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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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    Je défendrais la posture suivante : nécessité de la poésie ; nécessité, si on est poète, de se revendiquer comme poète. Pas d’excuse. Je suis contre la posture du renoncement.
    - Vous parlez au nom de qui ?
     En mon nom propre. Je vois les choses ainsi, c’est tout.

    - Et vous justifiez l’existence de la poésie ?
     La conception de la poésie qui résulte des hypothèses avancées ne peut donner à la poésie aucune des justifications qui sont généralement proposées comme raisons de son existence, de sa survie. Elle n’amène pas non plus à admettre ce qui lui est souvent annoncé comme faisant partie de ses devoirs.
    En même temps j’affirmerais fortement que la question de la poésie ne concerne pas que les poètes. La chute de la poésie menace la langue d’aphasie. La chute de la poésie menace chacun en sa mémoire, menace sa faculté d’être libre.

    - Vous parlez comme si le poète était possesseur de la langue.
    La poésie, c’est vrai, donne à quelqu’un comme aucune autre activitéà mon sens la mémoire de sa propre langue.

    Parce que la poésie contient le futur de la langue, 
    la langue paraît étrange dans la poésie extrême-contemporaine parce qu'elle y représente certains traits de son futur. 
    La langue paraît étrange dans la poésie extrême-contemporaine parce qu'elle y présente certains traits oubliés de son passé. 
    La poésie préserve le passé de la langue dans son présent."

     

     

    .

     

     

    JACQUES ROUBAUD

     

     

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    igor bitman,

    Oeuvre Igor bitman


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  • 08/15/18--00:44: EGLISE DES PINS

  • Eglise des pins des grillons blancs de l’anis
    quand je dormais coulait bas la lune attenante
    je vois toutes les buées où j’écrivis du doigt
    au carreau, je veux que ce soit janvier, jaunissent
    des yeux rosés de la lumière lancinante
    les murs de craie et les jardins cillant de froid

    je saluais les tempes minces de la montagne
    une crête de neige tendait ses antennes
    fraîcheur invisibles remuée en fontaines
    j’étais en Paradis, ah, j’étais en Cocagne
     seule, l’eau, incertaine…

     

    .

     

     

    JACQUES ROUBAUD

     

     

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    arlette cotella2,

    Oeuvre Arlette Cotella


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  • 08/15/18--01:36: PREFACE
  •  

    La poésie contemporaine ne chante plus ... Elle rampe

    Elle a cependant le privilège de la distinction... elle ne fréquente pas les mots mal famés... elle les ignore
    On ne prend les mots qu'avec des gants: à"menstruel" on préfère "périodique", et l'on va répétant qu'il est des termes médicaux qui ne doivent pas sortir des laboratoires ou du Codex.

    Le snobisme scolaire qui consiste, en poésie, à n'employer que certains mots déterminés, à la priver de certains autres, qu'ils soient techniques, médicaux, populaires ou argotiques, me fait penser au prestige du rince-doigts et du baisemain

    Ce n'est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baisemain qui fait la tendresse
    Ce n'est pas le mot qui fait la poésie, c'est la poésie qui illustre le mot.
    Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s'ils ont leur compte de pieds, ne sont pas des poètes, ce sont des dactylographes
    Le poète d'aujourd'hui doit appartenir à une caste
    à un parti 
    ou au Tout-Paris
    Le poète qui ne se soumet pas est un homme mutilé
    La poésie est une clameur. Elle doit être entendue comme la musique. Toute poésie destinée à n'être que lue et enfermée dans sa typographie n'est pas finie. Elle ne prend son sexe qu'avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l'archet qui le touche
    L'embrigadement est un signe des temps. De notre temps
    Les hommes qui pensent en rond ont les idées courbes
    Les sociétés littéraires sont encore la Société
    La pensée mise en commun est une pensée commune

    Mozart est mort seul, accompagnéà la fosse commune par un chien et des fantômes
    Renoir avait les doigts crochus de rhumatismes
    Ravel avait une tumeur qui lui suça d'un coup toute sa musique

    Beethoven était sourd

    Il fallut quêter pour enterrer Bela Bartok
    Rutebeuf avait faim
    Villon volait pour manger
    Tout le monde s'en fout
    L'Art n'est pas un bureau d'anthropométrie
    La Lumière ne se fait que sur les tombes

    Nous vivons une époque épique et nous n'avons plus rien d'épique
    La musique se vend comme le savon à barbe
    Pour que le désespoir même se vende il ne reste qu'à en trouver la formule. 
    Tout est prêt: les capitaux
    La publicité
    La clientèle. 
    Qui donc inventera le désespoir?

    Avec nos avions qui dament le pion au soleil. Avec nos magnétophones qui se souviennent de " ces voix qui se sont tues ", avec nos âmes en rade au milieu des rues, nous sommes au bord du vide, ficelés dans nos paquets de viande, à regarder passer les révolutions

    N'oubliez jamais que ce qu'il y a d'encombrant dans la Morale, c'est que c'est toujours la Morale des autres.

    Les plus beaux chants sont les chants de revendications

    Le vers doit faire l'amour dans la tête des populations.

    A L'ECOLE DE LA POESIE ET DE LA MUSIQUE ON N'APPREND PAS

    ON SE BAT !

     

     

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     LEO FERRE

     

     

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  • 08/15/18--23:35: LES EAUX SONT CERTAINES
  • Marche allègre et vive sur les passerelles de l’aube
    Le sang dormant s’ébroue
    L’écriture coule drue
    Verticale
    La pluie a ravivé les feuilles
    J’ai troqué mon pays contre le rire immense
    De chutes de cascades de torrents vers la mer
    J’ai traversé des fleuves qui n’avaient pas de nom
    J’ai reconnu le ciel au tremblement des feuilles 
    Troqué des cimetières contre des chemins d’or
    J’ai tenu tête à l’âme elle s’en est souvenue
    J’ai marché sans compter sans mesurer mes pas
    J’ai senti le pollen de mes aurores vives
    J’ai bougé des écluses dans le sens des astres
    Changé des hirondelles contre des nids cendrés 
    J’ai bu à toutes sources le vin des venaisons
    En toutes traces vives je respirai ta voie
    Tout était délivrance rien n’était damnation
    J’ai vu des cormorans dans le vent silencieux
    Bleuir toutes leurs ailes dans le sens des courants
    Comme ces étendards dans les houles de Dieu 
    J’ai ouvert des carrières 
    Là où l’espoir de l’homme n’avait pu pénétrer 
    J’ai cru je vous le jure voir la langue tanguer
    Comme un buisson en flammes
    J’ai bu tous les tourments je les ai transmués
    La saison du poème fut trouée d’oriflammes
    De pervenches sonores de grappes de jonquilles 
    D’oliviers feux roulant jusqu’au bord de l’extase
    De nappes suspendues au plafond des Sixtine
    J’ai recouvert l’écrin où la raison chavire
    D’un grand drap de patience pour débusquer sa voix
    J’ai toléré des arbres beaucoup plus hauts que vifs
    Alors qu’ils n’avaient plus d’armes pour le combat
    Je suis las de ces ors des brancards pourrissants
    C’est un chant qu’il me faut puissant et sans scories
    Un affluent de sève 
    Un matin délivré aux vigueurs végétales 
    Un palmier où pivote la racine du monde
    Un tombeau dont le jour ruisselle d’eau de vie 
    Et s’il ne reste rien de ces bouquets de noces
    Je porterai moi-même leurs couronnes au néant
    Ecris encore mon âme délivrée des peaux mortes
    Ne garde que ta soif sur les versants du jour
    Et ne soit que désir vers les flots du couchant

     

     

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    JEAN LAVOUE
    www.enfancedesarbres.com

     

     

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    max gasparini,

    Oeuvre Max Gasparini


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  • 08/16/18--00:09: HISTOIRE ET VERITE
  •  

    Je suis convaincu qu’un monde islamique qui se remet en mouvement, un monde hindou dont les vieilles méditations engendreraient une jeune histoire, auraient avec notre civilisation, notre culture européenne, cette proximité spécifique qu’ont tous les créateurs. Je crois que c’est là que finit le scepticisme. Pour l’Européen en particulier, le problème n’est pas de participer à une sorte de croyance vague qui pourrait être acceptée par tout le monde ; sa tâche, c’est Heidegger qui le dit : « Il nous faut nous dépayser dans nos propres origines », c’est à dire qu’il nous faut revenir à notre origine grecque, à notre origine hébraïque, à notre origine chrétienne pour être un interlocuteur valable dans le grand débat des cultures ; pour avoir en face de soi un autre que soi, il faut avoir un soi.

    Rien par conséquent n’est plus éloigné de la solution de notre problème que je ne sais quel syncrétisme vague et inconsistant. Au fond les syncrétismes sont toujours des phénomènes de retombée ; ils ne comportent rien de créateur ; ce sont de simples précipités historiques. Aux syncrétismes il faut opposer la communication, c’est à dire la relation dramatique dans laquelle tour à tour je m’affirme dans mon origine et je me livre à l’imagination d’autrui selon son autre civilisation.

    La vérité humaine n’est que dans ce procès où les civilisations s’affronteront de plus en plus à partir de ce qui, en elles, est le plus vivant, le plus créateur. L’histoire des hommes sera de plus en plus une vaste explication où chaque civilisation développera sa perception du monde dans l’affrontement avec toutes les autres. Or ce procès commence à peine. Il est probablement la grande tâche des générations à venir. Nul ne peut dire ce qu’il adviendra de notre civilisation quand elle aura véritablement rencontré d’autres civilisations autrement que par le choc de la conquête et de la domination. Mais il faut bien avouer que cette rencontre n’a pas encore eu lieu au niveau d’un véritable dialogue. C’est pourquoi nous sommes dans une sorte d’intermède, d’interrègne, où nous ne pouvons plus pratiquer le dogmatisme de la vérité unique et où ne sommes pas encore capables de vaincre le scepticisme dans lequel nous sommes entrés. Nous sommes dans le tunnel, au crépuscule du dogmatisme, au seuil des vrais dialogues. Toutes les philosophies de l’histoire sont à l’intérieur d’un des cycles de civilisation ; c’est pourquoi nous n’avons pas de quoi penser la coexistence de ces multiples styles, nous n’avons pas de philosophe de l’histoire pour résoudre les problèmes de coexistence. Si donc nous voyons le problème, nous ne sommes pas en état d’anticiper la totalité humaine, qui sera le fruit de l’histoire même des hommes qui engageront ce redoutable combat.

     

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    PAUL RICOEUR

    1964

     

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    STEFANO ROSA

    Oeuvre Stefano Rosa


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    "Le toi qui fait presque mal tellement il lie..." 

    18 juin 1933.

     

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    "Nanaqui,

     

    Je voudrais revivre mille fois ce moment sur les quais, et toutes les heures de cette soirée. Je veux sentir encore cette violence et votre douceur, vos menaces, votre despotisme spirituel… toutes les craintes que vous m’inspirez, et les joies si aiguës. Craintes parce que vous attendez tant de moi… l’éternité, l’éternel… Dieu… ces mots… Toutes ces questions que vous m’avez posées. Je répondrai doucement à vos questions. Si j’ai semblé me dérober, c’est uniquement parce qu’il y avait trop à dire. Je sens la vie toujours en cercle, et je ne peux pas détacher un fragment parce qu’il me semble qu’un fragment n’a pas de sens. Mais tout semble se résoudre, se fondre dans l’étreinte, dans la confiance de l’instinct, dans la chaleur et la fusion des corps. Je crois entièrement à ce que nous sentons l’un en face de l’autre, je crois à ce moment où nous avons perdu toute notion de la réalité et de la séparation et de la division entre les êtres. Quand les livres sont tombés, j’ai senti un allègement. Après cela, tout est devenu simple… simple et grand et doux. Le toi qui fait presque mal, tellement il lie… le toi et tout ce que tu m’as dit, j’oublie les mots, j’entends la tendresse et je me souviens que tu as été heureux. Tout le reste ne sont que tortures de nos esprits, les fantômes que nous créons… parce que pour nous l’amour a des répercussions immenses. Il doit créer, il a un sens en profondeur, il contient et dirige tout. Pour nous il a cette importance, d’être mêlé, lié, avec tous les élans et les aspirations… Il a trop d’importance pour nous. Nous le confondons avec la religion, avec la magie.

    Pourquoi, avant de nous asseoir au café, as-tu cru que je m’éloignais de toi simplement parce que j’étais légère, joyeuse, souriante un instant ? N’accepterais-tu jamais ces mouvements, ces flottements d’algue ? Nanaqui, il faut que tu croies à l’axe de ma vie, parce que l’expansion de moi est immense, trompeuse, mais ce n’est que les contours… Je voudrais que tu lises mon journal d’enfant pour que tu voies combien j’ai été fidèle à certaines valeurs. Je crois reconnaître toujours les valeurs réelles… par exemple quand je t’ai distingué comme un être royal dans un domaine qui a hanté ma vie.

    Nanaqui, ce soir je ne veux pas remuer les idées, je voudrais ta présence. Est-ce qu’il t’arrive de choisir ainsi un moment précieux (notre étreinte sur les quais) et de t’y raccrocher, de fermer les yeux, de le revivre, fixement, comme dans une transe où je ne sens plus la vie présente, rien, rien que ce moment ? Et après, la nuit, la succession de tes gestes, et de tes mots, de la fièvre, de l’inquiétude, un besoin de te revoir, une grande impatience."

     

     

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    ANAÏS NIN

    1903-1977

    https://www.deslettres.fr/

    Merci à Severine Flou.

     

     

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    ANAIS ET ANTONIN

     

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  • 08/16/18--07:51: L'ARBRE PARLE...Extrait
  • Écoute-moi comme on entend la pluie
    ni attentive ni distraite,
    les pas légers de la bruine,
    l’eau dissoute en air, l’air tissé de temps,
    le jour n’en finit pas de s’en aller,
    la nuit n’est pas vraiment venue,
    figurations du brouillard
    à l’ angle de la rue,
    figurations du temps
    au tournant de cette pause,
    écoute-moi comme on entend la pluie,
    sans écouter, écoute-moi parler
    les yeux ouverts sur l’intérieur,
    assoupie, chaque sens en éveil,
    il pleut, des pas légers, rumeurs de syllabes,
    l’air et l’eau, paroles qui ne pèsent :
    ce que nous étions, ce que nous sommes
    les jours et les années, cet instant même,
    temps qui ne pèse, lourde peine,
    écoute-moi comme on entend la pluie,

     

    .

     

     

    OCTAVIO PAZ

     Traduit de l’espagnol par Frédéric Magne et Jean-Claude Masson

     

     

     

    Anselm-Kiefer-2

    Oeuvre Anselm Kiefer 

     


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  • 08/17/18--01:43: ECLATS ET BRECHES...Extrait
  • Est-ce bien nous

    ce tremblement fragile du ciel

    ce rire évanoui ?



    Nous sommes brèches, éclats ,

    explosions éphémères 

    Les creux laissés par nos corps

    sur la plage

    se sont remplis de sable

    plus d'une fois



    Nos cris ont la fragilité de la craie,

    la vitesse du goéland 

    Nos tendresses sont torturées 

    Nos mots s'ėcaillent

    Nos rêves n'ont pas toujours le temps

    de nous parvenir



    Et c'est dans cette incertitude

    que nous nous plaisons à vivre.



    .

     

     

    COLETTE GIBELIN

     

     

     

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    Max Gasparini-www

    Oeuvre Max Gasparini


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  • 08/17/18--11:05: C'ETAIT DEMAIN...
  •  

    J’aime le temps d’avant
    Et même un peu plus tôt… 
    Quand l’attente s’éveille…
    Quand le regard se croise 
    Et que se tend l’oreille sur un sourire naissant…
    Un mouvement de tête, timide, sur le coté penché, complice du sourire avant de s’en aller sans penser à plus tard.. 
    Et puis qui se retourne à l’angle de nulle part…
    Ici, là-bas, plus loin, ailleurs…
    Au détour du chemin, de la ruelle étroite, de la terrasse du Bar, pour semer un espoir, fixer un au revoir, un frêle espoir promis en guise de pourboire…
    Un battement de cil…furtif… qui se voudrait…caché, mais… qui se laisse voir. 
    Juste à peine entrevoir..
    Des cheveux qu’on relève… d’un geste de la main…
    Juste une mèche fine…petit un accroche-cœur… pour accrocher l’instant.
    Un tout léger soupir…
    Une idée qui rougit…
    Une main qui trahit, petit frémissement, léger, qui laisse tomber les clés. 
    Le cœur se précipite… 
    Pour…vite… les ramasser.
    Pour effleurer la main juste au bout des longs doigts.
    Les caresser à peine. Juste du bout d’un doigt.
    Un parfum capturé.
    Une ombre qui s’en va. 
    Et le pas qui revient pour traverser le temps
    Pour le suspendre un peu 
    Puis, l’ombre qui s’envole.et s’évade, .en promesse… 
    Partie…
    Un tout petit zéphire, tombé d’un alizé, ramène, folâtrant… le parfum échappé…
    Il effleure les narines… 
    Le rêve prend racine et…se met en attente… 
    Il reste suspendu à l’ aurore naissante d’un sentiment naissant..
    Une éternité passe
    L’étoile du berger agite un fin mouchoir
    L’aube fraiche, à l’orée de l’aurore qui pointe… vient éclairer le temps…et,
    réchauffer les mains justes à l’instant présents….
    Une perle de rosée ose mouiller les pas… du jour qui, lentement, s’avance… 
    Oui ! J’aime l’instant présent patiné par le temps.
    Le temps aux pieds mouillés.
    Juste le temps d’avant la perle de rosée.
    Juste avant…
    Juste un temps….

    Après, avec le temps, la perle s’évapore.
    J’ose dire s’évapleure et..
    Nait… un autre temps.

    ET CE TEMPS EST TOMBÉ. ..NET..COMME TOMBE LA FOUDRE.

     

     

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    GHJISEPPU MAESTRACCI

    CATENA

     

     

    .

     

     

    Dean-James-East-of-Eden

    A l'est d'Eden


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    Enfermé dans l'être, il faudra toujours en sortir. À peine sorti de l'être, il faudra toujours y rentrer. Ainsi dans l'être, tout est circuit, tout est détour, retour, discours.

    ...

    Ainsi, l'être spiralé, qui se désigne extérieurement comme un centre bien investi jamais n'atteindra son centre. L'être de l'homme est un être defixé.

     

     

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    GASTON BACHELARD

     

     

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    BITMAN_03

    Oeuvre Igor Bitman


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    Te voir nue c'est se rappeler la terre.
    La terre lisse, dégagée de chevaux,
    la terre sans roseaux, forme pure
    fermée à l'avenir : confins d'argent.

    Te voir nue c'est comprendre l'envie
    de la pluie à la recherche d'une taille fragile,
    ou de la fièvre de la mer à l'immense visage
    sans trouver la lumière de sa joue.

    Le sang sonnera dans les alcôves,
    et viendra avec l'épée flamboyante,
    mais tu ne sauras où se cache
    le cœur du crapaud ou la violette.

    Ton ventre est une bataille de racines,
    tes lèvres sont une aube sans contour,
    sous les roses tièdes du lit,
    les morts gémissent, attendant leur tour.

     

    .

     

    Verte desnuda es recordar la tierra. 
    La tierra lisa, limpia de caballos. 
    La tierra sin un junco, forma pura 
    cerrada al porvenir: confín de plata. 
    Verte desnuda es comprender el ansia 
    de la lluvia que busca débil talle, 
    o la fiebre del mar de inmenso rostro 
    sin encontrar la luz de su mejilla. 
    La sangre sonará por las alcobas 
    y vendrá con espada fulgurante, 
    pero tú no sabrás dónde se ocultan 
    el corazón de sapo o la violeta. 
    Tu vientre es una lucha de raíces, 
    tus labios son un alba sin contorno, 
    bajo las rosas tibias de la cama 
    los muertos gimen esperando turno.

     

    .

     

     

    FEDERICO GARCIA LORCA

     

     

    .

     

    igor bitman

    Oeuvre Igor Bitman


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  • 08/18/18--04:06: TA JOYEUSE TENDRESSE
  • Ta joyeuse tendresse

    M’a troublé et surpris.

    À quoi bon les discours,

    Leur tristesse,

    Quand les yeux comme des bougies

    Brûlent en plein jour ?

     

    Au beau milieu du jour …

    Et une larme reste

    – Souvenir de la rencontre –

    Suspendue au loin;

    Et les épaules qui tombent

    Sont relevés par la tendresse.

     

    .

     

     

    OSSIP MANDELSTAM

     

     

    .

     

    Goxwa Borg,,

    Oeuvre Goxwa Borg


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    Les gitans, qui, comme toi, nomades
    Vont où les guide le vent
    Invoqueront ce soir Sarah la noire.
    O taureaux messagers ailés de la mort
    Portez son âme vers les pâturages éternels ;
    Qu'il repose le cœur bourdonnant
    Comme un vol d'abeilles des Hurdès,
    Toujours plus près de la lumière et que son chant
    Soit l'aurore nouvelle de notre peuple.

    André Laude

     

    .

     Buscaban a García Lorca en una fosa común de Granada, pero lo encontraron vivo en todas las bibliotecas del mundo...

    Ils cherchaient Garcia Lorca dans une fosse commune de Grenade , mais ils l'ont trouvé vivant dans toutes les bibliothèques du monde....

    .

    ..
    .
    .
    Je la pris près de la rivière 
    Car je la croyais sans mari 
    Tandis qu’elle était adultère 
    Ce fut la Saint-Jacques la nuit 
    Par rendez-vous et compromis 
    Quand s’éteignirent les lumières 
    Et s’allumèrent les cri-cri 
    Au coin des dernières enceintes 
    Je touchai ses seins endormis 
    Sa poitrine pour moi s’ouvrit 
    Comme des branches de jacinthes 
    Et dans mes oreilles l’empois 
    De ses jupes amidonnées 
    Crissait comme soie arrachée 
    Par douze couteaux à la fois 
    Les cimes d’arbres sans lumière 
    Grandissaient au bord du chemin 
    Et tout un horizon de chiens 
    Aboyait loin de la rivière 

    Quand nous avons franchi les ronces 
    Les épines et les ajoncs 
    Sous elle son chignon s’enfonce 
    Et fait un trou dans le limon 
    Quand ma cravate fût ôtée 
    Elle retira son jupon 
    Puis quand j’ôtai mon ceinturon 
    Quatre corsages d’affilée 
    Ni le nard ni les escargots 
    N’eurent jamais la peau si fine 
    Ni sous la lune les cristaux 
    N’ont de lueur plus cristalline 
    Ses cuisses s’enfuyaient sous moi 
    Comme des truites effrayées 
    L’une moitié toute embrasée 
    L’autre moitié pleine de froid 
    Cette nuit me vit galoper 
    De ma plus belle chevauchée 
    Sur une pouliche nacrée 
    Sans bride et sans étriers 

    Je suis homme et ne peux redire 
    Les choses qu’elle me disait 
    Le clair entendement m’inspire 
    De me montrer fort circonspect 
    Sale de baisers et de sable 
    Du bord de l’eau je la sortis 
    Les iris balançaient leur sabre 
    Contre les brises de la nuit 
    Pour agir en pleine droiture 
    Comme fait un loyal gitan 
    Je lui fis don en la quittant 
    D’un beau grand panier à couture 
    Mais sans vouloir en être épris 
    Parce qu’elle était adultère 
    Et se prétendait sans mari 
    Quand nous allions vers la rivière

     

    .

     

    Y que yo me la lleve al río

    creyendo que era mozuela,
    pero tenía marido.
    Fue la noche de Santiago
    y casi por compromiso.
    Se apagaron los faroles
    y se encendieron los grillos.
    En las últimas esquinas
    toqué sus pechos dormidos,
    y se me abrieron de pronto
    como ramos de jacintos.
    El almidón de su enagua me
    sonaba en el oído,
    como una pieza de seda
    rasgada por diez cuchillos
    Sin luz de plata en sus copas
    los árboles han crecido,
    y un horizonte de perros
    ladra muy lejos del río.

    Pasadas las zarzamoras,
    los juncos y los espinos,
    bajo su mata de pelo
    hice un hoyo sobre el limo.
    Yo me quité la corbata.
    Ella se quitó el vestido.
    Yo el cinturón con revólver
    Ella sus cuatro corpiños.
    Ni nardos ni caracolas
    tienen el cutis tan fino,
    ni los cristales con luna
    relumbran con ese brillo.
    Sus muslos se me escapaban
    como peces sorprendidos,
    la mitad llenos de lumbre,
    la mitad llenos de frío.
    Aquella noche corrí
    el mejor de los caminos,
    montado en potra de nácar
    sin bridas y sin estribos.
    No quiero decir, por hombre,
    las cosas que ella me dijo.
    La luz del entendimiento
    me hace ser muy comedido.
    Sucia de besos y arena,
    yo me la lleve del río.
    Con el aire se batían las
    espadas de los lirios.

    Me porté como quien soy.
    Como un gitano legítimo.
    La regalé un costurero
    grande de raso pajizo,
    y no quise enamorarme
    porque teniendo marido
    me dijo que era mozuela
    cuando la llevaba al río.

     

     

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    FEDERICO

     FEDERICO GARCIA LORCA

     La femme adultère/La casada infiel

     

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    Dans les airs, la mort guette les gens,

    les bêtes,

    les oiseaux,

    les maisons,

    l’asphalte des rues qui ne sont plus goudronnées.

    Le gibier c’est un enfant 

    un homme 

    une femme 

    une ruelle qui dort sur sa faim,

    ses blessures et ses morts.

    L’assassinat à Gaza est devenu un rite

    quotidiennement renouvelé qui dispensons son éclat,

    l’assassiné 

    le martyr ferme ses paupières dans un repos éternel

    sans se demander si ses membres se sont dispersés ou ont éclaté.

    La situation à Gaza c’est le siège.

    La situation c’est la mort et les questions à propos d’une patrie.

    La situation à Gaza c’est la recherche d’une fleur

    dans les méandres des cauchemars,

    un archet et un rebab (*) qui laissent fuser un air fissuré sur une corde cassée 

    fixée.

     

    (*) le rebab est un instrument de musique à cordes frottées

     

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    GHARIB ASQALANI

     

     

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    mahmoud-al-kurd6,

    Photographie Mahmoud Al-Kurd


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  • 08/21/18--04:42: LA TERRE DES ORANGES TRISTES
  • Lorsque nous avons dû quitter Jaffa pour Acre, il n’y a eu aucune sensation de tragédie. Cela ressemblait à un voyage annuel pour passer les fêtes dans une autre ville. Notre séjour à Acre ne semblait pas étonnant : peut-être même, étant jeune, m’en suis-je réjoui car ce déplacement me faisait rater l’école… Pourtant, la nuit de la grosse attaque sur Acre, la situation devenait plus claire. Ce fut, je pense, une nuit cruelle, passée entre le silence rigide des hommes et les invocations des femmes. Mes pareils, toi et moi, étions trop jeunes pour comprendre le sens de toute cette histoire. Cette nuit là cependant, certains filaments de cette histoire s’éclairèrent. Au matin, alors que les Juifs se retiraient en menaçant et fulminant, un gros camion stationnait devant notre porte. Des choses légères, principalement de la literie, étaient jetées dans le camion, rapidement et hystériquement.

    Alors que je me tenais adossé au vieux mur de la maison, j’ai vu ta mère monter dans le camion, puis ta tante, puis les petits, et puis ton père a commencéà vous mettre, toi et tes frères et sœurs, dans la voiture et au-dessus des bagages. Puis il m’a empoigné dans le coin où je me tenais et, me soulevant au-dessus de sa tête, il m’a déposé dans la galerie métallique en forme de cage au-dessus de la cabine du pilote, où j’ai retrouvé mon frère Riad assis tranquillement. Le véhicule a démarré avant que j’aie pu trouver une position confortable. Acre disparaissait peu à peu dans les virages de la route qui grimpait vers Rass El-Naqoura [Liban].

    Le temps était quelque peu couvert et une sensation de froid s’infiltrait dans mon corps. Riad, le dos appuyé contre les bagages et les jambes sur le rebord de la galerie en métal, était assis très tranquillement, regardant au loin. J’étais assis en silence, le menton entre les genoux et les bras enlacés. L’un après l’autre, les vergers d’orangers disparaissaient et le véhicule grimpait en haletant sur un terrain humide… Dans le lointain, le bruit des tirs de canon résonnait comme un adieu.

    Rass El-Naqoura se dessina à l’horizon, drapé dans une brume bleutée, et le véhicule s’arrêta soudain. Les femmes émergèrent des bagages, descendirent et traversèrent vers un marchand d’oranges assis sur le bord de la route. Tandis qu’elles revenaient avec les oranges, nous parvint le bruit de leurs sanglots. Alors seulement les oranges me sont apparues clairement : chacun de ces fruits gros et sains était quelque chose qu’il fallait chérir. Ton père descendit d’à côté du chauffeur, prit une orange, la contempla en silence, puis se mit à pleurer comme un enfant sans défense.

    A Rass El-Naqoura, notre véhicule se trouvait parmi beaucoup d’autres semblables. Les hommes commencèrent à remettre leurs armes aux policiers qui étaient là dans ce but. Puis ce fut notre tour, je vis des pistolets et des mitrailleuses jetés sur une grande table, je vis la longue file de gros véhicules entrant au Liban, laissant les routes tortueuses de la terre des oranges loin derrière, et alors moi aussi je pleurai amèrement. Ta mère contemplait encore silencieusement les oranges, et tous les orangers que ton père avait abandonnés aux Juifs brillaient dans ses yeux. Comme si tous ces beaux arbres qu’il avait achetés un par un se reflétaient dans son visage… Et dans ses yeux, les larmes, qu’il ne pouvait s’empêcher de cacher face à l’officier du bureau de police, brillaient.

    Quand, dans l’après-midi, nous avons atteint Saïda, nous étions devenus des réfugiés.

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    GHASSAN KANAFANI

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    Palestinien, néà Jaffa en 1936, Ghassan Kanafani entame le chemin de l’exil en 1948  à l’âge de 12 ans. Après un bref séjour au Liban, sa famille s’établit à Damas où il poursuit ses études. Exclu de l’université de Damas pour son engagement dans le mouvement des nationalistes arabes (MAN – pan-arabist Movement of Arab nationalists), fondé par Georges Habache, il s’en va pour le Koweït. Il retourne à Beyrouth en 1960 où il poursuit son travail de journaliste engagé. L’aile palestinienne du MNA devient en 1967 le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) et Ghassan Kanafanien devint le porte-parole. En 1972 Ghassan Kanafani est assassiné par les services secrets israéliens dans un attentat à la voiture piégée, en même temps que sa nièce adolescente et fait ainsi partie de la longue liste de dirigeants palestiniens éliminés par le Mossad.

     

    Sa femme danoise, Annie, a décrit ainsi l’événement : « Nous avions l’habitude de faire des courses ensemble tous les samedis matin et, ce jour là, il accompagnait sa nièce Lamees. Quelques minutes après leur départ, j’ai entendu le bruit d’une énorme explosion. J’ai couru mais je n’ai vu que les restes de notre petite voiture explosée. Lamees gisait à quelques mètres de là, mais je n’ai pas pu trouver Ghassan. J’espérais le retrouver blessé, mais je n’ai trouvé que sa jambe gauche. J’étais dévastée, et notre fils Fayez a commencéà se frapper la tête contre le mur. La petite Layla criait ; Papa…Papa… J’ai rassemblé ses restes, et les habitants de Beyrouth l’ont escorté jusqu’à sa dernière demeure au cimetière de Shuhada où il a été enterréà côté de Lamees qui l’aimait et qui était morte avec lui. »

     

    Ghassan Kanafani n’a cessé de joindre l’écriture et l’action politique. Journaliste révolutionnaire le jour, romancier la nuit, il avait l’art d’exprimer la tragédie des palestiniens de la diaspora et leur désenchantement désespéré.
    Il a écrit dix-huit livres, et écrit des centaines d’articles sur la culture, la politique et la lutte du peuple palestinien. Ses livres parlent essentiellement de la Palestine et de la lutte palestinienne et il évoque souvent ses propres expériences en tant que réfugiés.

     

    Ses oeuvres les plus connues sont « Des Hommes dans le Soleil » et « Retour à Haifa ».

     

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    nakba 1948,

     

     

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    massacre de deir yassine,

     

    Massacre de Deir Yassine

    9 avril 1948, les villageois de Deir Yassine ont été délibérément sacrifiés pour accélérer, par l’horreur de leur sacrifice, l’exode des Palestiniens.

    Deir Yassine est sans doute le massacre le plus connu — mais non le seul, loin de là— commis par les troupes juives, en l’occurrence révisionnistes, à la veille de la guerre de 1948-1949*. Le 9 avril 1948, 120 hommes de l’Irgoun et du Lehi donnent l’assaut à un village arabe niché sur une colline, à l’ouest de Jérusalem, et s’en emparent. Spécialistes, depuis les débuts de la guerre civile, du terrorisme anti-arabe, les miliciens de Menahem Begin et d’Itzhak Shamir se livrent à une véritable boucherie : après avoir massacré les familles une à une, ils ratissent le village et abattent les survivants. À l’époque, on estime à 250 le nombre d’habitants ainsi assassinés — un historien palestinien, Arif Al Arif, l’évaluera récemment à 110. Les habitants qui en réchappent sont expulsés vers Jérusalem-Est.

    Vingt-quatre ans plus tard, dans le quotidien Yediot Aharonot, Meïr Païl, alors colonel de la Hagana, présent en tant qu’officier de liaison, témoignera. « Vers midi, raconte-t-il, la bataille était terminée et les coups de feu avaient cessé. Bien que le calme régnât, le village ne s’était pas encore rendu. Les hommes de l’Irgoun et du Lehi sortirent de leurs cachettes et commencèrent à“nettoyer” les maisons. Ils tiraient sur tous ceux qu’ils voyaient, y compris les femmes et les enfants ; les commandants n’essayèrent pas d’arrêter le massacre (...). J’implorais le commandant d’ordonner à ses hommes de cesser le feu, mais en vain. Au même moment, 25 Arabes avaient été chargés dans un camion (...) on les emmena à la carrière entre Deir Yassine et Givat Shaul, et ils furent assassinés de sang-froid (...). Les commandants refusèrent également, lorsqu’on le leur demanda, de prendre leurs hommes et d’enterrer les 254 cadavres arabes. Cette tâche déplaisante fut assurée par deux unités amenées au village depuis Jérusalem. » Zvi Ankori, qui dirigeait les forces de la Hagana chargées d’occuper ensuite le village, ajoutera dans un témoignage de 1982 : « Je suis entré dans 6-7 maisons. J’ai vu des parties génitales coupées et des ventres de femmes broyés. À voir les traces de balles sur les corps, il s’agissait purement et simplement de meurtres. »

    Condamnée par l’Agence juive, la Hagana et le Grand rabbinat, l’affaire fait l’objet d’un message d’excuses de David Ben Gourion* au roi Abdallah de Transjordanie. Selon l’historiographie israélienne traditionnelle, il s’agirait d’une « bavure » dont la responsabilité reviendrait exclusivement aux troupes révisionnistes. L’action, il faut le noter, s’inscrit dans l’opération Nahshon, lancée dans la nuit du 31 mars au 1er avril, avec l’aide des armes arrivées de Tchécoslovaquie, pour dégager l’axe Tel-Aviv-Jérusalem, où les quartiers juifs sont encerclés par les forces arabes. L’objectif, en ce début avril, est de reprendre aux combattants palestiniens les villages qui dominent la route. Ordre est donné de les détruire en cas de résistance. Au moment où l’Irgoun et le Lehi s’attaquent à Deir Yassine, les unités régulières du Palmah et de la Hagana se battent pour Qastel — le chef Abdel Qader Al Husseini tombe dans ces combats. Non seulement l’initiative révisionniste est coordonnée avec celles de la Hagana, mais elle a reçu le feu vert — non sans réticence, il est vrai — de son commandement général et bénéficiera d’un appui de son artillerie, comme en témoigne formellement Meïr Païl dans l’article déjà cité. Pour sa part, à l’époque, l’Irgoun soulignera d’ailleurs dans un communiqué que « le Commandement de la Hagana a menti sciemment quand il a affirmé, après l’attaque de Deir Yassine, qu’elle était contraire au “plan général”. La vérité toute nue, c’est que la conquête de Deir Yassine faisait partie de son propre plan ». Un communiqué du Lehi accuse même la Hagana, entrée en possession du village, d’avoir laissé des hommes de Solel Boneh, la compagnie de travaux publics du syndicat Histadrout, le piller systématiquement...

    Mais les villageois de Deir Yassine n’ont pas seulement péri au nom de la « liberté » de Jérusalem. Ils ont été délibérément sacrifiés pour accélérer, par l’horreur de leur sacrifice, l’exode des Palestiniens. Le but de guerre de la direction sioniste, c’est de conquérir la proportion la plus grande possible de la Palestine, mais aussi la plus ethniquement pure. Si les « officiels » ne peuvent guère se targuer d’un massacre qu’ils réprouvent, les révisionnistes font fi de ces scrupules. « La conquête de Deir Yassine, explique le communiqué de l’Irgoun, a développé la terreur et l’épouvante parmi les Arabes des villages environnants (...) une fuite panique a commencé qui a facilité la reprise des communications (...) entre la capitale et le reste du pays. » Dans la version hébraïque de ses Mémoires, Menahem Begin, élargit encore le phénomène, qu’il attribue à la « propagande arabe » (sic). Celle-ci, précise-t-il, « répandit une légende de terreur parmi les Arabes et les troupes arabes, qui furent pris de panique lorsque les soldats de l’Irgoun étaient mentionnés. Cette légende valait bien une demi-douzaine de bataillons des forces d’Israël ». Et d’ajouter : « Amenés à croire les contes sauvages sur la “boucherie de l’Irgoun”, les Arabes à travers tout le pays furent pris d’une panique illimitée et commencèrent à fuir de leurs villages. Cet exode massif se transforma en une folle débandade, incontrôlable. Des quelque 800 000 Arabes qui vivaient sur le territoire actuel de l’État d’Israël, seuls 160 000 sont encore là. La signification politique et économique de ce développement ne saurait être surestimée... »

     

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    deir yassin masssacre 1948

     


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  • 08/22/18--01:19: VERDICT
  • A Pierre Bourgeois

     

     

    On est comptable et de tout et de rien

    on est comptable irréversiblement
    irrévocablement
    de tous les mouvements divers de sa conscience

    Tout nous assaille
    tout nous meurtrit
    nous circonscrit
    tout nous concerne
    nous cerne
    nous emprisonne
    nous désavoue
    nous loue enfin pour mieux nous accuser
    nous particularise
    tout se nourrit de notre défaillance

    En apparence à notre insu
    un oiseau médite sur son aile brisée
    et sur sa toile une araignée est triste
    et sur le banc des accusés
    un innocent s’efforce en vain de réfuter
    l’interminable acte d’accusation

    Demain tantôt qu’allons-nous faire
    de cet instant précis qui déjà nous observe ?

     

     

    .

     

     

    ACHILLE CHAVEE

     

     

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    antonio mora

    Oeuvre Antonio Mora

     


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  • 08/22/18--02:07: PHILIPPE TANCELIN...Extrait
  • Sur ta rose d’engagement
    l’histoire prend cette altitude
    de légende
    qui entre dans la clarté de peuples futurs

    Comme s’invente sur l’aire de révolte
    l’intarissable
    présence à cueillir son mystère
    tu es cette branche qui tend à l’oiseau
    son libre vol
     

     

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    .

     PHILIPPE TANCELIN

     

     

     

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    FEDERICO infante-1

     

     Oeuvre Federico Infante 

     

     

     


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    ...

    plan-silence

    sur un Gazzaouicide

     

    Et vous aimiez la vie...

    Et contre le retour de vos frères

    ils ont tiré-réel

    à balles sans retour

     

    Et vous aimiez la vie...

    Et contre votre approche sans armes

    ils ont exécuté leurs menaces

    à pleine mort

     

    Et vous aimiez la vie...

    Et contre votre avancée de Paix

    ils ont poursuivi la guerre

    à tueurs sans las

     

    Ils ont visé les colombes

    leurs ailes blessées errent aux consciences

    l'air est rouge entre les ombres de l'olivier

    un ton de flûte passe sur la poussière...

     

    "Un peu de retenue"

    messieurs les gouvernants--fauteurs de mur

    à claire-voie du silence

    Le temps se couvre de mousse

    mais ne taira pas le ululement de la chouette

    au-dessus de vos palais

     

    Quand des innocents le sang coule

    sur la terre occupée

    le crépuscule des faux-dieux se promet

    par le solaire qui passe la frontière

    avec ses résistants

     

     

    .

     

     

    PHILIPPE  TANCELIN

    Avril 2018

    http://effraction-collectif.strikingly.com/

     

     

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    Mahmoud-Al-Kurd-13,,

     Photographie Mahmoud Al-Kurd

     

     


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