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Channel: EMMILA GITANA
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CONCERT POUR DAMES

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Femmes de la terre et femmes de vent
Femmes des clairières
Femmes dans la terre d'entre les morts
Femmes faîtes des arbres ruisseaux
  Femmes des jours nouveaux et des ombres pures
Femmes au fardeau, déployées toutes ensemble
Femmes christiques des matins de pluie
Femmes exhangues des photographies
Femmes dans les vagues de mes songes heureux
Femmes parties trop loin
Femmes des images passées à dévoiler les rêves
Femmes uniformes au couteau d'argent
Femmes sous la tente aux bracelets d'argent qui tintent
Femmes des cythares et des vases peints
Femmes caméléons entourées de plaines et de cyprès
Femmes à l'orée sauvage d'un instant de grâce accordée
Femmes venues des sommets sur le tertre de l'enfance,
Je vous ai couronnées.
Et chaque morsure du froid sur mes doigts,
Chaque baiser donné, chaque lueur dans vos yeux
Me renvoie à la Femme qu'en vous toutes je suis.

 

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MARTINE BIARD

 

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amel zmerli,

Oeuvre Amel Zmerli

 

 

ATTENDEZ...

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Attendez, je n’ai pas dit mon dernier mot ni déchiré tous mes livres, il me reste un cœur fugitif qui chevauche une langue inespérée, un verbe escaladé au petit jour, des secousses d’images dans ma nuit végétale. Attendez, je n’ai pas salué tous les hiboux silencieux de mes forêts, ni bu le sang bleui de mes vampires, l’or de ma mémoire scintillant sur la lande endormie. Non je n’ai pas épuisé toutes mes barques du désir ni bu l’alcool de chaque vigne, je n’ai pas exploré toute l’exactitude des heures ni relevé tous les axes du soleil. Je veux m’allonger encore sur cette herbe glacée près de mes spectres bienveillants, père blessé, mère soumise, ô fantômes dansant dans la respiration de l’aube, je veux dire merci à ceux qui m’aident à porter le fardeau, mes présences de cristal, mes lampes au vent, mes voyageurs sans boussole, ô mes splendeurs quand je tombe à chaque doute, le souffle traversé par le chant et le tumulte de l’univers.

 

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BRUNO RUIZ

2016

https://brunoruiz.wordpress.com/

 

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LA PAIX, DISENT-ELLES

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La paix disent-elles
La guerre font-ils

Nous avions maquillé nos yeux pour contempler le ciel
Et rougi nos lèvres au suc des grenades pour embrasser la terre
Nous avions arrondi nos ventres pour honorer le monde

Les oiseaux se sont tus
Ô silence des déserts rendus plus arides
Sous l’acharnement des chars
Que restera-t-il sous la cendre ?
Nous cherchons les chemins, les champs
Dévastés par les bottes

Nos yeux sont cernés de deuil, nos jardins de décombres
Nos sexes ont été fouaillés au nom des frontières
Nos bouches souillées
Nos ventres ont accouché d’enfants traîtres

Ô paix abandonnée aux ronces
Mariée couronnée de la fleur d’oranger
Laissée blanche dans un cortège funèbre
Nous demeurons tes filles d’honneur
Et
Nos voix continuent d’élever au milieu des salves
Leurs chants impérieux
Nos pieds continuent de fouler la terre gorgée de sang
En danses imprécatoires

Nous nous vêtirons à nouveau pour les noces
Nous nous parfumerons à nouveau de rose
Nos maisons s’ouvriront à nouveau au voyageur
Le ciel reflétera à nouveau les vagues du désert

Nos obsédantes psalmodies emplissent déjà l’horizon où se poursuit notre légende

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GHYSLAINE LELOUP

 

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syngue_sabour

Photographie tirée du film " Syngué sabour, pierre de patience "

L'INDICIBLE

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Pas de mots
la tendresse du vent
le respir d’une essence
l’accueil de son épaule…

mon être qui revit
la joie cachée dans la nuit

Je viens
lentement
je viens
j’entre dans le non-dit
dans les abysses de ton être…

et voici nos fragilités
cette fêlure dans la pierre
cette arme de satan
j’en partage le sang
et l’amère faiblesse

ta chère… ton humble main
ta main si fraternelle
anéantit les traces

La nuit le reçoit du silence
le murmure court entre les arbres
d’un souffle
va
va profond
et soulève le poids
qui étouffait le cœur
le brise
en disperse les cendres…

 

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ÉLISABETH KOECHLIN



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UN OEUF A REBOURS

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À Alep, les enfants n'ont plus d'yeux. Ce sont les poupées qui ferment leurs paupières. Les oursons meurent les bras en croix. Le pus des ballons crève. La mort des enfants règne dans le pays des cèdres. Les djihadistes se confondent avec les G.I. Joe. On ne compte plus les cadavres dans les ruelles en sang et les maisons en ruine. On compte les balles dans le chargeur. Chaque nouveau mort engraisse un marchand d'armes. Je n'aurais jamais cru les hommes si méchants. Le capital entoure le monde de cruauté. Un voisin que je croyais ami m'a brisé une épaule et menacé de mort. Si j'écris sur la mort, ce n'est pas par peur de mourir. Je serais mort si je n'y pensais pas. Je suis dans un grand vide que je remplis de mots. Lorsque je peux, je disparais entre les arbres, les tons sombres du bois, les brouillards de brume, les broussailles d'herbe folle et les cahiers brouillons. Je veux toucher du doigt ce que l'on ne voit pas, manger des yeux ce que le temps cuisine, retrouver l'âme dans la beauté des choses. Contrairement aux dieux, les eaux ne dorment pas. Elles miroitent parfois pour cacher le courant. La lumière se transforme imperceptiblement. La rosée du matin épouse le soleil. Des gestes frayent dans la laitance du jour. La pluie, cette langue du ciel, ce glissement de la main sur la douceur d'un sein, ce plissement de terrain, ce souffle des nuages, la pluie fait remonter l'enfoui dans les berceaux d'argile. Une autre langue bouge en moi en remuant des mots. Ils imprègnent la page d'une salive d'encre. En manque de papier, quelques phrases titubent sur la table. Je n'ose pas bouger pour ne pas perdre le fil. Il arrive qu'un crayon touche le plus vivant et soigne les blessures. C'est souvent dans les mots que l'âme touche le corps. Ayant perdu le s du mot oiseau, les frissons de la langue couvent un œuf à rebours.

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Jean-Marc La Frenière

http://lafreniere.over-blog.net/

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syria2

Alep

AGNES SCHNELL...Extrait

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En pensant à toi Agnès...

 

Un jour grignoté
sans transparence
chants d'oiseaux perdus
soupirs de la terre submergée
toute la nuit
la pluie a chanté
mille doigts d'eau
ont pénétré mon sommeil...


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AGNES SCHNELL

 

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PLUIE

AIR - JOHANN SEBASTIAN BACH

REGARD DES ETOILES

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à Jean Laugier, i.m.


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Ce corps de glaise,
pesant, lié au sol,
tiré vers l’invincible nuit,

ce corps où l’esprit veille
comme l’oiseau, dans la charpente de ténèbre,
la cage d’os qu’un sang paisible éclaire,

en songe une musique le saisit,
l’allège et le dénoue de la terre charnelle.

l’aile promise, triomphale, déploie
ses plumes frémissantes.

Il se retourne
et la rosée l’aspire.

Les yeux fermés,
rêvons que dans le froid
s’élève librement notre corps de lumière.


Et le voici alors dissous dans la lumière,
dépossédé du sang
et du grand livre intime que feuillette
un vent de glace, éparpillant l’histoire.

Il n’y a plus ni songe ni mémoire
de la terre embrassée,
arbre et femme mêlés
d’amour et de douleur.

Et le jardin des mots
qui fleurissait jadis,
un âpre gel le brûle.

L’éternité bâille comme un désert
de sable pur, sans maître ni veilleur.


Désert,
renonce à ton désir en rêve d’une pluie

et d’une fleur alors qui ne fût fleur
mystique et couronnée
dans cette enceinte vierge du désert.

Que la pluie et la fleur ne soient plus que le songe
d’un jardin étranger
qu’irriguent l’eau et le sang de l’exil.

Seule beauté du roc :
sable, ciel et silence,
sans rien qui te détourne du regard des étoiles.



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JEAN JOUBERT

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ODILON REDON2

Oeuvre Odilon Redon

SOMNANBULE

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Je garde sous la peau mon costume de mort
avec à l'intérieur le long poignard de l'aube
ma voix se couvre mon ombre et moi nous sommes seuls
et je laisse sur l'eau des blessures insensées

Je suis à bout de peau je fais des métiers d'absence
je descends dans le corps des oiseaux somnambules
j'éteins les ombres blanches sur le miroir des morts
et la couleur du monde s'est perdue en chemin

Je vois le ciel pendu à des crochets de plomb
je vois des marées mortes dans le sang blanc des algues
et sur les seuils de pierre des bracelets d'oiseaux

Dans un désert de peau je guette un enfant fou
je vois dans les bûchers des émeutes de miroirs
et le même visage à toutes les fenêtres....

 

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TRISTAN CABRAL

 

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dominique perreard2

Oeuvre Dominique Perreard

 

 

GHYSLAINE LELOUP...Extrait

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Voix envolée, cris d’hirondelles
Arc du corps, traduction des ailes
Venant d’en bas les cris

Silhouette furtive des futaies
Mes élixirs guérissent, on me dit maléfique
Arrachée des forêts aux grandes fougères
Ils me fouettent me fouaillent me forcent et m’étouffent
Ma robe est jaune pour le feu et son orgie de ténèbres

Toujours les cris

Musique condamnée jusque dans les cages
Le glas de la prière tombe comme nos larmes

Traquée dans un orient aux fontaines séchées
Je porte ma prison en un voile tissé lourd
Ciel obscurci sous les barreaux de mon regard

Les étoiles se taisent la lumière s’achève

Mais revient aujourd’hui et sa promesse de clarté

L’obscurité du temps n’y fera rien
Pas plus que leurs souillures
Une lumière d’un autre ordre
Brûle
Intacte dans ma chair peuplé de voix

Le jour se lève

Je rejoins la prochaine aurore

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GHYSLAINE LELOUP

 

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sebastien baroukh2

Oeuvre Sébastien Baroukh

sebastienbaroukh.wix.com/baroukh-peintures

 

 

 

 

 

DIALOGUE AVEC GERARDO DIEGO...Extrait

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" Que te dirais-je de la poésie ? Que dirais-je de ces nuages, de ce ciel ? Les voir, les voir, les voir... et rien de plus. Tu comprendras qu'un poète ne peux rien dire de la Poésie. Laissons cette tâche aux critiques et aux professeurs. Mais ni toi, ni moi, ni aucun poète, nous ne savons ce qu'est la Poésie.
La voici ; regarde. je porte le feu dans mes mains. je le comprends et je travaille parfaitement avec lui, mais je ne peux en parler sans littérature. "

 


 ! DIAMON~11

 

FEDERICO GARCIA LORCA

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 ! DIAMON~11

 

 

poesie

 

 

 

ERNEST PEPIN...Extrait

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Irons-nous

Pays frileux

Au bord des fraternités

Vrai cœur recousu de la mer

Au hasard

L’irrémédiable en nous

L’atroce traversée de la fosse en nous

Au hasard

Le neuf galop d’une île qui cherche

Se cherche

Au hasard

D’un feu de camp

D’un boucan de soleil

Coupable de quoi

Je demande au remords

Aux souvenirs hantés

Au pays à venir

Et que façonne la belle espérance

Visage dû

Ile tue

Le ciel ne s’en est pas allé

Il est en nous

Irons-nous jusque là

Aux dernières nouvelles

Tout est en nous

Tout est à nous

 

 ! DIAMON~11

 

@Pépin Ernest

Lamentin/Faugas

 

 ! DIAMON~11

 

emmanuelle_auzou

Photographie Emmanuelle Auzou

 

 

 

 

 

HEIDEGGER

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Chemins,
chemins de la pensée ; ils vont d’eux-mêmes,
ils s’échappent. Quand donc amorcent-ils à nouveau le tournant,
dégageant la vue sur quoi ?
Chemins allant d’eux-mêmes,
jadis ouverts, soudain refermés,
plus tard. Montrant de l’antérieur,
jamais atteint, voué au non-dit –
relâchant les pas
à partir de l’accord d’un fiable destin.
Et à nouveau presse
une ombre incertaine
dans la lumière qui tarde.

 

 ! DIAMON~11

 

MARTIN HEIDEGGER

 

 ! DIAMON~11

 

Soon_Young_Lee__

Oeuvre Soon Young Lee

QUATORZIEME POESIE VERTICALE - DECIMOCUARTA POESIA VERTICAL...Extrait

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Ecrire un poème sur rien,
où toutes les transparences peuvent flotter,
ce qui n’a jamais connu la condamnation de l’être,
ce qui l’a abandonné déjà,
ce qui est sur le point de commencer
et ne commencera peut-être jamais.

Et l’écrire avec rien ou presque rien,
avec l’ombre des mots,
les espaces oubliés,
un rythme qui se détache à peine du silence,
et un silence marqué dans un point
de l’autre côté de la vie.

Un poème sur rien et avec rien.
Peut-être que tous les poèmes
passés, futurs ou impossibles
pourraient tenir en lui,
au moins un instant chacun
comme s’ils se reposaient dans sa forme,
dans sa forme ou son rien.

 

 ! DIAMON~11

 

Traduit de l’espagnol par Silvia Baron Supervielle

 

  ! DIAMON~11

 

Escribir un poema sobre nada
donde puedan flotar todas las transparencias,
lo que no conoció nunca la condena del ser,
lo que ya la abandonó,
lo que está por empezar
y tal vez nunca empiece.

Y escribirlo con nada o casi nada,
con la sombra de las palabras,
los espacios olvidados,
un ritmo que apenas se destaca del silencio
y un silencio acotado en un punto
por detrás de la vida.

Un poema sobre nada y con nada.
Quizá todos los poemas,
pasados, futuros o imposibles,
puedan caber en él,
por lo menos un instante cada uno
como su descansaran en su forma,
en su forma o su nada.

 

 ! DIAMON~11

 

ROBERTO JUARROZ

 

 

 ! DIAMON~11

 

 

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Photographie Thami Benkirane

https://benkiranet.aminus3.com/

 

 

J'AIMERAIS TOUT SAVOIR

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J'aimerais tant savoir comment tu te réveilles,
J'aurais eu le plaisir de t'avoir vue dormir
La boucle de cheveux autour de ton oreille,
L'instant, l'instant précieux où tes yeux vont s'ouvrir.
On peut dormir ensemble à cent lieues l'un de l'autre,
On peut faire l'amour sans jamais se toucher,
L'enfer peut ressembler au Paradis des autres
Jusqu'au jardin désert qu'on n'avait pas cherché.

Quand je m'endors tout seul, comme un mort dans sa barque,
Comme un vieux pharaon je remonte le Nil.
Les années sur ma gueule ont dessiné leur marque,
Mes grands soleils éteints se réveilleront-ils?
On dit depuis toujours, "le soleil est un astre,
Il se lève à cinq heures ou sept heures du matin",
Mais chaque heure pour moi n'est qu'un nouveau désastre,
Il n'est pas sûr du tout qu'il fera jour demain.

Je ne suis jamais là lorsque tu te réveilles,
Alors je parle seul pour faire un peu de bruit,
Mes heures s'éternisent et sont toutes pareilles,
Je ne distingue plus ni le jour ni la nuit,
Je ne crois pas en Dieu mais j'aime les églises,
Et ce soir je repense au gisant vénitien
Qui me ressemblait tant… Mais la place était prise
Toi seule sait vraiment pourquoi je m'en souviens.

 

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BERNARD DIMEY

JEHAN CAYRECASTEL

 

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Oeuvre Michael Parkes

BERCEUSE POUR V.....( VIRGINIE )

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Pour Vincia, ma fille que j'aime

 

Dors, ma fille, ma gazelle,
ma rose du Doued et de la Laponie,
mon fruit d'Asie, ma tourterelle,
la nuit chantonne "V....." ( Virginie )
Dors mon jasmin, mon Bagatelle,
mon poisson d'or, ma symphonie,
une étoile ouvre son ombrelle
sur le berceau de V......( Virginie )

Dors mon oiseau, ma belle abeille
mon bébé de songe et de vie,
j'entends les chevaux du sommeil
attelés de rêve et de bruit.

Mon opéra, mon arabesque,
mon air de fable et d'infini
j'entends chanter au vent de sable
un air de fées pour V......( Virginie )

 

...

 

ses yeux sont pleins de lunes tranquilles
ses yeux sont pleins de malles perdues
par des corsaires aux fonds des creux marins !
ses yeux quand le sable est mouillé
qu'il y neige des mouettes,
que la terre est brûlée et que la nuit s'y jette
voilà ses yeux de nouveau-né !
Elle a des yeux de perce-neige et de poème hindou,
elle a parfois des yeux de prétentaine
qui rendent bleu l'oeil andalou,
elle a parfois des yeux pleins de lanternes,
des yeux de filets posés, de vol de nuit,
des yeux de charme, de devineresse
des yeux de certitude et de guerrier,
elle a des yeux de plomb pour amarrer les fées !

 

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COLETTE SEGHERS

 

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Photo VINCE2,

 

BRUNO ODILE

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Nos souffles sont restés dans l’abandon.

Des brises lames s’enfoncent dans la cornée des heures mortes. Je suis estomaqué de voir combien le temps se limite parfois à la seule pensée qui m’occupe. Ta silhouette tabanège (1) à l’intérieur de mes rêves, tu es l’Arlésienne dans la fugue, tu es le sanquet (2) recueilli pour la marinade confectionnée par l’émotion. Tu fais la cabucelle (3) et le parfum du thym placarde les parois de ma mémoire. Qui du senti ou de la pensée précède l’autre ? Il n’y a pas de mesure pour exprimer ce qu’effleure le souvenir. Tu exacerbes mes sens à la rencontre de ce qu’ils ignorent et tu augmentes ma réflexion par-delà la simple contemplation.
« Uno terro, uno lenguo, un pople » (une terre, une langue, un peuple), je t’assimile à l’identité de notre culture. Celui qui n’est jamais allé en nôtre pays, te reconnaîtra dans l’accent qui épouse nos expressions colorées.
Et puis, comment oublier nos après-midi à jouer aux alentours du moulin de Daudet, nos cabrioles dans les champs qui bordent le Rhône, nos pique-niques aux abords de Maillane. Chaque champ de lavande me rappelle nos cache-cache improvisés, chaque champ d’oliviers me ramène aux promenades que nous faisions les jours sans école.
Le réel m’échappe toujours. Je voyage au travers de la pitrerie des jours lancinants comme des épures au pays des ruines. Je garde le contact avec ton fantôme. L’amour me conduit à pratiquer des excursions immobiles. Mon cœur trimballe ses malles à l’infini de tes contours.

 

 ! DIAMON~11

(1) Tabanèger : vaquer à des taches sans grand intérêt.  (3) Faire la cabucelle : couvercle d'un pot d'une marmite.

 ! DIAMON~11

 

BRUNO ODILE

 

 ! DIAMON~11

 

 

 

fonds-ecran-enfant-

 

 

 

 

 

 

 

 

ELOGE DE LA FUITE...Extrait

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Amour. Avec ce mot, on explique tout, on pardonne tout, on valide tout parce que l’on ne cherche jamais à savoir ce qu’il contient. C’est le mot de passe qui permet d’ouvrir les cœurs, les sexes, les sacristies et les communautés humaines. Il couvre d’un voile prétendument désintéressé, voire transcendant, la recherche de la dominance et le prétendu instinct de propriété. C’est un mot qui ment à longueur de journée et ce mensonge est accepté, la larme à l’œil, sans discussion, par tous les hommes. Il fournit une tunique honorable à l’assassin, à la mère de famille, au prêtre, aux militaires, aux bourreaux, aux inquisiteurs, aux hommes politiques.

L’amour déculpabilise, car pour que tous les groupes sociaux survivent, c’est-à-dire maintiennent leurs structures hiérarchiques, les règles de la dominance, il faut que les motivations profondes de tous les actes humains soient ignorés.

Le mot d’amour se trouve là pour motiver la soumission, pour transfigurer le principe du plaisir, l’assouvissement de la dominance.

Aimer l’autre, cela devrait vouloir dire que l’on admet qu’il puisse penser, sentir, agir de façon non conforme à nos propres désirs, à notre propre gratification, accepter qu’il vive conformément au nôtre. Mais l’apprentissage culturel au cours des millénaires a tellement lié le sentiment amoureux à celui de possession, d’appropriation, de dépendance par rapport à l’image que nous nous faisons de l’autre, que celui qui se comporterait ainsi par rapport à l’autre serait en effet qualifié d’indifférent.

Ce que l’on appelle « amour » naît du réenforcement de l’action gratifiante autorisée par un autre être situé dans notre espace opérationnel et le mal d’amour résulte du fait que cet être peut refuser d’être notre objet gratifiant ou devenir celui d’un autre, se soustrayant ainsi plus ou moins complètement notre action. Ce refus ou ce partage blesse l’image idéale que l’on se fait de soi, blesse notre narcissisme et initie soit la dépression, soit l’agressivité, soit le dénigrement de l’être aimé.

On naît, on vit et l’on meurt seul au monde, enfermé dans sa structure biologique qui n’a qu’une seule raison d’être : celle de se conserver. Mais, chose étrange, la mémoire et l’apprentissage font pénétrer les autres dans cette structure, et, au niveau de l’organisation du moi, elle n’était plus qu’eux.

La source profonde de l’angoisse existentielle, occultée par la vie quotidienne et les relations interindividuelles dans une société de production, est cette solitude de notre structure biologique enfermant en elle-même l’ensemble, anonyme le plus souvent, des expériences que nous n’avons pas retenues des autres. Angoisse de ne pas comprendre ce que nous sommes et ce qu’ils sont, prisonniers enchaînés au même monde de l’incohérence et de la mort.

 

 ! DIAMON~11

 

HENRI LABORIT

 

 ! DIAMON~11

 

 

SAMANTHA KELLY SMITH,

Oeuvre Samantha Kelly Smith

 

 

 

GHYSLAINE LELOUP

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Ça murmure ça chuchote
Entends

Dedans
La petite voix

Qui te remonte
Au détour du printemps
Une petite plainte
Un couinement de pauvre bête entravée

Et moi ?
Où ?
Comment ?
Pourquoi ?

Le bleu de la mésange ecchymose l’enfance
Le vieux rêve obsolète qui ne veut pas mourir
Une serre cobalt veinée de plomb
La vie miroitante empoignant ses fêlures

Renvoyer l’enfance au coin des illusions
L’abandonner encore et encore
Aux sentiers battus
Aux petits cailloux imbéciles
À l’ogre gave de pain d’épices

« On dirait qu’on serait des plumes d’oiseau-lyre
Et qu’on s’envolerait sous les vents alizés… »

Oublie le vieil enfant aux genoux couronnés
Inconsolable dans ses chagrins vitrifiés

Maintenant ruisselle
Fécondant comme pluie d’été

Oublie le vieil enfant

 ! DIAMON~11

 

GHYSLAINE LELOUP

 

 ! DIAMON~11

 

MANEGE

JE ME SUIS RECONNU...Extrait

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Le tyran a posé devant lui ses mains nues
et, seul devant ces mains étrangères, ces Mères
presque exsangues sur le drap pourpre des nations,
seul contre ces ménades pâles de l’histoire
dont l’ombre lacère sans trêve l’univers,
il fixe leur blancheur funèbre dans les âges
il sent la nuit grandir derrière elles, le sang
les soulever jusqu’au regard de dieu qui juge !
Les siècles neigeront en vain sur ces déserts
et le sang vainement saturera leur poudre,
ils sont blancs jusqu’au sang même dont ils sont teints
et nus, jusqu’à la mousse aride des armées :
rien n’ose les vêtir devant l’éternité,
pas même le Sang pur de la miséricorde.

Vertige aux innombrables mains, son Ombre immense
agrippe le tyran sans yeux, sans voix, sans mains.
(Son orbite est le creux des vents visionnaires,
son mutisme le seuil béant de la clameur :
la bouche noire il crie les foules, hérissées
de moignons si pareils aux siens, et qu’elles tendent
vers lui, dérision majeure !). L’Ombre est vide
à pic-horizontal où croulent les armées.

Ah ! Saisir ce rameau de ciel qui se balance
ce Signe ultime avant la chute illimitée !
Hélas ! L’homme est sans mains, le monde sans mémoire
l’Ombre aspire en avant le tyran fasciné,
il tombe dans la haine et la gloire : si dure
la surface de son orgueil, que pas un pli
n’en tressaille dans l’avenir. Ainsi la pierre
en sa lourde immobilité tombe sans fin,
ainsi croulent debout dans leur néant sonore
tant de statues coulées de l’airain des nuées

 

! DIAMON~11

 

PIERRE EMMANUEL

 

! DIAMON~11

 

 

BROOKS SHANE SALZWEDEL,

Oeuvre  Brooks Shane Salzwedel