
    Quand dans l’océan d’or de la chaleur les grandes orgues
    Des ruches en travail chantaient pour les dieux du sommeil,
    Quand le nuage au beau visage ténébreux versait
    La fraîche pitié de son cœur sur les blés haletants
    Et la pierre altérée et ma sœur la rose des ruines !
    Oùêtes-vous, beaux jours ? oùêtes-vous, belle pleureuse,
    Tranquille allée ? aujourd’hui vos troncs creux me feraient peur
    Car le jeune Amour qui savait de si belles histoires
    S’est caché là, et Souvenir a attendu trente ans,
    Et personne n’a appelé : Amour s’est endormi.
    — Ô Maison, Maison ! pourquoi m’avez-vous laissé partir,
    Pourquoi n’avez-vous pas voulu me garder, pourquoi, Mère,
    Avez-vous permis, jadis, au vent menteur de l’automne,
    Au feu de la longue veillée, à ces magiciens,
    Ô vous qui connaissiez mon cœur, de me tenter ainsi
    Avec leurs contes fous, pleins d’une odeur de vieilles îles
    Et de voiliers perdus dans le grand bleu silencieux
    Du temps, et de rives du Sud où des vierges attendent ?
    Si sage vous saviez pourtant que les vrais voyageurs,
    Ceux qui cherchent la Baie du Sincère et l’Île des Harpes
    Et le Château Dormant ne reviennent jamais, jamais !
      Mon cœur est tout seul dans la froide auberge et l’insomnie
    Debout dans le vieux rayon contemple mon vieux visage
    Et nul, nul avant moi n’avait compris de quelles morts
    Sourdes, irrémédiables sont faits ces jours de la vie !

     

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    OSCAR VLADISLAS DE LUBICZ MILOSZ

     

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    berthe-morisot-jeune-fille

    Oeuvre Berthe Morisot


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  • 02/21/17--01:27: LE VISAGE NUPTIAL
  • À présent disparais, mon escorte, debout dans la distance;
    La douceur du nombre vient de se détruire.
    Congéà vous, mes alliés, mes violents, mes indices.
    Tout vous entraîne, tristesse obséquieuse.
    J’aime.

    L’eau est lourde à un jour de la source.
    La parcelle vermeille franchit ses lentes branches à ton front,
    dimension rassurée.
    Et moi semblable à toi,
    Avec la paille en fleur au bord du ciel criant ton nom,
    J’abats les vestiges,
    Atteint, sain de clarté.

    Tu rends fraîche la servitude qui se dévore le dos;
    Risée de la nuit, arrête ce charroi lugubre
    De voix vitreuses, de départs lapidés.

    Tôt soustrait au flux des lésions inventives
    (La pioche de l’aigle lance haut le sang évasé)
    Sur un destin présent j’ai mené mes franchises
    Vers l’azur multivalve, la granitique dissidence.

    Ô voûte d’effusion sur la couronne de son ventre,
    Murmure de dot noire!
    Ô mouvement tari de sa diction!
    Nativité, guidez les insoumis, qu’ils découvrent leur base,
    L’amande croyable au lendemain neuf.
    Le soir a fermé sa plaie de corsaire où voyageaient les fusées
    vagues parmi la peur soutenue des chiens.
    Au passé les micas du deuil sur ton visage.

    Vitre inextinguible: mon souffle affleurait déjà l’amitié
    de ta blessure,
    Armait ta royauté inapparente.
    Et des lèvres du brouillard descendit notre plaisir
    au seuil de dune, au toit d’acier.
    La conscience augmentait l’appareil frémissant deta permanence;
    La simplicité fidèle s’étendit partout.

    Timbre de la devise matinale, morte saison
    de l’étoile précoce,
    Je cours au terme de mon cintre, colisée fossoyé.
    Assez baisé le crin nubile des céréales:
    La cardeuse, l’opiniâtre, nos confins la soumettent.
    Assez maudit le havre des simulacres nuptiaux:
    Je touche le fond d’un retour compact.
    Ruisseaux, neume des morts anfractueux,
    Vous qui suivez le ciel aride,
    Mêlez votre acheminement aux orages de qui sut guérir
    de la désertion,
    Donnant contre vos études salubres.
    Au sein du toit le pain suffoque à porter coeur et lueur.
    Prends, ma Pensée, la fleur de ma main pénétrable,
    Sens s’éveiller l’obscure plantation.

    Je ne verrai pas tes flancs, ces essaims de faim, se dessécher,
    s’emplir de ronces;
    Je ne verrai pas l’empuse te succéder dans ta serre;
    Je ne verrai pas l’approche des baladins inquiéter
    le jour renaissant;
    Je ne verrai pas la race de notre liberté servilement se suffire.

    Chimères, nous sommes montés au plateau.
    Le silex frissonnait sous les sarments de l’espace;
    La parole, lasse de défoncer, buvait au débarcadère angélique.
    Nulle farouche survivance:
    L’horizon des routes jusqu’à l’afflux de rosée,
    L’intime dénouement de l’irréparable.

    Voici le sable mort, voici le corps sauvé:
    La Femme respire, l’Homme se tient debout.

     

     

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    RENE CHAR

     

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    rene


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    N'égraine pas le tournesol.

    Tes cyprès auraient de la peine.

    Chardonneret reprends ton vol

    Et reviens à ton nid de laine.

    Tu n'es pas un caillou du ciel

    Pour que le vent te tienne quitte.

    Oiseau rural ; I'arc-en-ciel

    S'unifie dans la marguerite.

    L'homme fusille cache toi ;

    Le tournesol est son complice

    Seules les herbes sont pour toi

    Les herbes des champs qui se plissent.

    Le serpent ne te connaît pas

    Et la sauterelle est bougonne :

    La taupe, elle, n'y voit pas ;

    Le papillon ne hait personne

    Il est midi chardonneret.

    Le séneçon est là qui brille

    Attarde-toi va sans danger :

    L'homme est rentré dans sa famille !

    L'écho de ce pays est sûr.

    J'observe, je suis bon prophète ;

    Je vois tout de mon petit mur

    Même tituber la chouette.

    Qui, mieux qu'un lézard amoureux

    Peut dire les secrets terrestres ?

    O léger gentil roi des cieux.

    Que n'as tu ton nid dans ma pierre !

     

    .

     

    RENE CHAR

    Orgon, août 1947

     

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    aboriginal-art2


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    Rivière trop tôt partie, d'une traite, sans compagnon

    Donne aux enfants de mon pays le visage de ta passion

    Rivière où l'éclair finit et où commence ma maison

    Qui roule aux marches d'oubli la rocaille de ma raison.

    Rivière, en toi terre est frisson, soleil anxiété.

    Que chaque pauvre dans sa nuit fasse son pain de ta moisson.

    Rivière souvent punie, rivière à l'abandon.

    Rivière des apprentis à la calleuse condition

    Il n'est vent qui ne fléchisse à la crête de tes sillons.

    Rivière de l'âme vide, de la guenille et du soupçon

    Du vieux malheur qui se dévide, de l'ormeau de la compassion .

    Rivière des farfelus des fiévreux, des équarrisseurs

    Du soleil lâchant sa charrue pour s'acoquiner au menteur.

    Rivière des meilleurs que soi, rivière des brouillards éclos

    De la lampe qui désaltère l'angoisse autour de son chapeau.

    Rivière des égards au songe rivière qui rouille le fer

    Où les étoiles ont cette ombre qu'elles refusent à la mer.

    Rivière des pouvoirs transmis et du cri embouquant les eaux

    De l'ouragan qui mord la vigne et annonce le vin nouveau

    Rivière au coeur jamais détruit dans ce monde fou de prison

    Garde-nous violent et ami des abeilles de l'horizon.

     

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    RENE CHAR

    «Le Soleil des Eaux», Editions Gallimard

     

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    riviere


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  • 02/21/17--09:48: UGARITICA
  • Au bout de mes doigts je détiens
    ces blancs oiseaux cunéiformes
    mon souffle mon amour mon désir voyageur
    ces oiseaux effilant le loin
    fortuits & brefs dans l'incessant
    combat du feu & de la mer
    ces moments d'ailes donnant ciel
    à mes mots
    insoucieux de moi
    lointains déjà
    comme les vagues & le vent
    & miens oh rythmiquement miens

     

    Dans la cendre & le sable
    à ce delta du temps
    Alasia Samara
    appelant de leur nuit
    la source
    que nous serons peut-être

     

    Creusant ameublissant le sens
    trembler de ne sauver
    l'insignifiant
    Arracher à leur mort
    lacunaire
    hommes & dieux leurs noms
    érodés
    Rallumer ce soleil
    oxydé qu'ils déclineront
    dévastant de désert en désert
    toutes les nostalgies
    sur des chemins inusités
    qui ne sauront que partir

     

    O bateliers du Siyannu
    vous marins mangeurs d'Infini
    rapportez-nous l'abécédaire
    de tous les peuples de la mer

     

    Ensevelie sous quelques lettres
    le visage l'âme lissée
    par une Phénicie de songe
    elle vient d'un silence
    de quatre millénaires
    juste à temps pour sauver
    ce moineau tombé dans décembre

     

    O vaisseaux O jardins
    Soir où s'abattent les oiseaux
    Flou d'élégie sur le bassin
    Le même insecte tarde
    à mourir sa mort circulaire

     

    Site d'étoiles de beauté
    Ici l'été s'exalte
    Le poème sent battre
    ses sèves jugulaires

     

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    RAYMOND FARINA

    Extrait de Archives du sable, Ugaritica,
    Editions Rougerie, 1982

     

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    Charles Gleyre2

    Oeuvre Charles Gleyre

     


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