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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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  • 01/23/14--09:33: ETRANGE FLEUR
  • Là où les hommes s'agglutinent
    Là où ils s'organisent
    se tyrannisent
    se désobligent
    autour de leurs mines
    de leurs églises
    de leur bêtise
    qu'ils érigent
    en monuments pâles
    en arches triomphales
    jusqu'autour de leurs villes
    de leurs bidonvilles,
    Là où ils vivent
    Là où ils meurent
    pousse une étrange fleur
    qu'ils cultivent.
    Une fleur qui fait ses lois
    ses prix ses crimes et ses croix
    ses places ses cours ses escaliers
    ses légions, ses déclarations
    ses demoiselles et ses garçons
    ses tables et présidents
    ses affaires et engagements
    Une fleur qui fait son vin
    dont ils se piquent
    en vain
    une fleur épique
    qui préfère les fronts aux coeurs
    une fleur qui pue
    une fleur
    qui tue...

    .

     

    LAURENT CHAINEUX

     

    .

     

     

    pavot

     

     

     


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    Merci Agnès...

    Rigueur des vents dans la rouille du temps
    odeur de feu que respirent les herbes
    le même couteau dans le noir du coeur
    l’ouvre à ce qui passe et sans nom demeure —

    j’écoute le vent
    les grands coups d’aile du corps invisible
    mêlés à la mer, aux arbres et aux toits

    à tout ce qui dans mon corps bat, ressent, respire
    levant les eaux, fouillant les fonds —
    brassant les feuilles de la pensée

    toute cette eau amassée, pliée, rompue, précipitée
    claquements de portes, la plainte étirée d’un pin

    d’un très vieux pin courbé près duquel autrefois
    des passants qu’on disait sages ou saints
    poètes ou fous méditaient sur un balcon de brumes —

    entre eux et l’inimaginable
    quelques battements du cœur.

    .

     

    LORAND GASPAR

     

    .

     

    Pin

     


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  • 01/24/14--14:27: INDIAN CASTOR
  •  

    Un ruisseau de montagne
    traversait le sentier de mon enfance
    son eau vive bondissait
    du talus
    étirant vers elle la soie verte des herbes


    À la fin de l’hiver, l’eau clapotait sous la glace
    comme chante un poète dans une langue étrangère
    je l’attendais

     

    L’été venu, mon ruisseau découvrait

    de grandes dalles calcaires blanchies comme des os

    l’attente changeait de rive


    les mains plongées dans les remugles de son ventre
    j’arrachais des pierres
    je raclais la terre
    j’excavais des bosses
    je dressais un barrage
    pour qu’un fleuve renaisse de la vigueur de mes bras


    Mes parents n’ont jamais su
    que j’étais devenu l’aventurier d’un lointain canyon
    l’enfant-castor d’une vallée engloutie sous les eaux


    Aujourd’hui l’asphalte
    a tué le sentier
    l’eau s’est terrée
    comme une bête



    Mais je reste l’Indien des mots de mon enfance


    L’eau coule dans ma nuit et je détourne encore
    des ruisseaux de montagne
    pour entendre le temps battre contre mes paumes.

     

    .

     

    BRUNO DOUCEY

     

    .

     

    br

     


     


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    Je suis là   je rêve  je pense

    j’aime à ne rien faire par moment

    j’aime perdre mon temps en pensant

    « ce à quoi on s'oppose persiste »

    tout le temps 

     

    je pense au temps au temps qui passe

    et s’écoule le temps

     

    du sablier sans fin coule insensible

    le sable 

    et le sablier déverse sans état d’âme

    son flot de temps  

    avance à son rythme infatigable 

    l’immédiat le conduit

     

    l’usure du temps

    à la fixe éternité

    est repère

     

     .

     

    JACQUES BASSE

     

    .

     

    temps

     

     

     

     

     

     


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    A Zouheir

     

    Qu’est-ce qu’un aéroport

         Sinon une fourmilière

         de sueurs humaines adossées

         Sur des latitudes incertaines

         Homme que voici

         Chargé de valises

         de confiseries déconfites

         de caprices démodés

         Tu possèdes un visage

         Soumis aux simagrées

         du miroir

         Peux-tu prouver

         aux professionnels du Makache, comme dirait Rimbaud.

         Les vigiles des frontières

         aux lointains ancêtres

         qui eurent affaire à Ibn Batouta

         À Rimbaud,

         à Essenine

         à Yacine

         De quelle patrie

         tiens-tu ton destin

         Dans un passeport

         aussi vert que le printemps

         qui vire à présent au noir

     

         Qu’est-ce qu’un aéroport

         Sinon un commerce de l’absence

         une maison close puant de nostalgies

         où tu croises ta propre image

         dans un dédale de souvenirs.

     

         Ici s’entrelacent les mémoires blessées

         rompues

         recousues à coup de tabac

         et d’alcool

         Zouheir vole vers sa mère

         Hippone n’attend plus rien

         des remèdes de Saint-Augustin

         Dans une lourde valise,

         Minuit consommé,

         le larron range ses souvenirs

         dans des boîtes de conserve.

         Zouheir est sur la liste d’attente

         Ô mon pays de longue patience

         livré aux arracheurs de dents

         reconvertis dans l’informatique.

     

         Qu’est-ce qu’un aéroport

         sinon de longs couloirs

         où l’on conjure l’oubli

         où l’on se reconstruit

         une patrie entre waters

         et vacuité.

     

         Zouheir ne vole pas

         immoler Ismaël

         Les couteaux blancs de la supercherie

         ont tranché tant de cous inconformes

         Que les rosaires des mères

         en ont perdu leurs grains

     

         Ami pendant que tu voles

         vers le soleil corrompu

         je parcours les quais

         de l’aéroport de mes insomnies

         j’y ai croisé Godard

         toujours interdit d’écran

         pour son soldat perdu

       

         À Blagnac on sert

         des liqueurs blanches anesthésiantes

         de la même pâleur

         de ma Capitale que je

         ne nomme plus que par

         Anna Gréki, fourvoyée, foudroyée

         par la blancheur de l’espérance trahie.

       

         Qu’est-ce qu’un aéroport

         Sinon une fourmilière

         de sueurs humaines adossées

     

    .

     

    ABDELMADJID KAOUAH
         Aéroport de Blagnac

         le 20 avril 1996

     

    .

     

    A

    Oeuvre Aïcha Sebah

    http://www.aicha-sebah.com/



     


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    Est ce vivre, que vivre ainsi? Je m'interroge, simplement sur l'évolution de ma vie, de mes objectifs devenus plus restreints. Ce trop plein d'acceptation, paradoxalement, me conduit à un renoncement auquel je m'habitue et qui m'interpelle, à peine. Ce retranchement si facilement adopté et toujours plus important, je le revendique au nom d'une absence d'autonomie. Je partage encore volontiers de bons moments, je ris franchement à l'occasion, j'apprécie un bon film, je m'évade sans retenue dans la contemplation et  j'écris. En posant les mots sur le papier, j'entre dans cette sphère tranquille, je pars... Je sais que cela me cloisonne parfois, mais à ce moment là, je conjugue le temps, au passé, au présent, au futur, j'ai l'impression de le maitriser. Faute de confort, enfin je crois, j'ai délaissé  sans mal des plaisirs simples. Voilà, j'abandonne, pour de fausses ou vraies raisons, doucement  j'abandonne...Faiblesse, démission, fuite, déprime ou simplement, envie de vivre autrement... Oui, envie de vivre comme je le désire maintenant, un peu émargée, je l'avoue. . Tourner le dos au matérialisme, à l'hypocrisie, aux  tartuffes, à la comédie à grande échelle, sans être coupée du monde, mais hors du moule ; assumer mon choix. Et si c'est çà vieillir plus vite, à l'heure où le monde recherche l'éternité, j'y trouve quelque avantage, et je ne m'en plains pas, si je peux le vivre "ainsi ".

    On ne peut pas tenir sa jeunesse en laisse..... elle a grand besoin de souffler .


    .

     

    JOSIANE

     

    .

     

    adele adelie2

    Oeuvre Adèle Adèlie

    http://adeleadelie.wix.com/adele-adelie

     


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  • 01/28/14--09:35: DANS L'ORDRE DE ETOILES
  • Pour tout voyant, — le jour c’est la nuit, la nuit c’est le jour. Et, n’allez pas nous raconter d’histoire(s). — Ma force est voyance. — Je vais au-delà de ce que l’on voit. Regarder n’est rien si l’on ne sait pré-voir.— Être en avant ! Voilà tout. — Les mots sont toujours en avance sur nous-mêmes. Sur notre être ainsi que sur notre devenir. — Ne sommes-nous pas dictés par les mots ? Oui, nous sommes dans l’ordre des étoiles.— Mes yeux brillent.

     

     — Le voyant vit dans un monde d’inversion. Il remet le monde en marche, ce monde où la terre est devenue le ciel, ce monde qui marche sur la tête, — ce monde, il le remet sur ses propres pieds. Si je parle de la violence des incendies à venir, — ces incendies auront bien lieu. Ce n’est pas moi qui le dis, — mais ma main l’écrit. — Poésie fait de l’homme un outil de la langue. Point d’évidence dans mon verbe. Contrairementàce que disait Éluard, il ne s’agit pas que de voir ! Il s’agit d’une transcréation, de ce que je nomme le transvisible. — Tenter de traduire ce qui se pré-voit en langue. — Et sans haine, avec amour de la paix.

     

     Si la vision est puissante et fracassante, elle est aussi éphémère. Or, toute vision éclairante est fragile. — Elle n’est qu’éclairs, fulgurations, — éparts. Elle a la langue de la foudre, elle est transvision. Elle ne blesse pas l’ange, — elle le fait sourire. — Elle est précaire. Le moindre souffle l’étouffe, le moindre bruit la fait disparaître. L’œil est pris par autre chose, il n’écouteplus. Elle a des yeux d’émeraude, de rubis ou de saphir. Un diamant, — ou rien ! — Sa transparence éblouit. Parfois, l’on croit serrer quelque chose dans la main, et à l’ouvrir,— ce n’est que cendre.

     

     Le vrai poète vit dans l’urgence. Son cœur bat très vite, tropvite. S’il est aveugle au jour, il perçoit le monde au-delà de toute perception. Il va au profond du cosmos, dans la matière noire. Il est au-delà du vivant, — transvivant. Certes, il est de demain matin, d’une autre aurore. — De celles qui n’ont pas encore lui.

     

    .

     

    SERGE VENTURINI

     

    (Paris, nuit du 25 janvier 2014, 5h du matin)

     

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    SIMON2

    Oeuvre Simon

    http://www.simon-artiste-peintre.com

     


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  • 01/28/14--11:41: HENRY DAVID THOREAU
  • Je pourrais emprunter un chemin, même s'il est solitaire, étroit et tortueux, sur lequel marcher avec amour et respect. Chaque fois qu'un homme se sépare de la multitude et suit son chemin dans cette disposition d'esprit, il rencontre, de fait, un embranchement sur sa route, bien que d'ordinaire les voyageurs puissent ne voir qu'un trou dans la palissade. Son chemin à travers champs peut se révéler être la grand-route.

    .

     

    HENRY DAVID THOREAU

     

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    CHEMIN5


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  • 01/28/14--12:18: LA VIE A FOISON...Extrait
  • Je sais la mort, le vide, l’angoisse suante.
    Je pourrais hurler au mal, à la nuit.
    Crier le temps à l’œuvre en moi :
    la lente corruption des sources,
    la chair qui se défait
    et le cœur qui s’effrite.
    Les pans d’ombre dévorant le soleil
    et la vie s’échappe et fuit par toutes les issues.
    Les espoirs mort-nés,
    les soifs mal étanchées.
    Les folies douces et noires,
    les suicides rêvés
    et l’usure de l’être,
    la solitude, le gel de l’âme,
    les illusions fanées,
    les amours avortées.

    Je dis la beauté du monde toujours offerte,
    là, sous mes doigts, sous mes yeux.
    La joie pudique et la fête sans lendemain.
    L’espérance apprise,
    la sève obstinée,
    la chanson patiente.
    Les instants d’éternité et l’éternité entrevue.
    L’aventure inouïe d’un réveil,
    le jaillissement de la création
    et l’invention de l’amour.
    Le bonheur surpris et la mort apprivoisée.

     

    Je ne maudirai pas les ténèbres,
    je tiendrai haut la lampe.

     

     

    .

     

    COLETTE NYS-MAZURE

     

    .

    COL

     

     


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  • 01/29/14--08:27: LA FEMME-BUISSON...Extrait
  • Avec les mêmes mains dont j’écris cette ligne
    avec les mêmes mains que toi
    avec les mêmes mains dont on salue et on étreint
    dont on calme caresse écoute
    avec les mêmes mains qui se répandent comme une eau
    ou qui s’effritent miette à miette
    non pas faites pour gants ou photos
    ni manucure ou séchage à l’air chaud
    mais pour se fermer avec rage devant les murs trop hauts des choses établies
    devant le gros gibier de la machine économique
    devant les vies glissant de tout leur poids à prix fixe vers elles
    avec les mêmes mains palpant les pièces de soierie
    d’un mot exact d’un monde juste ô rêveries
    je mêle aux tiennes mes frontières.

     

    .

     

    ANNIE SALAGER

    http://pierresel.typepad.fr/la-pierre-et-le-sel/2014/01/annie-salager-la-mystique-du-vivant.html

    .

    MAIN2

     

     


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  • 01/29/14--08:29: CHANTS...Extrait
  • Despaysages ont grandi au levain de la mémoire.
    Collines chemins blancs pigeonniers que ronge l’acide du rêve éclairés par l’affairement des envols subreptifs
    Les mains paysannes y ont taillé des pieux pénétrés d’hiver pour les clôtures que flaire une odeur de mort le long des herbages

    Ailleurs, des oiseaux aux formes d’étoiles, comblés de la mesure d’infini dispensée aux terres marines
    Où les jours plus longs que les nuits font trembler les pins au-dessus des tombes
    Mais l’encre s’efface du reflet d’or que le regard n’a plus

    Partout les rumeurs descendent en créant des goulets d’odeurs
    Les soirs où l’air n’est pas défait du végétal et les faïences cassent dans le temps qui finit
    L’œil écoute monter l’espace
    Tandis que sur le sol maintenant minuscule le corps a pris la dimension des paysages où il s’abîme

     

    .

     

    ANNIE SALAGER

     

    .

     

     

    ALAIN JACQUOT - BOILEAU2

    Photographie Alain Jacquot-Boileau


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    Je caresse la mer et j'écoute la lune
    Le peuple des dauphins qui dansent dans l'été
    Je dis le monde et les Andes se dissimulent
    Parmi les arbres célestes de la contrée
    D'ici, les isthmes, les golfes, les pôles brûlent
    Et la nuit remue sans que la terre ait bougé.

    Je dis le monde avant d'avoir à le nommer
    Je connais ces chemins de bois et de bocage
    Les bruits de la planète et les vents d'outre-large
    Je dois mourir en eux pour les mieux situer
    Je sais ce qui me lie à l'âme des glaciers
    Et ce que peuvent mes prunelles sous l'outrage.

    Je dis le monde avec amour et je m'y cache
    Ah! j'aurais tant voulu ne jamais exister
    Ne pas avoir ce poids de terre sous mes pieds
    Ces arbres dans le ciel jusqu'à l'éternité
    Comme des parchemins couturés de crevasses.

    J'habite ici dans un domaine de fougère
    Que les poulains feuillus défoncent du sabot
    Je pourrais y battre monnaie de cuivre clair
    A l'effigie d'un dieu mort à notre niveau
    Mais je passe mes jours à changer de misère
    Soumis à l'angélus de la rainette d'eau.

    Les ténèbres du corps peuvent bien répondre
    Mon âme en mouvement leur échappe d'emblée
    Les arbres du ponant s'éloignent de ce monde
    La lune les transforme en autant de voiliers.

    Je redonne à la mer amour et gravité
    Et la terre que j'aime est plus rude que ronde.

     

    .

     

    JEAN-CLAUDE RENARD

     

    .

     

    large2

     

     


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  • 01/30/14--11:18: HELENE CADOU
  • Qui parle?
    Si je parle ?
    Quel ancêtre
    Respire en moi
    Par la parole ?

    Je redonne la vie
    A celui qui soignait sa vigne
    Avec des gestes
    De pédiatre ou d’horloger

    A cet autre
    Que son violon fou
    Emportait autour du village
    Il me faut dire tout cela

    Aujourd’hui
    Avec des mots
    Comme des chemins
    Aujourd’hui

    Il me faut trouver le langage
    Qui soit la source
    Et le delta
    Car plus personne
    Après moi
    Pas un enfant
    Féru de fables

    Ne viendra continuer
    Cette histoire
    Qui va se perdre
    Dans l’épaisseur
    Infiniment muette
    Des sables...

     

    .

     

    HELENE CADOU

     

    .

     

    QUI

     

     

     

     

     


    0 0

    J'erre en terre profonde
    J'entre en femme sevrée

    Des îles aboient au loin
    libres de leurs chaînes beuglantes

    Par la transe des marées
    j'erre en fécondité

    ta bouche verticale à l'horizon
    murmure d'éternité
    me prie de m'approcher
    de jeter l'ancre en profondeur

    ...
                      
    femme
    rivée à l'horloge
    l'angoisse dans les yeux
    tu attends de la source à la mer
    le passage des oiseaux
    la délivrance des éclairs
    et ce baiser de pourpre
    au milieu de l'orage

    ...
                     
    tu as la nuque douce
    la caresse profonde
    du soleil jusqu'au bout des ongles
    et la tendresse
    femme d'envies femme d'ivresses
    la tendresse qui se prolonge en toi
    comme un immense fleuve
    allant en silence épouser tes secrets
                        
    femme-colline
    dans ta poitrine bat
    ton coeur anxieux de mère

    sur la paupière de l'ange
    un oiseau s'est posé
    et tu retiens son aile
    pour empêcher le cri

    ...

    déjà sous ta gorge l'on devine
    le blanc balancement du lait
    un filet mince de sang chaud
    venu de la niche utérine

     

    .

     

    JEAN-PAUL KERMARREC

     

    .

     

    acqua-di-gio1

     

     

     


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  • 01/31/14--09:51: LE BERGER DES MOTS
  • Je crois à la religion de l'Amour

     Sans autel ni pierre de sacrifice

     Où offrir les coeurs à la cruauté 

     D'eux qui n'ont d'humain que le nom

     

     Je ne suis qu'un berger de mots drus 

     Qui disent l'amour le bonheur et la joie

     Un frère vivant de notre boule de glaise   

     Où se mêlent  bêtes arbres eaux et vents  

     

     A la violence aveugle de la société  

     J'oppose le rythme des saisons du coeur

     Aux forces animales et destructrices

     Je dis l'amour de toutes  générations  

     

     Je vous tends la fleur de mes mots

     Qui exhalent le parfum de ce qui est

     Et demeure à jamais insaisissable 

     Pour que vous en savouriez la sève  

     

     Je chante pour vous la vie universelle

     De la braise des coeurs aux étoiles  

     Le monde vous et le cosmos tenez 

     Par la seule magie du verbe espérer 

     

     Je vous écris de loin d'avant que naître

     Des mots chiffrés du souvenir des choses 

     Qui parlent aux êtres du monde entier

     Et font de moi un contemporain sans âge 

     

     Mes mots ne sont pas que des mots  

     Un tendre bélier invisible les rameute

     Pour que je les mène au foyer des coeurs

     Même si j'ai bien peu de vocabulaire  

     

     Il faut aimer envers et contre tout 

     Aimer aimer toujours et encore 

     Car la vie est brêve nichée au coeur

     La mort déjà nous tend ses bras.

     

    .

     

    JACQUES VIALLEBESSET

    Poème extrait de Le pollen des jours, 52 poèmes à elle .

     Editions Le Nouvel athanor, disponible en Mars 2014 .

    http://jacques.viallebesset.scribouilleur.over-blog.com/

     

    .

     

     

    laurentino marti 8

    Oeuvre Laurentino Marti

     

     


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  • 01/31/14--12:29: LE COQUILLAGE
  • Peut-être te suis-je inutile,
    Nuit; de l’abîme universel
    Je suis sur ta rive jeté
    Comme un coquillage sans perle

    Ta vague indifférente bat,
    Et tu chantes, inconciliable;
    Mais tu aimeras, tu apprécieras
    Le mensonge de l’inutile coquillage.

    Tu vas revêtir ta chasuble,
    T’étendre sur le sable auprès de lui,
    Y nouer avec des liens indissolubles
    La cloche énorme des roulis.

    Et les parois du frêle coquillage,
    Tu vas les emplir d’un murmure d’écume,
    Comme la maison d’un coeur inhabité,
    Et de vent, et de pluie, et de brume.

    .

     

    OSSIP MANDELSTAM

    Traduction François Kérel

     

    .

     

    coquillage1



     

    .

     

     


    0 0
  • 02/01/14--01:41: MARIO BENEDETTI...
  • Ne reste pas immobile
    sur le bord de la route
    ne gèle pas la joie
    n’aime pas à contrecœur
    ne te sauve pas ni maintenant
    ni jamais
    ne te sauve pas
    ne te remplis pas de calme
    ne garde pas du monde
    qu’un simple coin tranquille

    ne laisse pas retomber tes paupières,
    lourdes comme des jugements
    ne reste pas sans lèvres
    ne dors pas sans sommeil
    ne pense pas sans sang
    ne juge pas sans temps

    mais si
    malgré tout,
    tu ne peux t’en empêcher
    et que tu gèles la joie
    et que tu aimes à contrecœur
    et que tu te sauves maintenant
    et te remplis de calme
    et ne gardes du monde qu’un simple coin tranquille
    et que tu laisses retomber tes paupières,
    lourdes comme des jugements
    et que tu te sèches sans lèvre
    et que tu dors sans sommeil
    et que tu penses sans sang
    et que tu juges sans temps
    et que tu restes immobile
    sur le bord de la route
    et que tu te sauves
    alors,
    ne reste pas avec moi

     

    .

     

    MARIO BENEDETTI

     

    .

     

    phil charpentier

    Oeuvre Philippe Charpentier

     

     

     

     


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  • 02/01/14--08:46: SOLO D'OMBRES....Extrait
  • .....

    Comme un homme sous la lampe

    je suis assis dans ta lumière

    qui chante à voix de tête

    Je me repose de mes ombres

    Dans tes doigts la cuillère

    est un oiseau de plus

    L'île des mots sans voix

    s'élargit jusqu'à nous

    .

     

    GUY GOFFETTE

     

    .

     

    femme


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  • 02/01/14--08:59: ROMAIN GARY
  • J'appelle "société de provocation" toute société d'abondance et en expansion économique qui se livre à l'exhibitionnisme constant de ses richesses et pousse à la consommation et à la possession par la publicité, les vitrines de luxe, les étalages alléchants, tout en laissant en marge une fraction importante de la population qu'elle provoque à l'assouvissement de ses besoins réels ou artificiellement créés, en même temps qu'elle lui refuse les moyens de satisfaire cet appétit. Comment peut-on s'étonner, lorsqu'un jeune Noir du ghetto, cerné de Cadillac et de magasins de luxe, bombardéà la radio et à la télévision par une publicité frénétique qui le conditionne à sentir qu'il ne peut pas se passer de ce qu'elle lui propose, depuis le dernier modèle annuel "obligatoire" sorti par la General Motors ou Westinghouse, les vêtements, les appareils de bonheur visuels et auditifs, ainsi que les cent mille autres réincarnations saisonnières de gadgets dont vous ne pouvez vous passer à moins d'être un plouc, comment s'étonner, dites-le-moi, si ce jeune finit par se ruer à la première occasion sur les étalages béants derrière les vitrines brisées ? Sur un plan plus général, la débauche de prospérité de l'Amérique blanche finit par agir sur les masses sous-développées mais informées du tiers monde comme cette vitrine d'un magasin de luxe de la Cinquième Avenue sur un jeune chômeur de Harlem.

     

    J'appelle donc "société de provocation" une société qui laisse une marge entre les richesses dont elle dispose et qu'elle exalte par le strip-tease publicitaire, par l'exhibitionnisme du train de vie, par la sommation à acheter et la psychose de la possession, et les moyens qu'elle donne aux masses intérieures ou extérieures de satisfaire non seulement les besoins artificiellement créés, mais encore et surtout les besoins les plus élémentaires.


    .

    ROMAIN GARY

     

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    gordon-parks


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    " Lecteur, avant tout, je te dois un aveu. Le titre de ce livre est un attrape-couillon. Cette « lettre ouverte » ne s’adresse pas aux culs-bénits. "

    ....

    Les culs-bénits sont imperméables, inoxydables, inexpugnables, murés une fois pour toutes dans ce qu’il est convenu d’appeler leur « foi ». Arguments ou sarcasmes, rien ne les atteint, ils ont rencontré Dieu, il l’ont touché du doigt. Amen. Jetons-les aux lions, ils aiment ça.

     

    Ce n’est donc pas à eux, brebis bêlantes ou sombres fanatiques, que je m’adresse ici, mais bien à vous, mes chers mécréants, si dénigrés, si méprisés en cette merdeuse fin de siècle où le groin de l’imbécillité triomphante envahit tout, où la curaille universelle, quelle que soit sa couleur, quels que soient les salamalecs de son rituel, revient en force partout dans le monde.

    ...

     

    O vous, les mécréants, les athées, les impies, les libres penseurs, vous les sceptiques sereins qu’écœure l’épaisse ragougnasse de toutes les prêtrailles, vous qui n’avez besoin ni de petit Jésus, ni de père Noël, ni d’Allah au blanc turban, ni de Yahvé au noir sourcil, ni de dalaï-lama si touchant dans son torchon jaune, ni de grotte de Lourdes, ni de messe en rock, vous qui ricanez de l’astrologie crapuleuse comme des sectes « fraternellement » esclavagistes, vous qui savez que le progrès peut exister, qu’il est dans l’usage de notre raison et nulle part ailleurs, vous, mes frères en incroyance fertile, ne soyez pas aussi discrets, aussi timides, aussi résignés !

    Ne soyez pas là, bras ballants, navrés mais sans ressort, à contempler la hideuse résurrection des monstres du vieux marécage qu’on avait bien cru en train de crever de leur belle mort.

     

    Vous qui savez que la question de l’existence d’un dieu et celle de notre raison d’être ici-bas ne sont que les reflets de notre peur de mourir, du refus de notre insignifiance, et ne peuvent susciter que des réponses illusoires, tour à tour consolatrices et terrifiantes,

     

    Vous qui n’admettez pas que des gourous tiarés ou enturbannés imposent leurs conceptions délirantes et, dès qu’ils le peuvent, leur intransigeance tyrannique à des foules fanatisées ou résignées,

    Vous qui voyez la laïcité et donc la démocratie reculer d’année en année, victimes tout autant de l’indifférence des foules que du dynamisme conquérant des culs-bénits, […]

     

    À l’heure où fleurit l’obscurantisme né de l’insuffisance ou de la timidité de l’école publique, empêtrée dans une conception trop timorée de la laïcité,

     

    Sachons au moins nous reconnaître entre nous, ne nous laissons pas submerger, écrivons, « causons dans le poste », éduquons nos gosses, saisissons toutes les occasions de sauver de la bêtise et du conformisme ceux qui peuvent être sauvés !

    ...

    Simplement, en cette veille d’un siècle que les ressasseurs de mots d’auteur pour salons et vernissages se plaisent à prédire « mystique », je m’adresse à vous, incroyants, et surtout à vous, enfants d’incroyants élevés à l’écart de ces mômeries et qui ne soupçonnez pas ce que peuvent être le frisson religieux, la tentation de la réponse automatique à tout, le délicieux abandon du doute inconfortable pour la certitude assénée, et, par-dessus tout, le rassurant conformisme. Dieu est à la mode. Raison de plus pour le laisser aux abrutis qui la suivent. […]

    Un climat d'intolérance, de fanatisme, de dictature théocratique s'installe et fait tache d'huile. L'intégrisme musulman a donné le « la », mais d'autres extrémismes religieux piaffent et brûlent de suivre son exemple. Demain, catholiques, orthodoxes et autres variétés chrétiennes instaureront la terreur pieuse partout où ils dominent. Les Juifs en feront autant en Israël.

     
    Il suffit pour cela que des groupes ultra-nationalistes, et donc s'appuyant sur les ultra-croyants, accèdent au pouvoir. Ce qui n'est nullement improbable, étant donné l'état de déliquescence accélérée des démocraties. Le vingt et unième siècle sera un siècle de persécutions et de bûchers.

     

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    FRANCOIS CAVANNA

     

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    ENFER2

    Oeuvre Pierre Paul Rubens


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