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Poésie, Littérature, Peinture, World music, Flamenco

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  • 06/29/16--12:14: JE EST UNE ILLUSION
  • Loin d'ici la présomption, la prétention de se  risquer à courir sur les brisées de la poésie Rimbaldienne !  Je est une illusion, cette  paraphrase certes osée ou fantasque venant d'un quidam le laisserait peut-être entendre. Je m'en défends et me garde de toute velléité de ce genre, laissant aux poètes disparus la primauté et l'exclusive de l'assertion ; mais enfin, il me semble que cette image sied au texte conçu en vivant de si près la mer et les grands espaces... Alors, d'un commun accord, je vais comme je reviendrai ici apporter à ce texte plus de mystère et de clartéà la fois si tant est que mon vaisseau me le permette. Alors, lectrices, lecteurs accordez-moi ici la certitude d'un brouillon, l'ébauche  littéraire d'un humble marin à la recherche d'un autre sens à donner à son sillage, comme un rêve, une  illusion qui sourd de la brume des songes, le matin ; un seul regard contient une île et une seule larme, l'Océan.

    J'aurais tant aimé entrevoir Novalis, Hölderlin ou Rimbaud, fussent-ils pour les deux derniers, embarqués qu'ils furent  à bord d'une numineuse  folie, de ces poèmes dont on dit qu'ils eussent été pour Hölderlin témoignages de la vraie folie ! Ainsi de l'illusoire, de l'illusion, de cette existence qui comme un don vacille, oscille entre les pôles du douloir et de l'extase où l'homme tente de tracer une voie, vers la Voie, parmi d'autres voix  ...

    Préface poétique d'un marin solitaire à l'adresse de

     " AMITIÉ "

     

    .

     

     

    Ainsi de la beauté ou de la pureté
    de tous leurs gages d'amour
    valant mystères et secrets
    Quels cieux à l'entour
    ô cimes   vallons de nous  chavirés
    J'en vis l'azur comme un rappel
    l'élévation qui révèle leurs joyaux
    et délivre la solitude de ses chaudes larmes
    Au chapelet numineux et si vaste
    d'un trouble à toujours nouveau
    la féerie de l'oiseau   la migration
    le survol des migrants sans nombre
    planent sereins au royaume de l'ombre
    de l'autre côté d'un ciel empyrée

     

    Sans doute parce qu' entrevoir
    encore plus d'intuitions  de lumières
    fonde la relation avec force empathie
    qui unit aux mondes vrais et mutants 
    par-delà le Monde encore inachevé
    lorsqu'ils vont si mal et affectent
    le visage hâve des pauvres hères
    des affligés et des damnés de la raison
    assassine et meurtrière à l'envi
    Depuis  l'existence qui merveilleusement
    s'illusionne   aurais-je uniment
    tenté d'en commuer la légende

     


    Et lorsque le vent comme un peintre
    retouche à l'infini    tel un magicien
    les moutons de la mer et du ciel
    la profondeur du plain-chant
    n'en devient que plus solennelle
    Je sombre dans la mélancolie
    l'émoi d'une fascinante vision
    Le chemin de ronde me révèle
    être du vaste champ des étoiles
    où aller errant par les siècles
    intemporels    lointaine pérégrine

     

    N'aurais-je pas assez vécu ici-bas
    qu'importe les années   les acquis
    j'abandonne à l'éphémère la lettre
    de trop qui à mon prénom entrave
    et grime le cours prodigue de l'ultime
    nuit  ouvrant en esprit pour l'âme seule
    afin que les sens   unitivement   suivent

     

    Comme si l'inclination primaire 
    à l'émerveillement à la découverte
    valait gage de vérité et de fidélité
    J'honore l'intelligence de l'univers
    convergeant joyeux   ensemble
    en un unique et même point    Oméga
    qui vaille l'humble séjour ici-bas

     

    Faut-il reléguer la horde des mots
    le dessein sans appel de nos pensées
    afin que beauté et pureté toujours
    s'invitent et prévalent au diapason mélodieux 
    des métamorphoses par lesquelles
    nous allons de déconvenue en révélation
    Je ne dirai point à l'instar du Poète
    "Je est un autre"
    mais j'oserais " Je est une illusion "
    qui me conviendrait davantage !...

     

    Je suis instant    une page cochée
    inscrite au grand livre du probable
    que l'on tourne d'un revers de main
    sans jamais la déchirer car    ne manquerait-elle pas
    Je suis l'apparence   le balbutiement
    de la vie qui semble appareiller 
    et non naufrager aux dires communs
    Certes çà et là   des empreintes   le sillage
    juste refermé   que l'on ignore d'avoir oublié
    Et l'existence m'est cette insigne  illusion
    un bourgeon puis     une feuille à la ramée tardée 
    qui frémit aux vents de l'automne
    avant que de recouvrir le sol d'ors
    et de larmes opalines
    Ô reflets d'antan   je vous aime
    Illusions de moi dépassées
    J'arrive

     

    .

     

    CRISTIAN-GEORGES CAMPAGNAC

    http://marin56.canalblog.com/archives/2016/06/29/34027880.html

     

    .

     

    Stephanie Pui-Mun Law2,

    Oeuvre Stéphanie Pui-Mun Law

     

     

     

     


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  • 06/29/16--16:33: RAINER MARIA RILKE
  • Ô mes amis, vous tous, je ne renie
    aucun de vous ; ni même ce passant
    qui n’était de l’inconcevable vie
    qu’un doux regard ouvert et hésitant.

    Combien de fois un être, malgré lui,
    arrête de son œil ou de son geste
    l’imperceptible fuite d’autrui,
    en lui rendant un instant manifeste.

    Les inconnus. Ils ont leur large part
    à notre sort que chaque jour complète.
    Précise bien, ô inconnue discrète,
    mon cœur distrait, en levant ton regard.

     

    .

     

    RAINER MARIA RILKE

     

    .

     

     

     

    KIM SUK EUN,

    Photographie Kim suk Eun

     

     

     

     

     


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    Est-ce ainsi que les hommes vivent
    Tout est affaire de décor
    Changer de lit changer de corps
    A quoi bon puisque c'est encore
    Moi qui moi-même me trahis
    Moi qui me traîne et m'éparpille
    Et mon ombre se déshabille
    Dans les bras semblables des filles
    Où j'ai cru trouver un pays.

    Cœur léger cœur changeant cœur lourd
    Le temps de rêver est bien court
    Que faut-il faire de mes jours
    Que faut-il faire de mes nuits
    Je n'avais amour ni demeure
    Nulle part où je vive ou meure
    Je passais comme la rumeur
    Je m'endormais comme le bruit.


    Est-ce ainsi que les hommes vivent
    Et leurs baisers au loin les suivent.

    C'était un temps déraisonnable
    On avait mis les morts à table
    On faisait des châteaux de sable
    On prenait les loups pour des chiens
    Tout changeait de pôle et d'épaule
    La pièce était-elle ou non drôle
    Moi si j'y tenais mal mon rôle
    C'était de n'y comprendre rien

    Dans le quartier Hohenzollern
    Entre la Sarre et les casernes
    Comme les fleurs de la luzerne
    Fleurissaient les seins de Lola
    Elle avait un cœur d'hirondelle
    Sur le canapé du bordel
    Je venais m'allonger près d'elle
    Dans les hoquets du pianola.

     

    Le ciel était gris de nuages
    Il y volait des oies sauvages
    Qui criaient la mort au passage
    Au-dessus des maisons des quais
    Je les voyais par la fenêtre
    Leur chant triste entrait dans mon être
    Et je croyais y reconnaître
    Du Rainer Maria Rilke.

    Elle était brune et pourtant blanche
    Ses cheveux tombaient sur ses hanches
    Et la semaine et le dimanche
    Elle ouvrait à tous ses bras nus
    Elle avait des yeux de faïence
    Elle travaillait avec vaillance
    Pour un artilleur de Mayence
    Qui n'en est jamais revenu.

     

    Il est d'autres soldats en ville
    Et la nuit montent les civils
    Remets du rimmel à tes cils
    Lola qui t'en iras bientôt
    Encore un verre de liqueur
    Ce fut en avril à cinq heures
    Au petit jour que dans ton cœur
    Un dragon plongea son couteau

     

    Est-ce ainsi que les hommes vivent
    Et leurs baisers au loin les suivent
    Comme des soleils révolus.

     

    .

     

    LOUIS ARAGON

     

    .

     

     

     


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    « Si Autrui n’est pas mon ennemi (comme il l’est parfois chez Hegel – mais un ennemi bienveillant – et surtout chez Sartre dans sa première philosophie), comment peut-il devenir celui qui m’arrache à mon identité et dont la pression en quelque sorte de position – celle du prochain – me blesse, me fatigue, me poursuit en me tourmentant de telle sorte que moi sans moi je devienne responsable de ce tourment, de cette lassitude qui me destitue, la responsabilitéétant l’extrême du subissement : ce de quoi il me faut répondre, alors que je suis sans réponse et que je suis sans moi, sauf d’emprunt et de simulacre ou le « tenant lieu » du même : le tenant lieu canonique. La responsabilité, ce serait la culpabilité innocente, le coup depuis toujours reçu qui me rend d’autant plus sensible à tous les coups. C’est le traumatisme de la création ou de la naissance. Si la créature est « celui qui doit sa situation à la faveur de l’autre », je suis créé responsable, d’une responsabilité antérieure à ma naissance, comme elle est extérieure à mon consentement, à ma liberté, né, par une faveur qui se trouve être une prédestination, au malheur d’autrui, qui est le malheur de tous.»

     

    .

     

     MAURICE BLANCHOT

     

     

    .

    leonora carrington,,

    Oeuvre Leonora Carrington


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  • 06/30/16--04:02: AIME CESAIRE...Extraits
  •  

    " Briser la boue. Briser dans l'acceptation humble et patiente d'un long chemin à rempierrer. Briser la boue pour fonder un nouveau ciel et une nouvelle terre si bien qu'on ne pensera plus à ce qui était avant. Homme du oui dans le refus retentissant."

    ...

     

    C’est quoi une vie d’homme ? c’est le combat de l’ombre et de la lumière… c’est une lutte entre l’espoir et le désespoir, entre la lucidité et la ferveur… je suis du côté de l’espérance, mais d’une espérance conquise, lucide, hors de toute naïveté. ~

     

     

    .

     

    AIME CESAIRE

     

    .

     

    inde3


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  • 06/30/16--04:53: PATRICK ASPE
  • La revanche est amère aux pas du condamné
    retour sans larmes
    éloge d'une mélopée

    la réalité c'est prendre possession des proximites
    retourner sur soi la flamme des brasiers

    la rose sur le chemin secourue
    porte frappée aux errances apparues

    la source
    le socle d'une charrue

    la seule page qui va au cahiers des vertiges
    vertu
    maladive maladresse

    tes lèvres comme tes cuisses avancent à mes lèvres

    reflets incertains

    toujours nos corps
    virages brefs

     

    .

     

    PATRICK ASPE

     

    .

    andrea kiss

    Photographie Andréa Kiss

     


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    Il aurait dit sans doute que la radio était allumée depuis longtemps mais il n'y prêtait guère attention dans les allées et venues, les appels, les conversations d'un étage à l'autre qui préparaient le départ. Mais soudain ! Quelle musique tout autre! Deux voix de femmes qui se répondent avec une majesté et une simplicité qu'il n'eût jamais supposées possibles. Un dialogue, mais qui serait tout autant un jeu d'échos, de reflets tant la seconde voix paraît retracer, du point où elle l'écoute, la forme de la première, bien que non sans une ombre d'hésitation quelquefois, qui ressemble à de la tristesse. - En viendra-t-il à penser, lui qui écoute aussi, maintenant, et avec déjà quelle fièvre ! que c'est comme une montagne qui se réfléchirait dans un lac, dont l'eau ne se riderait qu'avec beaucoup de douceur, troublant à peine l'image ? Ou comme une couleur - un rouge presque grenat, hanté de bleu - qui a trouvé dans une autre, étendue auprès, la consonance qui ne défait pas pour autant sa solitude, son repli sur soi, son silence? Mais ce serait alors se fermer à l'impression qui le gagne aussi, d'un changement que la plus jeune des voix introduit quand même dans la figure de l'autre; et qui fait que ce signe est modifié peu à peu, jusqu'au moment où peut-être, sans qu'on l'ait su à temps, il sera devenu tout à fait autre. Non, ce n'est pas une eau qui dort, ce répons, c'est un fleuve en son haut pays, et l'amont va prendre fin, un matin, l'eau va couler dans des terres basses où la cime qui s'y redoublait hier encore ne sera plus aux lointains que ce rouge ou bleu qui s'embrume. Ce chant a en lui le mystère de la répétition infinie, mais il est aussi une attente, il connaît l'angoisse de la durée.

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    YVES BONNEFOY

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    shashiko Imaï2

    Oeuvre Shashiko Imaï


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    Jean Ferrat répond à un fanatique sioniste...

    …qui critiquait sa célèbre chanson « Nuit et brouillard ».

     

    Extrait de l’interview de Meir Weintrater, rédacteur en chef de la revue sioniste de gauche (si, si c’est officiel ), l’Arche dans le n° de mars-avril 2005, au cours de laquelle il se livre à un violent réquisitoire contre Jean Ferrat accusé de quasi négationnisme.

     

    .

     

    Monsieur Jean Ferrat
    07530 ANTRAIGUES

     

    Monsieur Meir WEINTRATER

     

    Rédacteur en chef de la revue « L’Arche»

     

    Antraigues, le 24 février 2005

     

    Monsieur,

     

    Je viens de prendre connaissance de votre interview publiée par « Nouvelles d’Arménie Magazine» de janvier 2005 et ne saurais rester sans réagir à vos déclarations me concernant et concernant aussi ma chanson: «Nuit et brouillard », car c’est la première fois depuis 42 ans qu’elle suscite une réaction de cette nature. C’est la première fois qu’on me reproche, en définitive, de n’avoir pas parlé uniquement de l’extermination des juifs.
    Vous osez le faire. J’ai envie de dire : « Tant pis pour vous », mais je vous rappelle que justement, «Nuit et brouillard» est dédiéà toutes les victimes des camps d’extermination nazis quelles que soient leurs religions et leurs origines, à tous ceux qui croyaient au ciel ou n’y croyaient pas et bien sûr, à tous ceux qui résistèrent à la barbarie et en payèrent le prix.

     

    Que vous puissiez justement, faire un compte dérisoire en regrettant que :
    «Le seul moment ou l’identité juive apparaît est dans Samuel et Jéhovah» me paraît particulièrement indigne. Je ne puis également accepter vos interprétations tendancieuses qui concernent les résistants que je célèbre et qui seraient, d’après vous, : « essentiellement communistes ». Je passe sur l’évocation de
    «Vishnou » que je n’aurais utilisé que pour la rime alors qu’il symbolisait pour moi toutes les autres croyances possibles.

     

    Si j’avais aujourd’hui à regretter quelque chose, c’est de n’avoir pas cité les autres victimes innocentes des nazis, les handicapés, les homosexuels et les Tsiganes. Mais il est temps, à présent, d’en venir à votre affirmation finale:
    «Aujourd’hui, un tel texte (vous parlez, bien entendu, de « Nuit et
    brouillard ») serait attaqué pour négationnisme implicite ».

     

    Je me demande par quelle dérive de la pensée on peut en arriver là, et si vos propos ne relèvent pas simplement de la psychiatrie.

     

    Jean Ferrat

     

    .

     

     

    .


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    ...

    Vous migrateurs que l’aube esquisse
    dans les pressentiments d’hiver
    sûrs d’épouser le pur tracer
    de l’infaillible main de l’air


    visible songe sagittal
    vecteur d’un ouvrage majeur
    sur le souffle secret des dieux


    pilotes calmes & lucides
    parmi ces méandres célestes
    ces labyrinthes cristallins
    où des vents furieux désespèrent


    élan dont la cadence
    va soudain s’amplifier
    comme sensible à l’impatience
    d’un berger abyssin
    ou d’une aube de Casamance


    vous n’êtes pas l’Exode
    d’une bible invisible
    ni le dernier symbole
    d’un verset oublié


    vous venez d’une partition
    avec le bleu pouvoir de faire
    de l’air glacial de l’Allemagne
    un air de Mozart ou de Berg

    O grand songe vous traversez
    dans votre régate nocturne
    l’écume & la rumeur
    du tumulte des hommes

    vous glissez entre les étoiles
    sur le soyeux tissu de l’ombre
    unique intense égal effort
    annulant toutes les frontières

    Energie d’un peuple d’ailes
    royaume est votre mouvement
    un léger royaume invisible
    dans sa rythmique souveraine
    son innocente trajectoire
    oh si docile à la lumière
    à sa douce légalité

     

    .

     

    RAYMOND FARINA

     

    .

    P E D R O D I A Z M O L I N S

    Photographie Pedro Diaz Molins

     

     


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  • 07/05/16--09:08: EUGENIO MONTALE
  • Apporte-moi le tournesol, que je le transplante

    Dans mon terrain brûlé par l'air salin ;

    Et qu'il montre tout le jour aux miroirs bleus

    Du ciel l'anxiété de son visage jaune pâle.

    Les choses obscures tendent à la clarté,

    Les corps s'épuisent en flux

    De teintes : elles en musique. S'effacer

    est donc le destin suprême.

    Apporte-moi la plante qui nous mène

    Là où surgissent de blondes transparences

    Et s'évapore la vie telle une essence ;

    Apporte-moi le tournesol affolé de lumière.

     

    .

     

    EUGENIO MONTALE

     

    .

    Anita Stoll22

    Oeuvre Anita Stoll


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    Un obscur poète
    dans un hameau perdu
    a décrété cette année
    année de la poésie

    cette année-là
    les paysans
    quoi qu'ils aient semé
    ont moissonné des poèmes

    les voisins
    sur la corde à linge
    avaient étendu des poèmes
    mois de mai

    les étalagistes
    étalaient des poèmes

    un vers de poésie
    a disparu sur le rivage
    nul ne le cherche

    le vent
    a dérobé
    un hémistiche
    sur le fil d'étendage du voisin

    les amoureux indigents
    dans l'obscurité de la nuit
    hors de la vue des patrouilles
    ont diffusé des tracts de poésie

    l'hôtel des monnaies
    a frappé des pièces de deux
    et quatre vers

    les prostituées
    de leurs clients sans le sou
    acceptaient des poèmes

    les demoiselles vierges
    pour prix de la fiancée
    réclamaient des recueils de poèmes
    les banques
    envisageaient l'ouverture d'agences
    de poésie

    les caissiers
    dans leurs caisses
    constataient un déficit de poèmes

    un jeune va-nu-pieds
    a troqué
    un quatrain
    contre un cran d'arrêt

    la mairie
    pour l'octroi des permis de construire
    à défaut de plans
    acceptait aussi des poèmes

    les négociants en poésie
    avec des barques sans voiles
    faisaient de la contrebande de poèmes

    les matelots
    rejetaient à la mer
    les excédents de poèmes

    les pharmacies
    rendaient à leurs clients
    la monnaie en poèmes

    un pêcheur
    féru de poésie
    pêchait le poisson
    dans le miroitement du disque lunaire

    les petits épiciers
    sur les portes de leurs échoppes ont écrit :
    " ici on n'accepte pas les poèmes "

    les cambistes chevronnés
    pour favoriser l'accalmie
    se sont
    croisé les bras

    les hommes d'état
    en quête de solution
    consultaient
    des politiciens férus de poésie

    c'était un poète
    homme d'état
    ou bien un politicien
    poète
    sa poésie était entachée de politique
    et sa politique
    dénuée de poésie

    féru de poésie et poète
    féru de vin
    et buveur
    il a passé quelques mois en prison
    où il n'a pas fait de poésie
    ni bu de vin
    mais a récité des poèmes
    pour les autres
    qui ne connaissaient ni le vin
    ni la poésie

    les agents du recensement
    ont identifié
    cent vingt-quatre mille
    jeunes poètes

    fruit d'une insomnie la nuit la plus longue
    un court poème

    à une profondeur de vingt mille lieues
    sous les mers
    un hémistiche
    ondulait
    parmi les algues

    quelqu'un de coté-là du mur
    quelqu'un de ce côté-ci
    ni celui-là ne sait
    ni celui-ci
    il n'y a que le poète qui sache

    huit à dix poissons petits et grands
    et un hémistiche sur un papier
    dans le filet des pêcheurs

    quand je n'ai rien dans la poche
    j'ai la poésie
    quand je n'ai rien dans le frigo
    j'ai la poésie
    quand je n'ai rien dans le cœur
    je n'ai rien

    dans une chambre d'hôtel exiguë
    j'ai composé un poème
    sur la steppe

    au point du jour
    mon poème a fané
    au lever du soleil
    mon poème a passé

    dans les vieux souliers de mon enfance
    toujours se sont dissimulés
    deux trois ébauches de poèmes

    le cerf-volant que petit
    j'avais lâché au vent
    s'est aujourd'hui posé sur mon poème

    un mot
    sur un papier
    le papier
    à l'hameçon d'un pêcheur féru de poésie

    dans ma paire de chaussettes blanches
    on a trouvé
    un pur distique

    face au joug du temps
    le havre du poème
    face à la tyrannie de l'amour
    le havre du poème
    face à la criante injustice
    le havre du poème

     

    .

     

    ABBAS KIAROSTAMI

    Traduction Tayebeh Hashemi et Jean-Restom Nasser

     

    .

     

    tham61,

    Photographie Thami Benkirane

     

     

     

     

     


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  • 07/06/16--10:34: ENSEMBLE ENCORE
  • Merci Thami

     

     Mes proches, je vous lègue
    La certitude inquiète dont j'ai vécu,
    Cette eau sombre trouée de reflets d'un or.
    Car, oui, tout ne fut pas un rêve, n'est-ce-pas ?
    Mon amie, nous unîmes bien nos mains confiantes,
    Nous avons bien dormi de vrais sommeils,
    Et le soir, ç'avait bien été ces deux nuées
    Qui s'étreignaient, en paix, dans le ciel clair.
    Le ciel est beau, le soir, c'est à cause de nous.

    Mes amis, mais aimées,
    Je vous lègue les dons que vous me fîtes,
    Cette terre proche du ciel, unie à lui
    Par ces mains innombrables, l'horizon.
    Je vous lègue le feu que nous regardions
    Brûler dans la fumée des feuilles sèches
    Qu'un jardinier de l'invisible avait poussées
    Contre un des murs de la maison perdue.
    Je vous lègue ces eaux qui semblent dire
    Au creux, dans l'invisible, du ravin
    Qu'est oracle le rien qu'elles charrient
    Et promesse l'oracle. Je vous lègue
    Avec son peu de braise
    Cette cendre entassée dans l'âtre éteint,
    Je vous lègue la déchirure des rideaux,
    Les fenêtres qui battent,
    L'oiseau qui resta pris dans la maison fermée.

    Qu'ai-je à léguer ? Ce que j'ai désiré,
    La pierre chaude d'un seuil sous le pied nu,
    L'été debout, en ses ondées soudaines,
    Le dieu en nous que nous n'aurons pas eu.
    J'ai à léguer quelques photographies,
    Sur l'une d'elles,
    Tu passes près d'une statue qui fut,
    Jeune femme avec son enfant rentrant riante
    Dans l'averse soudaine de ce jour-là,
    Notre signe mutuel de reconnaissance
    Et, dans la maison vide, notre bien
    Qui reste auprès de nous, à présent, dans l'attente
    de notre besoin d'elle au dernier jour.

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    YVES BONNEFOY

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    Abbas Kiarostami

    Photographie Abbas Kiarostami

     


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  • 07/06/16--13:19: JEAN LAVOUE
  • Je fus marqué au feu de déserts inconnus
    Dont les froides arêtes souvent me visitaient
    J'eus pour seuls compagnons
    D'autres marchants brûlés
    Aux braises de leurs rêves

    Une parole au cœur
    Sans hâte ils s’en allaient
    Fraterniser vers d’autres mains

    Le bief de la rencontre était en eux
    Un vide ouvert
    Une frontière à vif
    Une épaule offerte aux caresses de la nuit
    A laquelle nul ne pouvait se dérober.

    Je reconnus leur chant à l'espace silencieux
    Qu'ils laissaient derrière eux
    Je naquis dans leurs yeux
    D'une source étonnée
    Je les suivis sans hâte
    Et sans me retourner

    Ignorant du chemin
    Et de leur vin secret
    Dans l’éclat des silences
    Je savais avec eux vers quel matin j'allais

    Nul pas ne précédait mon pas
    Tout espace m’était accordé.

     

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    JEAN LAVOUE
    www.enfancedesarbres.com

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    Nora douady

    Oeuvre Nora Douady


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    « Même chose qu'avec la mer : solitude, solitude, solitude.
    Les livres m'ont plus apporté que les gens. Le souvenir d'une personne pâlit toujours devant le souvenir d'un livre, - je ne parle pas des souvenirs d'enfance, non, que des souvenirs d'adulte !
    J'ai mentalement tout vécu, tout saisi. Mon imagination court toujours devant. J'ouvre les fleurs encore en bouton, effleure de manière grossière les choses les plus tendres et je le fais sans le vouloir, je ne peux pas ne pas le faire ! Donc, je ne peux pas être heureuse ? "M'oublier" artificiellement, je ne veux pas. Ce genre d'expérience me dégoûte. Naturellement - je ne peux pas, mon regard, en avant ou en arrière, est trop perçant.
    Reste la sensation d'une solitude totale, sans remède. Le corps de l'autre - un mur, il empêche de voir son âme. Oh, que je déteste ce mur !
    Je ne veux pas du paradis, où tout est béat, aérien, - j'aime tellement les visages, les gestes, l'existence quotidienne ! Je ne veux pas de la vie non plus, où tout est si clair, si simple et grossier-grossier ! Mes yeux et mes mains arrachent involontairement les voiles - si brillants ! - de tout. »

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    MARINA TSVETAÏEVA

     

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    tham68,

    Photographie Thami Benkirane

    http://www.benkiranet.aminus3.com

     


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    Un jour la vie sera comme une main ouverte
    Nos royaumes réels tous les chants déchiffrés


    Je serai parmi vous comme un arbre immobile
    Et le soir tombera très doux sur une épaule
    Alors je chanterai comme on parle à l’oreille
    Un arpège de feuilles dans l’aile bleue du vent


    Quelque part le bonheur en nous fera ses nids
    Le soleil entrera partout dans les mémoires
    Et chacun vibrera de sa harpe profonde
    Chacun sa dissonance en l’accord inouï


    J’entends depuis toujours un impossible orchestre
    J’entends depuis toujours nos échos se brisant
    Et tu l’entends peut-être ami du bord du vide
    Cette musique d’homme au bout de la jetée


    Elle vient de si loin il faut tant de silence
    pour la sentir en toi monter avec le sang
    Elle vient par milliers de ces voix anonymes
    Où tu te reconnais où tu te perpétues


    Un jour la vie sera comme une main ouverte
    Et le soir tombera très doux sur une épaule

     

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    JEAN VASCA

     

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    emile nolde

    Oeuvre Emile Nolde

     

     

     


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  • 07/07/16--11:28: UNE PRISON SANS MUR
  • à Michelle Vallée

     

    Même le désespoir ne tient pas ses promesses.

    Les feuilles ouvrent leurs mains comme un enfant

    les yeux vers ce qui est donné,

    le soleil ou la pluie, le sommeil ou la fête,

    le trèfle à quatre feuilles ou le chant des lutins,

    la braise sous les mots traduisant le silence

    dans une langue inconnue.

     

    À chaque printemps je redeviens celui qui naît,

    celui qui ne sait rien.

    Ne comptez pas sur moi

    pour vous rendre des comptes.

    Je m'abandonne aux autres.

    Je ne vends pas je donne.

    Je n'achète pas je prends.

    Je ne prie pas je crie.

    Je ne tue pas je vis.

     

    Avec des mots enfarinés au levain de révolte

    je boulange la nuit le pain tendre des jours.

    Nous sommes tous nés de l'ivresse des étoiles,

    du silence des poissons,

    du murmure des pierres.

    J'aime la chasse sans fusil ni gibier,

    la prière sans dieu, la guerre sans soldat.

               Les pieds nus sur la terre

    je rêve de racines.

    Je ramasse les miettes

    et tous les mots tombés au milieu de la route.

     

    J'écris pour échapper au temps, à l'hiver et aux larmes.

    Je dessine des fleurs sur l'envers du décor

    et des visages dans la nuit,

    des étoiles qui chantent avec les tournesols.

    Je coiffe le réel avec des cheveux d'ange.

    J'écris pour les oiseaux, les animaux, les fous,

    des galets dans la voix et un chat dans la gorge.

    J'écris pour les aveugles, les mourants, les amis.

    J'ai des rêves sans fin au bout de chaque doigt.

     

    Cherchant la vérité hors des sentiers battus

    à plus de cinquante ans je fais encore l'enfant.

    Mêlé au sang, mêlé aux rires

    j'avance comme l'eau dans le creux des rochers.

    J'ai dormi dans les ronces

    pour rejoindre l'été dans le sang des hommes

    et pour guider la sève jusqu'au seuil des étoiles,

    donner des noms aux fleurs et aux petits oiseaux

    comme on trace une carte.

    J'ai donné ma vie pour quelques mots,

    donné ma voix, rongé ma croix

    pour lorgner les mirages où vont boire les loups.

    J'ai allumé un feu

    avec tous les drapeaux dont on fait les linceuls.

    J'ai remplacé la poudre aux yeux

    par la poussière du temps, le souvenir par l'espoir.

    Il ne reste de moi que quelques phrases éparses,

    quelques fleurs, quelques rires,

    une cendre encore vive qui implore le feu.

    On ne s'évade pas d'une prison sans mur.

    .

     

    JEAN-MARC LA FRENIERE

    http://lafreniere.over-blog.net

     

    .

    abbas-kiarostami_

    Photographie Abbas Kiarostami


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    Nous regardions nos arbres, c'était du haut

    De la terrasse qui nous fut chère, le soleil

    Se tenant près de nous cette fois encore

    Mais en retrait, hôte silencieux

    Au seuil de la maison en ruines, que nous laissions

    A son pouvoir, immense, illuminée.

    Vois, te disais-je, il fait glisser contre la pierre

    Inégale, incompréhensible, de notre appui

    L'ombre de nos épaules confondues,

    Celle des amandiers qui sont près de nous

    Et celle même du haut des murs qui se mêle aux autres,

    Trouée, barque brûlée, proue qui dérive,

    Comme un surcroît de rêve ou de fumée.

    Mais ces chênes là-bas sont immobiles,

    Même leur ombre ne bouge pas, dans la lumière,

    Ce sont les rives du temps qui coule ici où nous sommes,

    Et leur sol est inabordable, tant est rapide

    le courant de l'espoir gros de la mort.

    Nous regardâmes les arbres toute une heure.

    Le soleil attendait, parmi les pierres,

    Puis il eut compassion, il étendit

    Vers eux, en contrebas dans le ravin

    Nos ombres qui parurent les atteindre

    Comme, avançant le bras, on peut toucher

    Parfois, dans la distance entre deux êtres,

    Un instant du rêve de l'autre, qui va sans fin.

     

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    YVES BONNEFOY

     

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    Bernard Liegeois

    Photographie Bernard Liégeois

     

     


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    Merci Thami , de nous faire connaître cet auteur...!

     

    Je laisserai la porte ouverte
    et le vent sur le seuil sera
    l’autre porte de la vie sans limite
    que l’on n’enferme pas.

    Allez, mes pas,
    oublier l’étreinte de la terre
    par les pentes qui sont déjà du ciel.

    M’accompagneront ceux
    qui toujours avancent
    parce qu’ils n’ont plus rien
    où appuyer leur dos.

    Parce que tout est devant,
    dans le nouveau paysage.
    Toutes les couleurs ont attendu
    la fin de la pluie
    et font danser l’étoffe du monde.

     

    .

     

    JEAN-FRANCOIS MATHE

     

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    tham69,

    Photographie Thami Benkirane

    http://www.benkiranet.aminus3.com


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