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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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    Au bord du livre que j'écris tourne le ciel et ses montagnes.

    Une chose plus essentielle que la vie est le matin du monde

    en fleurs à travers nous.

    La hauteur bleue nous habite et nous dédaigne

    non remaniée depuis les âges nous qui changeons.

    Voici l'automne de nouveau qui toujours se ressemble.

    Et lorsque l'âme à la fin s'émerveille

    un cri plus pur de rouge-gorge

    enfile nos sombres haies de buis jusqu'au silence.

    Écrire ici pour moi n'est plus ouvrage de lumière.

    Ailleurs m'interpellent des morts à la dérive

    qui n'ont encre ni papier ni plume en leur barque si noire.

    Et puis quelques vivants de même démunis parmi l'enclos des monts branchus.

    Mais l'aube me retrouve à pic

    entre deux lucarnes de l'espace où je balconne

    et ne me laissera jamais semblable.

    Une heure ou deux le grand parti des rossignols

    a pris ma chambre à feu pour un pin de ténèbres.

    Ils sont mots violents que la nuit range mal et dérange.

    Ainsi les mains levées plus fréquentes et tremblantes.

    Ainsi le coeur tardif.

    J'y gagne une rigueur.

    Aux soirées lisses et dévidé le fil ténu des jours

    cette allégresse m'a recommencé.

    Mise en doute la fatigue

    un ruisselant sommeil m'élève au profond visage des nues.

    J'ai pour témoin ma vieille lampe

    avoir à sa lueur défoui les menées blanches d'un pays d'érables.

    Et l'éternel glissement d'astres en route pour l'hiver.

    Ô douce lune es-tu venue quand je me suis tourné vers la muraille ?

    À  minuit les roses de novembre ont quitté mon jardin pour le ciel.


    Une à une les pages de livres lus et refermés

    les montagnes s'enneigent et s'effacent.

    Au monde limpide entier ma fenêtre ouverte

    demain secouera sa charge de bois obscurs.

     

    .



    JEAN-PHILIPPE SALABREUIL

    .

    LUM

     

     


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  • 02/16/15--11:11: PATRICK CHEMIN...Extrait
  • Ainsi tu veux être une étoile.
    Il te faut attendre que le peintre finisse la toile du ciel.
    Tu dormiras longtemps avant.
    Il y a des retouches sur la gauche du tableau.
    Du pourpre, du carmin et puis plus rien.
    La noirceur de la nuit évoque nos profondeurs
    Mais toujours le songe élargit l’obscurité.
    Ainsi tu veux être le jaillissement de la lune.
    Il te faudra attendre que le musicien
    Termine la partie des violoncelles dans l’indécision du ciel.
    Il te faudra attendre l’évidence de ton existence
    Et un jet de lumière dans la musique des âmes.
    Dans la sonate des hommes.
    Dans la petite fugue et la fragrance des femmes.
    Tu dois porter le désir
    Comme un prolongement de ton souffle essentiel.
    Au creux de toi.
    Dans le puits précieux de ce qui s’élève
    Pour porter l’eau sur la margelle du réel.
    Ainsi tu veux être le ciel tout entier.
    Son infini partage.
    Il te faudra attendre que le poète puisse terminer la page.
    Dans l’harmonie et la paix profonde
    De tout ce qui débute, ce qui finit, ce qui renaît.

    .

     

    PATRICK CHEMIN

     

    .

     

    PAT


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  • 02/17/15--09:11: LA TERRE PARLE
  • Je te fus une mère rude.
    Je te faisais manger un pain dur.
    Je ne dorlotais pas le bébé,
    Je blessais l'homme.
    Lorsque, pour la première fois, tu ouvris tes yeux ébahis,
    un triste horizon s'étendait devant toi.
    Je parlais d'un coup dont on m'a, jadis, frappé,
    et que le temps ne m'a pas fait pardonner.

    Une ombre lourde tombait sur nous deux.
    Je fus une dure mère, toi, un fils dur.
    Tu n'as pas levé ton bras pour me défendre,
    Tu n'as pas penséà moi avec amour.
    Quand le vent grondait, quand le froid craquait
    tu n'entendais pas ma voix.
    Et cependant, je parlais, voyant ta peine,
    Ta misère qui te poursuit éternellement.
    Alors, ma bouche silencieuse a dit :
    Prends ce qui t'appartient.

    Je porte un lourd fardeau,
    Est-ce la joie ou l'horreur qui vient ?
    M'entends-tu aujourd'hui ?
    Mère, je prie mon fils.
    Défends-moi. Protège-moi. Écoute ta mère.
    Défends-moi. Protège-moi : Que les maisons brûlent,
    qu'on piétine les champs, qu'on les détruise !
    Demain, une semence nouvelle poindra.
    Je te préparais ton partage, mon enfant.
    Ton partage est préparé.
    Protège-moi. Défends-moi. Tout dépend de toi :
    Le navire peut sombrer, ou arriver à bon port.

    Ne néglige pas mes paroles. Prends garde.
    Ne vends pas ton partage pour un plat de lentilles.
    Si tu m'abandonnes
    je ne périrai pas.
    Mais sais-tu
    combien il surgira d'ombres ?
    Combien de fois tes fils serreront les poings ?
    Combien de fois tes fils te maudiront ?

    Je ne périrai pas, je suis éternelle,
    mais je vivrai dans un étonnement pénible :
    Comment as-tu pu oublier ton partage ?
    Comment as-tu pu oublier ? Comment as-tu pu trahir ?
    Comment peut-on, à bon escient, commettre une lâcheté ?
    Libre à toi de te trahir toi-même. Mais trahir ta descendance ?
    Tant que tu respirais, comment as-tu pu te rendre ?
    De quoi avais-tu peur ?
    Qu'est-ce donc que la mort ?
    La mort, cela veut dire, venir à moi.
    Ta mère, la terre
    ouvre ses bras : la pourrais-tu mépriser ?
    Viens, tu verras combien le sein de la terre est doux
    pour celui qui a fait ce qu'elle attend.
    Moi ta mère, je te supplie : défends-moi, mon fils.
    En avant, et fût-ce dur jusqu'à la mort :
    Si tu m'abandonnes, je ne périrai pas.
    Si tu m'abandonnes, tu périras.

     

    .

     

    VICTOR DYK

     

    .

     

    TE


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  • 02/17/15--13:01: BYRON
  • Dans sa démarche elle a la beauté de la nuit ,
    Des climats sans nuages et des cieux étoilés .
    Tout ce qu'on peut rêver dans l'ombre ,
    ou ce qui luit
    Vient dans son corps et dans ses yeux se rassembler
    Une lumière tendre au velouté de fruit
    Qui refuse le ciel au jour bariolé

    Un seul rayon de moins, une ombre en plus à peine
    Et l'on verrait pâlir l'indicible beauté
    Qui fait flotter au vent chaque natte d’ébène ,
    Ou sur ses traits se posent avec légèreté .
    C'est la que des pensées d'une douceur sereine
    En un lieu tendre et pur ont choisi d'habiter .

    Éclairant cette joue et ce front délicats ,
    Si calmes et si doux, pourtant pleins d’éloquence,
    Le sourire vainqueur, le teint et son éclat
    Ne parlent que de jours vécus dans la confiance ,
    Esprits en paix avec toutes choses ici bas ,
    Coeur dans lequel l'amour respire l’innocence.

     

    .

     


    LORD BYRON
    Traduction Claude Dandreas


    .

     

    william adolphe Bouguereau,,,

    Oeuvre William Adolphe Bouguereau


    0 0

    ...
    Mais Fès, nous l'avons dit, n'a pas que ce visage inhospitalier. Car on y chante et chants courtois. Il est des jours pour l'émancipation, quand (c'est avril) partent en caravanes des amateurs de plaisirs champêtres, ravis ( et la brise souffle), d'entre ce bruit de vent au bruit des eaux se mêler autour de la ville, où fleurissent dans les roseaux vivaces mille petits jardins à demi sauvages. C'est là qu'ils vont. On appelle ces promenades des "nzaha" de printemps. Une file de mules emporte le maître du verger, ses amis, tapis et coussins, provisions de bouche, ustensiles, tentes blanches brodées, instruments de musique, camp volant pour passer la journée à son aise et jouir d'une nuit paisible au milieu des arbres fruitiers dont les fleurs embaument le miel et la résine fraîche. Et c'est là que bientôt, appelant la parole, le rebec invite le luth et le luth le rebec, à la musique, où tout à coup tendent cordes et coeurs qu'inspirent un ciel délicat, l'odeur du jardin, le plaisir de la compagnie, et cet air déjà campagnard qui enivre facilement les citadins. Ils chantent, chants d'amour d'abord, naturels en avril, aux lèvres:

    "Qui n'a d'amour goûté délices
    D'amour ne connaît l'amertume.
    La nuit tombe; emportez les lampes indiscrètes.
    Son visage éclaire la nuit. La lune monte..."

    Puis la douleur se lève:

    "Les cheveux dénoués, pleurent, gémissent,
    douloureusement, ô mon âme,
    les filles du Destin.
    Arme-toi de courage...
    O passé! douceur! ô douceur!..."

    Facilement l'esprit des chanteurs de jardin, la nuit aidant, monte du profane au sacré, et d'un amour mortel à un désir mystique, car la race qui chante là est, même en ses plaisirs, hantée de Dieu:

    "Elle m'a quitté l'infidèle amante,
    Mais tout passe ici-bas:
    L'eau, la verdure et la beauté.
    Prends congé de ce monde.
    Sais-tu si tu vivras du crépuscule à l'aube?
    Lui seul est le Vivant,
    lui seul existe.
    Alhamdou Lillahi!"

    Ils chantent sans souci de l'heure, pour prolonger la nuit; et quelquesfois, ils ne s'assoupissent qu'un moment avant l'aube pour peu de temps. Car alors, du haut de la ville, des tours, des minarets, descend et se propage la Convocation du matin; l'Oraison de l'aurore, Es-sebah: "la prière vaut mieux que le sommeil..."
    .
     
     HENRI BOSCO
    1888- 1976
    .

    HAREM,


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  • 02/21/15--15:03: DIS, QUAND REVIENDRAS-TU ?
  • Voilà combien de jours, voilà combien de nuits...
    Voilà combien de temps que tu es reparti !
    Tu m'as dit ;
    Cette fois, c'est le dernier voyage,
    Pour nos coeurs déchirés, c'est le dernier naufrage.
    Au printemps, tu verras, je serai de retour.
    Le printemps, c'est joli, pour se parler d'amour :
     Je ne suis pas de celles qui meurent de chagrin,
    Nous irons voir ensemble les jardins refleuris,
    Je n'ai pas la vertu des femmes de marins.
    Et déambulerons dans les rues de Paris !


    Dis !
    Quand reviendras-tu ?
    Dis ! au moins le sais-tu ?
    Que tout le temps qui passe
    Ne se rattrape guère...
    Que tout le temps perdu
    Ne se rattrape plus !


      Le printemps s'est enfui depuis longtemps déjà,
    Craquent les feuilles mortes, brûl'nt les feux de bois...
    A voir Paris si beau en cette fin d'automne,
    Soudain je m'alanguis, je rêve, je frissonne...
    Je tangue, je chavire, et comme la rengaine ;
    Je vais, je viens, je vire, je tourne, je me traîne...


    Je ne suis pas de celles qui meurent de chagrin,
    Ton image me hante, je te parle tout bas...
    Je n'ai pas la vertu des femmes de marins.
    Et j'ai le mal d'amour et j'ai le mal de Toi !

    Dis !
    Quand reviendras-tu ?
    Dis ! au moins le sais-tu ?
    Que tout le temps qui passe
    Ne se rattrape guère...
    Que tout le temps perdu
    Ne se rattrape plus !

    J'ai beau t'aimer encore, j'ai beau t'aimer toujours.
    J'ai beau n'aimer que toi, j'ai beau t'aimer d'amour...
    Si tu ne comprends pas qu'il te faut revenir,
    Je ferai de nous deux, mes plus beaux souvenirs...
    Je reprendrai la route, le Monde m'émerveille.
    J'irai me réchauffer à un autre Soleil...
     Je ne suis pas de celles qui meurent de chagrin,
    Je n'ai pas la vertu des femmes de marins.


    Dis !
    Quand reviendras-tu ?
    Dis ! au moins le sais-tu ?
    Que tout le temps qui passe
    Ne se rattrape guère...
    Que tout le temps perdu
    Ne se rattrape plus !


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    BARBARA

     

    .

      


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  • 02/22/15--01:48: AGNES SCHNELL...Extrait
  • Dire les chemins noueux
    dans la terre lasse de nos migrations.
    Dire l’adagio de l’aube
    le chant aux mille voix
    tout autour
    et l’isthme trop fragile
    qui nous retient encore.

    Il faut dire qu’on est debout
    dans l’opacité dans la fièvre
    soumis aux remous dans l’effacement
    mais que fuse encore en nous
    la lave.

     

    .

     

    AGNES SCHNELL

     

    .

     

    AGNES

     

     


    0 0

    "Le génie du coeur tel que le possède ce grand Mystérieux, ce dieu tentateur, ce charmeur de rats des consciences (Dionysos), dont la voix sait envahir jusqu'aux souterrains des âmes, qui ne dit pas un mot, ne lance pas un regard où la séduction ne se tapisse, et qui a l'art - c'est un de ses grands tours de savoir paraître non tel qu'il est mais tel qu'il faut être pour lier davantage à ses pas ceux qui le suivent et les obliger à se presser plus étroitement à ses cotés pour l'escorter d'une façon toujours plus fervente et parfaite... Le génie du coeur qui force à se taire, à obéir tous les bruyants, les vaniteux, qui polit les âmes grossières et leur donne, nouveau désir, l'envie d'être lisses comme un miroir pour refléter le ciel profond... Le génie du coeur qui enseigne aux mains maladroites et impatientes le tact et la modération, qui devine les trésors cachés, la goutte de bonté et de délicatesse sous la glace épaisse et trouble, le génie du coeur, baguette magique qui révèle le moindre grain d'or enfoui dans la boue et le sable... Le génie du coeur que personne ne saurait toucher sans s'enrichir, non qu'on le quitte écrasé comme par des biens venant d'un autre , mais plus riche dans sa propre substance, plus neuf à soi qu'auparavant, débloqué, pénétré, surpris comme par un vent de dégel, plus incertain peut-être, plus délicat, plus fragile, plus brisé, mais plein d'espérances encore sans nom, plein de nouveaux vouloirs et de nouveaux courants, plein de nouveaux contre-vouloirs et de nouveaux contre-courants..."

     

    .



    FRIEDRICH NIETZSCHE

    .

     

    SHLOE-Christian-

    Oeuvre Christian Shloe

     

     


    0 0

    Ô grand songe vous traversez
    dans votre régate nocturne
    l'écume & la rumeur
    du tumulte des hommes


    vous glissez entre les étoiles
    sur le soyeux tissu de l'ombre
    unique intense égal effort

    Énergie d'un peuple d'ailes
    royaume est votre mouvement
    un léger royaume invisible
    dans sa rythmique souveraine
    son innocente trajectoire
    oh si docile  la lumière
    à sa douce légalité

    oiseaux de mer dans le sillage
    - mouettes qu'on prendrait pour l'âme
    du lieu qui garde nos soleils -
    vous essayez de nous rejoindre
    texte ou destin lisible encore
    derrière un écran de cristal
    sur un vaste fleuve invisible

    oiseaux de sable devant le sable
    de ce vieux ciel indifférent
    cherchant parmi ses gris celui
    que pourrait porter notre peine

    Mais votre nom de vous s'envole
    ô fantômes de l'entre-deux
    dans l'entrelacs de signes flous
    éraflé parfois par l'éclat
    d'une aile qui brise le cercle

    A qui d'autre que vous confier
    messagers que le vent efface
    la colombe du premier jour
    le livre sauvé du Déluge
    la montre dont le cœur se tait
    cette bleue cravate-hirondelle
    qui fit s'extasier les dimanches
    le léger bagage vital
    de l'enfant quittant son enfance

    & l'oiseau de l'Infante
    en son festin de fleurs?

    .

     

    RAYMOND FARINA

     

    .

     

    ALCHIMIE II ,,

    Photographie C. Ortoli

     

     


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  • 02/22/15--09:11: LE POETE
  • Il connaît tous les chemins tous les vents,
    les vents et leurs jardins,
    les jardins où les mots croissent
    et les chemins du mot jusqu’à l’espoir.

    Le chemin l’emporta sur la pente du monde,
    l’emporta le diable parmi les mots,
    pour qu’il fasse la cour à sa propre ombre,
    pour qu’il chante dans le jardin chimérique:

    les fantaisies de son clair de lune magique,
    la rose de chien et son dégoût,
    pour qu’il aveugle le paysage même arraché de l’oeil d’autrui,
    pour qu’il rende la nuit au nom de la tendresse.

     

    .

     

    BRANKO MILJKOVIC

     

    .

     

    Démosthènes Davvetas

    Oeuvre Démosthènes Davvetas

     


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    La lune l'amour la lune les treilles de bois noir

    Au cytise la chèvre trouve un goût de laitance

    Elle s'inquiète elle s'enfuit vers le poison des loups

    Toutes les étoiles hélas sont pour un seul pasteur

    Tes mains les miennes le léger tambour de tes seins

    Fêtes galantes un grand parc les révérences du feu

    Le léger tambourin la veinule égarée de ton coeur

    Chanteuse à voix de flûte syrinx des voies secrètes

    Je te discerne tu chantes ô sommeil des meutes

    Sur les places villageoises où je suis seul à danser

    Un régiment de fifres mène le troupeau de ton sang

    Les peuples de la mer vers les deltas de l'oubli

    Rivière ma rivière qui oublie ma rivière que je sais

    Je suis seul en ce monde seul entre la voile et le drap

    Seul à te connaître dans tes transhumances nocturnes

    Seul à savoir l'alpage les simples les rideaux du regard

    Les yeux ouverts dans le noir je surveille ton jour

    Tu dors je veille ah dors ma rivière que je puisse rêver.

     

     

     

    ...

    Sur toi courbé je m'abreuve au petit lait de l'aube

    Il caille au toucher un brin de cauchemar y danse

    Des vivants et des morts y surnagent  d'un naufrage

    Tu ignores mon larcin tu ne sais rien de ma soif

    Rien de mon solitaire viol rien de mon rapt au matin

    Tu dors dans ton monde mais ton monde est le mien

    Mais il est celui de tous les hommes et tu es le monde

    O fourrure des parfums belle hermine des charmilles

    Lumière et nuit comme pelage sous l'amble des sylves

    La lenteur d'un rayon éveille les rivages de tes reins

    J'assiste voyageur de pierre au déroulement des steppes

    Halte au bord d'un fleuve confluent des artères

    Les caravanes de mes doigts y pâturent encore

    Le jour prend modèle de ton ventre pour créer l'espèce

    Pour définir la prairie pour assouplir les routes

    Tu es le canon l'exemple l'astrolabe et l'équerre

    Il n'est de plaine sur la terre qui ne naisse de toi

    Et les lointains cavaliers serrent plus fort leurs montures.

     

    .

     

    MAX POL FOUCHET

     

    .

     

    MAX

     

     

     

     

     

     

     

     

     


    0 0
  • 04/26/15--04:06: FATOU DIOME....OUI !

  • Naufrage des Migrants, Fatou Diome dénonce l...

     

    .

     

    N’est-ce pas nous qui sombrons

    Si nos frères meurent sur nos rivages

    Si nous n’avons pas su partager le trop-plein

    Ce que nous avions ce que nous savions

    Si nous n’avons pas su les aider

    A vivre en paix sur leurs terres

    A ouvrir leurs propres voies

    A entreprendre leur propre déploiement

    Et à trouver leurs propres chants

    Si nous nous sommes emparés

    De leurs vies et de leurs richesses

    Et si nos cœurs restent vides à présent

    Quand ils se noient sous nos yeux

    N’est-ce pas nous qui sombrons

    Si nous ne leur tendons pas une main secourable

    Si nous n’envisageons pas l’avenir avec eux

     

    .

     

    JEAN LAVOUE

    24/04/2015

     


    0 0

    La conjuration des imbéciles, des charlatans et des sages
    a parfaitement réussi.
    Cette conjuration avait pour objet de cacher la vérité.
    Les uns et les autres ont servi cette grande cause,
    chacun selon ses moyens : les imbéciles par le moyen
    de l'ignorance, les charlatans pas le moyen du mensonge,
    les sages par le moyen du secret.
    Les imbéciles ne veulent pas qu'on découvre la vérité.
    Ils soupçonnent d'instinct, qu'elle les dérangerait.
    Si on la leur montrait, ils détourneraient les yeux ; si
    on la leur mettait dans la main, ils la laisseraient tomber ;
    si on les forçait au face à face, ils hurleraient d'horreur
    et courraient se cacher sous terre.

    Les charlatans ne veulent pas qu'on découvre la vérité
    car elle ruinerait leurs artifices, empêcherait leur profit,
    étalerait leur honte.
    Les sages, possédant la vérité, ne veulent pas qu'on la découvre.
    Il l'ont toujours tenue cachée pour quatre raisons.

    La première, c'est qu'ils savent que savoir c'est pouvoir
    et veulent en écarter les indignes. Car le savoir chez
    l'indigne devient malice, le pouvoir danger public et fléau.
    C'est pourquoi les réserves de connaissances accumulées
    pendant des millénaires dans les temples d'Egypte demeuraient
    inaccessibles à celui qui n'avait pas passé par tous les degrés
    des purifications et des épreuves. Plus tard, les philosophes
    inconnus, les nobles voyageurs, les alchimistes, se sont légués
    les restes du mystérieux héritage de la même manière,
    c'est à dire de bouche à oreille, ou plutôt par la présence
    et par l'exemple, en symboles et en énigmes, et toujours
    sous le sceau du secret. S'ils ont vécu dans l'intimité
    des formidables puissances de la nature, ils se sont bien
    gardés d'en faire part aux étourdis.
    Oùêtes-vous, ô Sages qui savez vous taire ?
    Vous méritez que tous les vivants crient leur gratitude, ô Sages.

    Ô Sages qui saviez vous taire, nous avons appris maintenant
    la valeur de votre prudence, la grandeur de votre humilité,
    la profondeur de votre charité.

    Maintenant que les profanes se sont avisés d'acquérir de
    la science et d'en répandre tant qu'ils peuvent, maintenant
    qu'ils se glorifient de leurs découvertes avec autant de zèle
    que vous en avez mis à cacher les vôtres, nous avons bien
    vu ce qu'il en est résulté.

    C'est pourtant une bien petite science que la leur, extérieure,
    superficielle, précaire et limitée, et déjà nous voyons ce qu'il
    en est résulté.

    Il en est résulté qu'ils ont empoisonné les sources
    miné la terre, éclaboussé le ciel, bouleversé et
    perverti les peuples, gâté la paix, déshonoré la guerre,
    fourni aux hommes du commun tant d'instruments
    de destruction et d'oppression que toute la famille
    des vivants en est menacée, tandis que continue le progrès
    de ce chancre.

    La seconde raison des sages pour tenir cachée la vérité
    c'est que connaître est une opération de vie et une manière
    de naître. Et rien ne peut naître que dans une enveloppe.
    Dans une enveloppe de chair ou d'écorce, de terre ou de
    mystère. Une graine, si vous l'ouvrez, elle ne germera plus ;
    un lézard, si vous l'ouvrez pour voir ce qui est dedans,
    vous n'y trouverez que les résidus du cadavre et non
    le dedans du lézard, et non le dedans qui est parti, le lézard
    étant mort. De même, la science ouverte, répandue,
    vulgarisée est science morte et fruit de mort. C'est un
    désert de sable et non une poignée de semences.
    Elle ne peut être approfondie mais seulement étendue
    restant extérieure et la vie lui échappe. Elle ne peut mener
    à la conscience qui est naissance à soi-même,
    ni à la vie intérieure. Mais la connaissance des sages
    est un gai-savoir qui a saveur de joie et souffle d'esprit.
    Et comme tout être vivant, fût-ce une mouche,
    elle défend sa forme et refuse de s'étaler.


    La troisième raison des sages pour tenir cachée la vérité
    c'est leur respect de la dignité de la connaissance. Ils savent
    quelle est la voie royale qui mène au Dieu de vérité. Elle
    doit conduire à la contemplation, à l'admiration de la nature
    à l'adoration du créateur.

    Elle doit apporter la lumière dans les âmes, la justesse
    dans les pensées, la justice dans les actes. Elle doit apporter
    la santé et le salut. Les sages l'ont défendue
    tant qu'ils ont pu contre les hommes vulgaires
    de crainte qu'elle ne fût détournée de son but
    dénaturée et avilie. Ce que n'ont pas manqué de faire
    les hommes vulgaires dès qu'ils ont mis la main sur elle.
    Ils l'ont renversée en l'utilisant. En se servant d'elle au lieu
    de la servir. Elle était là pour les délivrer de leurs désirs
    et ils l'ont attelée à leurs besognes, il l'ont forcée à grossir
    leurs possessions. Elle était là pour leur donner la conscience
    et ils en ont tiré la machine. Ils ont pris le ciboire pour s'en faire
    une tire-lire ; ils ont pris le crucifix pour s'en faire une massue.
    Ils ont attelé la science à leurs moteurs, ils l'ont emprisonnée
    dans leurs bombes. Mais les trop malins se sont pris
    à leurs propres pièges, se sont laissés happer
    par l'engrenage de la machine. Maintenant, elle les rogne
    tout doucement en temps de paix, et les dévore à grands coups
    de gueule en temps de guerre. Les sages ont tout fait
    pour éviter cela.

    La quatrième raison des sages pour tenir cachée la vérité
    c'est qu'ils aiment la vérité et qu'il n'y a pas d'amour
    sans pudeur, c'est à dire sans voiles de beauté.
    Voilà pourquoi ils ne veulent pas la découvrir mais la
    révéler, c'est à dire la recouvrir d'un voile lumineux.
    Aussi n'ont -ils enseigné qu'en paraboles, pour que ceux qui
    ont des oreilles pour ne pas entendre, demeurent à l'écart
    mais aussi pour que ceux qui le méritent apprennent les tons
    et les clefs de la musique totale. Car leurs allégories, leurs fables
    leurs blasons n'expliquent pas l'enchaînement mécanique des
    apparences mais les affinités secrètes et les analogies des
    puissances et des vertus, les correspondances du nombre avec
    le son ; des figures avec les lois, de l'eau avec la plante, avec
    la femme, avec l'âme, du feu avec le lion et l'homme armé,
    avec l'esprit, des astres avec les yeux, avec les fleurs,
    avec les cristaux des métaux et des gemmes, de la
    germination de l'or dans les mines avec celle de la vérité
    dans le coeur de l'homme. Dans leurs textes obscurs, où
    les recettes du Grand Art sont entrecoupées d'avertissements
    pieux, les sentences solennelles de cris d'émerveillement
    et de prières, luisent les fils dont est tissé le manteau
    du roi des rois.

    Les sages ayant caché leur savoir par scrupule, les charlatans
    en ont profité pour cacher leur ignorance sous les mêmes signes
    mystérieux. Les imbéciles les ont longtemps confondus,
    croyant aux uns comme aux autres.

    Mais à présent a surgi, à mi-chemin entre les charlatans
    et les imbéciles une nouvelle espèce qui assure le triomphe
    définitif de la conjuration.

    La nouvelle espèce est celle des universitaires et savants
    officiels. Ceux-ci, le jour de leur avènement, ont déclaré
    nul et non avenu le mystère philosophal. Chimère,
    la recherche des anciens maîtres, jeu d'enfants leur
    science, attrape-nigauds leur art. Les imbéciles instruits par
    les nouveaux savants ont une fois de plus confondu
    les sages avec les charlatans, mais cette fois pour ne
    croire ni aux uns ni aux autres.

    Ils ne croient plus qu'à la science des nouveaux-venus,
    lesquels enseignent tout simplement que la vérité
    est dans leur science et que tout ce qu'ils ne peuvent
    découvrir ni démontrer n'existe pas.

    Or ils n'ont rien enseigné, rien découvert, rien démontré
    touchant la vie et la mort, le péché et le jugement, touchant
    l'amour, la douleur et le rachat, touchant la conduite
    de l'homme et le destin de l'âme, touchant le sens
    l'essence et le salut. A mesure qu'ils découvrent
    de nouvelles nébuleuses ou de nouveaux électrons,
    de nouvelles vitamines ou de nouveaux explosifs, ils
    s'éloignent et nous détournent de l'essentiel.
    Et maintenant la vérité est si bien cachée qu'on ne la
    cherche plus.

    Elle serait même tout à fait perdue, s'il ne survivait
    quelques simples d'esprit pour qui la vérité existe.
    Ils ne peuvent se résigner à penser que personne
    ne l'ait ou ne l'ait eue. Ils courent le monde interrogeant
    les gens, interrogeant les astres, et les herbes, interrogeant
    le grand livre de nature et feuilletant les textes oubliés,
    interrogeant leur coeur et Dieu dans la prière.
    Ils savent qu'ils n'ont pas la vérité mais ils savent
    qu'elle l'est. Ils en ont tant faim et soif qu'ils savent
    la suivre à la trace et la reconnaître à l'odeur.
    Devant un homme diffamé, devant un évènement absurde,
    devant un grimoire illisible ils se mettent en arrêt
    et ils crient :
    Elle est là !
    Ils goûteront ce livre. C'est pour eux qu'il est écrit,
    bien que leur confrérie soit peu nombreuse.
    Et toi, Cattiaux mon ami, as-tu trouvé la Pierre ?
    Assis dans la boutique où tu peins et médites entre les
    filtres et les fioles, as-tu trouvé l'escarboucle et la violette ?
    Assis entre ta femme et ton chat, Cattiaux mon ami, as-tu
    trouvé l'or vif et l'élixir ?
    As-tu visité les intérieurs de la terre, et rectifiant, trouvé
    l'occulte joyau et la vraie médecine ?

    Je ne sais pas et je ne peux pas dire si la substance des anciens
    textes se cache dans ces pages. Mais comment se fait-il qu'on
    en retrouve le parfum ?

    D'où vient cette poésie qui a nom parfum de vérité ?

    .

     

    LANZA DEL VASTO

    Novembre1945

     

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    PHILIPPE PENEAUD

    Sculpture de Philippe Péneaud

     


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  • 04/26/15--05:50: MON ENFANCE
  • Mon enfance laine douce
    comme une pomme douce
    qu'on croque au bout des dents
    mon enfance farine de lait
    comme une mûre au bout du sein
    qu'on mâche au bout des lèvres

    Mon enfance cheveux fous
    courant les landes et les ravines
    au galop de son cheval de bois
    Mon enfance Robinson
    dans sa forêt d'acajous
    épiant des peaux-rouges
    aux grands yeux de hiboux
    sous des totems d'ogres

    Mon enfance aux doigts de sucre
    cinq ans à peine
    et pas plus haute qu'une oreille de souris
    mais déjà malicieuse
    un jour elle me dit
    c'est fini, je m'en vais
    et elle s'en alla
    au petit trot de ses jambes grêles
    sans même se retourner

     

    .




    BERNARD NEGRE

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    EMMA9

     

     

     


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  • 05/02/15--10:53: FIL D'OR
  •  Silence, fil d’or, cheveu d’Iseult sur une épaule nue, l’âme en délivrance. Les mots sont ténus aux pieds du rêve, agenouillés. Il est en ignorance, il s’éveille et boit le lait, l’écume des vagues, le bruit du ciel en crue, la fange des marais, et le suc des étoiles.

    Aveugle et impuissante la vieillesse est intacte, le soir venu sur les racines. La joie est dans les livres, la peur dans la marge, le rire dans la frange de la page déchirée, triste figure à griffures dorées. Le lait et le miel dans la tasse ébréchée, les pauvres s’y brûlent …

    … page après page.


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    MARIA-DOLORES CANO

    Sur

    http://reveusedemots.blogspot.fr/

     

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    CHEVEUX2


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  • 05/02/15--11:01: TRACES
  • J’aurai mis du temps, Fès, à venir jusqu’à toi. Je me suis perdue dans les rues de Tinga, le visage raturé d’un inconnu qui ne me quitte plus, les ruelles bleutées de Chaouen, les montagnes du Rif qui chutent dans la mer. J’ai délaissé les trains pour des cars penchés comme la tour de Pise, et qui allaient pare-brise éclaté et poulets caquetant parmi les passagers. J’aurai mis du temps à venir jusqu’à toi, tout fait pour retarder le moment redouté de l’étreinte à mimer dans la traque des traces d’une absence insensée que j’avais peur de voir s’installer tout à fait pour me voler au peu qu’il me restait de moi et de raison de monde. Et à peine avais-je posé un pied sur ton sol que mon père aimait, fier, à fouler, que je te sentais déjà m’échapper, comme tout m’avait toujours échappé de cette terre qui se refusait à moi. Je me fige dans un souffle manquant. Même cet air que mon père aimait, fier, à humer, semble se retirer à mon contact. Refluent dans ma mémoire le visage de Jean et ces mots qu’il m’avait dits un jour : « Ta peau, comme moi, tu la trimballeras partout avec toi. Tu n’y échapperas pas un instant, ne l’oublieras jamais un instant. Pas même dans les moments de solitude. Rends-toi compte, pour m’éloigner et m’oublier, j’allais dans le Valais me terrer dans les montagnes. C’était encore pire, figure-toi, on ne voyait que moi. Le seul Noir dans la neige ! » Un rire m’échappe au souvenir du sien, tonitruant. Comme l’étal infini de ses douleurs enfouies. Mon compagnon de hasard se tourne vers moi d’un air surpris. Il est fringué comme une égérie de Lagerfeld et je sens que, là, ça va commencer à m’agacer un peu. Je retourne à Jean. Le silence s’était abattu sur nous, pensifs, après l’éclat de rire. J’avais été la première à le rompre : « Mais comment peut-on avoir une peau qui ne soit de nulle part, à nulle part ? » A peine avais-je marmonné cette phrase que je la regrettais déjà. Comment ? Il le savait mieux que quiconque. Ce n’était pas une question, et je n’attendais pas de réponse. Surtout pas. Mais il a pris mon visage entre ses mains pour mieux plonger son regard dans le mien et m’a dit d’une voix étranglée dont jamais je n’oublierai les tremblées : « Quand ceux que tu prenais pour les tiens en arrivent à massacrer tes enfants, tu n’as plus peau que dans l’écart, tu n’as plus lieu que dans l’écart. Tu survis, c’est tout, à l’écart de toi-même. »

    Je me sens, là, comme Jean dans la neige. Sauf que cette ville est censée m’appartenir un peu pour être celle de mon père. Il avait fallu que je sois adoptée par un homme aussi blanc que je suis noire et qui venait d’une région où chacun arborait l’incarnat le plus lactescent de tout le pays et au-delà. Je prends mon courage à deux mains. Enfin, façon de parler... Je n’ai pas grand bagage, mais mon roi de la sape croule sous sacs et valises que je me sens obligée de l’aider à porter. Ça valait bien la peine de voyager léger. Il chantonne en suivant le chauffeur de taxi, un deux trois pas, s’arrête brusquement, roule des hanches et des épaules, me gratifie d’un large sourire dans un savant tour de nuque. Me traverse l’image d’une galère où je rame tandis qu’il danse le zouk au soleil en suivant de tous ses muscles les spires nonchalantes des flots. Deuxième tour de nuque, qui a raison de moi, me vole à mon angoisse, m’arrache un rire ému.

    La Médina grouille de vie. Nous assaille une horde de guides auxquels je dis et répète, d’une voix de plus en plus aiguë, que je suis Marocaine, pas besoin de guide, je suis d’ici, Marocaine, de Fès, d’ici, pas besoin de guide, vous comprenez ? Mais d’où pensez-vous que je viens ? Je reprends mon souffle, au seuil d’une ruelle, pour endiguer le cri d’une folie montante. Cherche du regard les parfums de l’enfance, le sourire de mon père dans effluves de khlî, me fais traiter de putain de négresse, mes veines palpitent une sourde colère, guette un fumet de sfenj et de miel où me prendre, me fais héler par une vieille femme tapie spectrale dans l’angle d’un muret, me lance un rire immonde en nouant ses mains dans un geste obscène, je sens que je perds pied, jette un regard en coin à Désiré Bienvenue, sans blague, ça a l’air d’un gag, mais je vous jure que c’est vrai, je n’avais juste pas jugé jusque-là utile de vous le dire, il s’appelle Désiré Bienvenue et ça sonne plus que jamais prince damné, vient de se faire bousculer, s’excuse de surcroît, j’ai connu des Désiré, j’ai un ami qui s’appelle Bienvenue, me rappelle, un jour, lui avoir présenté des amis croisés par hasard et il m’avait dit "j’ai répété mon nom cinq fois en leur serrant la main, mais sache que tes amis ne savent toujours pas comment je m’appelle et me prennent pour un taré qui leur a souhaité frénétiquement bienvenue dans la rue ou un étrange Africain aux étranges rituels", mais Désiré Bienvenue… se fait insulter par une meute de hyènes qui lui sert des sale esclave du Soudan à travers des rictus baveux, fils de… Il ne comprend pas, tant mieux, n’est pas dupe pour autant, je le sens. A l’entrée d’une échoppe, un vieil homme qui a assistéà la scène essaie d’extraire de son tabouret son corps plus frêle et pesant que jamais, nous fait signe de nous approcher, ne faites pas attention à eux mes enfants, entrez, entrez vous reposer. Je ne me fais pas prier. Lui bégaye un merci. Besoin, vite, d’un coin sombre où pleurer.

    Une théière fumait déjàà l’intérieur, comme dans l’attente du voyageur errant. L’homme a un peu la même boutique que mon grand-père, une boutique de couturier. Les mêmes yeux verts et creux, aussi, usés par les ans et les chas des aiguilles. Nous sert le thé d’une main hoquetant dernières échappées courtes du temps, mais cette voix qui s’est élevée, soudain, comme un souffle sacré,
    Je vais te dire, enfant, une ville enchantée née ivoirine au creux d’ondoyantes vallées
    Veinées filets d’eau vive et racines sacrées
    Miel, et de sève et mémoires nacrées
    Tressées vert et argent à frimas d’oliviers
    Etoilés dans les vents

    Je vais te dire, enfant, légendaire, affolante,
    Une terre d’antan
    De temps épelés
    Blancs
    Au calame de son sang
    Et d’aubes insensées qui crinières au vent
    Cisèlent dans les cieux fougueux hommage à Dieu

    Je vais te dire, enfant, une terre où la terre
    Jaillit source divine éclose éclat de joie
    Dans les rires des anges, écumés, dans la pierre
    Et les airs
    Séraphiques ondées d’ineffables émois dansés par les derviches

    Je veux te dire, enfant, une ville érigée portes et minarets
    En brûlante acropole où s’énoncent les mondes

    Elle porte à son pied le plus beau des khal-khals et les plis de ses murs sont de rêves d’enfants
    Ses ruelles vont tintant burins des artisans, enroulées dans des chants de stuc et pisé et songes mosaïques où naissent les printemps dont les tanneurs gardent les secrets des pigments

    Regarde, enfant, les siècles crénelés
    Dans l’azur

    Regarde, enfant, les siècles déroutés
    Dans l’étreinte des lignes
    Dans la danse des signes

    Il nous a parlé de parfums de henné sur les peaux tatouées des femmes et des vasques, il nous a parlé de flambées de safran et matins de rosée et mystiques cadastres où sages et savants ont gravé les mystères dictés par les vents des chiffres et des astres.
    Il m’a parlé les mémoires de mon père. Je les ai cueillies belles à l’orée de ses lèvres. J’ai renoncéà lui demander les demains d’une terre oublieuse de ses temps. J’ai cueilli quelques traces dans les plis de sa peau. M’en suis allée son souffle plein la mienne. Etrangère. Qui avait, un instant, retrouvé lieu à l’envers de ma chair…

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    BOUTHAINA AZAMI

     

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    bouthaina


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    Elle ne suffit pas l’éloquence.
    Mon cœur ce soir se balance
    Et glisse au fil d’une paupière
    Lampion de misère
    Qui n’éclaire pas ma nuit.
    Homme noir mais non d’onyx,
    Homme couleur de dépit
    Titubant par le marais des petites haines,
    Tu voudrais
    Comme une alouette son miroir
    Un soleil où mourir avec ta peine.
    Tu cherches mais trop inquiet
    Pour trouver ton Reposoir.
    Rien ne brille
    Ni les yeux, ni le fer, ni l’aimant anonyme
    Qui libèrent de mille clous
    Tes douleurs
    Où l’essaim des mouches au vol boiteux
    Des mouches qui n’ont qu’une aile
    Allument de piètres étoiles de sang.
    Jongleur,
    Jongleur de paroles,
    Tes mots s’écrasent contre les murs.
    Ton angoisse – encore un ruban frivole –
    Couronne
    Un cerveau qui trop longtemps a joué au « pigeon vole »
    Les lettres du désespoir
    Ce soir
    Sont égales aux lettres des bonheurs d’autrefois.
    Que dirai-je alors !
    Que te dirai-je à toi
    Frère né de mes pieds
    Sur un sol où tu ne vis que pour m’épier.
    Trottoir que j’ai suivi
    Pour son mensonge de granit.
    J’ai oublié que là-bas était la mer
    Et j’ai fui l’eau miroir d’étoiles
    Pour chanter une main
    Dans une autre main.
    Fleuve vert.
    Enfance douce
    Pitié pour l’homme qui passe
    L’homme qui mord sa lèvre
    Dans ces lèvres
    Car il a peur d’oublier le goût de bouche.
    Timonier brun, sous la toile bleue
    La peau couleur de cheveux,
    Holà ! beau voyageur,
    Tu allais vers la mer
    Maintenant tu marches sur les flots
    Et moi qui cherche au ciel un trou, un hublot
    Je suis le noyé des terres.
    Dis qu’il n’est pas trop tard,
    O mon orgueil, pour jouer au phare.
    Et sur le matelas des herbes tendres
    Tombe en triangles de métal.
    Mon cœur aura beau hurler son mal,
    Mon cœur j’en ferai des lanières,
    Des lanières que je saurai teindre
    Ou tordre en chiffres
    Plus définitifs
    Que les œufs dans leurs coquilles
    Et les momies dans leur robe d’or.
    Et toi, mon corps, maudis les sens comme un malade
    ses béquilles.

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    RENE CREVEL

     

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    RENE CREVEL

     

     


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  • 05/02/15--12:35: IL EST DES TERRES D'ORIENT
  • Il est des terres de brume, de pierre et de monts chauves,
    où la voix de l’homme s’élève sur la montagne.
    Des terres noires de silence, où le sang a coulé,
    des terres rougies, où la poussière vole au soleil
    sa part de nuit,— ses litanies d’amour enfoui.


    Des terres d’accueil, de rires et de loyaux partages
    où des filles volcaniques tournoient dans la lumière.
    Elles vous offrent le pain, le vin, leur vrai visage.
    Des terres où, — gouffre étoilé, la nuit s’effondre
    à l’angle d’une rue, en une longue pluie d’automne,

    où le vent vous parle, — tel le dragon de l’hiver.
    Des terres où l’on marche en soi, dedans comme dehors,
    une flûte d’abricotier berce votre âme songeuse.
    Entre tes mains se déchire une grenade qui explose
    dans ta bouche avide, avec ses diamants rouge sang.

    Des terres où l’aurore arrive — avec ses bras nus,
    des terres, où la louve aux côtes déchiquetées erre
     parmi les rochers, croise ton regard sans rien dire,
    et passe son long chemin, — de toute éternité.

    Sur cette terre lointaine, lentes sont les métamorphoses,
    les gens vivent sans cadran, — à l’heure du soleil.
    Les farandoles dansent, s’ouvrent et se referment,
    les pieds frappent le sol, les bras sur les épaules.
    Des verres sont levés, s’entrechoquent, sonnent et se vident,
    — les bouteilles vidées s’alignent sur la table.

    Il est des terres comme des parfums,
     on se souvient d’elles comme de la terre, — du monde, un premier matin.
    Elles vous envoûtent tels les arômes d’un vin ancien,
    elles sont capables de vous faire perdre l’esprit
    et vous enivrent l’âme d’une immense nostalgie.

    Elles vous murmurent à l’oreille des choses dans le vent,
    que votre visage pâlit — à les entendre.
     Des choses secrètes entendues en un monastère,
    d’un rayon de clarté venue d’outre-siècles,
    près d’une fine chandelle jaune, — hurlant Narekatsi.

    Il est des terres qui gémissent de lamentations
    perdues dans la nuit des temps, des corps sont restés
    quelque part sans sépulture, — il y a cent ans.
    Cent ans déjà que d’autres ont commis des crimes.
    Or, ils ne reconnaissent pas — l’irréparable.


    .


    SERGE VENTURINI


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    SERGE VENTURINI

    Photographie Cok Friess


    0 0

    ....


    on ne sait plus où se réfugier
    peut-être baisser les stores
    descendre les jalousies, condamner les fenêtres
    sceller les portes
    organiser l’absence le temps que ça passe
    le temps que le temps passe
    rien d’autre ne peut passer que le temps
    et ce que le temps ramène en passant
    c’est encore du temps
    qui à son tout devra passer
    et ce temps qui n’arrête pas de passer
    qui passe sans répit
    ça donne un insurmontable épuisement

    ....

    .

     

    LAMBERT SCHLECHTER

     

    .

    schlechter

     

     


    0 0
  • 05/04/15--11:37: SANGUINE

  • La fermeture éclair a glissé sur tes reins

    Et tout l'orage heureux de ton corps amoureux

    Au beau milieu de l'ombre

    A éclaté soudain

    Et ta robe en tombant sur le parqué ciré

    N'a pas fait plus de bruit

    Qu'une écorce d'orange tombant sur un tapis

    Mais sous nos pieds

    Ses petits boutons de nacre craquaient comme des pépins

    Sanguine

    Joli fruit

    La pointe de ton sein

    A tracé une nouvelle ligne de chance

    Dans le creux de ma main

    Sanguine

    Joli fruit

    Soleil de nuit

    .

     

    JACQUES PREVERT

     

    .

     

    femme-nue-de-dos1

     

     


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