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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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  • 04/28/16--08:16: L'ARRACHE COEUR...Extrait
  • quand ta mer ne dira plus la mer
    mais son brasier de fleurs
    quand tes aubes ne feront plus mes jours
    soleils par nous versés
    pierre à pierre en chemin
    notre lumière et notre écho
    tranchés perdus

    tu souriras

    dans le silence lent et blanc
    d’une pluie endormie aux pieds des parcs
    ton coeur miraculeux dessinera
    d’une main de cristal
    et si loin de tous les regards possibles
    sans trembler
    ma couleur immédiate

     

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    FRANCIS ROYO

     

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    BERNARD LIEGEOIS 227

    Oeuvre Bernard Liégeois

    http://www.bernardliegeois.com

     

     

     


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  • 04/28/16--09:21: L'ARRACHE COEUR...Extrait
  • ...

    il y a
    ce temps immobile
    mots qui se tressent parole qui s’éclaire
    dans la gorge détranglée

    et la chambre de roses au sourire secret

    il y a des cendres
    du feu perdu
    bûches rentrées trop tôt
    ma main les pèse

    il y a le miel les anges
    une fleur à ton nom
    au jardin mon linceul

    tu es belle
    à mon vent dévêtue

    il y a
    aux heures de créance et de séparation
    le ciel qui nous délivre
    sa grâce douce en pleurs

    et notre demeure ce miroir
    tout entourée de pierres
    un livre inachevable

    jusqu’au bout du chemin dis-tu

    où le désir serpente

    il y a mon corps
    massacré
    ce soleil

    ...

    .

     

    FRANCIS ROYO

    .

     

     

    Peter Mitchev (7)

    Oeuvre Peter Mitchev

     


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    L'indifférence, la méchanceté, la débacle, l'agitation, les petitesses, sont affaires d'hommes. Leurs ego bétonnent, leurs monnaies enterrent, leurs croyances mentent, leurs pouvoirs détruisent. Loin de ces jeux morbides, un seul lilas sauvage, un pan de mur éboulé, le trait roux d'un renard, un geste de moineau, un ru sur la poussière, des pépites de rires, donnent inlassablement la clé, le sens du vivant. L'écriture brûle comme un fagot bien sec. Ses cendres iront nourrir le vent et les graines qui ne demandent rien. Loin des météos, toujours les saisons remontent, les aubiers fendent, les herbes tapissent, les nids réchauffent, les fleurs décorent, les fruits nourrissent, les racines veillent, les bêtes repeuplent. Rien de secourable dans l'obstination éveillée mais chaque jour offert, seul et unique, mêlant son lait materne au café noir des nuits. La gratuité toujours renouvelée. Est-ce une colère ou un accablement mes mots qui cherchent ailleurs loin des affaires d'hommes ?

     

    .

     

    ILE ENIGER

     

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    CHAGALL 2,

    Oeuvre Marc Chagall

     


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  • 04/29/16--11:39: L'ETENDUE
  • Herbes maigres, genêts et pins : amont d’aiguilles

    où chaque ruine abrite un figuier, son enfant.

    (Conversation toujours la même, trop secrète

    que le vent ralentit ou suspend, dans ses foules)

    Muraille désertée des nids, faute de feuilles ;

    mais le soleil qui l’a lézardée sait s’y fendre.

    Une poudre, limon d’espace, couvre tout :

    pierres, fruits, feuilles, même le dos des chevaux.

    Trois éléments dans ces atomes de poussière :

    air, feu, terre. Mais si étroitement liés

    que sans eau le prodige eût été impossible,

    au moins à leur début, puisque longtemps après

    ils gardent trace, résistante aux érosions,

    d’une fraîcheur plus souterraine, sans sillage.

    Quel ciment autre les scellait, hors cette goutte ?

    Réponse unique : le silence, les parfums.

    L’eau est pourtant présente à ces hauteurs. On sent

    qu’elle s’est seulement plus inhibée encore,

    insinuée sous les chemins et les sentiers,

    irriguant ses tissus comme un vaisseau sanguin.

    Au creux de cette sécheresse, on peut la croire

    occupée à se rassembler, se recueillant

    pour gagner un instant l’arène de la source.

    .

     

    HENRI-LOUIS PALLEN

     

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    VAN GOGH,,,,2

    Oeuvre Vincent Van Gogh

    http://www.lierreentravail.com

     


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  • 04/29/16--11:48: CE MONDE N'EST PAS LE MIEN
  • Ce monde n'est pas le mien
    et je n'ai pas d'autre monde
    Je ne dispute à personne son royaume
    je ne convoite
    que ce qui a été délaissé
    par les convoitises :
    un arpent de terre en jachère
    un mouchoir de ciel
    imbibé de lavande
    un filet d'eau
    plus pour le plaisir des yeux
    que pour la soif
    un fruit resté seul sur l'arbre
    des livres hors commerce
    usés à force d'être lus
    des amitiés pour le simple repos du cœur
    une étoile complice pour les confidences
    en cas de douleur
    des miettes pour attirer
    les hirondelles de la vision
    un bâton solide de pèlerin
    pour entreprendre
    encore et toujours
    le seul voyage qui en vaille la peine
    celui au centre de l'homme



    .



    ABDELLATIF LAÂBI

    .

     

    TCHOBA DREAMS2

    Oeuvre Tchoba


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  • 04/29/16--12:03: L'ESCAPADE DES SAISONS
  • Je t'aimais
    Dans l'orage des rêves
    Je t'aime
    Sous l'ombrage des ans

    Je t'aimais
    Aux jardins de l'aube
    Je t'aime
    Au déclin des jours

    Je t'aimais
    Dans l'impatience solaire
    Je t'aime
    Dans la clémence du soir

    Je t'aimais
    Dans l'éclair du verbe
    Je t'aime
    Dans l'estuaire des mots

    Je t'aimais
    Dans les foucades du printemps
    Je t'aime
    Dans l'escapade des saisons

    Je t'aimais
    Aux entrailles de la vie
    Je t'aime
    Aux portails du temps.

    .

     

    ANDREE CHEDID

     

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    raul canestro

    Oeuvre Raul Canestro


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  • 04/29/16--12:33: LE LIVRE A VENIR...Extrait
  • «Le désert, ce n'est encore ni le temps, ni l'espace, mais un espace sans lieu et un temps sans engendrement. Là, on peut seulement errer, et le temps qui passe ne laisse rien derrière soi, est un temps sans passé, sans présent, temps d'une promesse qui n'est réelle que dans le vide du ciel et la stérilité d'une terre nue où l'homme n'est jamais là, mais toujours au-dehors. Le désert, c'est ce dehors, où l'on ne peut demeurer, puisque y être c'est être toujours déjà au-dehors»

     

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    MAURICE BLANCHOT

     

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    PHILIPPE LE FERRAND

    Oeuvre Philippe Le Ferrand


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    " Je suis venue dire un songe, naïf et frêle comme les songes. C'était, oui, c'était dans la paix fraîche d'un matin et soudain, à l'heure non dite, d'un même mouvement, l'armée des faibles s'est levée sur les routes, dans les rues de nos villes, sur les pistes du désert , au bord des fleuves millénaires , face à l'ombre énorme des montagnes.
    Des millions se sont levés, affamés, vieillards, éclopés , vagabonds, enfants, malades mutilés. Des hommes forts aussi, oh mais... Pas des forts à votre manière; des hommes plus effarouchés que la jonquille et qui cachaient leur grosse voix dans des chansons de vieilles...
    Des millions de choses humaines, nues et légères se pressaient sur les routes, comme soudain issues des pierres, des arbres, des vagues, des caves, des trous de rats...
    Des foules silencieuses et verticales sans rites et sans appartenance, le front levé, l'œil immobile fixant le jour.
    Rien d'autre, savez-vous, dans mon songe que l'innombrable peuple des faibles, des écartelés . Debout , muet dans la demeure splendide du paysage. Un vent de silence courait sur le monde.
    Je ne sais rien d'autre sinon qu'il n'y avait ni hommes, ni fils de guerre, ni chefs de guerre, ni dieu, ni prophètes ...Pas même l'épée de feu des archanges.
    Rien que des millions de choses humaines légères et nues debout sur tous les horizons du monde.
    Le songe est dit. C'est l'obstination du cerisier qui fait déborder la lumière.
    Et voici ma prière furieuse dans la sueur du soir dispersée ."

     

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    JEAN-PIERRE SIMEON

     

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    Bernard Liegeois3,

    Photographie Bernard Liégeois

    http://www.bernardliegeois.com

     


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  • 04/30/16--07:00: JACQUES DERRIDA
  • Ainsi se lève en toi le rêve d’apprendre par cœur. De te laisser traverser le cœur par la dictée. D’un seul trait, et c’est l’impossible et c’est l’expérience poématique. Tu ne savais pas encore le cœur, tu l’apprends ainsi. De cette expérience et de cette expression. J’appelle poème cela même qui apprend le cœur, ce qui invente le cœur, enfin ce que le mot de cœur semble vouloir dire et que dans ma langue je discerne mal du mot cœur. Cœur, dans le poème «apprendre par cœur» (à apprendre par cœur), ne nomme plus seulement la pure intériorité, la spontanéité indépendante, la liberté de s’affecter activement en reproduisant la trace aimée. La mémoire du «par cœur» se confie comme une prière, c’est plus sûr, à une certaine extériorité de l’automate, aux lois de la mnémotechnique, à cette liturgie qui mime en surface la mécanique, à l’automobile qui surprend ta passion et vient sur toi comme du dehors: auswendig, «par cœur» en allemand. Donc: le cœur te bat, naissance du rythme, au-delà des oppositions, du dedans et du dehors, de la représentation consciente et de l’archive abandonnée. Un cœur là-bas, entre les sentiers ou les autostrades, hors de ta présence, humble, près de la terre, tout bas. Réitère en murmurant: ne répète jamais... Dans un seul chiffre, le poème (l’apprendre par cœur) scelle ensemble le sens et la lettre, comme un rythme espaçant le temps.
    Pour répondre en deux mots, ellipse, par exemple, ou élection, cœur ou hérisson, il t’aura fallu désemparer la mémoire, désarmer la culture, savoir oublier le savoir, incendier la bibliothèque des poétiques. L’unicité du poème est à cette condition. Il te faut célébrer, tu dois commémorer l’amnésie, la sauvagerie, voire la bêtise du «par cœur» : le hérisson. Il s’aveugle. Roulé en boule, hérissé de piquants, vulnérable et dangereux, calculateur et inadapté (parce qu’il se met en boule, sentant le danger sur l’autoroute, il s’expose à l’accident). Pas de poème sans accident, pas de poème qui ne s’ouvre comme une blessure, mais qui ne soit aussi blessant. Tu appelleras poème une incantation silencieuse, la blessure aphone que de toi je désire apprendre par cœur. Il a donc lieu, pour l’essentiel, sans qu’on ait à le faire: il se laisse faire, sans activité, sans travail, dans le plus sobre pathos, étranger à toute production, surtout à la création. Le poème échoit, bénédiction, venue de l’autre (…) Le don du poème ne cite rien, il n’a aucun titre, il n’histrionne plus, il survient sans que tu t’y attendes, coupant le souffle, coupant avec la poésie discursive, et surtout littéraire. Dans les cendres mêmes de cette généalogie. Pas le phénix, pas l’aigle, le hérisson, très bas, tout bas, près de la terre. Ni sublime, ni incorporel, angélique peut-être, et pour un temps.
    Tu appelleras désormais poème une certaine passion de la marque singulière : un animal converti, roulé en boule, tourné vers l’autre et vers soi, une chose en somme, et modeste, discrète, près de la terre, l’humilité que tu surnommes, te portant ainsi dans le nom au-delà du nom, un hérisson catachrétique, toutes flèches dehors, quand cet aveugle sans âge entend mais ne voit pas venir la mort.

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    JACQUES DERRIDA

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    herisson 2

     


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    "« Je veux faire ce que je veux. Je veux jouer la pantomime, même la comédie. Je veux danser nue, si le maillot me gêne et humilie ma plastique. Je veux me retirer dans une île, s’il me plaît, ou fréquenter des dames qui vivent de leurs charmes, pourvu qu’elles soient gaies, fantasques, voire mélancoliques et sages, comme sont beaucoup de femmes de joie. Je veux écrire des livres tristes et chastes, où il n’y aura que des paysages, des fleurs, du chagrin, de la fierté, et la candeur des animaux charmants qui s’effraient de l’homme… Je veux sourire à tous les visages aimables, et m’écarter des gens laids... Je veux chérir qui m’aime et lui donner tout ce qui est à moi dans le monde : mon corps rebelle au partage, mon cœur si doux et ma liberté ! »

     

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    COLETTE

     

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    colette,,4

    Colette et un de ses chats


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  • 04/30/16--11:33: ERIC BIBB -

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  • 05/01/16--11:51: LETTRE A LA FOLIE
  • Madame,

     

    J’étais dans une table des matières à me morfondre — dans un livre de références — entre un terme de marine et un terme de numismatique, et je vivais d’expédients, soudoyant la syntaxe, crachant du vocabulaire, improvisant des épithètes. J’eusse donné mon néant pour me sortir de cette impasse, que l’on me prît avec ma pauvre syllabe, mon informe phonation, pour faire n’importe quoi, pour servir n’importe quel prétexte. J’étais le mot « CROUP ». À France-Soir on ne voulut pas de moi. Alors vous m’avez donné la main.

     

    J’avais des hiboux de choc plantés sur l’éclairage municipal et qui défendaient mes yeux de dormeur éveillé. Je passais mes nuits sous leurs ailes. Nous avions des radios optiques pour communiquer. Les sons, je les voyais. Je voyais l’aigle d’Hutchinson trompetter, les chevaux de mon ID s’ébrouer, la souris de la rue des Capucines chicoter. Je voyais les clameurs de la rame sous le massicot et Flaubert, impassible, la tête sous le subjonctif, les gorges des rossignols peintes au gargyl et chantant des sérénades pharmaceutiques, les sanglots du gravier malmené sous le flux de mes pas. Je voyais le chameau de mon manteau de 1928 blatérer, les chiens de fusil d’après l’amour clabauder, l’éléphantiasis barrir. Je voyais la plainte du pointillé justement découpé d’après la notice, les lamentations dunlopillo dans le silence du rayon d’ameublement de l’éternel Printemps après l’Opéra, les protestations métalliques de la boîte des petits pois surfins ébouillantés deux fois. Alors, vous m’avez souri.

     

    Nous marchions ensemble, depuis la dernière glaciation

     

    Je voyais d’autres cris, l’obésité de la rue quand les services de voirie la laissait s’empâter et qu’elle gémissait sous sa peau tendue. La poétique de la ville n’était qu’une vision extatique que mon œil formulait et que je contrôlais en permanence à l’aide de petits instruments que j’avais fabriqués : une lunette spéciale pour voir les glouglous s’échappant du caniveau, place Clichy, à l’aube du 12 mars 1953, les bras en ficelle autour de l’abstraction et l’œil auditeur, bien entendu, un papier-verre pour nettoyer les idées imbéciles se promenant dans la rue, en rang d’écoliers, un couteau à trancher le spectre, une bille à rouler l’indicible, une bille qui n’amassait pas la mousse et qui changeait de couleur à chaque révolution autour de mon système solaire, une grille pour lire les écritures : une pour l’indo-européen, une pour le sanscrit, une pour les cigales, une pour les microbes criant sous le flot de pénicilline et qui attendent le jusant sous le doigt de Dieu du thermomètre minute. J’étais toujours le mot « CROUP ». Alors, vous m’avez dit : « Viens ! »

    J’en voyais de toutes sortes.

    Un soir, à Montparnasse, une vieille de soixante, et qui s’ouvrit à ma voix, derrière une roulotte abandonnée, et cette femme dérivait sur mon orbite, et elle me parlait avec l’accent yiddish… et maman dans la poche, je rentrais à l’hôtel Excelsior et me rebâtissais sa jeunesse. L’inquiétude de la chair, chez une vieillarde, cela me semblait formidablement attachant. Je ne me lavais plus les mains. J’en avais pour quelques jours à susciter ma mémoire… Je la hélai, elle s’arrêta, nous nous signâmes d’un commun accord et j’étais sous elle. Son système ébahi, je me revis dans la pénombre de sa chair non datée et vibrante comme à ses premières richesses, autrefois. L’huile des femmes est douce comme l’olive, parfumée comme l’arachide, persistante comme la noix.

     

    Glisser dans leurs couloirs cette perle inconsciente…

    Alors vous m’avez dit : « Tu es Fou, mon petit… »

    Que d’enfants ai-je fait aux femmes inconnues

    Des rouges des pâlis des portes de secours

    Dans les cafés souvent je buvais leurs vertus

    Devant mon verre blême une source d’amour

    MA tête dans la broussaille de leur fente

    Je demandais de la monnaie au préposé

    Cent francs et quatre femmes mesurant la pente

    Que je leur musiquais avec mes yeux gavés…

     

    Le petit père Kanters n’en croyait pas son comité de lecture, il gardait de Denoël cet air absent et catéchiste qui fait les grands éditeurs méconnus. La tristesse de cet individu me coupait comme une boîte de conserve mal vidée, quand on y va avec la langue. Et lux perpetua luceat eis… Alors, vous vous êtes mise à ressembler à quelqu’un. Mon Dieu, quelle bouche !… une cerise en hiver…

    Madame, vous êtes une feuille d’automne. Votre parure est couleur feu et mes yeux mimétiques vous enveloppent de flammes quand ils vous regardent. Vous avez un joli nom, folie, un nom de cosmétique sur la tête du corbeau de monsieur Poe. Jamais plus de rideaux à mon théâtre, jamais plus… Je suis votre boulet, votre haine, votre supplice, et vous êtes ma contrebasse et ma brosse en cheveux d’étoiles fileuses qui filent le parfait amour sur cet univers à bulles de savon et à nègres authentiques, qu’ils soient noirs dehors ou dedans, peu importe. La couleur est affaire de sentiment.

    Je sentais l’absurde, une odeur de végétal trahi, un paravent, une chimère. J’étais malade, cassé. Mes béquilles de verre faisaient un bruit de pattes mathématiques sur les pavés de marbre de votre maison. Alors vous m’avez dit : « Entre ! »

    Quelle maison ! je m’en souviens, les pièces mûres comme des fruits tropiques, des meubles indifférents comme le style du vide, les effrayants tapis de laines voyantes, et la vaisselle… la vaisselle du creux de l’ennui où je buvais longtemps, et vos objets !, les délices du verbe, l’accent aigu sur l’or des hommes, la préposition devant l’âtre, et vos propositions devant l’Être… Mort debout, tout contre votre idée, je ne pourrissais plus. Mais avant, nous fîmes l’amour, du mauve, rien que du mauve et puis de l’innocence. Dehors il plut. Nous sortîmes par vos masques, lentement, avec préciosité, et tout penchait autour de nous, les arbres, les plis d’ombres, les roses pâleurs du soleil couchant. On était bien. On calculait nos chances et le sublime s’y mêlant, des lianes nous enroulaient de Palestrina ; tout chantait autour de nous, tout palpitait, tout coulait comme un miel, tout finissait comme un missel. C’était très beau, follement beau. Nous étions toujours l’un à l’autre, comme deux feuilles accolées d’un papier bible et pour nous séparer il fallut qu’un oiseau des îles infime, petit, petit, vint immiscer son bec entre nos songes.

     

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    LEO FERRE

    http://www.deslettres.fr

     

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    remedios varo4,

    Oeuvre Remedios Varo

     

     


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    Monsieur,

    Je ne suis pas agrégée de philosophie, je ne prétends pas apprendre à penser à mes contemporains et quand il s’agit de savoir si un garçon de vingt ans doit ou non déserter, je ne peux me référer ni à Hegel ni à Lukács. Vos collaborateurs ont d’ailleurs largement insultéà mon inculture, dans votre journal, pour que vous n’ignoriez pas la crasse de mon esprit. Tout le monde n’a pas hélas, comme les membres de votre gauche, les moyens de s’instruire aux frais de papa.

    Seulement j’ai moi un fils de vingt ans. Alors vos théories et celles de vos satellites, qu’il s’agisse d’argent – alors qu’aucun de vous n’a jamais connu le prix d’une livre de pain – ou de désertion – alors que vous parlez des enfants des autres -, je veux bien croire qu’elles sont géniales. Mais mon domaine à moi, ce n’est pas le génie. C’est la vie. Vous en avez entendu parler ?

    Parfaitement consciente de mon abjection, je vous prie de croire, Monsieur, au respect que je continuerai imperturbablement à vous porter.
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    FRANCOISE GIROUD
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    FRANCOISE GIROUD

    Françoise Giroud

     



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    31 août 1948

     

    Mon cher ami,

     

    Nous avons longuement discuté avec toi ce dernier dimanche. Corne d’Auroch s’obstinait à te vouloir fait pour la philosophie. J’ai gueulé. Je lui ai dit qu’aider un ami à tout abandonner pour suivre la voie de la poésie ne pouvait jamais être une faute. Car un poète est à la fois philosophe, philologue, moraliste, historien, physicien, jardinier et même marchand de maisons. De plus, on ne trouve la quadrature du cercle que par la poésie. Emile a trop réfléchi et inutilement. Moi, je sens que si tu persévères dans tes recherches métaphysiques, tu te perdras dans une forêt. Nom de Dieu, j’insiste ! Sans doute, ta récente définition de l’art est très belle, mais pourquoi ne pas la remplacer par des ailes de moulin ? Il faut que ça bouge, comme sur l’écran. Le reste se fait tout seul. Ce n’est pas à toi d’expliquer les mécanismes ; c’est aux autres de les deviner et de les démonter eux-mêmes. Tu perds ta force et ton temps à faire le travail des imbéciles. Oui, je sais : Bergson est quand même un poète. Et toute la poésie de Valéry est faite d’opérations critiques. Et tu ne le sais que trop, toi. Mais il me semble que tu t’exténues en t’imposant déjà, par goût de la cérébralité, des exigences qui ne tarderont pas à devenir surhumaines. Que veux-tu que cela me fasse, à moi, que tout « fond apparent représente ce que la forme n’a pas pu exprimer » ? Suis-je plus avancé maintenant que tu me l’as fait savoir ? Non, je sais une pensée de plus.

    Je ne connais pas un homme de plus (j’espère que tu ne vois pas du paternalisme ou de la prétention pédagogique dans mes propos…). Je suis né pour aimer, pour passer dans la vie comme un étranger et pour être indifférent à ce que l’on me raconte. Rien de toi ne me laisse insensible, mais comme ton cher Gide, comme toi et comme moi-même, je ne t’estime que dans ce que tu pourrais faire. Et j’ai tort de te redire ces choses, de même que tu as tort d’expliquer d’autres choses à d’autres êtres. Tout ce que tu peux me faire comprendre, je l’ai déjà entendu dans un concert. Montre-nous des gens qui marchent, qui s’aiment, qui font des choses charmantes et bêtes comme la vie, des moulins qui tournent… Sers-toi de l’absurde comme d’un bloc de marbre. Crée des images. Elles contiennent toutes les pensées, tous les axiomes possibles, tous les aphorismes. Bien sûr, tu me diras qu’un aphorisme est une image intérieure, et je le conçois fort bien. Mais 200 aphorismes font un traité de philosophie ou un livre de haute morale. Même Gide est un moraliste. Il énonce des idées, des justifications, il transforme la notion de plaisir en une notion de devoir ; il se croit obligé (noblesse oblige) de critiquer, de comparer, de créer des critères. Or, je l’aime mieux quand il s’agenouille au hasard et ne cherche plus Dieu, se disant que Dieu est partout. Rimbaud nous bouleverse plus qu’André Breton. Pourquoi ? Parce qu’il chante et n’apprend rien à personne. Si révélation il y a dans sa poésie, il ne s’en préoccupe pas d’une façon dialecticienne. Tu disais toi-même : « Les fruits nous consolent et les idées nous désespèrent. » Alors, nous sommes d’accord ? Excuse-moi, mon vieux, de te donner des conseils.

    C’est Bonafé et les études littéraires et grammaticales qui remontent comme un mets que l’on a mal digéré. Tes erreurs sont certainement fructueuses. Nous raisonnons trop. Et moi je raisonne quand je te reproche de raisonner. Nous sommes des enfants pour qui le monde entier est un école. Mais nous sommes encore trop studieux. Il faudrait pouvoir crier avec Rimbaud: « Oh là là ! que d’amours splendides j’ai rêvées ! »
    Dans tous nos gestes et dans chacune de nos pensées, tu occupes la plus grande place, la seule possible. Nous t’embrassons.

     

    .

     

    GEORGES BRASSENS

    http://www.deslettres.fr

     

    .

     

    brassens et roger_toussenot

    Georges Brassens et Roger Toussenot


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  • 05/02/16--06:07: DES ANNEES-LUMIERE....
  • L'amour nous va trop bien désormais
    pour que nous allions bien sans lui
    Nous aurons encore pour nous
    je le sais je le sens
    des heures de plein soleil
    et des journées-lumière
    Et nous prendrons encore
    le grand large des tempêtes
    et à nouveau
    tu briseras mes amarres
    Je veillerai
    J'attendrai
    J'espérerai
    et le jour où refaire le monde
    sera enfin possible
    je serai là sans pour autant
    avoir peuplé l'attente
    d'autres amours et d'autres désirs
    Et tu me retrouveras
    fatiguée sans doute
    d'avoir eu mal à creuser
    tant de patience

    L'amour nous va trop bien désormais
    pour que nous allions bien sans lui
    Nous aurons encore pour nous
    je le sais je le sens
    des heures de plein soleil
    et des journées-lumière
    mes mains arpègeront encore pour toi
    des torrents de velours
    et la violence nous reviendra
    l'espace d'une douceur vive

    A l'instant extrême des étoiles
    je jetterai entre nous
    le pont de notre seule différence
    Ton nom
    Ton nom que je nouerai au mien
    au travers de l'orage
    et l'écho qu'ils forgeront ensemble
    s'en viendra déchirer
    le silence de nos armures abandonnées
    Alors nous ferons craquer l'écorce
    inutile et insolite

    L'amour nous va trop bien désormais
    pour que nous allions bien sans lui
    Nous aurons encore pour nous
    Je le sais je le sens
    des heures de plein soleil
    et des années-lumière

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    DANNY MARC

     

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    maher naji

    Oeuvre Maher Naji


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  • 05/02/16--08:11: AU COQ ET SES BEAUX SILENCES
  • Ton cri, vulgarisé pour enfants par « cocorico »,
    déchirant à mon sens car de la profondeur des âges,
    enchevêtre aigûment la stridence et la raucité,
    bruit en moi des plaintes d’une souffrance lucide.

    Monté de la gorge et du ventre comme celui de Munch
    il écorche non juste le matin mais tout temps calme,
    contrairement à ce que d’aucuns disent supposer,
    qui n’ont pas peur d’en faire un signe instinctif de triomphe.

    Il s’en faut de beaucoup que cela corresponde au vrai
    d’univers où les oasis de vie en paix sont rares,
    les bonheurs sans faille peu durables ou mensongers,
    les élans de vie contrecarrés par tant de limites.

    Je n’éprouve jamais en percevant ta cantilène
    autre chose que malaise et gêne à m’en réjouir
    à la pensée de tout ce qui aujourd’hui nous menace
    en Français humanistes, sans souci de confession.

    Cocorico pour ceux qui s’abreuvent de la violence,
    l’aiment, s’y reconnaissent, la suscitent par leurs mots,
    légitiment la force pour garder leurs privilèges,
    considérant que tous les hommes ne sont pas égaux.

    Cocorico à la haine des pères, tantes et nièces,
    cocorico à tant de beaux scandales financiers,
    cocorico au choix des banques plutôt que des hommes,
    aux politiques dont la parole ne fait plus sens.

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    HENRI-LOUIS PALLEN

    www.lierreentravail.com

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    COCORICO2

     

     

     


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  • 05/02/16--08:57: BAJO TU CLARA SOMBRA
  • Un cuerpo, un cuerpo solo, un solo cuerpo
    Un cuerpo como día derramado
    Y noche devorada;
    La luz de unos cabellos
    Que no apaciguan nunca
    La sombra de mi tacto;
    Una garganta, un vientre que amanece
    Como el mar que se enciende
    Cuando toca la frente de la aurora;
    Unos tobillos, puentes del verano;
    Unos muslos nocturnos que se hunden
    En la música verde de la tarde;
    Un pecho que se alza
    Y arrasa las espumas;
    Un cuello, sólo un cuello,
    Unas manos tan solo,
    Unas palabras lentas que descienden
    Como arena caída en otra arena.

    Esto que se me escapa,
    Agua y delicia obscura,
    Mar naciendo o muriendo;
    Estos labios y dientes,
    Estos ojos hambrientos,
    Me desnudan de mí
    Y su furiosa gracia me levanta
    Hasta los quietos cielos
    Donde vibra el instante;
    La cima de los besos,
    La plenitud del mundo y de sus formas.

     

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    OCTAVIO PAZ

     

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    dune

     

     


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  • 05/02/16--11:47: EN PAYS DE VERTIGE...Extrait
  • Les chemins mènent tous au secret. Ils s'infléchissent à quelque tournant, on marche ainsi en pays réel et puis soudain hors du temps mesurable. On se retrouve enrichi de quelque épaisseur de vie étrange comme si l'on avait déjà vécu plusieurs existences. Pays à la brisure du crépuscule comme s'il voulait signifier qu'il est tard mais toujours temps. On ramène alors de ces sortes de regards, de ces voyages, la connaissance de l'être dilaté, perméable au possible, un réel annexé, magnifié. Dans ces randonnées en pays de vertige, toujours hâtives, on grandit. Il reste de ces fulgurations une ivresse toujours plus menaçante, une drogue plus exigeante qui demande, au péril de la vie, toujours plus d'audace. C'est la vie multipliée dans les humbles choses qui débouchent sur la largesse et l'illumination. Alors le respect devient amour.

    .

    JEAN MALRIEU

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    leonor fini,,2

    Oeuvre Léonor Fini


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  • 05/02/16--12:53: LA DEMEURE DES MOTS
  •  Ce que fut sa demeure

    Et son horizon de fuchsias

    Encor là comme un zeste d'étoile

     

    La demeure

    Où le battement lent de son cœur

    Épouse la souffrance

    Et l'absence

     

    Aujourd'hui

    Murmure clair-obscur

    La poussière des rayons engrange

    Les versets d'un visage ébloui

     

    Et même une voix d'ange

    Se glisse dans les mots

    Un visible silence d'amour

    Se répand

    Auréole

    De la lueur d'étoile

     

    Je pressens

    La fraicheur inouïe du jasmin

    Parfum de l'infini

    Le ciel au fond de l'ombre

    Naissant dans la demeure des mots

     

    .

     

    JEAN-PIERRE BOULIC

     

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    DEMEURE

     

     


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    à Vénus Khoury-Ghata

    Tous les enfants, vous le savez, sont des navires
    qu’un proverbe pareil aux brises les plus douces
    conduit, syllabe après syllabe, au continent
    où les pingouins dorés murmurent des poèmes.
     
    Tous les enfants, vous le savez, sont des bouleaux
    qui dans la nuit, en demandant pardon, écartent
    leurs branches, leur écorce, et vont, jusqu’au vertige,
    danser sur la grand-place, au milieu des poulains.
     
    Tous les enfants, vous le savez, sont des comètes
    venues nous rendre hommage au nom d’un autre azur,
    d’une autre vérité, d’une autre fable ; et nous,
     
    adultes par défaut, saurons-nous les convaincre
    de s’attarder ici le temps d’un bref bonheur,
    avant de repartir chez les étoiles folles ?

     

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    ALAIN BOSQUET

     

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    jhanne treuffet,

    Oeuvre Jeanne Treuffet


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