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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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    J'écoute la rumeur qui monte des choses. La pensée vide, j'entre en résonance. La parole peut jaillir d'une simple motte de terre ou d'un reflet dans la vitre. Ce ne seraient d'abord que des murmures épars, des chuchotements qui lentement se rassembleraient et finiraient par former un début de phrase encore balbutiante. Puis, de ruisseau, la petite voix deviendrait rivière et fleuve. Chargée d'alluvions, peut-être de pépites, la phrase prendrait de l'ampleur, se laisserait porter par le courant jusqu'à la haute mer. Dans les remous de la langue ainsi forgée, l'écriture du monde serait fragile et menacerait à chaque instant de se noyer, de sombrer dans l'abîme, mais chaque fois elle se redresserait avec la vague, s'élançant en biais dans la lumière vers un point de toute façon innommable, une ponctuation pour le silence. 

    .

     

     

    ! DIAMON~11

     

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    ALAIN ROUSSEL

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    ! DIAMON~11

     

     

    img_83921024px

     


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    Je n’ai qu’une rose entre mes doigts
    qu’un fragment de cette fête.
    Dans les veines une foi vivante
    et dans ma gorge une poignée de mots.
    Mon chant s’enroule
    comme le fil autour du fuseau
    d’un instant qui sera un jour
    un jour pour tous un instant de joie.
    Ce moment nous reviendra à nous et
    aux hommes de bonne volonté
    dans l’âpre combat que nous menons pour
    gagner l’incandescente sagesse.

    Mais je sais qu’il restera
    comme un pain sur notre table
    un jeu de frontières
    une invite
    des solitudes du profond désert :
    l’amour qui gouverne le monde se sera assis à notre table.

     

     

     

     

    ! DIAMON~11

     

    MILAN RUFUS

     

     

    ! DIAMON~11

     

     

     

    juste_une_rose2

     

     

     

     


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  • 12/30/17--08:16: ABDELLATIF LAÂBI...Extrait
  • ....

    Ô jardinier de l’âme
    as-tu prévu pour la nouvelle année
    un carré de terre humaine
    où planter encore quelques rêves ?
    As-tu sélectionné les graines
    ensoleillé les outils
    consulté le vol des oiseaux
    observé les astres, les visages
    les cailloux et les vagues ?
    L’amour t’a-t-il parlé ces jours-ci
    dans sa langue étrangère ?
    As-tu allumé une autre bougie
    pour blesser la nuit dans son orgueil ?
    Mais parle
    si tu es toujours là

    Dis-moi au moins :
    qu’as-tu mangé et qu’as-tu bu ?

     

     

    ! DIAMON~11

     

     

     ABDELLATIF LAÂBI

     

    ! DIAMON~11

     

     

    birds

     

     

     

     


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  • 12/30/17--11:39: AUTRES MESURES...Extrait

  • A petits pas qu'importe !
    De l'autre côté
    le temps ne presse plus.
    De l'autre côté
    l'instant ne leurre plus.

    Le voyage ne finit pas
    de désarticuler
    qu'importe le pas.

    Marcheur immobile
    dans l'eau qui emporte
    malgré soi
    vers l'irrésistible..

    Oeillade des feux
    nuits où les rêves
    prennent corps et nous écrasent
    de tendresse
    le marcheur loin des voies
    qui se dupliquent
    ne sait quoi butiner
    le temps qui se ramasse
    et reste dans l'angle mort
    le désir défiant le silence
    ou cet infime frémissement
    que le vent porte
    avec l'averse ?

    Magie des voix pierreuses
    des impulsions muettes
    des mots archivés
    à peine offerts.

    Magie des fièvres de louves…

     

    ! DIAMON~11

     

     

    AGNES SCHNELL

    recueil inédit

     

    ! DIAMON~11

     

     

     

    LOUVES2

     


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    ...

    Je suis vraiment bien las de vos horribles guerres. 
    Vos prières, vos vœux mêmes sont des forfaits ! 
    Le péril est pour vous dans vos humeurs contraires, 
    Et c’est dans l’union qu’est votre force. 
    En frères Vivez donc, et sachez vous maintenir en paix. 

    ...

     

    ! DIAMON~11

     

     

     CHARLES BAUDELAIRE

     

     

    ! DIAMON~11

     

     

     

    tham3

    Photographie Thami Benkirane


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  • 12/31/17--07:16: VOEUX
  • Image du Blog coquelico.centerblog.net

    Voeux
    La joie de chaque jour et l’amour
    Contre la solitude des images
    Et nous ?
    naufragés des espaces intolérants
    Ecrivons en mille langues, la joie
    L’abri contre la violence
    L’appel des jours de paix
    des nuits ardentes avec la proximité des anges
    de fidélité ax rêves
    pour qu’à la prochaine rencontre
    personne ne te sente étranger

     

    ! DIAMON~11

     

    Felicitación Navideña
    La alegría diaria y el amor
    Contra la soledad de las imágenes
    ¿Y nosotros?
    náufragos de los espacios intolerantes
    Que escribimos en mil lenguas, la alegría
    La protección contra la violencia
    La llamada a días de paz
    a noches ardientes con la proximidad de los ángeles
    a la fidelidad a los sueños
    para que en el próximo encuentro
    nadie se sienta extranjero

     

    ! DIAMON~11

     

     

    NICOLE BARRIERE

    Traduction espagnole Teo Sanz

     

     

    ! DIAMON~11

     

     

     

    nath2

    Photographie Nathalie Magrez


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  • 12/31/17--07:19: 2018...
  •  

    Image du Blog coquelico.centerblog.net

    Le poème de la vie se goûte ainsi, au passage des années nomades.
    Nous nous savons passants et passagers des secondes. Bergers des heures creuses. Des jours éblouis par le rayon de lumière au fond de nous.
    Nous cherchons ce puits où notre silence s'enfuit dans la lumière.
    D'année en année, le poème de la vie s'efface, se reconstruit.
    Il nous faut vivre de l'espérance qui nous étreint.
    C'est cela le temps que nous ranimons en nous.
    D'année en année.
    Bientôt, 2018 sera là. Que votre quête soit cette source de poésie vive.

     

    ! DIAMON~11

     

     

    KHAL TORABULLY

     

     

    ! DIAMON~11

     

     

     

    nath

    Photographie Nathalie Magrez


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  • 12/31/17--15:01: NOUVELLE ANNEE
  • 2018


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    - Ruisseau, ruisseau

    Arrête-toi, dirent les menthes,

    Gentil ruisselet

    Fil d'argent

    Ruban de lumière

    Écoute: nous sentons bon

    Et nos timides cousines

    Les violettes

    Désirent te connaître,

    Reste avec nous,

    Ruisseau- ruisselet,

    Gai compagnon.-

     

    Mais le ruisseau s'enfuit

    Et une rose penchée sur l'eau

    Devint rouge de colère.

     

    On l'entendit plus loin

    Rouler et rire sur les blancs galets,

    Ronronner dans l'herbe,

    Murmurer sur la mousse soyeuse.

    - Ne pars pas

    Dirent les galets

    Et l'herbe et la mousse,

    Qu'as-tu à courir

    Comme une couleuvre pourchassée

    Ruisseau, notre ami !

    Reste avec nous, étendu au soleil :

    Nous t'entourerons de joncs,

    Nous te protégerons avec des roseaux,

    Et nous t'apporterons :

    Une grenouille

    Deux petits poissons 

    Et un canard.

    Ne t'en va pas

    Ruisseau - ruisselet

    Gai compagnon  . -

     

    Mais le petit ruisseau

    Poursuivit son chemin

    Et l'herbe au bord de l'eau

    Devint verte de dépit.

     

    Il fit un détour par les bois

    Et là il entra dans le grand silence.

    C'était midi et tous les arbres dormaient.

    Seule une tourterelle

    S'en vint boire

    Juste une goutte d'eau claire

    Puis d'un trait s'envola

    En roucoulant : bonjour, bonjour.

     

    Ainsi arriva en ville

    Ruisseau- ruisselet

    Et faut-il e dire !

    Il eut besoin de faire pipi

    Voulut se glisser dans un jardin

    Sous de grenadiers en fleur

    Mais survint u gendarme

    L'air mauvais,

    Qui lui montra un écriteau

    Sur lequel était écrit 

    " Défendu ! " -

    L'arrêta

    Et voilà Ruisseau - ruisselet

    Ruban de lumière

    Fil d'argent

    Notre gentil compagnon

    Dans une sombre prison- réservoir

    Avec beaucoup d'autres

    Pauvres petits ruisseaux.

    Et on les habilla de longs tuyaux

    ( C'est l'uniforme de prisonniers des petits ruisseaux )

    Et on les envoya travailler en ville

    Dans les cuisines

    Dans les bassins

    Dans les salles de bai

    C'est ainsi que parvint dans une autre prison

    Ruisseau - ruisselet,

    A l'heure où Ti-Jacques allait se baigner

    Et comme

    Celui-ci ouvrait le robinet

    Il entendit

    - Je viens de dehors, sais-tu. 

    - A vraiment, dit Ti-Jacques.

    - Je suis Ruisseau - ruisselet

    - Salut, dit Ti-Jacques

    Il y a longtemps que je suis ici

    Raconte un peu :  que se passe t-il dans le monde ?

    - Oh, j'ai vu beaucoup de choses :

    Des menthes

    Tandis que je descendais vers la ville, 

    Fraîches et parfumées :

    Et une rose rouge,

    Une rose rouge, s'écria Ti-Jacques

    Tu dis, une rose rouge !

    - Oui, j'ai aperçu son visage

    Penché sur ma course

    Et j'ai senti son ombre glisser sur moi.

    - Et quoi encore ?

    - Des herbes, de la mousse

    Des arbres dans la lumière

    Des arbres au profond des bois endormis;

    Et une tourterelle,

    - Une tourterelle, soupira Ti-Jacques

    Une tourterelle, des arbres

    De la lumière

    De la mousse

    Et une rose...Une rose rouge !

    Ah, vois-tu

    Je voudrais bien revoir tout cela...

    Mais, dis-moi

    Connais-tu Daniel ?

    - Ma foi non, répondit l'eau

    Qui est Daniel ?

    - C'est mon petit garçon

    Il a cinq ans

    Il va à l'école

    Et il est haut comme ça. Si tu le rencontres

    Ruisseau-ruisselet

    Triste compagnon

    Dis-lui pour moi

    Comme la tourterelle

    Bonjour, bonjour, bonjour.

     

     

    ! DIAMON~11

     

     

    JACQUES ROUMAIN

    13/12/1935

    Pénitencier National

     

     

    ! DIAMON~11

     

     

     

    bernard liegeois 3

    Photographies Bernard Liégeois

     

     

     


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    Je veux préparer un monde
    où il n’y aura plus d’armes
    ni de guerre
    un monde où une mère
    aimera le fils d’une autre mère
    comme son fils
    un monde qui ne fera pas de différence
    entre les hommes
    un monde nouveau
    où ne compteront plus la gloire
    ni les défaites.
    Je veux préparer un monde
    qui ne croira plus à l’Arche de Noé.
    Je veux préparer un monde
    où aucun être humain ne sera sans maison
    où nul ne mourra
    de froid ni de faim.
    Je veux préparer un monde
    où moi deviendra nous
    et nous sera moi.
    Je veux préparer un monde
    naïf
    et sincère
    comme ce poème.

     

    ! DIAMON~11

     

     

    MARAM AL-MASRI

    née en 1962 à Lattaquié, Syrie 

     

     

    ! DIAMON~11

     

     

     

    Deedra Ludwig

    Oeuvre Deedra Ludwig

     

     

     

     


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  • 01/05/18--14:16: LA VENUE...Extrait
  • J'aime les jardins quand ils sont silencieux,
    Éventuellement décorés d'une rose
    Ou d'un merle en dessous du laurier ; quand les hêtres
    Deviennent roux et les bouleaux dorés. Ne dites
    Pas ce qu'à vos yeux sont la nature et l'esprit ;
    Écoutez le silence où se fait la musique
    Sans prétendre y figurer vos impressions.
    Entre nous et le ciel il y a les nuages,
    La plume de ceux qui volent sous les étoiles
    Se nourrissant des saisons du soleil. Nos pas
    Ne laissent pas d'empreinte où nous posons le pied,
    Tel est le propos des muses qui ont laissé
    Derrière elles un vide inoccupé que rien
    Plus ne convoite à l'heure où la lumière tombe.

     

     

    ! DIAMON~11

     

     

     ROBERT MARTEAU

     

     

    ! DIAMON~11

     

     

    thami3

    Photographie Thami Benkirane


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  • 01/07/18--02:40: FRANCE GALL - HOMMAGE
  •  

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    Il y a tant de vagues et de fumée 
    Qu'on arrive plus à distinguer 
    Le blanc du noir 
    Et l'énergie du désespoir 
    Le téléphone pourra sonner 
    Il n'y aura plus d'abonné 
    Et plus d'idée 
    Que le silence pour respirer 
    Recommencer là où le monde a commencé 

    Je m'en irai dormir dans le paradis blanc 
    Où les nuits sont si longues qu'on en oublie le temps 
    Tout seul avec le vent 
    Comme dans mes rêves d'enfant 
    Je m'en irai courir dans le paradis blanc 
    Loin des regards de haine 
    Et des combats de sang 
    Retrouver les baleines 
    Parler aux poissons d'argent 
    Comme, comme, comme avant 

    Y a tant de vagues, et tant d'idées
    Qu'on n'arrive plus à décider
    Le faux du vrai
    Et qui aimer ou condamner
    Le jour où j'aurai tout donné
    Que mes claviers seront usés
    D'avoir osé

    Toujours vouloir tout essayer
    Et recommencer là où le monde a commencé

    Je m'en irai dormir dans le paradis blanc
    Où les manchots s'amusent dès le soleil levant
    Et jouent en nous montrant
    Ce que c'est d'être vivant
    Je m'en irai dormir dans le paradis blanc
    Où l'air reste si pur
    Qu'on se baigne dedans
    A jouer avec le vent
    Comme dans mes rêves d'enfant
    Comme, comme, comme avant
    Parler aux poissons d'argent
    Et jouer avec le vent
    Comme dans mes rêves d'enfant
    Comme avant

     

     

    .

     

     
    MICHEL BERGER

     

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    .


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  • 01/07/18--03:57: ON M'APPELLE " SANS-PAPIERS
  • On m’appelle sans papiers
    Pourtant j’avais pris soin de me munir de feuilles vertes
    Comme une offrande à la forêt lointaine
    Mais la forêt grondait comme une jungle
    J’avais pris soin de me plier dans les coins
    De n’habiter nulle part
    Et de courtiser les trottoirs
    De bien tendre la main aux guichets
    De me fondre dans la nuit du métro
    Malgré tout
    On m’appelle sans papiers
    Connaissez-vous la minorité visible d’un sans papiers
    Cela ressemble à l’invisible
    Aux contrôles
    Aux refoulés
    Je vis ma vie de rats dans les égouts du malheur
    J’habite au fond de l’exil
    Je pue l’exil au fond de ma cage
    Je crois en Dieu comme tout le monde
    Mais j’occupe l’église de mon quartier
    Oui de mon quartier Au nom du Père
    J’occupe l’église pour voir Dieu de plus près
    On m’appelle sans papiers
    Mais personne ne m’appelle par mon nom
    Il paraît que mon nom pue
    Que c’est un nom à coucher dehors
    Un nom d’oiseau qui a perdu son nid
    Un nom d’oiseau sans papiers
    Mon nid c’est la banlieue
    Le foyer
    La cave où dorment les zombis
    Mon nid c’est un aller sans retour
    Un retour sans aller
    On m’appelle sans papiers
    Je gratte un bout de vie
    Je ronge mon os en silence
    De temps en temps
    Je crie
    Je prie
    L’Europe ne peut accueillir toute la misère du monde
    Mais l’Europe a causé toute la misère du monde
    Alors je suis parti sans papiers
    Au nom de la misère du monde
    Au nom de mes richesses
    Sans papiers

     

     

    .

     

     

    ERNEST PEPIN

    Faugas/Lamentin/Guadeloupe

     

     

    .

     

     

    SANS PAPIERS2


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  • 01/07/18--04:28: AGNES SCHNELL...Extrait
  • Lente déclosion
    accoutumance à la lumière
    on traverse des terres obscures
    des zones où l’âme s’expose.

    On porte haut ce qu’on aime.
    Pensées où les éboulis sont libres, langue sèche
    hiatus entre réalité et songe.

    Tant de naissances pour être soi !
    Tant de jours âpres
    de peurs à contenir
    de brisures à colmater.
    Eternel saltimbanque
    de pirouettes en retournement
    jusqu’à l’acmé.
    Tu te cognes.
    Cailloux dans l’âme
    ou dans la gorge.
    Voix trop fluette malgré ton cri
    immense
    de l’intérieur.

    Crainte soudaine de fondre
    de sombrer dans le tumulte composé.

    On craint l’avalement
    la nuit
    sans fond.

     

     

    .

     

     

    AGNES SCHNELL

     

     

    .

     

    Charles-Clos Olsommer2,

    Oeuvre Charles-Clos Olsommer 

     

     

     

     

     

     


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  • 01/07/18--09:45: MADRID
  • Cette ride sinistre de la sierra et l'horizon cerné d'un orage de fer :

    le ciel n'a plus un sourire plus un seul tesson d'azur

    Pas un arc à lancer l'espoir d'une flèche de soleil

    les arbres déchiquetés se redressent gémissent comme des violons désaccordés

    tout un village endormi dans la mort s'en va à la dérive

    quand la mitrailleuse crible la passoire du silence

    quand explose la cataracte de fracas

    que le plâtras du ciel s'écroule

    Et les flammes tordues lèchent dans la cité

    les blessures des lézardes calfatées de nuit

    et dans le petit square abandonné où règne maintenant la paisible épouvante

    il y a

    mais oui il y a

    sur le visage sanglant de cet enfant un sourire

    comme une grenade écrasée à coup de talon

     

    Plus d'oiseaux de doux chants d'oiseau des collines

    l'âge de feu et d'acier est né la saison des sauterelles apocalyptiques

    et les tanks avancent l'invasion obstinée des gros hannetons ravageurs

    et l'homme est terré avec sa haine et sa joie pour demain

    et quand il s'élance

    la mort te vendange Hans Beimler *

    la mort qui agite sur le van de la plaine

    une moisson de cris

    Voici avec  la neige la denture cariée des montagnes

    l'essaim des balles bourdonnant sur la charogne de la terre

    et la peur au fond des entonnoirs est comme le ver dans une pustule crevée.

    Qui se rappelle l'incroyable saison le miel des vergers et le sentier sous les branches

    le murmure froissé des feuilles et le rire tendre et bon de la jeune femme

    la paix du ciel et le secret des eaux

    - Il y a longtemps déjà que tomba dans l'oliveraie Lina Odena * là-bas dans le sud

     

    C'esy ici l'espace menacé du destin

    la grève où accourue de l'Atlas et du Rhin

    la vague confondue de la fraternité du crime déferle

    sur l'espoir traqué des hommes

    Mais c'est aussi malgré les sacré-coeurs brodés sur l'étendard de Mahomet

    Les scapulaires les reliques

    les grigris du lucre

    les fétiches du meurtre

    les totems de l'ignorance

    tous les vêtements du mensonge les signes démentiels du passé

    ICI que l'aube s'arrache des lambeaux de la nuit

    que dans l'atroce parturition et l'humble sang anonyme du paysan et de l'ouvrier

    naît le monde où sera effacée du front des hommes

    la flétrissure amère de la seule égalité du désespoir.

     

     

    * Hans Beimler : https://fr.wikipedia.org/wiki/Hans_Beimler

     

    * Lina Odena : https://es.wikipedia.org/wiki/Lina_Odena


    Lina Odena, jeune dirigeante communiste qui devint secrétaire générale de l’organisation des femmes après la victoire du Front populaire, appartient au même type d’héroïne virginale. Au cours d’un contrôle franquiste, au tout début de la guerre civile, elle préféra se donner la mort avec son pistolet plutôt que de tomber entre les mains des phalangistes : le récit de sa mort l’apparente aux femmes martyres de la tradition chrétienne qui préférèrent la mort au déshonneur, ici représenté par les tortures et sévices, notamment à caractère sexuel, auxquelles étaient souvent soumises les femmes « rouges » par les franquistes

     

     

    .

     

     

    JACQUES ROUMAIN

     

     

    .

     

     

    femmes guerre d'espagne

    Résistante guerre d'Espagne


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  • 01/07/18--12:02: NOËL...
  • J’en ai assez de votre bonne conscience
    J’en ai assez Messieurs-je-sais-tout
    J’en ai assez de votre omniscience
    J’en ai assez de vos airs de toutou
    J’en ai assez

    Voici Noël et ses marchands du temple
    Voici Noël et ses soldes à deux sous
    Voici Noël et ses feux qu’on contemple
    Voici Noël, la misère en dessous
    Voici Noël

    Qu’a-t-on gardé de la Nativité ?
    Qu’a-t-on gardé du mystère divin ?
    Qu’a-t-on gardé de la céleste cité ?
    Qu’a-t-on gardé du sang changé en vin ?
    Qu’a-t-on gardé ?

    On m’avait appris naguère le miracle
    On m’avait appris le visage humain
    On m’avait appris le son de l’oracle
    On m’avait appris le cœur sur la main
    On m’avait appris

    Comme un livre ouvert c’est un autre langage
    Comme un livre ouvert venu du fond de l’être
    Comme un livre ouvert que déplierait un mage
    Comme un livre ouvert à suivre à la lettre
    Comme un livre ouvert

    Le cœur est là cousu en filigrane
    Le cœur est là posé en évidence
    La cœur est là léger qui se pavane
    Le cœur est là qui bat et qui danse
    Le cœur est là

    C’était avant que les choses vous submergent
    C’était avant le siècle des pesanteurs
    C’était avant les chaînes et les verges
    C’était avant le règne des menteurs
    C’était avant

    Tout a un prix désormais ici-bas
    Tout a un prix qu’on s’en saigne les veines
    Tout a un prix l’homme est au plus bas
    Tout a un prix jusque dans la haine
    Tout a un prix

    Quand je sors des murs de ma maison
    Quand je sors je vois l’obscène étalage
    Quand je sors l’air a un goût de poison
    Quand je sors c’est l’infâme déballage
    Quand je sors

    Vraiment je me sens moins qu’un étranger
    Vraiment les affiches, réclames, slogans
    Vraiment vos articles si bien rangés
    Vraiment mon mépris vous va comme un gant
    Vraiment

    Vous voici, dieux de la marchandise
    Vous voici, votre règne est arrivé
    Vous voici, vos appâts vos friandises
    Vous voici, vers vous nos bras levés
    Vous voici

    Le nouveau dogme c’est le plaisir sans frein
    Le nouveau dogme du bonheur facile
    Le nouveau dogme prêchéà fond de train
    Le nouveau dogme taillé pour imbéciles
    Le nouveau dogme

    On vous assure les rêves les plus longs
    On vous assure les plaisirs solitaires
    On vous assure : ni barrières ni jalons
    On vous assure : ni dieu ni maître sur terre
    On vous assure

    Un seul dieu pourtant, au-dessus des autres
    Un seul dieu, non pas au sein d’une chapelle
    Un seul dieu, non pas dans un cœur d’apôtre
    Un seul dieu pour un unique appel
    Un seul dieu

    En chiffres on le vénère, comme le veau d’or
    En chiffres les prières qu’on lui adresse
    En chiffres on le conjure, on l’honore
    En chiffres on se mortifie, on se confesse
    En chiffres

    Tout se vaut pour peu que cela s’achète
    Tout se vaut les prix sont affichés
    Tout se vaut, se porte, s’use et se jette
    Tout se vaut Amour comme Psyché
    Tout se vaut

    Point n’est besoin désormais de penser
    Point n’est besoin encore moins de croire
    Point n’est besoin pour l’esprit d’avancer
    Point n’est besoin c’est une vieille histoire
    Point n’est besoin

    Désormais l’homme a déclaré forfait
    Désormais devant « l’objet intelligent »
    Désormais c’est lui sa bonne fée
    Désormais il en veut pour son argent
    Désormais

    Entre nous on a baissé les bras
    Entre nous toute affaire devient négoce
    Entre nous on discute le bout de gras
    Entre nous dans un monde féroce
    Entre nous

    Notre époque porte la grande illusion
    Notre époque au nom de la liberté
    Notre époque aveugle à toute vision
    Notre époque ni croyante ni athée
    Notre époque

    Bienvenue au siècle numérique
    Bienvenue le cul sur sa chaise
    Bienvenue au nouvel Amérique
    Bienvenue au nouveau catéchèse
    Bienvenue

    Vous verrez des mondes étonnants
    Vous verrez, comme on vous le souhaite
    Vous verrez entre levant et ponant
    Vous verrez le miroir aux alouettes
    Vous verrez

    Les mots sont vides : comme « démocratie »
    Les mots ne sont plus que de la fumée
    Les mots rances au goût de pain rassis
    Les mots, les mots, de mensonge parfumés
    Les mots

    J’en dirais tant de ces mots à vous tous
    J’en dirais tant comme ça vient tout seul
    J’en dirais tant, ça se dit sur le pouce
    J’en dirais tant jusque dans mon linceul
    J’en dirai tant

    Jusqu’à ma mort je vous vomirai
    Jusqu’à ma mort mon dégoût de vos normes
    Jusqu’à ma mort quand léger je partirai
    Jusqu’à ma mort en y mettant les formes
    Jusqu’à ma mort

    En crachant sur vos rituels du grand nombre
    En crachant sur vos prophètes du bas ventre
    En crachant, sur cet écran qui encombre
    En crachant, jusqu’au désert de mon antre
    En crachant

    Achetez, c’est le nouvel acte de foi !
    Achetez au nom du nouveau Moloch !
    Achetez dieu et mortel à la fois !
    Achetez, tout se vend et tout se troque !
    Achetez !

    En ce Noël où se lisent dans les foyers
    En ce Noël, bien des récits de naufrage
    En ce Noël où sombrent des destins ployés
    En ce Noël où l’indigence fait rage
    En ce Noël

    Je dis non à l’unique dimension
    Je dis non au culte de la matière
    Je dis non sans feinte ni diversion
    Je dis non à la terre entière
    Je dis non

    Au nom du feu qui étincelle en l’homme
    Au nom du feu qui au fond de vous couve
    Au nom du feu que l’on crie et l’on nomme
    Au nom du feu où que l’on se trouve
    Au nom du feu

    Le sacré, à l’envi tâché de honte
    Le sacré enfoui comme au fond d’une bière
    Le sacré avili enfle et remonte
    Le sacré comme une rancœur d’hier
    Le sacré

    Assez de votre Eden à quatre voies
    Assez de vos muettes complaisances
    Assez de vos grands messes vidés de voix
    Assez de vos Romes et de vos Byzances
    Assez

    Je préfère oublier vos tièdes rubans
    Je préfère la corde raide et sa froideur
    Je préfère du monde être mis au ban
    Je préfère à d’autres chaînes la roideur
    Je préfère

    Fatiguées sont vos molles consciences
    Fatiguées vos pensées devant les défis
    Fatiguées vos doctrines et vos croyances
    Fatiguées dans un monde qui se suffit
    Fatiguées

    Qu’on arrête vos jeux intellectuels
    Qu’on arrête vos prouesses formalistes
    Qu’on arrête vos merdes conceptuelles
    Qu’on arrête vos tours de fabulistes
    Qu’on arrête

    En ce Noël de bien des détresses
    En ce Noël j’en appelle au sursaut
    En ce Noël oublié des promesses
    En ce Noël étouffé au berceau
    En ce Noël

    Qu’il revienne l’homme symbole d’un ailleurs
    Qu’il revienne, arbre entre ciel et terre
    Qu’il revienne arraché de sa torpeur
    Qu’il revienne de cette graine que j’enterre
    Qu’il revienne

     

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    REZA AFCHAR NADERI
    Paris, le 17 décembre 2009

     

     

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    Si quelques mots voulaient venir à son secours
    peut-être traverserait-il le jour
    sans trop mourir celui que
    le poids des choses conduit dans
    les vergers sans fruits du silence

    Peut-être serait-il absous
    d’avoir été dans un même temps
    l’ange et la bête
    celui qui traquait des langages
    dans l’azur et dans la paille

    Et si quelque parole fût-elle pauvre
    aimait à le prendre en pitié
    peut-être s’ouvrirait-il au péril
    de vivre encore une journée
    celui qui défaille et espère

     

     

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    ANDRE SCHMITZ

     

     

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    tofographies2

     


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  • 01/08/18--11:57: NOMADE
  • Je traverse en nomade le grand corps du monde, de la fraîcheur des sources jusqu’au vent du désert, de la froideur de l’eau jusqu’aux habits de flammes, du rhume des objets jusqu’à la toux de l’âme, du sel de la mer jusqu’au fil de salive, des grottes de Lascaux jusqu’aux mots sur la page, de l’amibe encore chaud au cristal de Bohème, des hommes dans les mines aux femmes à ciel ouvert. Je traverse le monde comme un ruisseau perdu où viennent boire les bêtes. Je recueille une à une les larmes oubliées, les ailes des oiseaux pétrifiées dans la pierre. Je marche en titubant de la blessure au baume.

    Je voudrais bien savoir de quoi parlent les arbres quand le vent les visite, ce que chante un oiseau pour endormir le nid. Nous apprenons la vie par les gestes qu’on pose. Nous apprenons la langue par les mots que l’on dit. Je construis ma demeure avec du bois d’homme. Je croise sur la page la baleine et l’agneau, la montagne et le pain, la source et le volcan. Ils se comprennent mieux que les hommes s’accordent. L’espérance y butine les insectes en fleurs. Des plantes inconnues escaladent le roc. À l’école du vent, les papillons par paires potassent le pollen. Les arbres du verger ne comptent pas leurs pommes. Ils se dessinent un cœur dans les lignes de l’aubier.

    Je regarde le ciel sans oublier la terre. Plus léger qu’un oiseau qui marche sur la neige, je déchiffre du pied l’hexagramme des pas. Je veux tisser ma vie sans en briser le fil. Le plus beau des arbres a les racines tordues. L’abîme le plus creux aspire au soleil. La grosseur des bourgeons me tient lieu de journal. Avec le vent qui passe, les aiguilles de pin font des calligraphies. Il faut croire à son ombre autant que le soleil. Sur la route du yang, la charrette du yin bringuebale parfois. Sa vieille roue de bois ne reste pas en place. Pâle croissant de lune, je traverse en nomade l’histoire du ciel. Je cherche encore la porte pour entrer ou sortir, un horizon sans borne, une horloge sans temps.

    J’ai préféré la vigne aux escaliers de marbre, les branches du pommier aux carcasses d’autos, les ronces dans les mûres au bois des balustrades. Sous les sabots du cerf, on n’entend plus la terre. La peur du chasseur fait taire les oiseaux. Même le vent dans les feuilles est une cloche sans battant. La rivière qui chante ne finit plus ses phrases. Que savons-nous au juste de la souffrance des pierres, de la peur des enfants, de la tendresse des épines ? Que savons-nous des arbres enfermés dans les portes et le bois des matraques ? Que savons-nous des morts que l’on bâillonne encore, des étoiles aveugles et des bêtes qui boitent, du courage des plantes sous le poids de la neige ?

    Je ne compte pas les jours mais les cailloux blessés. Les chiffres de la pluie s’additionnent aux parfums. Le soleil multiplie les tiges du jardin. Sur la falaise de l’homme, je m’accroche aux images pour ne pas perdre pied. Je laisse sur le roc des cicatrices en feu. Dans la chair des mots, la pointe du scalpel est le bout de la langue.

     

     

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     JEAN-MARC LAFRENIERE

     

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    NATH.

    Photographie Nathalie Magrez

    http://www.mondessensibles.canalblog.com


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    À ceux à qui il ne manque rien
    Il manque l’essentiel :
    Le manque lui-même précisément

    N’ayant plus rien à désirer et tout venant à leur manquer
    Ceux-là déjà ressemblent à leur mort



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    ANDRE SCHMITZ

     

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    ileana serban2

    Oeuvre Iléana Serban


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