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LES LEVRES ET LA SOIF...Extraits

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...

un oiseau s’est posé aujourd’hui sur tes lèvres,
comme si c’était un infime tremblement de paille
ou de la poussière blanche,

comme si c’était l’haleine d’un songe
ou un charbon de neige,


un oiseau s’est ainsi posé au bord du vide,
au bord de la pensée,

tout au bord du silence,
tout au bord d’un poème entrouvert,



ce qu’on appelle un oiseau, ce n’est pas un oiseau,

c’est un voile avec l’oiseau en dessous,
c’est une prairie avec des insectes minuscules,
de la rosée, du chant d’herbe et un voile au-dessus de tout ça,

et c’est aussi du chant d’oiseau,
si lointain qu’on ne sait pas s’il viendra un jour,

ou s’il restera à chanter au centre
du Nulle part,

au centre d’un poème,



un poème vient en réalité de nulle part

et il ne va nulle part ailleurs
qu’au centre de soi-même,

quelle que soit l’ombre ou la lumière
qui le pousse à devenir un jour
poème


 

 ! DIAMON~11

 

YVES NAMUR

 

 

! DIAMON~11

 

 

Hokuzai Katsushika (1760-1849), Canari et petites pivoines, 1834, estampe nishike-e, Japon, 24

 Oeuvre Hokusai Katsushika

 

 

 

KAMIKASE KETCHUP...Extraits

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dans quelques mois
j’aurai quarante ans
j’ai peur je serre les dents
j’enfonce un mouchoir
dans ma gorge
pour ne pas hurler
dans quelques mois
j’aurai quarante ans
je ne sais pas qui je suis
je ne sais pas où je vais
Terrorisé d’avance
puisque ce sont les ordres
supérieurs secrets

Autrefois j’avais une maman.
Autrefois
parce qu’elle est morte
j’avais trois ans je crois
il n’y a personne pour me renseigner
exactement
Mon père
ne parle plus de tout cela
il s’est remarié
il y a longtemps
il a fait deux enfants
que je n’aime pas
il vieillit mal
il respire très fort la nuit
en souvenir d’une blessure
de guerre
d’une évasion Stalag KZ
la fuite à travers la neige
la nuit
les chiens flairent la trace
D’un couteau il tue un SS
la lune est froide
au-dessus de la Poméranie

J’aime tes cuisses bleues
tes lèvres
de campagne brûlée
Je songe à tes seins
qui sont deux solos de saxos
deux amazones
deux nuits boréales
j’aime ta chair
je te suce
jusqu’à ce que
la ville flambe

Sur la photo il y a ma mère
Elle sourit à mon père
hors champ
elle est belle on m’a raconté
Elle est coiffée d’un béret
nous sommes en 1936
j’ai cinq ou six mois
je souris béat
j’ignore tout
du Front populaire
En Espagne Federico
vient de crever,
assassiné par des imbéciles
des phallocrates, des fascistes
Tu souris, tu me regardes
avec des yeux de mai 1968
Je ne sais pas que je suis
mortel j’ignore qu’un jour
je serai cet ivrogne
titubant
le long
de la rue des Archives
Première à gauche
rue Rambuteau
Puis c’est la Rue Beaubourg
un effort Camarade
Première à gauche encore
Tu t’épuises
Enfin rue Chapon.

J’ai mon père
il ne m’a pas dit
trois phrases
depuis mon enfance
il pleut quelque part
sur ma ville natale
j’oublie les coups les bleus
les baffes les gnons
les torgnoles
j’aime cet homme déglingué
cassé il est mon géniteur
un jour une nuit
il m’éjacula sur terre
je devrais le haïr
je n’y arrive pas

...


dans quelques mois
j’aurai quarante ans
de plus en plus je me perds
il y a des flics
qui me pistent
il y a ma tête mise à prix
Au secours docteur Freud
À moi Emiliano
(Emiliano Zapata fut
mon copain d’enfance.
Ensemble
nous dévalisions les nids
ensemble nous couchâmes
à l’heure de la puberté)

je marche j’écris
« André Laude
a un beau brin de plume,
André Laude est un spécialiste
de la culture Underground
Allan Ginsberg a touché les couilles
d’André Laude
André Laude
écrit comme Williams Burroughs
et il est l’ami
de Brion Gysin
À la Tartine
il salue d’un coup de chapeau
Roland Topor
et l’aveugle
de la rue des Mauvais Garçons

André Laude est poli.
Il a du talent au Monde
on le respecte
la dactylo l’invite
le week-end
dans sa maison
nichée au creux de la verdure
André Laude récite des poèmes
aux vieilles folles de Chaillot
puis il sort sa bite
et pleure
comme un « orphelin d’Auteuil ».

Ça fait mal maman
de penser à toi
depuis si longtemps
que tu pourris sous la terre
j’aimerais
baiser tes seins de bois sec
tu m’écris
que tout va bien pour toi
pourtant je m’inquiète
je ne t’ai jamais dédicacé
un de mes livres
tu n’as jamais tourné
les pages
depuis vingt ans je t’écris
pourtant je hais les mots
qui mentent et qui défigurent

Sais-tu au moins
que je suis papa
une fille de neuf ans
Nedjma
il faut que je t’explique
ça veut dire étoile en arabe
à cause de Kateb Yacine
et de mon année de taule
et de la rue des Merguez
à Alger
avec l’indienne
qui avait le troisième œil
Un fils de quatorze ans
Vincent
comme Van Gogh
Quand il naquit il était bleu
fou condamné idiot
le quatorze juillet dernier
il a dansé
Rue Sainte-Croix
de-La-Bretonnerie
Une danse étrange
il inventait les gestes
la musique
C’était beau à pleurer
des gens
avaient les larmes aux yeux
Sa mère
faisait semblant de rire
Et j’ai pensé alors
que les êtres
ne se trouvent jamais
au moment exact

Maman c’est à toi
que je songe cette nuit
tu me manques
comme me manque la femme
dont je caresserais
les cuisses les seins
le sexe diabolique
dans quelques mois
je vais avoir quarante ans
de plus en plus
j’efface mes traces
je disparais
André Laude voyage
aux antipodes
murmurent ceux qui m’aiment
Je n’irai pas
aux Galapagos
Cette nuit
c’est la rumeur
du ressac à Roscoff
qui m’obsède
Elle s’appelait Lil
C’était sans doute un mensonge
Elle avait
une bouche de marée haute
des seins
de mouettes effrayées
des yeux de phares des Trépassés
Elle s’appelait Lil
dans son kabig mouillé
elle tremblait
comme Yseult
sous la voile noire
Rue Rambuteau
la putain réelle me sourit.
Elle est grosse laide.
Pourtant
je vais monter avec elle ;
Je lui parlerai de Rimbaud,
de Reich, de Tristan Tzara,
de Rosa Luxembourg,
du Pouvoir Absolu des Conseils
elle s’en foutra.
Je la couvrirai de foutre.
Elle sera nue, grasse, ignoble.
On s’enculera mutuellement.
Parce que c’est bon.
Parce que c’est la mort
vaincue trois minutes.
Parce que
c’est la misère humiliée
un éclair bref.

Mes Géniteurs
je vous crache à la gueule.
C’est moi
qui crèverai un jour.
Vous n’y avez pas pensé
la nuit
où vagin et queue s’épousèrent
dans des hurlements,
dans des bonds de bête fauve
Maman je t’aime !
Dans quelques mois
j’aurai quarante ans.
Je suis un auteur comblé :
neuf livres pour enfants,
trois recueils de poèmes,
un roman
plus deux ou trois trucs
sous presse.
Pour la centième fois
je relis la lettre
d’une salope qui jadis m’offrit
son ventre velu, son pubis :
« on commence toujours
par faire l’amour
avec les yeux ».

 

 ! DIAMON~11

 

ANDRE LAUDE

"Comme une blessure rapprochée du soleil "

 

 ! DIAMON~11

 

André-Laude-

André Laude

 

 

UNE ONDÉE DE MOTS

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Il pleut de leurs yeux
des averses
sur le sol piétiné
par tant d'errance
que même les fleurs
se prosternent
au passage des pas usés

oubliant la faim la soif
et la boue
leur espoir s'entraîne
pour la course européenne
et même américaine
jusqu'au fil d'arrivée
devant les barbelés

il pleut aussi d'une île à l'autre
dans le regard des enfants usés
ne leur reste que les fleurs
et la boue pour s'amuser

 

! DIAMON~11



HUGUETTE BERTRAND

! DIAMON~11

 

enfance

LA FEUILLE

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De toutes les feuilles que j’ai frôlées dans les taillis avant que le vent nomade ne les entraînât sur les routes,
Je n’en veux retenir qu’une seule, la plus commune, mais qui les réunit toutes
Parmi les alertées, les craintives, les soleilleuses, la celle-là
Qui, dans le temps où elle appartenait encore à la branche, timidement bruissait entre les mots que j’écris là,
Une feuille, pour que l’été sauvé ait son visage !

Le peintre est plus heureux que le poète, qui sur sa toile assemble les couleurs et les paysages Rouges de sang, verts comme sève et bleus du ciel de ce tableau.
L’espace est plein à ras bord, l’eau déliée déborde quand on y trempe la pointe du pinceau.
Moi, je n’ai couleur que de mots et leurs lumières
Sont noires comme le feu captif à l’intérieur des pierres.
Et le langage grince et crie entre l’inerte et le vivant et me fait mal
Quand je me fraie un passage pour rejoindre ma place entre le particulier, le général.
Il me suffit pourtant d’un mot, d’un seul, pour l’ouverture.
Comme la source
Qui s’étire entre les joncs avant de prendre course,
S’éveille dans le plaisir et le murmure dans l'immense octave du plain-chant,
La feuille libre devient langue commune dans la bouche même du vent.

Ainsi tous deux élus sans choix — et peu m’importe que je sois laurier, et toi acacia à odeur de femme — ou bien feuille de chêne,
Nous ne savons ensemble que les premiers mots de l’été, mais les autres sont venus, faisant la chaîne
Où tout se tient, et le monde et les cieux se sont ouverts
Et il en faut peu pour que la pression aérienne de cette feuille ne déborde sur nous l’univers.

Et l’arbre vient qui la porta, et tous les arbres avec leurs lichens sur l’épaule, et le buisson où le soleil se déchire,
La haute mer des prés qui lance ses vagues d’herbes comme des messagers pour s’assurer de son empire,
Et les chemins où nous nous sommes rencontrés — chemins à deux que l’on suit un moment, qu’on abandonne en leur montrant du doigt le rendez-vous
Sur la colline qui s’embrase avec la haute maison solaire du mois d’Août.

À l'image d'une journée prise entre deux pages d'un herbier,
elle dort, maintenant, la feuille, un long sommeil l’a prise
Et si bougent les souvenirs, c’est qu'entre les mots court un ruisseau dont les syllabes sur les pierres se brisent,
Se plaignent et se mélancolisent en reliant hors du temps l’aube et l’espoir.
Une feuille tombe de la rive dans le poème, et c’est la même. Alors, des fonds où ils dormaient, se détachent les poissons noirs de la mémoire et affleurent la surface pour venir voir.

Elle est verte et légère à la vitre du poème qu’elle ride. À son envers,
Que je monte aussi vers sa lumière et que vivre me soit soudain différent quand je regarde à son travers.
Que tout me soit à nouveau sauvé, me soient données toutes les chances et que s’élance
Un autre étééternel avec ses terres à l’affût. Plus large et plus puissant
Pour avoir crevé la membrane verte de l’espace, malgré la charge accrue des ans où ploie mon chant,
Je vais grandir et devenir moi-même été, prairie, colline.
Nos pas perdus se rejoindront dans nos poitrines,
Ces pas de loup, ces bruits de feuilles accourant en tous sens
Qui reprendront chaleur et renaissance dans le sang.

L’amour inquiet a besoin de patience
Et dans le monde du poème où j'étends les bras pour assigner à chaque chose sa place, son harmonie et ses distances,
Peut-être que j'apaiserai et confondrai dans un même secret
La feuille perdue qui rêvait d’avoir un visage et mon visage qui avait perdu sa forêt.

 

 ! DIAMON~11



JEAN MALRIEU

 ! DIAMON~11

 

Femme-avec-une-feuille-dans-la-main,

Oeuvre ?

GHYSLAINE LELOUP

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Ils ont tant de fois tenté
De broyer mon corps et d’effacer ma mémoire
En habits d’infamie, ployant sous l’anathème
Leurs mots lacéraient ma chair autant que leurs pierres

Je sais les deux

L’obscurité du temps n’y fera rien
Pas plus que leurs souillures
Une lumière d’un autre ordre
Brûle
Intacte dans ma chair peuplée de voix

J’ai trois mille ans
Mariée sans amant sur une faille d’encens
Je hurle la prophétie de dieux affolés
Les hommes m’exilent loin des vivants
Venant d’en bas les cris

Toujours les cris

J’ai deux mille ans
Épouse répudiée aux aubes de granit
Chênes entaillés des solstices
Je ne cueillerai plus vos beaux fruits mordorés
Le gui a éteint son or au seuil de la raison

J’ai deux mille ans ailleurs
Repentie à la chevelure parfumée
Ils me disent la putain de l’autre
Celle qui danse sur des paroles inouïes
Et baise ses mains sans entraves

Depuis mille ans figée dans leurs cathédrales
Vierge définitive ou catin repentie
Ils ont gelé mes courbes dans des plis de stuc
Ourlé ma bouche de marbre

 

 ! DIAMON~11

 

 


GHYSLAINE LELOUP

 

 ! DIAMON~11

 

 

FRANCESCO HAYEZ

Oeuvre Francesco Hayez

 

JOEL GRENIER...Extrait

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 "Pourquoi a-t-il fallu qu’un bout de nuit s’entasse
Au fond de cette allée oubliée par le temps,
Que la pluie de janvier recouvre de sa crasse
Ces semblants de pavés balayés par le vent?
Pourquoi a-t-il fallu que des ombres sans âme,
Fantômes du Néant, viennent s’y perdre un soir,
Pour planter le décor d’un mauvais mélodrame,
D’un film de quatre sous sur un écran trop noir?
Pourquoi a-t-il fallu qu’une femme perdue
Dépose son bébé dans les bras du hasard?
Personne n’habite cette maudite rue
Qui ne fait après tout qu’abriter le blizzard!
Même Dieu se foutait, au chaud dans son église,
Que cet enfant soit nu : son fils, lui, l’était bien !
Il s’en moquait comme de sa propre chemise,
Qu’il avait dû donner au dernier des chrétiens.
Et même la lune, s’en battant les étoiles,
S’est voilé la face d’un nuage plus dense.
Ô lune maudite, tu n’enlèves tes voiles
Que pour les sorcières quand elles sont en transe.
Mais pour le nouveau-né que l’on offre en pâture
Aux griffes de l’hiver, aux morsures du froid;
Il n’est point de destin aux couleurs de l’azur,
Ni même une prière, encore moins une croix."

 

 ! DIAMON~11

 

JOEL GRENIER

 

 ! DIAMON~11

 

 

sabine-weiss2

Photographie Sabine Weiss

 

 

A L'ORIENT DE TOUT...Extrait

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 D’ici là
D’un instant l’autre
L’inattendu adviendra
Quand les dieux habiteront l’intervalle
Du dire à l’entre-dire
Du don à l’abandon
Tout le respiré du printemps
Qu’un trait de sang retrace
La brûlure éclatant en bourgeons
Ivresse et soif demeurent intacts
Dans l’initial rythme retrouvé
Source sera nuage et nuage averse
D’ici là
D’un instant l’autre
Nous nous rejoindrons
Chacun en avant de soi
S’étend de ce qu’il ouvre
S’accroît de ce qu’il donne
Toute fêlure offrande
Toute en- tente
                                   ex- tase

 ! DIAMON~11

 

FRANCOIS CHENG

 

 ! DIAMON~11

 

inconnu

 

 

ODE AU DICTIONNAIRE...Extrait

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Au nom d’Alpha, de Bêta, grands-prêtres du langage,

Veaux d’or de la Loi et maîtres des cérémonies,

Chefs de la chronologie, pères de l’alphabet,

Qui est origine et fin, de tout temps à jamais,

En ce livre lourd, épais, plurivolumineux,

Sur lequel on se penche sans savoir ce qu’on cherche,

Mais que l’on parcourt sans cesse avec jubilation,

Je me prélasse, comme je vis, de mot en mot.

Après des haltes aux endroits justes, salutaires,

Après avoir contourné l’objectif à atteindre,

Sondé dans le profond, ou bien gagné les hauteurs,

Après des erreurs de parcours, de fil en aiguille,

Uni l’antinomique et autres choses subtiles,

Fait mes ablutions en l’eau des étymologies,

Par l’éclair d’une métaphore absolue, désir,

Je reviens toujours vers toi, ô patrie de l’enfance,

Donnant terre à mes pieds, terre du mot à mot.



 ! DIAMON~11

 

ZBIGNIEW BIENKOWSKI

Traduit par Michel Manoll

 

 ! DIAMON~11

 

 

daniel jaugey

Oeuvre Daniel Jaugey

 

 

LE SEUL PAYS QUI VEUT BIEN DE MOI

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Je retourne au pays des sources avant les noces du
chêne, avant l’enfance, avant la nuit. Il y a, sur le bord
du chemin de sable, la trace et la trame de toutes les
années passées. Et parfois dans le ciel, les étoiles glacées
portent un visage, une voix et le manuscrit d’une
vie.
Je retourne au pays des fées, je vais dormir dans la
forêt du milieu avec le petit peuple des légendes.
Où vont les années qui passent : dans quel grenier ?
Dans quelle mémoire ? Dans quel doux oubli ? Et le
grand livre de la vie est toujours ouvert à la page du
jour présent.
Et le miroir est changeant qui déforme les paraboles
du visage, l’ivoire de nos désirs et la brume des souvenirs.
Je retourne au pays des sources et le temps et l’âge
sont de taquins compagnons de voyages. Ce sont des
elfes malicieux qui ne respectent rien des usages.
Je retourne dans mon pays près du ciel bleu et de la
rivière Guisane. Je retourne dans le puits des jours
devant moi. Le seul pays qui veut bien de moi, c’est
celui de mon pas.

 

 ! DIAMON~11

 

PATRICK CHEMIN

www.patrick-chemin.odexpo.com

 

 ! DIAMON~11

 

ciel MONTAGNE

LUIS MIZON

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Je voudrais quitter ma ville
et mon corps
pour aller vivre ailleurs
si le ciel était lumière de l'instant
je partirais en quête du ciel
si le ciel habitait notre regard
je chercherais la transparence
pour voir le vol des oiseaux traverser tes yeux
et l'instant de lumière
se poser près de nous
jour après jour
j'imite je colle je reconstruis avec des mots
les morceaux dépareillés de l'instant
une maison éphémère entourée de cigales
de bidons et de vieux pneus

 ! DIAMON~11

 

LUIS MIZON

 

 ! DIAMON~11

 

Elfi Cella3

Oeuvre Elfi Cella

MICHELE MORGAN - Hommage

HOMMAGE EN POESIE POUR AGNES SCHNELL

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! DIAMON~11! DIAMON~11! DIAMON~11! DIAMON~11! DIAMON~11

 

 Restera-t-il en tes mots
quelque image
qui parlera de ton absence ?
Restera-t-il en tes mots
un peu de l'haleine tiède...
qui leur donna des ailes ?

...

 Mourir ce n'est peut-être qu'une mue
un abandon des boues
une altération de la lumière
et des mots... pour d'autres...

...

Un jour grignoté
sans transparence
chants d'oiseaux perdus
soupirs de la terre submergée
toute la nuit
la pluie a chanté
mille doigts d'eau
ont pénétré mon sommeil...

 

Agnès Schnell

 

 

! DIAMON~11

 

 

De résines et d’ombres (3)
In memoriam Agnès Schnell

 

Es-tu libre
Des ferventes angoisses ?
Vois-tu
Le ciel d’en haut
Comme une page ?
Peux-tu encore prier
Comme le doute
Dans ce qui est
Nos cathédrales ?
Tu n’es plus
Sur la terre
L’arbre ne dit plus
Ton nom
L’air est saturé
De ceux qui sont allés
Pousser la porte
Que nous ignorons

 

© Patrick Chemin
Le 8 décembre de 2016

 

 

! DIAMON~11

 

 

Au-delà de la mer,
disais-tu,
quelles lumières ?
Vers quel destin de pierre et de sable
tourner des visages creusés
par la brûlure d'exister
Le vent tournoie
Le vent fait vibrer l'impossible,
violon pour la soir,
jungle verte dans l'ocre désert...

Au-delà de la mer
comme un mirage à l'infini,
cette terre brûlée
en attente de pluie
Interminable combat des vivants
pour que s'installe une clarté vivace
Lancinante espérance

Dans l'ombre de tes yeux
j'ai vu passer tous les instants du vivre
noires blessures, éclats de soleil,
chemins d'herbes et de poussière
Et tu rayonnais malgré la détresse

Si la mort est au bout du chemin,
qu'elle soit l'estuaire
où la rivière abandonne ses boues
pour entrer, nue, dans l'océan

Au-delà des mers, disais-tu,
Quelles sources nouvelles ?

 

Colette Gibelin

 

 

! DIAMON~11

 

 

Pourquoi le mystère de la mort
Nous est-il apparu si simple en ta présence

Pourquoi l'automne a-t-il cette douceur
Pourquoi même les animaux de l'arche sont complices
Pourquoi de très loin l'univers nous fait signe
Pourquoi le ciel nous couvre de caresses
Pourquoi la terre nous prend-elle sur son sein

Pourquoi en ce verger
Serions-nous restés des heures encore
À contempler les fruits de ton amour
Pourquoi avons-nous franchi émerveillés
Chaque arpent de ces vendanges tardives

Pourquoi partout dans les auberges
Avec toi ce rendez-vous des pauvres
Pourquoi ces mains tendues
Ces cœurs brûlants
Ce bon pain de l’amour partagé

Pourquoi partout ce goût d'exode
Et cette joie sans reste
Et toutes ces semences
Pourquoi la moisson délivrée
Et la simple assurance d'une mission désormais sans soucis

Pourquoi entre tes bras ce souffle d'infinie gratitude
Ce léger toucher du divin
Ce chant silencieux de reconnaissance
Pourquoi plus haute que notre douleur
La douce lumière persistante sur la rétine de nos cœurs

Pourquoi en nous cette dilatation de l'âme
Pourquoi ce lâcher des peurs
Cet espace sans limites
Cet envol de ballons
Dans l'arc-en-ciel de nos enfances

Pourquoi ce soulèvement d'archets
La danse des papillons
Le ballet des colombes
Pourquoi la certitude d'un printemps à venir
Pourquoi ces rameaux d'olivier
Abandonnés par l'oiseau au seuil de nos demeures

Pourquoi entre nous la vie donnée
La grande Vie déjà là déployée
Pourquoi le jour sans fin
Et sur le rebord de l’instant
Les pas confiants de l'aube attentive

Pourquoi ce sourire qui ne nous quitte pas
Ce soleil déposé comme un fruit mur
Dans la paume ouverte de chaque matin ?

 

Jean Lavoué

 

 

! DIAMON~11

 

 

Périodiquement,
il faut faire l’appel des choses,
vérifier une fois de plus leur présence.
Il faut savoir
si les arbres sont encore là,
si les oiseaux et les fleurs
poursuivent leur invraisemblable tournoi,
si les clartés cachées
continuent de pourvoir la racine de la lumière,
si les voisins de l’homme
se souviennent encore de l’homme,
si dieu a cédé
son espace à un remplacement,
si ton nom est ton nom
ou déjà le mien,
si l’homme a terminé son apprentissage
de se voir de l’extérieur.

Et en faisant l’appel
il s’agit de ne pas se tromper :
aucune chose ne peut en nommer une autre.
Rien ne doit remplacer ce qui est absent.

 

Roberto Juarroz

" De la présence des arbres ? "

 

! DIAMON~11

 
 
Pour Agnès Schnell

Celle qui s’en va
Porte à l’avant du corps
Un verbe nouveau
Qui épuise les étoiles
Tient dans sa main
Ce qu’elle devait écrire
Plus tard
L’absence est soudaine
Feu de givre
L’étonnement
Puis la peine

 

© Patrick Chemin (2016)
Extrait du livre
« Les petites gares et le verger »

 

 

! DIAMON~11

 

 

Au-delà des limites de la vie, il y a toujours une vie nouvelle
Dont les frontières sont inconnues.
Au-delà des jours sans souvenirs
Il y a toujours une condition d’un autre domaine
Il y a toujours un air plus vif, un ciel plus clair
Une aspiration immense dont tu ne te savais pas capable,
Une rupture

Elle engendre une naissance émerveillée.

 

Pierre Seghers

 

 

! DIAMON~11

 

 

À quel endroit de ce monde maintenant
Pourrait-on rencontrer ton visage
Ton visage et ton corps
Avec son passé qui fut vivant ?
Ce que j’entends
C’est le seul bruit des mots
Donnés comme l’épaisseur noire du monde, et restant
Dans l’inconnu
De ce qui fut portant visible et vivant ?



James Sacré

 

 

! DIAMON~11

 

 


Où va le souffle après ? Où vont les mots ?

Belle histoire la terre qui rejoint le ciel
Croire dépasse le réel

Quels signes dans les spectres évanescents des nuages ?
Quelles paroles en l’air ?

Les yeux blessés par chaque deuil coagulé
Sillons profonds des ans retenus contre soi
Précipices sans bord

Résistent tout au fond blancheur aiguë du sable
Ces moments où s’impose l’amour tellement
Qu’on se croit éternel
Accordé au monde

 

Mireille Fargier-Caruso

 

 

! DIAMON~11

 

 

J’avance sans filet
d’une étoile à l’autre
glissant à travers les trous noirs
je saute de lunes en soleils

Je me balance aux bords
de la terre
déjà je ne lui appartiens plus

Parce que ce poème est un mensonge
il a le droit d’être beau

 

Anise Koltz

" Le porteur d'ombre "

 

! DIAMON~11

 

 

C'est presque l'invisible qui luit
au-dessus de la pente ailée ;
il reste un peu d'une claire nuit
à ce jour en argent mêlée.

Vois, la lumière ne pèse point
sur ces obéissants contours
et, là-bas, ces hameaux, d'être loin,
quelqu'un les console toujours."

 



Rainer Maria Rilke

" Les quatrains valaisans "

 

 

! DIAMON~11

 

 

Sur le soupir de l'amie
toute la nuit se soulève,
une caresse brève
parcourt le ciel ébloui.

C'est comme si dans l'univers
une force élémentaire
redevenait la mère
de tout amour qui se perd.

Rainer Maria Rilke

 

 

! DIAMON~11

 

 

Ce corps de glaise,
pesant, lié au sol,
tiré vers l’invincible nuit,

ce corps où l’esprit veille
comme l’oiseau, dans la charpente de ténèbres,
la cage d’os qu’un sang paisible éclaire,

en songe une musique le saisit,
l’allège et le dénoue de la terre charnelle.

l’aile promise, triomphale, déploie
ses plumes frémissantes.

Il se retourne
et la rosée l’aspire.

Les yeux fermés,
rêvons que dans le froid
s’élève librement notre corps de lumière.

Et le voici alors dissous dans la lumière,
dépossédé du sang
et du grand livre intime que feuillette
un vent de glace, éparpillant l’histoire.

Il n’y a plus ni songe ni mémoire
de la terre embrassée,
arbre et femme mêlés
d’amour et de douleur.

Et le jardin des mots
qui fleurissait jadis,
un âpre gel le brûle.

L’éternité bâille comme un désert
de sable pur, sans maître ni veilleur.

Désert,
renonce à ton désir en rêve d’une pluie

et d’une fleur alors qui ne fût fleur
mystique et couronnée
dans cette enceinte vierge du désert.

Que la pluie et la fleur ne soient plus que le songe
d’un jardin étranger
qu’irriguent l’eau et le sang de l’exil.

Seule beauté du roc :
sable, ciel et silence,
sans rien qui te détourne du regard des étoiles.

 

Jean Joubert

" Regard des étoiles "

 

 

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Coupé du ciel, des racines, de l'espoir, le passage aura-t-il été inférieur ? L'osmose, les traverses, la souffrance, la paix, la direction, pourquoi, comment, où ? Et que devient l'amour quand la matière meurt ? Un quant à soi opaque resserre les murs. Temps mal ajusté qui plombe l'instant et finit en eau. Quelque part, un jardin, sa patience, l'attention d'un chien jaune, les jours où l'on chuchote pour ne rien déranger, une virevolte de neige sur les crevasses d'hiver, des baies rouges pour le lièvre blanc, la rivière suspendue en brisures, la voix du clocher à l'oreille du paysage, un rêve d'ange dans une aile d'oiseau, les brimborions festifs des vieilles vignes. Quand le gel embrasse le ruisseau sur la bouche et que se tait le cri, revient en mémoire une géodésie des sèves plus sûre que les chemins d'homme.

 

Ile Eniger

 

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 ...

La nuit vient pour mourir

tout comme nous.

Sur un disque irisé

nos traces gravées

disent nos racines

celles des jours

où la pluie était magicienne

et notre vie

amour illimité. "

 

Agnès Schnell

 

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AHMED BEN DHIAB...Extrait ( inédit )

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Laissez-moi dans l’exil

voyager parmi les étoiles d’eau

les gémissements de l’air

laissez-moi là-bas dans le poème

au cœur de l'infini à Alep

l’espérance désespérée

la détresse couchée sur les murs

nous reviendrons ô terre

et la vie enfantera ce qu'elle recèle encore de merveille

dans chaque souffle qui anime l’humain

lave les rêves de la rose

 

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 AHMED BEN DHIAB

Inédit 2016

 

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ahmed ben dhiab,

Oeuvre Ahmed Ben Dhiab

 

 

 

 

LE JARDIN SUSPENDU...Extrait

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 Toujours les choses se dérobent et laissent
le regard errer sur cette nappe de clarté
 dont la douceur n’est que l’approche de la pierre
  pour de violentes noces imparfaites.
 Et l’entaille demain à la mesure du corps entier,
 de quel cri s’éveillera le chemin ?
 Sous les paupières d’amande glisse le fruit des larmes évaporées,
 dur sommeil, long soleil de la besace des pauvres.

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PIERRE-ALBERT JOURDAN

 

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Joyce Gehl,

Oeuvre Joyce Gehl

LES YEUX FERMES

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J’ai grandi dans la beauté fugitive de matins bleus. Rien ne bougeait pourtant que le scintillement de l’eau. Tout tremblait en moi comme la liqueur des rêves. J’étais un animal marin entre les étoiles dormantes au fond des chenaux, la cabriole sur les algues et l’ombre des goélands.
J’ai dormi dans des chambres tièdes où me visitaient des corps silencieux. J’étais fait de départs et d’ombres blanches sur la mer, en habit de feuillage, entre les violons du vent et les hautbois de l’automne.
Je me souviens d’habits légers de femmes tombant sur des chevilles, de pins des Landes enfouis sous le sable. Des parfums dansaient dans la musique des cheveux des filles, des flammes rouges sur les épaules. Elles avaient le visage salé d’un temps immobile et caressé.
Je fus une église fraîche à midi, une ancre descendant lentement dans l’eau verte, l’horizon lent d’un ennui écarlate.
Ne me demandez pas le prix de tout cela. Il n’existe pas. Il se dépense en moi comme un alcool puissant, me tient dans l’ébloui d’instants qui font de mes vieux jours des milliers de cahiers étranges, un désordre incandescent d’images, un archipel où j’invite chaque soir la dérive des curieux.
Ne me demandez pas l’oubli.
Laissez-moi éloigner mes adieux à chaque fois que je m’endors.

 

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BRUNO RUIZ

2016

 

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gerald-bloncourt,,

Oeuvre Gérald Bloncourt

SOPHIA CHARAI & MATHIAS DUPLESSY - "MEMORIA E FADO"

QUE LA VIE ME PARDONNE

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La vie est une orange mûre et bigarrée

Un présent que l’on ne finit pas d’ouvrir

Une mémoire d’autres vies

Une enfance qui  tourbillonne vers sa lumière

J’ai habité un nuage

Et j’ai tellement voyagé que j’ai avalé le noyau du monde

Je n’avais que mon cœur pour monture

J’ai pansé le soleil

Rendu hommage aux femmes nues

La vie m’a toujours tout donné

Des pépites d’amour

Des cimetières de rêves

Des sanglots

Des naufrages

Et des torrents de rires

Ainsi soit-elle

Ma parole a usé les miracles

Elle a aussi recyclé les arcs-en-ciel

A force de souffler sur les braises d’amour

Toute vie est une faille

Un arbre que l’on plante dans sa propre chair

Dans la plus belle des solitudes

Mais il y a pire

Il y a ceux qui souffrent

Ou qui meurent de vivre

Qui remontent à la source au-delà du malheur

Peut-être faut-il aimer le présent

Ouvrir le cadeau

Et demander l’hospitalitéà la vie

Où est la maison du rêve

Nous la construisons chaque soir sous l’éclat des paupières

Mais le rêve ne nous attend pas

La vie est trop pressée de vivre pour attendre

L’oiseau court après son chant

Et moi je cours après mon ombre

Je n’ai jamais douté de l’ombre

Cette part fidèle de l’errance

Aux dernières nouvelles

Demain remontera de la nuit

Comme un seau sort du puits

Il y aura de l’eau pour toutes les soifs

Et de l’amour à boire

Aux dernières nouvelles

Il y aura des indignés sur les places publiques

On parlera au printemps

On réveillera le feu

L’amour applaudira

Je veux de cette vie là

Je veux de la rosée des mots

Je dis à ma vie qu’elle est tambour

Une résistance à l’affût

Une mer en manœuvre de beauté

Voici ma vie

Je la suis ou je la précède

J’emprunte une oasis cosmique

J’emprunte un nom de guerre et d’amour

J’emprunte un monde boiteux

J’emprunte tout y compris ma peau d’homme

Et je vis

                Avec vous

                Parmi vous

                Comme un mendiant heureux de respirer

Le monde a une odeur de mère

J’habite ma mère

Je vis…

Comme l’arbre hisse sa voile

Comme l’abeille polit son miel

Je vis…

Sans raison de vivre

Par la femme qui porte ses seins comme un bouquet

Par le vent qui m’enlace sans m’étouffer

Par la poésie qui me souffle d’aimer

Que la vie me pardonne

Que la vie me pardonne

 

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 ERNEST PEPIN

Faugas/Lamentin

21 décembre 2011

 

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SAMERE TANSLEY,

Oeuvre Samere Tansley

 

 

COLETTE ...Extrait

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"J'ai vu tant de Noëls... Noël ici, Noël au loin - et pourquoi pas Noël dans mon village natal ? C'est que mon village ne célébrait que le premier de l'an, et ne faisait guère d'apprêts pour la crèche, l'âne humble et le boeuf dont l'haleine réchauffe, depuis deux mille ans, un dieu nu... Rien ne commémorait Noël chez nous sinon l'ellébore. Sous son nom populaire "rose de Noël" elle seule fleurissait le jardin de décembre et de janvier. Quand la neige tenait bon pendant une quinzaine, j'allais la soulever par moellons épais, par croûtes friables, et me récriais de trouver la feuille digitée, la fleur en bouton, le petit oeuf blanc, clos, teinté d'un peu de couperose, sa tige épaisse, ronde et rougeâtre. "

 

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COLETTE

24 décembre 1953

 

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ellebore

 

 

 

MOTS DE NOËL

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Que reste-t-il ? ...
De ce qu’on a su,
De ce qui a déjà valu,
Que reste-t-il ?
Que reste-t-il
De l’étrange Nouvelle
Annonçant le grand Éveil,
Proclamée comme la Merveille ?
Que reste-t-il ? ...
Que reste-t-il
Quand la nouvelle est denrée périssable,
En ces jours où tout neuf est jetable,
Où plus rien n’est indispensable,
Parce que tout paraît remplaçable ?
Que reste-t-il ? ...

Ce qui reste,
Ce pourrait être pauvres grenailles,
Pitoyables fragments, rien qui vaille,
Des rogatons de minable boustifaille
Pour une humanité affamée, sur la paille,
Gisant entre les champs
de stupides batailles.
Voilà peut-être ce qui reste.
Ce qui reste,
Ce pourrait être la froide nudité
D’âmes et de cœurs décharnés,
Le creux ennui de vies esseulées
Dans un monde devenu inhospitalier
Quand tristement a pris congé
La plénitude d’un destin partagé.
C’est peut-être là ce qui reste.
Ce qui reste,
Ce pourrait être
encore la teneur
D’un secret confiné en la noirceur
De notre abîme d’horreurs
Où grouillent mille agents de peur,
Et qui attend la calme éclaircie d’un heur
Pour dégager discrète lueur
Où point l’espoir de bonheur.
Ce peut être cet intrigant reste.

Mais où
regarder
quand il ne reste
De l’étoile au firmament,
De la clarté venant d’Orient
Que la lumière des écrans,
Que néons et feux clignotants
Semant la ruée des passants
Dans les labyrinthes d’un sombre néant ?
Comment
dire
quand il ne reste
Pour dégager cette clarté
Que mots tragiquement évidés,
De viles pacotilles farcis, bourrés,
Tout juste capables d’aguicher,
Habiles surtout à fourvoyer
Une humanité en mal de frivolités ?
Comment
fêter
quand il ne reste
Du mystérieux événement
Que piteux souvenirs chancelants
Sur insipides décors ronflants,
Enfouis dans un apparat décadent
Où grognonne le dieu argent
Au grand plaisir des marchands ?

Que
faire
au milieu de tous ces restes ? ...
Au fond de l’abîme plonger résolument,
Affronter le monstrueux Léviathan
Des eaux troubles de ce temps
Qui s’en prend même aux enfants,
L’affronter en un singulier engagement,
Mais sans ferraille comme armement.
"Imprudent et inutile geste !"
De proclamer s’empressera-t-on.
Toutefois c’est clair que les canons
Ne savent pas donner le ton
Pour que se crée l’unisson
D’une immense et silencieuse clameur de fond
S’élevant contre la haine, vengeance
et courte vue des convictions.
"Simple et valeureuse geste !»
Faut-il rétorquer toutefois,
Que cette originelle voix
Au cœur du pauvre, du riche, du roi,
Montrant à l’humanité en désarroi
La seule et unique voie
Vers l’hospitalité d’un même toit.

.....

Alors en quête de ce qui reste
Par delà oripeaux, travaux et tas de cadeaux
Qui jonchent le vide,
le rien du beau,
Peut apparaître comme en un halo
Le souvenir du premier chaos :
Au commencement, la parole, le mot;
Puis s’annoncer la mission de dire à nouveau.
Dans le temps qui nous reste,
Redire
à neuf l’univers
Pour que le monde des experts
Géniteur de ses propres adversaires
Avec pouvoir de le défaire,
Trouve un espace salutaire
Pour s’établir à demeure et
être.

Le symbole de la crèche
Abritant le Verbe nourrisson
Reste toujours de saison :
La simplicité du son,
Du mot rajeuni capable d’innovation,
Est l’hôte, le séjour, la maison
De l’être de la mouvante création.
Le
mot
appelle
Et renouvelle...
Est ce qui reste

 

 

 

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 FERNAND COUTURIER

 

 

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sergefiorio

Oeuvre Serge Fiorio

sergefiorio.canalblog.com

 

NICOLE BARRIERE ...Extrait

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un enfant suffit, présent
une main suffit, tendue
dans le tumulte des sanglots
Ce jour, cette heure
la nudité des multitudes cherche l’autre
ouvre la page et dit : je t’aime.

dans le silence, les images des solitudes
les cieux gris sentent venir la lumière.
Et le monde se lève
cœur battant jubilation
libère et envahit
l’abime du seul mot fraternités

Jours ordinaires d’entente et d’appel
Même l’obscurité des jours de pauvreté,
c’est toujours l’étable des humbles
et l'espoir d’un jour beau d’accueil
sur la vieille terre des pleurs,
Le silence soudain chuchote.

Respirent et halètent les prières
longue marche des ombres, équinoxes des fois
Dans l’air les oiseaux d’exil ne peuvent dormir
De quelle douleur se tendent leurs ailes ?
De quel cri se fendent leurs becs ?
De quelle attente piétinent leurs pas ?

Derrière les jalousies, veillent les tempes engourdies
tourmentées d’agapes insolentes
le monde meurtri d’ordres militaires
pleure comme l’enfant dans le rocher
le songe bat et affole sa gorge
un enfant vient en silence
dans l’ombre de sa croix

Il fait grand soleil sur la joue des lunes
Et grande tourmente sur la douleur du monde
Il arrive comme les pauvres de l’exil
dans le vent et déjà fuit vers les étoiles
Dieu le voit debout sur le soleil.

 

! DIAMON~11

 

 


NICOLE BARRIERE

! DIAMON~11

 

 

 

misere

Oeuvre ?