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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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  • 02/20/14--13:23: FEUILLES D'HERBE...Extrait
  • « Voici ce que tu feras :
    aime la terre, le soleil et les animaux,
    méprise les richesses,
    fais l’aumône à qui la demande,
    consacre ton argent et ton travail aux autres,
    hais les tyrans, ne discute pas de Dieu,
    aie patience et indulgence pour les autres [...],
    réexamine tout ce que tu as appris à l’école ou à l’église
    ou dans les livres et rejette tout ce qui insulte ton âme.
    Alors ta chair deviendra un grand poème
    et aura la plus belle éloquence,
    pas seulement dans ses mots,
    mais dans les plis de tes lèvres et de ton visage
    et jusque dans les mouvements de ton corps. »

     

    .

     

    WALT WHITMAN

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    .

    whitman

     

     

     

     

     


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    [...]

    Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube
    Une promesse qu’elle ne tient jamais.
    On est obligé ensuite de manger froid
    Jusqu’à la fin de ses jours.
    Après cela, chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances.
    On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné.
    Jamais plus, jamais plus, jamais plus.
    Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d’amour mais vous êtes au courant.
    Vous êtes passéà la source très tôt et vous avez tout bu.
    Lorsque la soif vous reprend vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n’y a plus de puits, il n’y a que des mirages.
    Il n’est pas bon d’être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ca vous donne de mauvaises habitudes.
    On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver.
    On regarde, on espère, on attend.
    Et on passe sa vie à mourir de soif
    Auprès de chaque fontaine

    [...]

     

    .

     

    ROMAIN GARY

     

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    miracle

     

     


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  • 02/21/14--03:21: ART POETIQUE
  • Se pencher sur le fleuve, qui est de temps et d’eau
    Et penser que le temps à son tour est un fleuve,
    Puisque nous nous perdons comme se perd le fleuve
    Et que passe un visage autant que passe l’eau.

     

    Eprouver que la veille est un autre sommeil
    Qui rêve qu’il ne rêve pas et que la mort
    Que redoute le corps est cette même mort
    De l’une et l’autre nuit, que l’on nomme sommeil.

     

    Percevoir dans le jour ou dans l’an un symbole
    Des jours, des mois de l’homme ou bien des années,
    Et pourtant convertir l’outrage des années
    En une musique, une rumeur, un symbole.

     

    Voir le sommeil dans la mort, dans le soleil couchant
    Voir un or funèbre, telle est la poésie
    Qui est immortelle et pauvre. La poésie
    Qui revient comme l’aube et comme le couchant.

     

    Parfois, le soir, il émerge un visage
    Qui soudain nous épie de l’ombre d’un miroir :
    J’imagine que l’art ressemble à ce miroir
    Qui soudain nous révèle notre propre visage.

     

    On raconte qu’Ulysse, fatigué de merveilles,
    Sanglota de tendresse, apercevant Ithaque
    Modeste et verte. L’art est cette verte Ithaque
    Verte d’éternité et non pas de merveilles.

     

    L’art est encore pareil au fleuve interminable
    Qui passe et qui demeure et qui reflète un même
    Héraclite changeant, qui est à la fois même
    Et autre, tout comme le fleuve interminable.

     

    .

     

    JORGE LUIS BORGES

     

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    porte

     

     

     


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    Il est des cris plaintifs qui se tordent les bras,
    Mordus entre les dents, avortés sur les lèvres,
    Des fards astucieux masquant l’ardeur des fièvres,
    Et des corps moribonds sous la fraîcheur des draps.
    La douleur nous fait honte en nous prenant pour cible.
    Cherchons le mot qui trompe et le regard qui ment !
    Le sanglot doit se perdre en un ricanement,
    Et le cerveau bondir sous un flot impassible…
    Combien rencontrons-nous de chaos inconnus,
    Pantins qui crisperaient, enfin réels et nus,
    Leurs traits démaquillés à la clarté des lampes !
    Ignorons-nous assez les larmes et le sang !…
    Et près des volets clos qu’on regarde en passant,
    L’anneau froid des canons appuyés sur les tempes !

     

    .

     

    JEAN COCTEAU

     

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    tchoba

    Oeuvre Tchoba

     

     


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  • 02/22/14--12:04: HISTOIRES DE SOIFS...Extrait
  • ...

    Il reste pourtant des mots
    pour faire bouger la vie.

    Des mots pour éclairer tes seins
    d'un peu de neige.

    Il reste des mots rebelles
    rebaptisés
    dans les eaux mortes des banques
    il reste des mots - otages
    souffrant dans la mémoire
    de nos ordinateurs.

    Peut-être
    qu'il fera toujours
    un temps de mots
    comme il fera toujours
    un temps de soif.

    ....

     

    .

     

    EMILE HEMMEN

     

    .

     

    hem


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  • 02/22/14--13:39: HISTOIRES DE SOIFS...Extrait
  • ...


    Faisons silence
    dans les mots fous
    que le labour des pierres
    a écorchés.

    Les chants du jour
    se sont éteints
    au vent des petits riens.

    Comme un fruit mûr
    dans l'insomnie
    d'un arbre épuisé.

    Et ton regard me tient
    dans sa lumière
    dans son frisson.

    Retrouve ton arbre
    pour bâtir
    l'espace des souffles partagés

    ...

     

    .

     

    EMILE HEMMEN

     

    .

     

    FEMME

     

     


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  • 02/22/14--15:42: LE GRAND SOLEIL OCRE
  • Pour le soir du grand soleil ocre de la mort
    j'aurai la parole sans voix pour distraire les mots
    j'aurai mille ans pour rire enfin de ce grand corps tout froid
    désacraliser l'immobile
    perdre la mémoire de chaque douleur

    Pour le soir du grand soleil ocre de la mort
    j'irai m'asseoir entre mes deux dates limitrophes
    sur le trait d'union
    à califourchon sur ma tombe frugale où viendront les oiseaux
    Et je croirai nouveaux ces poèmes prêtés jadis au silence
    qu'il me rendra peut-être comme ultime sentence
    pour mes nuits illégales mes jours sans foi

    Pour le soir du grand soleil ocre de la mort
    j'annulerai toutes les lunes par la présente
    et tu les recevras poste restante
    Je t'apprendrai aussi la solitude
    et tu la sais déjà

    Pour le soir du grand soleil ocre de la mort
    je déchirerai le ciel en deux
    dénonçant l'escroquerie d'un cri d'oiseau perçant
    je tordrai le cou des nuages pour qu'il pleuve de l'eau de vie
    des larmes en couleur sur le fard de l'horizon
    je jouerai seul à la marelle bondissant de chaque côté des frontières
    maquillées à la craie blanche grandeur nature
    Et puis je retournerai dans le ventre initial de chaque femme
    fœtus inverse et multiple parmi les soleils de sang déchirés
    saisons des pluies et moussons de corail

    Pour le soir du grand soleil ocre de la mort
    je veux réinventer ton ventre littérature pour mes nuits analphabètes
    Et puis j'aurai l'enfance blonde et douloureuse comme un poème pour ma mère
    le suicide des mots pour des secrets inutiles
    la survivance rebelle de tout mon orgueil
    écorché vif contre le mur vitré du temps et sa porte dérobée

    Pour le soir du grand soleil ocre de la mort
    j'irai m'endormir seul dans une chambre toute proche de celle de l'éternité
    pour nous rencontrer plus tard dans la nuit
    négocier au prix fort chacune de mes secondes gaspillée à vouloir comprendre
    pourquoi je vivais

    Et te rejoindre tout à l'heure
    juste après le spectacle

     

    .

     

    PATRICK CHEMIN

    Voir aussi

    http://emmila.canalblog.com/archives/2013/10/21/28258947.html

     

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    SOLEIL OCRE

     


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  • 02/23/14--14:43: YVES HEURTE
  • Fragilité, tu m'as fait naître
    amoureux de ces quais où se nouent les sillages.
    Je suis toujours parti,
    sûr de ne rien trouver qu'on ne sache d'avance
    mais porteur de matins débordant d'inconnu,
    de rideaux de théâtre attendant de s'ouvrir,
    comme on déshabille une femme,
    sur quelque pièce étrange où l'on s'est reconnu.

    Voyager toujours, voyager! Mener sa tête ailleurs
    sur les pistes du feu, les brumes d'archipels
    tous porteurs d'impossibles accessibles.
    Puis se retrouver là, sur le quai du retour,
    nu de part ses voyages,
    au milieu de ces gens qui jamais ne sauront
    ni les bonheurs profanes
    ni les doutes du soir dans la frayeur des temps

     

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    YVES HEURTE

     

    .

     

    YVES

     

     

     

     


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  • 02/24/14--15:19: LE PETIT BANC
  • Sous la voute blanche, le petit banc où il s'asseyait est orphelin. Fabriqué par des mains robustes à l'aide de quelques bois du coin, il a résisté aux quatre saisons durant des années. Après chaque hiver, une petite planche à peine moins abimée venait renforcer une partie de l'assise rongée par les éléments. L'une chassait l'autre pour plus de sûreté. Les chats y trouvaient une place royale pour se chauffer au soleil, les enfants essayaient de se l'approprier, mais il était le plus souvent  occupé par le vieux paysan de la vallée qui  faisait corps avec lui. Pratiquement enraciné, il n'a jamais été déplacé. Aujourd hui, le petit banc ne repose plus personne, il n'est plus entretenu, le bois est vermoulu et s'effrite. La neige seule, le recouvre d'un tapis blanc comme pour le protéger et lui réinventer un pouvoir. Il disparaitra bientôt, définitivement, comme le vieux paysan de la vallée qui l'a tant de fois utilisé .

     

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    JOSIANE

     

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    BANC2


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  • 02/25/14--05:23: CRONOPES ET FAMEUX...Extrait
  • D'une lettre jetée sur la table s'échappe une ligne qui court sur la veine d'une planche et descend le long d'un pied. Si l'on regarde attentivement on s'aperçoit qu'à terre la ligne suit les lames du parquet, remonte le long du mur, entre dans une gravure de Boucher, dessine l'épaule d'une femme allongée sur un divan et enfin s'échappe de la pièce par le toit pour redescendre dans la rue par le câble du paratonnerre. Là, il est difficile de la suivre à cause du trafic mais si l'on s'en donne la peine, on la verra remonter sur la roue d'un autobus arrêté qui va au port. Là, elle descend sur le bas de nylon de la plus blonde passagère, entre dans le territoire hostile des douanes, rampe, repte et zigzague jusqu'au quai d'embarquement, puis (mais il n'est pas facile de la voir, seuls les rats peuvent la suivre) elle monte sur le bateau aux sonores turbines, glisse sur les planches du pont de première classe, franchit avec difficulté la grande écoutille et, dans une cabine où un homme triste boit du cognac et écoute la sirène du départ, elle remonte la couture de son pantalon, gagne son pull-over, se glisse jusqu'au coude, et, dans un dernier effort, se blottit dans la paume de sa main droite qui juste à cet instant saisit un revolver.

     

    .

     

    JULIO CORTAZAR

     

    .

    Ligne

     

     

     


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  • 02/25/14--07:32: KENNETH WHITE
  • En art et en amour
    J’ai toujours cherché
    Et rarement trouvé
    Ce qui me conduirait
    Le plus loin possible de moi

    Je suis las des lieux
    Où l’homme se donne en spectacle
    J’ai assez vu le théâtre humain
    Les gesticulations de ses pantins
    Toutes leurs petites histoires
    Ce qui m’intéresse à présent
    Ce sont les champs silencieux
    Qui s’étendent alentour
    Les mouvements de la mer
    Le ciel semé d’étoiles
    Le rapport entre mon corps et l’univers
    Entre les nébuleuses et mon cerveau

     

    .

     

    KENNETH WHITE

     

    .

     

     

    WHITE

     

     

     


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    ....

    comme
    au détour du sentier
    dans le bois d'avril :
    ce monde concentré
    complexe
    fortuit
    trempé de lumière
    terre
    pierres
    herbe mouillée
    et les rouges
    branches de l'aubépine -
    dehors rien que landes nues
    âpres vallées glaciaires


    ou comme ce champ de fleurs des Alpes
    sur les hauteurs de Ben Lawers :
    saxifrages
    pensées sauvages
    gentianes
    anémones des bois
    roses des montagnes
    compagnons
    angéliques
    soucis
    - assemblage unique
    dûà une série de coïncidences
    une petite couche de roches idéales
    bien minéralisée
    pas trop acide comme les couches voisines
    sur des monts si élevés
    que des souches précaires
    ont subsisté là
    depuis la fin des glaciers :
    les plantes
    se sont établies dans une faille
    leurs racines ont crevé le roc
    lentement
    leurs pousses et leurs feuilles
    ont enfermé des fragments de pierre
    portés par le vent
    ou entraînés par les eaux
    et la terre s'est accumulée
    les fleurs
    y trouvent subsistance
    et la beauté croît

    ...

    .

     

    KENNETH WHITE

    Traductions de Patrick Guyon, Marie-Claude White et Kenneth White -

    Les Éditions du Nouveau Commerce

     

    .

    white2


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    A Haïti

    quand la morte saison hante le souvenir
                 s’installe au creux du ventre et ne veut pas s’enfuir
                 âprement résistant à l’oubli
                 sans vergogne sans eau sans alibi
                 le geste d’un semeur ganté de sécheresse
                 annonce la détresse
     
                 quand les machettes creusent des entailles
                 dans la moustiquaire de la liane corail
                 déchaperonnent les gommiers
                 et le berceau des amandiers
                 quand elles font des chemins de rat
                 dans la toison de nos lilas
     
                 quand les bambous ne font plus baldaquin
                 au lit de la Rouyonne
                 et que les files de sapins
                 n’égayent ni n’environnent
                 le Vieux Bourg d’Aquin
                 alors le temps des crachins
                 prend une nette revanche
                 devient soudain paradoxe d’avalanche

                 alors je récite l’alphabet de la vie
                 pour toi ma belle au teint d’aubergine
                 je fais couver des graines dans des bacs au soleil
                 je rêve de dattes de barbadines
                 d’une saison de mots d’une formule espoir
                 je chuchote les consonnes de ton nom
                 dans les couloirs de mes tympans
                 j’en écris les voyelles
                 sur le tableau de ma rétine
                 afin que jamais je n’oublie
     
                 ton nom est un désir inscrit dans mon destin
                 avec toi je batifole
                 je sème des lettres des mots des phrases
                 des œuvres de chair et d’esprit
                 des gamètes d’abondance
                 des germes de femmes qui font pousser des hommes
                 des semences d’hommes qui font le tour des mers
                 ramenant avec eux richesse et expérience
                 des trésors de bonne foi des butins de l’errance
     
                 je protège tes fleurs tes fruits ta chevelure
                 tes racines tes pieds ton rythme ton allure
                 ô terre tourmentée de vallées et de faîtes

                 de sublimes efforts de piteuses défaites

                 de commencements

                 et de recommencements
     
                 vieux pays de colons de colonnes d’esclaves
                 de biens fonciers de lopins et d’enclaves
                 de passion de tension
                 d’incompréhension
                 de contorsions pour rien de sueurs pour grand merci
                 je réclame la paix pour ailleurs et ici
                 de nouveaux plants d’hommes et de braves bergers
                 de nouveaux animaux des pousses des vergers
     
                 j’intercède pour une autre saison
                 pour une année de guérison
                 une pluie d’arrière-saison
                 pour le printemps de la raison

    .

     

    JEAN -ROBERT LEONIDAS

     

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    hugues bertin ferol2

    Oeuvre Hugues Bertin Férol

     

     


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    Deux perles pour récuser la laideur

    Deux perles se rencontrent au carrefour du malheur.

    Depuis Haïti, la Perle des Antilles,

    jusqu’au Mali, la Perle du désert, mon cœur saigne abondamment.

    J’ai regardé tomber la cathédrale de la Sainte-Trinitéà Port-au-Prince

    Sous les tremblements de janvier 2010.

    Je pleure encore les œuvres détruites de Préfète Duffaut,

    grand muraliste devant l’Éternel

    Et qui vient de partir dans son jeune âge de 89 ans.

    Mort de dépit peut-être.

    Dans le passé, impardonnable autodafé,

    Je regardais prendre feu l’ancienne cathédrale de Port-au-Prince,

    formidable musée parti en fumée.

    Et plus récemment, j’ai vu se réduire en poussière la nouvelle.

    Sans doute les cathédrales de Port-au-Prince,

    Trois chefs-d’œuvre inscrits dans notre mémoire esthétique,

    Sont-elles allées retrouver la gloire de leurs propres saints.

    Et, à travers le long passage du milieu,

    elles rejoignent les 333 saints qui font la gloire de Tombouctou.

    La nature est en démence et les hommes davantage.

    Chantons à la gloire de tout ce qui est plus grand que nous.

    Exorcisons la folie du monde.

    Et aimons-nous, frères et sœurs d’Haïti,

    Frangins du Mali, frères et cousins de mon Afrique délaissée depuis longtemps,

    Depuis mes grands-parents,

    Depuis le temps où le poète chantait ses chansons tristes, ses negro-spirituals…

    Je me joins aux résistants, aux résilients qui déplorent la sauvagerie des éléments,

    Qui bannissent les éléments sauvages à la tête fêlée.

    Nous nous donnons la main pour démultiplier nos forces,

    Raffermir notre foi dans la prévalence de l’esprit,

    Donner dos à toute inculture toxique,

    Condamner toute attitude bêtement iconoclaste,

    Proclamer immortelle la poésie de la création

    Et déclarer infrangible la puissance de la culture.

    Perle pour perle, Mali, Haïti te salue

    Pour rebâtir avec toi un collier de paix

    Et l’ajouter volontiers à la beauté indestructible du monde.

    .

     

    JEAN-ROBERT LEONIDAS

     

    .

     

    PATRICK LALANDE,,,

    Oeuvre Patrick Lalande


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     (…)

    Quel est ton nom ?
    je suis l’usure
    des corps des pierres de l’ombre
    même de l’ombre
    je suis l’auxiliaire de la beauté
    vous me saluez parfois
    si vite
    la tête vous tournerait peut-être ?
    j’active la poussée des feuillages
    vous ne dominez plus vos arbres
    eux aussi vous oublient
    je suis cette bouffée de tendresse
    dans les corps la brume des regards
    qu’ils reposent en paix !
    les voix se perdent dans l’espace
    accostent à la rive comblée de gravats
    là le festin se déroule
    c’est toujours autour d’une table
    que l’attente se fait mortelle
    gravée dans la pierre

    C’est moi dit l’usure
    qui émonde les gestes
    j’aurais trop peur des vivants

    (…)

     

    .

     

    PIERRE-ALBERT  JOURDAN

     

    .

    USURE

     

     

     


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  • 02/26/14--08:52: VOYANCE
  • Dans les replis de la nuit une colère pourpre raconte l’histoire de la fraîcheur
    À l’appel des couleurs, des parfums ensorceleurs
    Mon cœur s’ouvre à la pulpe de la vie
    Des plages de rage brillent sur la sève de mes sens
    La buée des regrets brouille mon regard
    La fièvre brûle l’haleine de ma douleur

    Le temps de caresser l’encolure d’un cauchemar
    De marier ma détresse aux lèvres de ma liesse
    Le temps d’entonner mon chant de solitaire
    Et les blessures de l’homme se déploient sur la croix
    Des générations folles se bercent dans le souffle d’invisibles mutilations
    À grandes brassées des saisons entières de l’esprit s’évanouissent

    C’est voyance qui s’avance
    Voyance, patience de l’attente et dépassement des limites
    Bruissement des heures éventrées
    Tourbillon d’un destin sans demeure
    Geste hardi vrillant l’espace
    Mesure trouble d’une aube alourdie d’insomnie

    Voyance, l’oreiller du soleil
    Tu affines les paumes de la beauté
    Tu amendes le sol du bonheur
    Tu secoues l’épaule sombre des peuples

    Voyance, rosée luxuriante de la méditation
    Voyance, temple de ma purification

    Pleine lune,
    Promesse où flotte l’écume sans souillure des rêves
    Plongée dans les contrées où séjournent les pieux, où tremblent les ombres
    L’élan du signe se dresse dès le matin
    J’élève mon regard vers ton mystère
    Et la nictation de mes paupières voile une profonde oraison

    Autrefois, le voyageur prenait le temps de lire
                   sa boussole dans le campement des épines,
                   dans l’épaisseur dense des feuilles
    L’éclair et l’averse ravivaient son désir d’éternité

    Ô voyance
    J’ai enfermé l’errance de la tristesse, son gouffre mauve et bleu
    J’ai paralysé la turbulence et figé la foulée de l’ivresse
    Dans la fanfare des odeurs, une chanson sollicite mes sens
    Des cantilènes s’allument sur les cendres de l’innocence
    C’est le temps du désordre sacré

    Les forfaits sanglants sont effacés
    Toute lave d’amertume s’adoucit
    Des prophètes semblables chantent des épopées différentes
    Ainsi brûlent et se consument toutes les grandes légendes

    La mélancolie enchaînée dans l’enfance se délie
    L’impatience du chagrin lacère la chance
    Et libère l’obscurité rouillée
    La trame du geste et du silence tisse la gloire d’Anacaona

    Anacaona, la tempête muselée
    Tes ennemis ont muré ta parole dans l’océan du feu
    L’armée des caciques est revenue sans armes et sans chefs
    Elle a enlacé de ses bras des têtes avides d’or et d’épices
    Les fleurs brillantes de la pensée, en ces temps-là, nourrissaient le crime et la traîtrise
    Elles exhalaient des amours hamuleuses, porteuses d’agonie
    Des amours pressées, sans pétales
    Des joies cramponnées aux marées de la chair

    Ainsi resurgissent les Caraïbes mutilées

     

    .

     

    JEAN METELLUS

     

    .

     

    JEAN

     


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    (...)

    L'homme s'éveille avec peine de cette longue nuit. Il s'arrache aux liens tissés. Il le croit. Il secoue sa compagne, comme si la prière de l'aube résonnait encore dans sa tête. Partir ! Mais il contemple ce corps allongé près de lui. Il lèche cette chair endormie. La chaleur monte dans ses reins. Et le désir s'échappe, glisse dans les terres, frappe l'ombre miroitante et se love dans les collines. Il gonfle la pâte des nuages, étoffe les feuillages, leur donne odeur puissante. Il entaille la terre, l'ouvre aux semences.

     

    L'homme et la femme marchent d'un même pas. La tâche n'est pas remplie, vide est encore l'horizon qu'ils ne foulent pas. Il faut donner un nom à cette beautééparse, la convaincre d'exister.

     

    Ils franchissent des terres innombrables. Veulent-ils oublier ce lieu sauvage d'éblouissement et de terreurs ? Peuvent-ils fuir ? Ils ne fuient pas. Ils sont ces étranges intercesseurs sans rien connaître de la nécessité qui les porte. Ils longent de grandes étendues et la fatigue voilent leurs yeux. Depuis combien de jours déjà ?

     

    Parfois comme une voix semble raser l'herbe nouvelle : de frêles tiges de sauterelles où bleuissent de petites mousses ; des plaques rousses sur le sol craquelé, l'étendue passionnément grise. Une voix, oui, qui froisse de longues tiges noires et jaunes et d'un duvet la caresse soyeuse, petites crinières de vent.

     

    Et le vent est partout.

     

    Ils s'arrêtent, se logent dans cet abri. Des oiseaux blancs aux longues pattes d'or dessinent les étoiles d'un ciel commun.

     

    (...)

     

    .

     

    PIERRE-ALBERT JOURDAN

     

    .

     

    redon16,,

    Oeuvre Odilon Redon

     

     


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  • 02/28/14--05:35: CHANSON DU DJOLIBA
  •  Merci Adéla...

    Djoliba! Djoliba! Nom combien évocateur!

    Descendu des derniers contreforts du Fouta-Djalon,

    tu viens t’associer, généreux et fécond, à la vie du paysan de Guinée.

    C’est toi qui, à travers d’innombrables méandres,

    apportes discrètement

    à chacune de nos plaines un message de Paix et de prospérité.

    Tu t’es prodiguéà cette terre de latérite et de grès

    pour que vive toute une race.

    Les bergers qui, chaque jour, promènent leurs troupeaux le long de tes bords verdoyants,

    te vénèrent tous et dans leur solitude te chantent sans relâche.

    Juchés sur les miradors de bambou,

    au milieu de vertes rizières qui s’étendent à perte de vue,

    dans les vastes plaines que tu as fertilisées,

    les enfants, torse nu et maniant la fronde,

    fredonnent tous les matins ta chanson, la chanson du Djoliba.

    Coule donc, Djoliba, vénérable Niger,

    suis ton chemin à travers le monde noir et accomplis ta généreuse mission.

    Tant que tes filets limpides rouleront dans ce pays,

    les greniers ne seront jamais vides et chaque soir

    les chants fébriles s’élèveront au-dessus des villages pour égayer le peuple africain.

    Tant que tu vivras et feras vivre nos vastes rizières,

    tant que tu fertiliseras nos champs et que fleuriront nos plaines,

    nos Anciens, couchés sous l’arbre à palabres, te béniront toujours.

    Coule et va plus loin que toi-même à travers le monde entier,

    étancher la soif des inassouvis, rassasier les insatiables

    et apprendre à l’Humanité que le bienfait désintéressé est le seul qui, absolument, signifie.

     

    .

     

    FODEBA KEITA

     

    * Djoliba : Nom donné en langue mandingue au fleuve Niger

     

     

    .

     

    MALI

    Photographie Arnaud Rodamel


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