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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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  • 02/04/18--04:29: RECONVERSION
  •  Je ne suis pas poète ou écrivain je suis

    Ramasseuse de Cris, je passe avec ma brouette
    Entre vous je glane du hurlement de la plainte fragile les pleurs
    De colère des enfants les rugissements des amants trompés
    Le gémissement de la vieille percluse perdue au bas de l’escalier
    Les balbutiements étouffés des regrets éternels ou passagers
    L’appel au secours du noyé et les mots tordus de la douleur
    Sur le lit du blessé qui gueule dans le silence capitonné
    Les hoquets du chagrin les haut le corps de détresse
    Ce qui fuse des bouches humaines et tombe abandonné 
    Jusqu’au soupir mourant où l’on entend bafouiller Si j’avais su
    Si seulement si
    Et ma brouette est lourde comme un âne mort comme
    Toute la chair du monde et des mondes alentour
    Je suis Ramasseuse de Cris, Femme de peine, 
    Mais
    Si vous voulez des cris, je vous les donne, 
    Pour un regard de toi
    Celui qui me ferait
    Fille de Joie, sans doute.

     

    .

     

     

    ALEXO XENIDIS

     

     

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    pissaro3

    Oeuvre Camille Pissaro

     


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  • 02/04/18--09:43: AFFINITES ELECTIVES
  • Plus j’avance, immobile, sur le tapis roulant

    De cette vie brouillonne, partie dans tous les sens,
    Plus l’on s’entend, les animaux et moi, les plantes et moi
    Les enfants aussi, sans doute parce que nous ne sommes pas
    Travestis d’oripeaux, bardés de faire semblant, 
    Qu’on se cause de là où est la vie, ce petit machin rouge palpitant,
    Peut être aussi que je les rassure
    Comprenant qu’ils n’ont rien à craindre si je suis là
    J’appartiens à la meute des Vivants
    De ceux et celles Qui parlent aux cailloux
    A la pluie à la folie et ramènent les naufragés sur la rive
    Même si la rive ne vaut rien
    Pour leur dire c’est toujours ça de gagné sur
    Ce qui est écrit par quelqu’un d’autre que toi
    Mon ami, mon aimé, on ne vit
    Que de soi
    On ne meurt que de soi
    Et cela n’est pas le plus difficile
    Souris moi
    Nous découvrons ensemble d’être libres
    Et que le monde est ce que l’on en fait

     

    .

     

     

    ALEXO XENIDIS

     

     

    .

     

     

    enlacer un arbre


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    Béni sois-tu, autre, tout autre,
    Inattendu, imprévisible,
    Proche et lointain,
    Étranger sur ma route,
    Mon différent, mon frère,
    Mon sel, mon sable, ma tempête.
    Nous sommes, toi et moi, cristaux fragiles,
    Petits morceaux d'éternité sur terre.

     

    .

     

    JACQUELINE HELD

     

     

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    aicha sebah2

    Oeuvre Aïcha Sebah


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    Fernando Arrabal voit le jour le 11 août 1932 à Melilla. Il est le fils du peintre Fernando Arrabal Ruiz et de Carmen Terán González. Son père, fidèle à la République, fut condamnéà mort pour rébellion suite à la tentative de coup d’Etat militaire, le 17 juillet 1936, à l’origine de la guerre civile espagnole.

    En 1955, il quitte l’Espagne pour Paris. Alors qu’il se rend en Espagne en 1967, il est arrêté et emprisonné pour son engagement politique. En 1971, il envoie une Lettre au général Franco, provoquant un scandale. À la mort du dictateur, Arrabal fait partie des cinq Espagnols considérés comme les plus dangereux

     

    .

     

     

    Excellence,

     

    Je vous écris cette lettre avec amour. Sans la plus légère ombre de haine ou de rancœur, il me faut vous dire que vous êtes l’homme qui m’a causé le plus de mal. J’ai grand peur en commençant à vous écrire. Je crains que cette modeste lettre, qui émeut tout mon être, soit trop fragile pour vous atteindre, qu’elle n’arrive pas entre vos mains. Je crois que vous souffrez infiniment. Seul un être qui ressent une telle souffrance peut imposer tant de douleur autour de lui. La douleur règne non seulement sur votre vie d’homme politique et de soldat, mais jusque sur vos distractions. Vous peignez des naufrages, votre jeu favori est de tuer des lapins, des pigeons ou des thons. Dans votre biographie : que de cadavres ! en Afrique, aux Asturies, pendant la guerre civile et l’après-guerre. Toute votre vie couverte par la moisissure du deuil. Je vous imagine cerné de colombes sans pattes, de guirlandes noires, de rêves qui grincent le sang et la mort. Je souhaite que vous vous transformiez, que vous changiez, que vous vous sauviez, oui ; c’est-à-dire que vous soyez heureux, enfin. Que vous renonciez au monde de répression, de haine, de geôle, de bons et de méchants qui présentement vous entourent. Je ne fais pas partie des espagnols qui, par légion, à la fin de la guerre civile, traversèrent les Pyrénées couvertes de neige, comme mon ami Enrique qui avait alors 11 mois. Les ventres secs, l’épouvante à flot cherchaient la cime et fuyaient le fond de la terreur. Que d’héroïsmes anonymes, que de mères à pied portant leurs enfants dans leurs bras. Puis, tout au long de ces années, de ces derniers lustres, combien ce sont exilés ? Combien ont émigré ? Ne voyez en moi aucun orgueil. Je ne me sens en aucune façon supérieure à quiconque et moins qu’à personne à vous. Nous sommes tous les mêmes. Mais il faut écouter cette voix qui vient jusqu’à vous, baignée d’émotions, volant par-dessus la moitié de l’Europe. Ce que je vais vous écrire dans cette lettre, la plupart des hommes d’Espagne pourraient vous le dire si leurs bouches n’étaient pas scellées. C’est ce que disent les poètes en privé. Mais ils ne peuvent proclamer à haute voix le cri de leur cœur : ils risquent la prison. C’est pourquoi tant s’en sont allés. Votre régime est un maillon de plus dans une chaîne d’intolérance commencée en Espagne voilà des siècles. Je voudrais que vous preniez conscience de cette situation et, grâce à cela, que vous ôtiez les baillons et les menottes qui emprisonnent la plupart des espagnols. Tel est le but de ma lettre : vous voir changer. Vous méritez de vous sauver comme tous les hommes, de Staline à Gandhi. Vous méritez d’être heureux. Comment pouvez-vous l’être connaissant la terreur que votre régime a imposé et impose encore ? Vous devez beaucoup souffrir pour créer autour de vous l’intolérance et le châtiment. Vous aussi méritez d’être sauvé, d’être heureux. L’Espagne doit, enfin, cesser d’empoisonner son peuple. Que de cendres, que de larmes, que de morts lentes au milieu d’obsèques de ferrailles au son de cloches pourries !

     

    ...

     

    A cette époque, étais-je orphelin ?

    Que s’est-il passé pour mon père ?

    Je crois que j’ai le droit de vous demander des explications à vous et à vos ministres.

    Un homme enterrait mes pieds dans le sable. C’était la plage de Melilla. Je me souviens de ces mains sur mes jambes. J’avais trois ans. Tandis que le soleil brillait, le coeur et le diamant éclataient en d’infinies gouttes d’eau.

    Lorsqu’on me demande quelle est la personne qui a eu le plus d’influence sur moi, je réponds que ce fut un être dont je parviens seulement à me rappeler les mains contre mes pieds : mon père.

    Pendant des années, j’ai parcouru l’Espagne à la recherche de ses lettres, de ses tableaux, de ses dessins. Chacune de ses oeuvres éveille en moi des univers de silence et des cris traversés de larmes.

    Après sa condamnation à mort à Melilla commuée en une peine de trente ans et un jour, il est passé par les prisons de Ceuta, de Ciudad Rodrigo et de Burgos.

    A Ceuta, il a tenté de se suicider en s’ouvrant les veines. Je sens encore aujourd’hui son sang humide glisser sur mon dos nu.

    Le 4 novembre 1941, « affligé de troubles mentaux » comme ils disent, il fut transféré de la Prison Centrale à la section des aliénés de l’hôpital Provincial de Burgos.

    Cinquante-quatre jours plus tard il s’échappait et disparaissait pour toujours.

    Lors de mes pérégrinations j’ai rencontré ses gardiens, ses infirmiers, son médecin… mais je ne puis imaginer ni sa voix ni l’expression de son visage.

    Le jour où il disparut, il y avait un mètre de neige à Burgos et les archives signalent qu’il ne possédait aucun papier d’identité ; il ne portait qu’un pyjama.

    Mon père était néà Cordoue en 1903. Sa vie, jusqu’au jour de sa disparition, est l’une des plus douloureuses que je connaisse.

    La calomnie, le silence et le feu n’ont pas étouffé la voix du sang qui traverse les montagnes et me baigne de lumière.

    Il semble que certains veuillent me faire payer mon refus de renier mon père. Malheur à ceux dont le coeur n’est plein que de violence.

    Quant à moi, je tends une main fraternelle à tous ceux, quelles que soient leurs idées, qui s’opposent à l’injustice. C’est ce qu’aurait dit cet homme dont je ne me rappelle que les mains enterrant mes pieds dans le sable de la plage de Melilla.

    Mon père a-t-il disparu pour toujours ?

    La terre l’a-t-elle englouti ?

    C’est vous le coupable et vous devez me répondre.

    Tant d’autres ont disparu comme lui !

    ...

     

    .

     

     FERNANDO ARRABAL

    1971

     

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    " Notre livre d'histoire, c'est la Terre de Corse parsemée de ruines anonymes.
    Notre raison d'être, c'est une liberté immémoriale dont le couvent d'Orezza, parmi tant d'autres, symbolise l'éternelle jeunesse ".

    Je vais te raconter une histoire. Simple et bouleversante comme une œuvre méconnue que les hommes, oublieux ou trompés, négligent d'admirer. Cette histoire, c'est celle du Couvent d'Orezza dont les murs, nus et crevassés s'élancent à l'assaut du ciel. Sentinelle mutilée, mais sentinelle immuable d'une liberté toujours palpitante!
    Ruines solitaires et majestueuses que rien ne signale au voyageur pressé... De l'autre côté de la route, des tombes éparses gravissent la montagne. Alentour, la forêt profonde pleine de rumeurs et le clocher délabré, habillé de lierre, qui semble vaciller dans la torpeur de midi. Les cloches se sont tues, les fenêtres béantes regardent nulle part, les arches ne soutiennent plus rien et les passages souterrains garderont, à tout jamais ensevelis, leurs terribles secrets...
    Tortueuse, ombragée, un peu mystérieuse aussi, la petite route pénètre au cœur de la Castagniccia. Un ruban grisâtre, chaufféà blanc par le soleil de Juin, qui dessine à flanc de montagne de savantes arabesques. Des cochons sauvages y vagabondent, libres comme le vent dont le souffle tiède, à peine perceptible, balance la cime des vieux châtaigniers.
    Jamais je n'oublierai cette route qui du Couvent d'Alisgiani au village de Merusaglia, à travers ces châtaigneraies du désespoir qui racontent et qui raconteront toujours les grandes heures de l'Indépendance !
    La forêt est malade: le guide touristique est formel. Providence d'une terre jadis prospère et laborieuse, elle n'est plus que l'ombre d'elle - même, colosse aux pieds d'argile dont la masse gigantesque s'étiole et dépérit dans le silence des vallées endormies.
    Non ! Ne t'y trompe pas ! La Castagniccia n'est pas morte ! C'est le cœur de la Corse, battant au rythme d'un printemps qui s'éternise et n'en finit pas d'éclore. Des fleurs, des senteurs indéfinissables, des cloches qui égrènent leurs notes discrètes et harmonieuses et surtout, surtout, la présence obsédante, inquiétante, des châtaigniers séculaires.
    Je les vénère. Ils sont pour moi le symbole même de l'âme Corse avec tout ce qu'elle recèle d'opiniâtreté et de fierté invaincue. Témoins d'un autre âge, sursitaires et reniés, sans doute souffrent-ils de ne plus être reconnus pour ce qu'ils sont et n'auraient jamais du cesser d'être : le terreau et l'élément nourricier d'une société sans entraves, pauvre mais digne, communautaire dans ses fondements, exemplaire dans l'épanouissement de ses valeurs authentiquement nationales.
    C'est là, au cœur de la Castagniccia, que l'Histoire s'est réfugiée, le temps d'une Révolution de quarante longues années. C'est là que gisent, éventrés, saccagés, brûlés, les Couvents et les monuments dont les fameuses journées " portes ouvertes " pour touristes évitent soigneusement la visite... Napoléon et la Maison Bonaparte monopolisent toutes  les attentions, à moins qu'une pudeur surprenante n'incite les responsables de la " Culture Gouvernementale " et Locale à masquer l'état de délabrement scandaleux de ce que je nommerai 
    " les hauts lieux de la Liberté Paolienne "  ( 1 ) .
    Le 20 Avril 1731, dans la bibliothèque du Couvent, eut lieu le célèbre " Congrès d'Orezza " . Doctes et savants, férus de théologie, des hommes d'église y légitimèrent, à la lumière des textes sacrés, la Révolte du Peuple Corse. La tyrannie Génoise trouvait ici ses ennemis les plus sages et les plus déterminés, les Généraux insurgés Giafferi et Ceccaldi, la consécration de leur entreprise de libération. Le Clergé Corse proclamait sans ambages le droit des peuples asservis à l'émancipation et prenait place, pour l'Histoire, aux côtés des Nationaux ( 2 ) .
    La liste est longue de ces Couvents illustres placés, ainsi que des fanaux dans l'obscurité, aux avant-postes de la Liberté : Alisgiani, Orezza, Santa Maria d' Ornanu, Sant'Antone di a Casabianca. Des Nefs à ciels ouvert, spécimens éloquents d'architecture saccagée, ou résonne encore, pour qui sait écouter, la protestation véhémente des Pieve en rébellion... Des murailles aveugles dressant leur silhouette difforme, que le temps n'a pas fini de démanteler mais que l'agresseur, décidément plus prompt à l'ouvrage, s'empressa d'abattre de peur qu'elles ne répercutent, pour la postérité, l'écho des Consultes Nationales ...
    Il est des présences qui rassurent et l'idée m'est venue qu'Orezza, parmi tant d'autres ruines ignorées ou délaissées, était le lus bel édifice que l'on puisse dédier aux libertés en sommeil. Perché sur son promontoire à quelque distance de Piedicroce, le Couvent d'Orezza témoigne de la richesse d'un passé dont le culte est moins innocent qu'il n'y parait: les morts ont souvent la place que leur réserve la fortune des armes ou des causes pour lesquelles ils se sont sacrifiés. Aux puissants du jour, le pouvoir d'établir les préséances et l'ordre du mérite. Les Nationaux de Paoli, pourchassés, exilés, roués ou pendus, en savent quelque chose ...
    Toi qui me lis, retiens bien ceci: on nous a trompés en nous donnant à penser que la Corse était vierge de pierres sculptées chargées d'Histoire. On nous a trompés en glorifiant les bienfaits d'une modernité importée au risque d'occulter le fait qu'avant la Conquête " il se trouvait en Corse ...une élite extrêmement cultivée ... il y avait dans le Clergé Corse surtout, des hommes éminents par l'intelligence et le savoir ... " ( 3 ) . On nous a trompés en grossissant démesurément la légende Napoléonienne, la route de la Liberté ! 
    On nous a trompés en fabriquant le mythe d'une Île barbare vouée aux démons séculaires de la discorde et de l'inculture.
    On nous a trompés enfin en clamant le caractère inéluctable d'une sujétion dont tout prouve aujourd'hui, qu'elle signifie à long terme, le dépérissement de nos valeurs, sinon l'anéantissement de notre être matériel et moral.
    Tu vois, je n'accepte pas l'évidence: le désarroi des pierres me révolte autant que le cri d'un enfant malheureux. A Orezza, en un lieu aujourd'hui désert, se dressait un édifice imposant, avec son dallage, ses vitraux, ses chapelles, sa Bibliothèque, ses dépendances et ses jardins. Avec aussi ses hommes de sagesse, de savoir, patriotiques jusqu'au tréfonds de leur âme...

    Un jour, tu passeras forcement par le Couvent d'Orezza. Arrête-toi et attends la nuit. Quand l'ombre viendra, elle composera pour toi le plus beau des tableaux et sans doute, avec le bruissement des châtaigniers, la plus belle des symphonies.
    Écoute bien, du fond de la Castagniccia oubliée montera, tel un Chant d'Espoir, la rumeur des Cunsulta de jadis. Et peut-être aussi celle d'un Peuple en marche, fier de son passé, fort de sa jeunesse, maître de sa destinée.
    C'est le Peuple Souverain, c'est le Tien, le Mien, le Nôtre.

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    PIERRE-YVES ORTOLI

    Pruprià - Ulmiccia di Tallà 1988

     

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    COUVENT D'OREZZA2

    Ruines du couvent d'Orezza

     


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  • 02/06/18--09:29: LE NICHOIR
  • Parmi tous les paquets ouverts, défaits, éparpillés, Lili tenait dans ses petites mains un
    nichoir pour les oiseaux. Trop lourd ,à bout de bras, il basculait un peu d'un côté,de l'autre, elle
    rétablissait l'équilibre instinctivement.
    Il devait être vu de tous, c'était son trophée , son merveilleux cadeau. Elle l'offrirait à une famille
    oiseaux.
    Aprésent, elle avait un jardin et savait où suspendre l'abri en bois.
    Près de la fenêtre, un
    arbre l'attendait avec ses branches robustes et inoccupées. Elle ferait le choix de l'emplacement,
    pas trop haut car elle ne pourrait pas voir ses habitants, pas trop bas sinon ils ne viendraient pas,
    pouvoir surveiller les éventuels prédateurs, elle réfléchissait. Une mini tempête rageait dans sa
    jolie tête, l' exaltation colorait son minois , le bonheur pur et innocent d'une enfant devant le plus
    beau cadeau du monde : une maison en bois pour les oiseaux ...
    Ils n'auraient plus ni froid, ni faim
     l'hiver...
    Cette nuit là, ses rêves ont dûêtre plus bleus que d'ordinaire, mais cela lui appartient.
    .
    JOSIANE
    .

    nichoir-oiseau


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  • 02/08/18--08:02: POURTANT, UN JOUR...
  • Quand le ciel est raide, dénué de la générosité qu’il offre au crépuscule pour couvrir le jour quand il décline, quand son bleu se lénifie à devenir le mauve parme que produit la blessure ; quand l’aube peine àétaler sa blancheur véloce à refuser aux sourires l’extase de creuser les fossettes ; quand la nuit s’écrase sur les massifs des nostalgies sans douceur, sans courtoisie ; quand les étoiles sont fuyantes, quand elles s’éteignent subitement après leur apparition augurant de nouvelles surprises dures à porter ; quand les cœurs prennent pensée d’une larme où l’âme s’y frotte par reflets parmi les brouillards qui s’enchevêtrent ; quand pour se protéger des étreintes des amours glacées, le rêve se réfugie dans les mots qui gardent l’illusion dans sa nudité froide. Quand une aquarelle à la fois vide et complète, encaisse les frets poignants que libère un tatouage assaisonné d’épreuves et de souffrances ; quand la joie peine à s’émouvoir et s’efforce d’apaiser la crainte en s’ouvrant au mouvement des patiences qui s’éclaboussent dans la mémoire ; quand la nature fuit la compassion pour d’autres impératifs... Ne restera que la poésie qui étend ses amours sur lesquelles nous nous agrippons volontiers comme des plantes qui s’accrochent au rocher pour ne pas tomber dans le précipice.
    Les mots ne sont pas que des mots, sinon, ils feront l’amusement nocif d'une syntaxe manufacturée dans une texture prostituée. La poésie n'est pas une amante de substitution. Elle est l’arme des peuples brocantés par l’oubli et des idylles que l'on veut étouffer. N’est-ce pas en elle que réside la force de l’espoir ?

    Pourtant, un jour viendra, parfum de jasmin
    Des soleils en éclats, tournesols à l’âme nue
    Inondant les passions discrètes sans frusquin
    Jour des vautours bannis à jamais vers l’inconnu

    Un jour viendra et s’adoucira la férocité du temps
    À taire les froids durcis qui forgent les disettes
    Et la faim haute et rude qui arque les silhouettes
    Acclimatées tant bien que mal au silence de béton

    Un jour pourtant, plus de jeunesse qui s’effrite
    Plus d’envie étouffée et nulle joie n’est proscrite
    Et le bonheur croissant carillonnera les urgences
    Des amants qui ont longtemps amusé le silence.

    Sans fanfare ni tambour ni ligue ni procession
    La pensée fait toujours une armée de résistants
    Un jour sûrement, ce jour surviendra austère
    La révolution s’ancrera de ses grosses aussières.

     

     

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    DJAFFAR BENMESBAH

     

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    Gaëlle de Trescadec - Photographe de Penn Ar Bed2

    Gaëlle de Trescadec, photographe de Penn Ar Bed


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    Madame la ministre de la Culture,

     

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    Vous avez convié certain.e.s d’entre nous à la fin de l’automne à un dîner pour parler de nos différentes actions auprès des exilé.e.s qui cherchent actuellement refuge en France.
    Nous vous avons proposé alors d’organiser une commission dont nous étions prêt.e.s à prendre la charge, afin d’établir un dialogue avec le ministère de l’Intérieur. Nous avons insisté sur la nécessité et l’urgence d’ouvrir ce dialogue entre les artistes, les acteur.trice.s culturel.le.s et le ministère de l’Intérieur, dialogue sans lequel tous nos efforts, tout notre travail en direction des milliers d’éxilé.e.s restent une goutte d’eau dans l’océan des violences qu’ils et elles subissent aujourd’hui sur notre territoire, dans cette France qui pour elles et eux représentait pourtant la patrie des droits de l’homme, une terre d’asile et de refuge, et qui n’est plus aujourd’hui, pour ces femmes, ces enfants et ces hommes, qu’un endroit de violence et de rejet.
    Notre demande est restée lettre morte.
    Vous avez lancé récemment un appel au milieu culturel et artistique à faciliter aux éxilé.e.s l’accès à la culture, à développer des ateliers artistiques avec elles et eux, pour les aider à patienter le long des files d’attentes administratives.
    Madame la ministre, sachez que voici des mois, des années, que nous menons ces actions, que nous faisons, nous, artistes, acteurs et actrices culturelles, tout ce qui est en notre pouvoir pour soulager la misère, l’impact des violences subies, à tous les endroits où nous pouvons agir, que ce soit en tant que directeur.trice.s de structures culturelles, de lieux de création, que ce soit en tant qu’artistes. Quels que soient nos moyens, nous sommes des milliers en France à tenter d’agir avec d’autres citoyen.e.s et des associations qui luttent quotidiennement, pour aider, soutenir, accompagner ces vies blessées, ces parcours meurtris, ces frères et sœurs humaines qui ont tout perdu, tout laissé derrière eux, non pas pour « profiter » des « pavés dorés » de notre République, mais par nécessité vitale. On ne quitte pas son pays, ceux qu’on aime, son histoire et sa vie, par envie de confort, mais parce qu’on ne peut pas faire autrement.
    Nous ne menons pas ces actions parce que nous sommes artistes et gens de culture, nous le faisons, Madame la ministre, parce que nous sommes avant tout des citoyen.ne.s, qui, comme des milliers d’autres citoyen.ne.s, de tous bords, de tous milieux, voient en ces exilé.e.s des frères et sœurs humains en souffrance. Nous le faisons en ayant chaque jour un peu plus honte de notre pays, de la façon dont ce pays que nous aimons et dont nous défendons avec fierté et force l’expression culturelle, trahit ses engagements, sa devise et son histoire, ampute son avenir. Nous le faisons en ressentant de la honte devant l’étonnement et le désespoir de ces femmes et hommes qui ne parviennent pas à comprendre que ce soit ça, la France, un pays où on fait la chasse aux éxilé.e.s, aux réfugié.e.s, où on brutalise des enfants, où on use de la matraque contre eux, où on détruit les pauvres tentes dans lesquelles se réfugient des familles, ces tentes posées au milieu de l’hiver glacé sur l’asphalte de nos grandes villes, au milieu de nos illuminations de Noël.
    On ne mène pas un atelier de théâtre, de danse, d’art plastique, d’écriture, de vidéo, avec des enfants en exil pour ensuite les remettre dehors dans le froid sans se soucier de ce qu’ils mangeront le soir et s’ils dormiront dans la rue. On n’accueille pas des femmes et des
    hommes à un spectacle ou à un film pour ensuite les mettre à la porte sans se soucier de la faim et de la peur qui les tenaillent. On ne monte pas une chorale avec des femmes et des enfants pendant des mois pour ensuite leur tourner le dos quand ils reçoivent contre toute attente une injonction de reconduite à la frontière, vers la prison, la faim, les tortures, le viol ou une mort certaine.
    Non, Madame la ministre, on ne fait pas du théâtre ou de la musique avec des femmes, des enfants et des hommes dans cette situation, en se contentant de leur apporter un peu de la « culture française ». Et, non, Madame la ministre, on ne leur ouvre pas les portes de notre culture. Ce sont des rencontres, des échanges permanents, d’une richesse et d’une complexité infinie, qui nous bousculent autant qu’eux alors. C’est magnifique, puissant et fragile. Et dans cette rencontre, comme dans toutes formes d’art véritable, ce qu’on rencontre avant tout c’est l’humain. Chaque personne que nous rencontrons ainsi est une personne avec sa vie, son parcours, sa richesse, ses blessures, et pas un numéro ou une statistique. Chaque personne rencontrée alors devient un frère ou une sœur, et cela nous engage humainement.
    Un frère ou une sœur, et encore d’avantage un enfant, on ne le laisse pas à la rue une fois la rencontre faite. On ne le laisse pas se débrouiller seul.e devant des policiers qui chargent, qui gazent, devant des circulaires qui font la chasse à l’homme. Non ! On l’aide comme on peut, on l’accompagne, on l’héberge, on lui ouvre nos théâtres, nos salles de répétition, nos maisons, pour le ou la protéger de la rue et de ses violences, on évite les contrôles de police avec lui ou elle, on le fait ou la fait changer de domicile en pleine nuit quand on sait qu’il va y avoir une descente de police, on monte des dossiers, des recours, on le ou la cache, on l’aide à circuler, à trouver de quoi manger. On noue des solidarités, avec tel.le policier.e qui vous prévient anonymement qu’un tel va être arrêté, avec tel.le enseignant.e qui fait l’impossible pour empêcher qu’un enfant soit retiré de son école, qui passe son temps libre à donner bénévolement des cours de français, avec telle famille qui va accueillir chez elle un mineur isolé sans papier et tenter de l’accompagner dans la jungle administrative actuelle, avec tel médecin, qui va soigner sans rien demander en retour, et surtout pas les « papiers ».
    Aujourd’hui il ne s’agit pas de faire des ateliers de théâtre ou de dessin. Aujourd’hui, Madame la ministre, nous luttons contre les pouvoirs publics, contre les injonctions et les blocages kafkaïens des administrations, contre les contrôles, contre les refus de protection des mineur.e.s, contre les violences policières.
    Aujourd’hui, nous nous retrouvons dans l’obligation morale de désobéir pour compenser l’indignité d’une politique migratoire parmi les plus inhumaines de notre histoire contemporaine.
    Aujourd’hui, nous sommes, nous, artistes, acteurs et actrices du monde de la culture, en lutte et en résistance contre l’état français, par solidarité humaine, par fierté d’être de ce pays, non pas de la France qui rejette et pourchasse, violente et opprime les plus démuni.e.s, les plus pauvres, celles et ceux qui demandent aide et assistance, mais la France terre d’asile, la France pays des droits humains, la France telle que l’ont imaginée ces milliers d’éxilé.e.s, ces milliers de personnes fuyant la violence sous toutes ses formes et qui trouvent ici une violence qu’ils ne comprennent pas et qui les terrorise. Nous le faisons aussi
    parce que l’histoire nous jugera et que le jugement de nos enfants et de nos petits enfants sera terrible si nous ne faisons rien.
    Aujourd’hui nous sommes devenus, par la force des choses, coupables de délit de solidarité, nous sommes passibles de sanctions pour aider, soutenir, de toutes les manières possibles, des gens en souffrance qui sont pourchassés de manière inique par l’État français.
    Aujourd’hui, donc, Madame la ministre, nous nous dénonçons.
    Votre appel au milieu de la culture et de l’art nous permet de nous avancer à la lumière et d’affirmer haut et clair ce que nous faisons aujourd’hui. Nous sommes fier.e.s et heureux.ses de vous compter parmi nous, comme résistante à la violence actuelle instaurée par l’état, car nous comptons sur vous pour aller au bout de la logique de votre appel.
    Ainsi nous vous invitons à nous prêter main forte en exigeant l’ouverture d’un réel dialogue avec le ministère de l’intérieur, d’exiger que ses circulaires ne viennent pas détruire tout ce que nous tentons de mener jour après jour, d’exiger au contraire que tous les moyens soient mis en place pour soutenir l’effort des citoyens et citoyennes qui chaque jour partout dans ce pays œuvrent pour tenter de suppléer avec leurs faibles moyens aux manquements criminels de l’État. Nous demandons à l’état d’ouvrir un véritable dialogue avec la société civile, avec toutes celles et tous ceux qui œuvrent auprès des réfugié.e.s dans notre pays, pour réfléchir et mettre en œuvre concrètement des solutions d’accueil.
    Nous en appelons à un réveil de la conscience de celles et ceux qui ont étéélu.e.s par le peuple face à ce drame humain et sociétal que l’ Etat orchestre à l’intérieur de ses frontières. Nous vous appelons à soutenir nos actions en permettant qu’elles ne soient pas annihilées par des contre-mesures de répression d’État et à peser de tout votre poids pour cela.
    Si notre appel n’est pas entendu, Madame la ministre, sachez que nous poursuivrons notre action et que nous déclarons à présent nous rendre coupables de délit de solidarité.

     

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    ROBIN RENUCCI

     

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    SARA DOMENACH2

    Oeuvre Sara Domenach

    http://www.saradomenach.com/


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    Paris 
    comme un rêve 
    au petit jour 
    que la grisaille grime 
    Paris du pont Mirabeau    des rimes Apollinaire
    allant à vau l'eau 
    Paris que les bords de Seine des canotiers 
    chers à Maupassant
    distancent 
    sans autres nouvelles 
    que les larmes des saules
    endeuillés

    Paris Carco       Paris Aragon 
    des jours heureux 
    des jours enfuis 
    Paris Montmartre
    de nos rêveries 
    Paris        Quai des Brumes 
    amour-poésie 
    oùêtes-vous

    Mais Paris 
    aujourd'hui     demain 
    Paris que la misère hante
    La solitude la détresse 
    s'y réfugient       sous un manteau de givre
    et de vaines paroles 
    très officielles

    L'étranger 
    l'enfant       risque 
    de ne pas traverser la nuit
    Une nuit encore plus froide
    recluse au bord des eaux 
    de la Seine en crue
    si près des marchands de ciels et d'étoiles 
    égarant pour un soir 
    le mal-être bipolaire 
    de l'espoir 

    Paris calvaire    Paris galères   
    juché sous les balcons des garnis cossus
    dans la torpeur d'un matin d'hiver
    de ces quartiers d'infortune 
    que l'on croise
    au bout de la route
    sans oser en parler
    tant ils font mal aux mondes
    des leurres et de la ville
    à la porte des palais
    de glaces et resplendissants

     

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    CRISTIAN GEORGES CAMPAGNAC

     

     

     

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    PARIS2,

    Paris, les berges de la Seine 6 Février 2018 ...!

     


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  • 02/11/18--01:03: PATRICK CHEMIN ...Extrait
  • Les heures de la nuit sont de pâles fiancées au chevet de l’insomnie. Ce qui précède et ce qui suit. Les soucis.
    Je ne sais pas s’il est possible de trouver la paix dans toute cette prose archaïque de la survie. S’il suffisait d’écrire, en bas de page, des notes de lecture pour ne pas se perdre. Petits poucets égarés dans la forêt de la nécessité.
    Cécité du destin. Il est difficile d’apprendre quand chaque jour est opaque.
    Je le dis et s’il faut le dire plus fort, je porterai la voix. Ce monde manque cruellement de tendresse et de compassion.
    Il reste le givre des jours. La trace des pas que laissent les animaux dans la neige et le monde des hommes. Comme le signe d’une vie antérieure qui jamais ne fut vécue.
    Les heures de la nuit sont des margelles. Le sommeil est au fond du puits. Les âmes sensibles sont priées de se retirer. Il faut laisser la place aux géants mornes qui font un bon usage du néant.

     

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    © PATRICK CHEMIN
    Le 11 février 2018

     

     

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    RAOUL UBAC

    Photographie Raoul Ubac

     

     

     

     


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  • 02/11/18--11:49: L'ATMOSPHERE EST SACCAGEE
  • Je vis dans d’autres dimensions, je vis dans l’incroyable, ce que l’on ne voit pas, ce que l’on n’entend pas, ce que l’on ne sent pas et je ne veux pas atterrir

    Pour m’atteindre, il faut que le blues infuse des déchirures de vielle, de guitare, de saxo. Il faut perdre toute notion du réel et de l’irréel. Il faut que les voyelles éclatent de couleurs diaphanes et nébuleuses, sans pour cela s’appeler Rimbaud. Il faut des vents échevelés qui feutrent les chevelures, des brumes flottantes et grises pendant aux arbres comme des robes de mortes. Il faut des myosotis, ancolies semblables aux yeux de Pascale. Il faut des toits pointus d’antiques maisons rongées, des eaux mendiantes où crèvent des bulles et où frissonnent des souvenirs.
    Il faut des soleils jaunes où s’effilochent les étoiles, les astres avec leurs calèches en or, en diamant, en aventurine, en chrysolite, comme des milliers d’yeux qui poinçonnent la nuit. Il faut l’aube, son balbutiement perlé où pleut la rosée en gouttes de lune. Il faut l’aurore orange avec la mauvissure du grand ciel infini et déchiré. Il faut que le chagrin soit bu par des lèvres, il faut que la nuit palpite contre la vitre comme un papillon égaré.
    Il faut. Il faut. Il faut. Il faut les fils de la vierge dégouttant de joyaux. Il faut que toutes les guitares du monde s’appellent Candélaria. Il faut tant de choses, tant d’images. C’est impossible. Vous ne pouvez comprendre.
    Je ne veux pas changer, je ne veux pas vieillir…jamais. Je veux mourir avant de vieillir, avant de me métamorphoser en quelqu’un semblable à vous, avant de devenir quelque chose de réel, car je suis irréelle. Ce que je fus hier, ne sera plus demain."

     

     

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    ANNE DE SZCYPIORSKI

    1955-1975

     

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    PaulDelvaux

    Oeuvre Paul Delvaux


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  • 02/13/18--08:21: NOTE UNIQUE
  • Le monde est à ses rêves
    Au plus serré des doigts
    C'est le mur qui sans trêve
    L'isole à jamais de toi

    Il n'est rien que des songes
    Le tien est de croire prendre
    Quand tout te fuit par le sien
    Quand le tien même te fuit

    Les arbres et leurs sèves
    Sont à d'autres sources
    Plus dure que leur rêve
    Il n'est pas d'écorce

    Tu les poursuis en vain
    Ils poursuivent leur rêve
    Tu cours tu n'atteins rien
    Tu es le mauvais élève

    Passe comme le vent
    Passe comme la vie
    A peine soulevant
    Le poids d'une chenille.

     

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    MAX-POL FOUCHET

     


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    magritte2

    Oeuvre René Magritte


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    Tu étais la présence enfantine des rêves.
    Tes blanches mains venaient s'épanouir sur mon front

    Parfois dans la mansarde où je vivais alors
    Une aile brusquement refermait la lumière.

    J'appelais, je disais que vienne enfin la grande,
    La belle, la toujours désirable et comblée.

    Et j'allais regarder souvent à la fenêtre
    Comme si le bonheur devait entrer par là

    Ce fut par un matin semblable à tous les autres.
    Le soleil agitait ses brins de mimosa

    Des peuplades d'argent descendaient la rivière.
    Les enfants avaient mis des bouquets sur les toits.

    Aussitôt que je vis tes yeux, je te voulus
    Soumise à mes deux mains tremblantes, à mes lèvres,

    Capable de reprendre à la nuit son butin
    De fleurs noires et vénéneuses caresses.

    Tout le jour je vis bleu et ne pensai qu'à toi.
    Tu ruisselais déjà le long de ma poitrine.

    Sans rien dire, je pris rendez-vous dans le ciel
    Avec toi, pour des promenades éternelles.

     

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    RENE GUY CADOU 

     

     

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    mimosas

     


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  • 02/13/18--08:48: AU TEMPS DU POEME
  • II y eut autrefois des choses sans musique
    des pays qui fondaient comme un fruit dans la bouche
    des étés haletants
    des silences plus frais que neige
    des êtres qui entraient en nous et qui sortaient
    sans qu'on s'en rendît compte,
    nourritures, paresses savantes, jus d'oiseaux
    idiomes heureux, échanges,
    de sorte qu'on était ce qui entrait en nous
    parfois un cil, parfois un ange
    parfois un baobab où la hache faisait
    des blessures délicieuses
    et quand, souvent, des femmes ou des sangsues roses
    se collaient à nos corps
    on éprouvait soudain la joie d'être mangé
    et le délice affreux de devenir un autre.

     

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    BENJAMIN FONDANE

     

     

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    Rebecca Campbell2

    Oeuvre Rebecca Campbell


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    ...

    Vite, dit l’oiseau, vite, trouve-les, trouve-les
    au détour de l’allée. Par le premier portail,
    dans notre premier monde, allons-nous suivre
    le leurre de la grive ? Dans notre premier monde,
    ils étaient là, dignes et invisibles,
    se mouvant sans peser parmi les feuilles mortes,
    dans la chaleur d’automne, à travers l’air vibrant,
    et l’oiseau d’appeler, en réponse
    à la musique inentendue dissimulée dans le bosquet,
    et le regard inaperçu franchit l’espace, car les roses
    avaient l’air de fleurs regardées.
    Ils étaient là : nos hôtes acceptés, acceptants.
    Et nous procédâmes avec eux en cérémonieuse ordonnance,
    le long de l’allée vide et dans le rond du buis,
    pour plonger nos regards dans le bassin tari.
    Sec le bassin, de ciment sec, au rebord brun,
    et le bassin fut rempli d’eau par la lumière du soleil,
    et les lotus montèrent doucement, doucement,
    la surface scintilla au cœur de la lumière,
    et ils étaient derrière nous, se reflétant dans le bassin.
    Puis un nuage passa et le bassin fut vide.
    Va, dit l’oiseau — les feuilles étaient pleines d’enfants
    excités, réprimant leurs rires dans leurs cachettes.
    Va, va, va, dit l’oiseau : le genre humain
    ne peut pas supporter trop de réalité.
    Le temps passé, le temps futur,
    ce qui aurait pu être et ce qui a été
    tendent vers une seule fin, qui est toujours présente.

     

     

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    THOMAS STEARNS ELIOT 

     

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    magritte_

    Oeuvre René Magritte

     


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    Un pays d'aurore, et les fleuves gonflés sont bleus et silencieux. Ce ne sont que de tièdes et longues bêtes vivantes, sans gratitude, qui ne savent ni donner l'amour, ni recevoir. Des miroirs bombés et ovales, cerclés de pâleur, coupés de hampes lumineuses tremblent, alertes et funèbres, torrides doigts durs et effarés.

    Ce sont aussi de longues fleurs orangées, enchantées de fontaines qui recueillent l'eau des fleurs qui se fanent et se réaniment changées, toutes changées et toutes pareilles, des fleurs lisses qui dansent, des flammes sèches, des flots couleur de cannelle, des ruisseaux compliqués au parfum d'herbe écrasée et de santal.

     

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    ANNE DE SZCZYPIORSKI
    1955-1975

     

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    helene mellaerts2

    Oeuvre Hélène Mellaerts

    http://helenemellaerts.fr/

     

     

     


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    Je te le dis comme le vent respire
    Nous le trouverons ce pays
    Où la plus simple liberté
    Réinvente la vigne

     

    Le vendangeur ne touche pas le sol
    Mais sa folie nous accompagne
    Et pour l'espace nous marchons
    A la vitesse de nos rêves
    A la violence de notre pas.


    Rêver commence au bout du champ
    Le laboureur est plus étoilé que poussière


    Un cheval meurt
    Une rivière enfantine s'endort
    Et l'on comprend toute la fatigue de l'eau.


    Une avancée de plus vers celle qui m'entoure
    Et le village sera femme
    Avec église sur les yeux
    Sur les lèvres le jardin pour sarcler la parole


    La fontaine brûle au milieu
    Mais le feu a les voyelles de l'eau.

     

    Cette femme aux frontières
    De l'air et de l'eau
    Ne porte sur elle
    Que l'étincelle de sa bouche


    Au jour des déchirures
    Elle embrassera les châteaux


    Les rois comprendront que le feu
    Est le royaume des pauvres.

     

    Lumineuse amitié
    Le matin prend les peupliers
    Par le cou
    J'endosse le silence
    Comme un manteau sans couture


    Et pour l'embrasement de mes pas
    Toujours m'en vais vers ce qui brûle.

     

    Nous serons toujours plus grands que les arbres
    Nos fruits nous ressemblent
    Et quand par malheur ils tombent
    C'est le bruit d'un cœur qui se brise
    Savez-vous que la terre en tremble ?

     

    Au pays ensemencé d'orages
    Une fille qui danse éparpille la pluie
    Le ruissellement sur les hanches
    Annonce le premier éclair


    L'amour nous brise
    Comme une foudre dans la chair.

     

    Un peu d'eau sur tes lèvres
    Pour la douceur de me parler
    Quand aimer demande la pluie
    La sécheresse nous craquelle.


    Faut-il si peu d'espace
    Pour brûler tant et tant
    Si peu d'espace encore
    Pour que le corps s'en aille


    L'absence est à notre taille
    Et le feu notre seul enfant.
    Entre son ombre et sa famille
    Un homme parallèle au blé

     

    La tige au vent se brise
    Mais les moissons n'ont pas de prix


    Celui que l'on fusille
    Aura la vision sans limite
    Les siens comprendront-ils
    La prophétie des yeux bandés ?

     

    On fit un cercle autour de lui
    Pour que le feu nous soit plus proche
    Se savait-il au centre de la terre
    Quand nous le prenions par la main


    Le poème qu'il nous a lu
    Ouvrit tout grand notre frontière


    Si lui se souleva
    Il nous restait le monde et les confidences du feu.

     

     

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    MARC BARON

     

     

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    fatat bahmad

    Oeuvre Fatat Bahmad


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  • 02/15/18--06:42: L'HERITAGE
  • Il est temps d’additionner les merveilles de nos vies, l’or de nos oreilles et les eaux profondes de nos rêves les plus légers. Temps de tracer quelques rares instants sur nos neiges éternelles, de réconcilier nos barques aux vieilles marées des songes. A nous de planter des fleurs que nous ne verrons jamais éclore. Planter des forêts inespérées dans les déserts de nos enfants. A nous de briser les digues, distribuer les livres que nous avons aimés, boire à la coupe fraternelle des alcools. Soyons les héritiers de nos langues les plus obscures. Demain, pour augmenter la fortune des hommes, quelques curieux érudits prendront peut-être les mots de nos poèmes pour des trésors oubliés. Mais nous, nous savons déjà que nous n’aurons jamais été que les animaux paisibles d’une intelligence sensible endormis sous quelques arbres déjà séculaires. Et nous sommes déjà si nombreux…

     

     

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    BRUNO RUIZ

    2018

     

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    bruno


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