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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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  • 02/21/16--11:20: ECAILLES
  • Mort où tant de vie s'égare

    de nos faibles yeux abandonnée.

    Torrent tu nous étonnes

    étincelant et boueux

    de bouche en bouche

    le doux et l'amer

    cailloux et bois

    achevés repris.

    Ces photos floues

    que le temps a bougées.

    La lumière se cherche sur nos mains

    et soudain tout est plume

    neige neige —



    Le même vent traîné dans le feu

    la même nuit avec la même texture de branches

    d'un bonheur inavoué.

    La même croissance dans les gestes

    et reffeuillement des mains sur la peau

    trouées soudaines dans les formes

    quand l'espace nous entend —



    Nous avons vécu tout juste

    le temps de ce poids

    de tout ce qui sans plainte se déchire

    ta vue hier soir

    et ces tout petits ports des yeux

    les paupières repeintes.



    Depuis des ans nous n'avons plus commerce

    qu'avec les pierres.

    Nos pas s'allument aux craies aveugles

    gisement étroit entre deux points d'eau.

    Ma vie brûlée de tant de lumières

    parfois d'une immense tendresse j'oublie

    que tout est sourd

    et me lève comme une mélodie.



    Je t'écoute

    son qui creuse les matins les corps très minces dansent sur les couteaux découpés dans la trame d'une résurrection —



    Nos vies mûries au plus chaud de nos membres

    toutes nos demeures en marche désormais

    l'épaisseur obtuse de nos murs

    de grève en grève et de mer en mer

    poreuse et frêle dans la main

    et partout ces écailles

    où le jour frissonne et se décompose.



    Je dis maintenant que tout est lisse et consterné je dis par les monts chauves de la mémoire dans les plis d'un grand rideau d'écumes quand s'ouvrent les fenêtres de mer que s'ajuste le ciel face à l'ombre et lisibles les rames du passant —

    Jusqu'où m'étendrai-je à te veiller ?

    Tu m'apprends à marcher quand la route se tait

    N'oublie pas ce blanc du bois des fenêtres le soir.



    La nuit circule le long de ses vastes réseaux ces pupilles se dilatent à vitesse constante et ne craquent jamais — tu n'arriveras jamais au fond de cette nuit



    détail tremblant obstiné fiévreux

    je lis ta rigueur dans l'ombre des fonds

    tout est si lisse si net si reposé

    aucun désordre ni colère

    dans la neige pure des lois

    les bêtes à griffes et à dents

    luttent en silence

    entre peau et lumière —



    toute cette grandeur d'air s'engouffre dans les gestes tout ce qui n'est pas encore vient si près dans la paille de tant d'univers éteints —

    je connais tes pas qui s'usent dans mes veines

    je connais ton pas comme les mots que je fais

    comme ce qui troue mon silence

    et se défait

    Tu verses des nuits dans mes membres

    et me laisses

    quand le jour se heurte à mes lampes

    te refaire de rien.

     

    .

     

    LORAND GASPAR

     

    .

    LORAND


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  • 02/27/16--02:01: REDUIS A ETRE CE QUE JE SUIS
  • Ici, je respire ce que j’expire ailleurs. L’orage a creusé des sillons d’eau et de branches qui vont rejoindre la mer. Ici, le néant n’en finit pas de dégorger ses noyaux d’éclairs. 

     

    Brûlent et refleurissent les fruits rouges de la terre. Cloaques de mots, des langues tombent dans la gamelle des sens mutants. Je ne suis pas certain d’être en lieu et place d’une rénovation cataclysmique.  

     

    Des sculptures explosent sous les rayons agressifs du soleil. Anéanties, elles s’immolent gentiment sur les stries fatiguées et sans promesse d’une rosée de joie. 

     

    Combien de fois n’ai-je pensé en regardant les autres à quel point ils étaient heureux. Plus que moi. 

     

    Ainsi, je marche pareillement en moi-même

    que sur les routes défigurées

    où s’amplifient les détails de l’existence.

    Je ne vieillis plus,

    j’habite le secours permanent

    d’une plage déserte

    soumise aux fracas des pluies évènementielles.

    Chaque jour navigue à vue

    dans les tempos souquant vers la parole.

    Ma langue pousse la boue des marais

    et la tempête qui rongeait mon corps

    crache des messages bleus sur la gelée du matin.  

     

    Dis-moi, dis-moi toi qui sais. Dis-moi où s’écoule ce petit souffle de vent qui vient de plus loin ? Quelle limite pour un regard ? Quel lever du jour pour la nuit accidentée ? 

     

         La main près de la main et soumis à mes racines, j’essaie de dire jusqu’où peuvent s’étendre mes branchages anciens. Je sais la sève qui me parcourt, chaque saison nouvelle elle défeuille mes bois et ronge l’écorce protectrice.  

     

    Les mots nous reliant l’un à l’autre se diluent dans les cavités où s’incrustent les termites du temps et puis ils s’évadent après chaque flambée que le Mistral attise.   

     

    Gouttes, pluie, source, larmes, sueur, sang, ombres décapitées, rumeurs, vagues, mots, rides.... Puis cela vibre à peine, s'essouffle, craque, grimace, s'efface et se tait. Ce qui brûle dans ma chair d’encre est porté par la contrainte des lignes de fuite.   

     

        S’abstenir d’être n’est pas être. Tout en moi s'attire et se repousse, fusionne et se sépare comme dans la danse de deux corps dont un seul prédomine la transparence.  

     

    Quelque part entre le tissu de peau qui me recouvre et le liquide rouge irrigant mes cavités intimes, le squelette de la nuit se réduit. Une lumière habitable gorge mes souffles et la chair asservie par mille turpitudes n’arrime plus à l’inqualifiable désert de mes sanglots. 

     

    Ce qui déchire l’air en le brûlant,

    transporte une silhouette périmée.

    Dans un brusque arrachement,

    l’accord avec la désinvolture

    cherche le consentement mutuel.  

     

    Ecrire est une soumission.

    Sans cesse percevoir l’éclat au cœur de l’obscurité.

    Sans relâche, mâchonner les signes visiteurs de nos abîmes. Comment ma soif de dire peut-elle renforcer la sensation de silence ?  

     

         Une étrange odeur de bois faisandé consolide l’idée que la sève promène l’énergie flamboyante de l’éternité jusqu’aux miroirs de la pensée. Comme si toute idée d’abandon était le reflet d’une mort au cœur de la vie. 

     

    En moi, j’entends s’énumérer les rides textuelles d’un âge lointain. Elles semblent traverser les choses jusqu’à l’interrogation du regard.  

     

       Et mon corps se dilate du pastel de la lumière.

       Et mon âme s’ouvre à un désir

    plus ample que le ravissement.

    Je suis accablé par le silence du vertige.

       Le savoir et la connaissance endiguent-ils nos peurs ? Mon être correspond-t-il à ce qu’il saisit ? 

     

    L’illusion trouve sa place dans la ronde des doutes. J’illusionne donc je suis, je suis donc je rêve.  

     

    De l’air pour les mots,

    de l’air pour rassasier la parole aux aguets !

    À l’intérieur de ma nuit assourdissante,

    je suis pauvre

    des dernières tonalités métalliques

    qui tombent de mes poches.

    Je mords à l’eau froide,

    incarcéré dans une nuit rouge,

    piégé par les murs bleus se dressant de toutes parts.

    .

    BRUNO ODILE

    http://brunoodile.canalblog.com/

    .

    K I Y O • M U R A K A M I

    Oeuvre Kiyo Murakami

     


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    Un jour je serai ce que je veux.

    Un jour je serai une idée qu’aucun glaive ne porte

    A la terre désolée, aucun livre …
    Une idée pareille à la pluie sur une montagne
    Fendue par la pousse d’un brin d’herbe.
    Et la force n’aura pas gagné,
    Ni la justice fugitive.

    Un jour je serai ce que je veux.

    Un jour je serai oiseau et, de mon néant,
    Je puiserai mon existence. Chaque fois que mes ailes se consument,
    Je me rapproche de la vérité et je renais des cendres.
    Je suis le dialogue des rêveurs.
    J’ai renoncéà mon corps et à mon âme
    Pour accomplir mon premier voyage au sens,
    Mais il me consuma et disparut.
    Je suis l’absence. Je suis le céleste
    Pourchassé.

    Un jour je serai ce que je veux.

    Un jour je serais poète
    Et l’eau se soumettra à ma clairvoyance.
    Métaphore de la métaphore que ma langue
    Car je ne dis ni n’indique
    Un lieu. Et le lieu est mon péché et mon alibi.
    Je suis de là-bas.
    Mon ici bondit de mes pas vers mon imagination …
    Je suis qui je fus, qui je serai
    Et l’espace infini me façonne, puis me tue.

    .

     

    MAHMOUD DARWICH

     

    .

     

    NATHALIE MAGREZ2

    Photographie Nathalie Magrez


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  • 02/27/16--04:22: PEIA LUZZI - MACHI

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  • 02/27/16--05:36: VERHAEREN
  • Lassé des mots, lassé des livres,
    Qui tiédissent la volonté,
    Je cherche, au fond de ma fierté,
    L'acte qui sauve et qui délivre.

    La vie, elle est là-bas, violente et féconde,
    Qui mord, à galops fous, les grands chemins du monde.
    Dans le tumulte et la poussière,
    Les forts se sont pendus à sa crinière
    Et, soulevés par elle et par ses bonds,
    De prodige en prodige,
    Ils ont gravi, à travers pluie et vent, les monts
    Des audaces et des vertiges.

    L'action !
    J'en sais qui la dressent dans l'air
    Tragiquement, sur ciel d'orage,
    Avec des bras en sang et des clameurs de rage ;
    D'autres qui la rêvent sourde et profonde,
    Comme une mer
    Dont l'abîme repousse et rejette les ondes.
    J'en sais qui l'espèrent vêtue
    Du silence charmeur des fleurs et des statues.

    J'en sais qui l'évoquent partout
    Où la douleur se crispe, où la démence bout,

    J'en sais qui la cherchent encore,
    Durant la nuit, jusqu'à l'aurore,
    Alors déjà qu'elle est debout, au seuil
    Doux et serein de leur orgueil.

    La vie en cris ou en silence,
    La vie en lutte ou en accord,
    Avec la vie, avec la mort,
    La vie âpre, la vie intense,
    Elle est là-bas, sous des pôles de cristal blanc
    Où l'homme innove un chemin lent ;
    Elle est ici dans la ferveur ou dans la haine
    De l'ascendante et rouge ardeur humaine ;
    Elle est parmi les flots des mers et leur terreur
    Sur des plages dont nul n'a exploré l'horreur ;
    Elle est dans les forêts aux floraisons lyriques,
    Qui décorent les monts et les îles d'Afrique ;
    Elle est où chaque effort grandit,
    Geste à geste, vers l'infini,
    Où le génie extermine les gloses,
    Criant les faits, montrant les causes
    Et préparant l'élan des géantes métamorphoses.

    Lassé des mots, lassé des livres,
    Je cherche en ma fierté
    L'acte qui sauve et qui délivre.

    Et je le veux puissant et entêté,
    Lucide et pur, comme un beau bloc de glace ;
    Sans crainte et sans fallace,
    Digne de ceux
    Qui n'arborent l'orgueil silencieux
    Loin du monde, que pour eux-mêmes.

    Et je le veux trempé dans un baptême
    De nette et large humanité,
    Montrant à tous sa totale sincérité
    Et reculant, en un élan suprême,
    Les frontières de la bonté.

    Oh ! vivre et vivre et vivre et se sentir meilleur
    A mesure que bout plus fervemment le coeur ;
    Vivre plus clair, dès qu'on marche en conquête ;
    Vivre plus haut encor, dès que le sort s'entête
    A dessécher la sève et la force des bras ;
    Rêver, les yeux hardis, à tout ce qu'on fera
    De pur, de grand, de juste en ces Chanaans d'or
    Qui surgiront, quand même, au bout du saint effort ;

    Oh ! vivre et vivre, éperdument,
    En ces, heures de solennel isolement,
    Où le désir attise, où la pensée anime,
    Avec leurs espoirs fous, l'existence sublime.

    Lassé des mots, lassé des livres,
    Je veux le glaive enfin qui taille
    Ma victoire, dans la bataille.

    Et je songe, comme on prie, à tous ceux
    Qui se lèvent, héros ou Dieux,
    A l'horizon de la famille humaine ;
    Comme des arcsenciel prodigieux,
    Ils se posent sur les domaines
    De la misère et de la haine ;
    Les effluves de leur exemple
    Pénètrent peu à peu jusques au fond des temples,
    Si bien que la foule, soudain,
    Voulant aimer, voulant connaître
    Le sens nouveau qu'impose, avec ardeur, leur être
    Aux énigmes du destin,
    Déjà forme son âme à leur image,
    Pendant que disputent et s'embrouillent encor,
    A coups de textes morts,
    Les prêtres et les sages.
    Alors, on voit les paroles armées
    Planer sur les luttes et les exploits
    Et, clairs, monter les fronts et, vibrantes, les voix
    Et foudre et or voler au loin les Renommées ;
    Alors aussi, ceux qui réchauffaient leurs âmes
    Au vieux foyer des souvenirs
    L'abandonnent et saisissent l'épée en flamme
    Et s'élancent vers l'avenir !

     

    .

     



    EMILE VERHAEREN

    .

     

    francois trinel

    Photographie François Trinel

    https://fr-fr.facebook.com/francoistrinelphotographe


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  • 02/27/16--07:24: LE PRIX DU SANG
  • Tout nous vient de la terre,

    de l'eau du puits au lait du pis,

    du vin des vignes aux petits pois,

    des petits poings du temps à la robe des blés.

     

    Quand le ciel est trop bas pour se tenir debout,

    je me nourris de mots et de cris éperdus.

    Je ne suis pas du bois dont on fait les potences.

    Je suis de l'homme et de l'érable.

    Je débite les ormes en planches de salut.

    Je ne suis pas né d'un dieu,

    mais de ces bêtes immenses qui mordent l'infini,

    d'une saison mal famée,

    des têtes fanées dans la maison des fous.

     

    Des oiseaux blancs titubent au-dessus des ordures

    et transpercent du bec des sacs de misère.

    Je resterai malade, s'il le faut,

    tant que le monde sera plein de malades.

     

    Je suis seul et j'attends,

    je ne sais qui ou quoi.

    J'apprends ma voix dans les sentiers d'hiver.

    Avec le temps qui passe,

    j'habite désormais un cimetière d'amis.

    Debout sur mes blessures,

    j'affronte les matraques.

    Je traîne dans les ruines ma besace d'aveugle.

    La danse des rainettes fait couiner mes poumons.

    Le pays de Merlin n'enchante plus personne

    ni le joueur de flûte rameutant ses brebis.

     

    Les hommes en armes et les porteurs de bottes

    tannent la peau des pauvres.

    Locataire d'un corps que je n'ai pas choisi,

    je le paie de mon sang.

    Les souvenirs remontent à la surface du papier.

    C'est tout un monde qui meurt,

    quand quelqu'un disparaît.

     


    .


     

    JEAN-MARC LAFRENIERE
    lafreniere.over-blog.net

     

    .

     

    bernard liegois,,

    Photographie Bernard Liegeois

    www.bernardliegeois.com

     


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  • 02/27/16--08:13: LE VENT
  • Force la grotte où marche le vent,
    source du parfum de l’aurore
    qu’il verse au seuil vespéral,
    et de la jeunesse des futaies lointaines
    qu’il cache dans la tendresse des herbes,
    et de la splendeur du soleil moribond
    qu’il ressuscite sur les collines prolongées.

    Vois-le en songe quand il commence à poindre
    et s’apprête à se ramifier comme une liane vivante;
    attends sur les rives des visions:
    à peine éclos, il apprend à voler
    puis déploie ses ailes comme un oiseau sauvage
    et vient s’égarer dans les vergers
    où il saccage fleurs et fruits.

    Quelle liane, et d’où surgie?
    La voici qui enlace tous les arbres:
    depuis les jamrosas parfumés,
    qui forment un buisson dans l’Est,
    jusqu’à la voûte des bougainvillées
    et l’élan des dragonniers qui ondulent
    sur les terrasses d’Iarive;

    depuis les mille coeurs des rosiers
    qui s’offrent au sommet des tiges vertes,
    et les gargoulettes des lys qui ne se s’ouvrent pas
    pour pouvoir recueillir la rosée des crépuscules,
    jusqu’à ces autres plantes sans nombre
    dont on ignore encore le vrai nom
    et que seuls vous connaissez, ô mes songes.

    Oui, jusqu’à ces cheveux qui tremblotent
    aux tempes de la vieille femme:
    dernières fleurs de ses jours perdus
    qui mendient un baiser au bord de la tombe-
    et jusqu’au lambe que la femme-enfant
    laisse traîner un peu en souriant
    et qu’elle agite dans le brouillard!

    -Et cet oiseau que tu ne vois pas
    mais qui te frappe le front
    et qui picore dans tes épaules
    et griffe jusqu’à ta nuque:
    quel oiseau est-il, l’oiseau du vent,
    cet oiseau ivre qui titube
    comme une roussette aux ailes déchirées?

    -Légendes et légendes, fables et fables. . .
    Innombrables sont les légendes qui peuvent forcer la grotte
    où a poussé cette liane vivante
    qui vient enlacer tous les arbres;
    innombrables, les fables qui entourent
    l’éclosion de cet oiseau immatériel
    qui tombe puis reprend son vol;

    mais il en est deux autres qui me paraissent neuves
    et que je n’ai connues que ces jours-ci:
    tournoyait derrière ma porte
    le vent humide de l’hiver,
    tournoyait comme nos enfants
    qui se cherchent et se cachent
    quand s’illumine l’automne;

    tournoyait avec violence
    comme un sanglier poursuivi, ou un boeuf sauvage:
    -D’où peut-il venir si ce n’est des forêts ou du désert?
    disais-je. Puis,
    lointaine et presque inaudible,
    plus rien qu’une rumeur comme en cèlent les coquillages:
    -Il vient de l’océan, disais-je, le vent...

    . . .

    .

     

    JEAN-JOSEPH RABEARIVELO

     

    .

     

    Christine Salem, " Komor Blues "


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  • 02/28/16--08:02: L'OMBRE
  • Mon ombre à mon côté va cheminant,
    Spectre de feu, géant d'un bleu livide,
    Me précédant en guide vigilant
    Ou me suivant, espion muet et rapide.
     
    Elle me quitte en entrant dans le bois
    Mais, quand j'en sors, elle est là qui me guette.
    Devant l'église elle est prise d'effroi,
    En l'homme de tout temps crainte secrète.
     
    Elle est signe à la fois sombre et luisant,
    Parler du ciel à la parole obscure !
    Jusqu'où va-t-elle aller, combien de temps,
    Amer jeu du soleil qui me torture ?
     
    Tout sous le ciel continue de briller
    Mais l'ombre et l'homme, inséparables frères,
    A quelque carrefour vont s'arrêter
    Pour rejeter le fardeau de leurs fers...
     
    Mais tant qu'il fera jour, les deux destins
    Se chercheront dans leurs liens éternels :
    L'ombre combien plus vaste que la terre,
    Et l'homme, lui, encor plus léger qu'elle.
    .
    .
    .
    .
    JOVAN DUČIĆ

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    aidée Bernard2

    JOVAN DUČIĆ
    Oeuvre Aïdée Bernard
    JOVAN DUČIĆ
     
    JOVAN DUČIĆ

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  • 02/28/16--08:13: JE MARCHE ENCORE...
  • Je marche encore comme si j'allais
    à la rencontre de quelque chose, je regarde, je pense,
    alors que devant moi tout n'est qu'inéluctable,
    sans issue, sans sursis.

    Pierre qui ne peut
    que couler.
    Rideau qui ne s'abaisse qu’une seule fois
    et plus jamais ne se lève.
    Histoire d'un oiseau dont on sait seulement
    qu'il s'est envolé.

    Il n'y a plus de vie, la mort n'arrive pas.
    Incompréhensible, long, insupportablement long
    destin de l'homme

    .

     

    IVO ANDRIĆ
    (1892-1975)

     

    .

     

    giacometti-lhomme-qui-marche2

    Oeuvre Albert Giacometti

    " L'homme qui marche "

     

     


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  • 02/28/16--09:02: EL OTRO SUENO...Extrait
  • J’ai passé ma vie à concilier les contraires.

    Me disant : bien et mal ne sont pas si différents,

    oui est souvent non, mon amie est mon ennemie,

    le plaisir fait si mal qu’il s’apparente à la douleur

    et les jours de fête sont jours d’ennui.

    J’ai passé ma vie à grelotter au mois d’août

    Et à mourir de soif auprès de la fontaine.

    Mais c’est fini. Je ne veux pas que le rire

    se déguise en pleurs, que les baisers blessent,

    que la mort sauve, ni que le soleil d’été

    soit ombre tout au fond, et le désert océan.

    Je veux revenir en arrière, au temps où les choses

    n’étaient pas si compliquées, où l’amour n’était pas la haine

    où la neige était neige, et la paix et la guerre

    étaient des mots uniques, distincts, sans équivoque,

    et non la double face d’un même ennui.

    Je ne veux pas transpirer au milieu des pingouins.

    ...

    .

     

    LUIS ALBERTO DE CUENCA

    Traduction Claude de Frayssinet

     

    .

     

    solitude

     

     

     


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  • 02/28/16--11:19: POEMES D'AMOUR...Extrait
  • Viens avec moi. Le matin ne le saura jamais,
    et dans la maison nulle lampe n'épiera ta beauté...
    Ton parfum imprègne comme un printemps les oreillers :
    le jour a mis tous mes rêves en pièces, -
    tresses-en une couronne.

    .

     

    RAINER MARIA RILKE

     

    .

    .

    Justyna Magdalena Młynarska3,

     


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  • 03/02/16--11:45: L'URGENCE D'AIMER...Extrait
  • Aimer, c'est faire en secret ce serment : Je m'engage de toutes mes forces à défendre ta liberté, à ménager autour de toi l'espace qui te sera nécessaire pour croître et fleurir ! Et même si je dois être surpris par l'évolution de l'autre, même s'il ne devient pas celui que j'attendais qu'il soit un jour, je m'engage à respecter son devenir ! C'est le défi que je relève. Que ta volonté soit faite et non la mienne ! Osons nous laisser surprendre ! N'emprisonnons pas nos proches -ni nos enfants !- dans la représentation que nous avons d'eux. Cassons les moules dans lesquels nous nous enfermons les uns les autres. Offrons-nous la confiance même de nous laisser errer, commettre des erreurs...
    Que savons-nous du secret de nos destinées ? En devenant garant de la liberté de celui que j'aime, je lui épargne même de devoir fuir ! Rester ensemble n'est pas, comme au cimetière, une "concession perpétuelle" - c'est une offrande à renouveler chaque jour.

    .

     

    CHRISTIANE SINGER

     

    .

     

    AMOUR

     

     


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  • 03/02/16--11:50: REQUISITOIRE...Extrait
  • quand le poème sera repu du miel blanc des tarentules

    et de l'albumen d'un mauvais astre.

    explosant sans espoir sous le coke de mes diètes

    quand les berbères d'après toute fantasia

    jetteront leurs calebasses au néant des carabines

    un complot d'aigles ourdi par le chiffre vrai

    de reconnaissance et de joie

    signera ma fièvre humide comme l'avril

    laiteux de l'amande et du torrent.


    quand les veufs remueront le coeur gris du minaret

    quand les enfants embrasseront les scorpions par le crochet.

    la prose de l'exil sera suffisament trempée

    pour couper son cordon ombilical à mon angoisse

    et sectionner les pagaies qui battent jusqu'au délire

    l'épine dorsale de ma fatigue


    je te couche

    petit monde des nostalgies

    sur le regard naufrageur des morts

    encore valides

    qui lisent au chapitre des crimes crapuleux

    le réquisitoire des arachnides.

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    MOHAMMED KHAIR-EDDINE

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    GHISLAINE SEGAL

    Oeuvre Ghislaine Segal

     

     

     

     

     


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  • 03/06/16--09:53: IL Y A UN VIDE
  • A côté de chaque ligne, il y a un vide.
    Est-ce l’ombre que la ligne projette
    ou le modèle qu’elle copie?
    De toute manière, qu’est-ce qui soutient la ligne
    et comment ne se perd-elle pas dans le vide?

    Sous chaque couleur, il y a un vide.
    Chaque couleur est-elle la naissance d’un abîme
    ou seulement sa surface habitable ?
    De toute façon, que dit ainsi la couleur
    et que dirait-elle s’il n’y avait pas de vide?

    Dans chaque corps, il y a un vide.
    Le corps est-il un refuge du néant
    ou seulement un malentendu entre ses cavités?
    Mais alors pourquoi, au lieu de corps,
    n’y a-t-il pas diverses densités de vide?

    Dans la pensée même est le vide.
    Est-il une condition de la pensée
    ou est-ce à l’inverse la pensée qui le crée?
    Néanmoins, pourquoi tant de fantômes de fantômes
    et non le vide en sa plénitude de vide?

     

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    ROBERTO JUARROZ

     

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    W H I T E • S P A R K S

    Photographie White Sparks

     

     

     

     

     

     

     


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  • 03/06/16--12:34: AMITIE EQUIVOQUE
  • D’une nature plutôt curieuse, il avait été intéressé par l’arrivée de l’étrangère, dans le foyer d’accueil où il logeait depuis quelques années.
    Personne ne l’avait averti du changement. Il ne savait ni qui elle était, ni d’où elle venait, ni qui l’avait présentée. Elle s’était installée alors qu’il était absent.
    Cette jeune vie avait changé toutes les habitudes de la maison : les enfants étaient distraits et se disputaient les faveurs de l’étrangère, les parents s’inquiétaient de son bien-être, de son confort. Et lui, le vieux garçon un peu bougon, était subjugué.
    C’était une belle fille, menue mais élancée, élégante. Peut-être un peu trop pâle, mais si vivante, si présente. Lui était fort, vigoureux. Il mettait de l’ardeur dans toutes ses entreprises.
    Il aimait la nature, les longues promenades solitaires, la nuit, mais il appréciait aussi la chaleur douillette de la maison, la bonne chère, les soirées calmes dans sa famille d’accueil.
    Elle était plus casanière ou plus peureuse.
    Gourmande, elle mordait la vie.

    Ils communiquaient peu, ils n’avaient pas le même langage. Ils s’observaient et s’admiraient mutuellement.

    Elle aimait danser. Lui, l’observait, les yeux mi-clos, dans une attitude de grande méditation. Elle se savait attirante et évoluait, légère, rapide, tournait, virevoltait devant lui, le frôlant presque pour le taquiner, pour le séduire. Elle était décidée et voulait le troubler, mettre un peu de piquant dans sa vie de vieux garçon.
    Plus les jours passaient, plus il devenait évident que le lien qui les unissait devenait puissant. Leurs hôtes étaient perplexes, à la fois attendris et inquiets. Ils comprenaient mal cette amitié, cette attirance, cette passion naissante. Ils ne voyaient pas d’avenir commun pour ces deux êtres si différents.
    Un matin, elle a disparu. Elle avait quitté sa chambre sans se faire remarquer.
    Très inquiète, toute la famille se mit à la recherche de l’étrangère qu’on leur avait confiée.
    Elle les avait conquis par sa grâce, sa drôlerie, ils s’y étaient attachés. Ils en étaient responsables aussi.
    Ils menèrent une rapide enquête de quartier. Personne ne put les renseigner.
    L’angoisse gagna toute la famille quand un des enfants découvrit de minuscules gouttes de sang sur le seuil de la chambre. S’était-elle blessée ? Quand ? Où ? Comment ?
    Ils mirent plus d’ardeur encore dans leurs recherches. Lui ne s’y mêla pas.
    On aurait dit qu’il était insensible, soulagé peut-être du départ de celle qui avait troublé sa quiétude. Il posait sur tous un regard froid, indifférent lorsqu’ils racontaient leur quête.

    On le soupçonna. On l’accusa. Il n’avoua pas. Il se retranchait dans le mutisme.
    On ne trouva jamais de preuve de sa culpabilité. Mais pour ses hôtes, elle était évidente.
    Il garda le secret : cette petite était mignonne à croquer, il l’avait donc croquée. Il n’avait jamais dégusté une telle souris de laboratoire de toute sa vie de chat !

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    AGNES SCHNELL

     

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    chatsouris2,


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  • 03/07/16--08:20: IL ETAIT NE...
  • Il était né d'une poussière d'écume et d'un bloc de craie sur le bord d'une mer qui lui donna le sein. Et chaque vague le poussait à regarder plus loin, au delà des frontières qu'il ignorait encore. Le ciel était lourd de souvenirs à grandir.
    Toujours il garda son cœur de falaise, rempart à la tourmente mais friable au zéphyr et chantait souvent des airs de marins en baissant le front comme pour une prière à la vie. Humble dans le soleil couchant.
    Et sa peau de sel avait soif d'amour et d'histoires de vents. Quand celui du noroît lui traversait la tête, il l'écrivait à la craie sur les poussières d'écume. C'est parce qu'il était né...
    Et la terre tourne en rond.

     

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    JOËL GRENIER

     

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    PIERRE EAU 2

     

     

     


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  • 03/07/16--12:17: JOEL GRENIER
  • JOEL GRENIER2


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  • 03/09/16--09:37: CONFIANCE
  • Il faut rester en vie
    Regarder et attendre
    Continuer à respirer
    Le ciel est tout entier ici
    Si tu le veux tout commence encore
    La nuit n’est que la fin du jour
    Tu as ta place
    Elle est juste sous tes pieds
    L’heure est à ta montre
    Confiance est ta compagne
    Il n’y a que le soleil pour te montrer la route

     

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    BRUNO RUIZ

    inédit, mars 2016

     

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    R O M A N -T Y K A • K R U G L I N S K I

    PhotographieRoman -Tyka Kruglinski

     

     


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