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Channel: EMMILA GITANA
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LA VOIX DE PERSONNE...Extrait

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J'écoute la rumeur qui monte des choses. La pensée vide, j'entre en résonance. La parole peut jaillir d'une simple motte de terre ou d'un reflet dans la vitre. Ce ne seraient d'abord que des murmures épars, des chuchotements qui lentement se rassembleraient et finiraient par former un début de phrase encore balbutiante. Puis, de ruisseau, la petite voix deviendrait rivière et fleuve. Chargée d'alluvions, peut-être de pépites, la phrase prendrait de l'ampleur, se laisserait porter par le courant jusqu'à la haute mer. Dans les remous de la langue ainsi forgée, l'écriture du monde serait fragile et menacerait à chaque instant de se noyer, de sombrer dans l'abîme, mais chaque fois elle se redresserait avec la vague, s'élançant en biais dans la lumière vers un point de toute façon innommable, une ponctuation pour le silence. 

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ALAIN ROUSSEL

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JE N'AI QU'UNE ROSE ENTRE MES DOIGTS

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Je n’ai qu’une rose entre mes doigts
qu’un fragment de cette fête.
Dans les veines une foi vivante
et dans ma gorge une poignée de mots.
Mon chant s’enroule
comme le fil autour du fuseau
d’un instant qui sera un jour
un jour pour tous un instant de joie.
Ce moment nous reviendra à nous et
aux hommes de bonne volonté
dans l’âpre combat que nous menons pour
gagner l’incandescente sagesse.

Mais je sais qu’il restera
comme un pain sur notre table
un jeu de frontières
une invite
des solitudes du profond désert :
l’amour qui gouverne le monde se sera assis à notre table.

 

 

 

 

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MILAN RUFUS

 

 

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ABDELLATIF LAÂBI...Extrait

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....

Ô jardinier de l’âme
as-tu prévu pour la nouvelle année
un carré de terre humaine
où planter encore quelques rêves ?
As-tu sélectionné les graines
ensoleillé les outils
consulté le vol des oiseaux
observé les astres, les visages
les cailloux et les vagues ?
L’amour t’a-t-il parlé ces jours-ci
dans sa langue étrangère ?
As-tu allumé une autre bougie
pour blesser la nuit dans son orgueil ?
Mais parle
si tu es toujours là

Dis-moi au moins :
qu’as-tu mangé et qu’as-tu bu ?

 

 

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 ABDELLATIF LAÂBI

 

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birds

 

 

 

 

AUTRES MESURES...Extrait

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A petits pas qu'importe !
De l'autre côté
le temps ne presse plus.
De l'autre côté
l'instant ne leurre plus.

Le voyage ne finit pas
de désarticuler
qu'importe le pas.

Marcheur immobile
dans l'eau qui emporte
malgré soi
vers l'irrésistible..

Oeillade des feux
nuits où les rêves
prennent corps et nous écrasent
de tendresse
le marcheur loin des voies
qui se dupliquent
ne sait quoi butiner
le temps qui se ramasse
et reste dans l'angle mort
le désir défiant le silence
ou cet infime frémissement
que le vent porte
avec l'averse ?

Magie des voix pierreuses
des impulsions muettes
des mots archivés
à peine offerts.

Magie des fièvres de louves…

 

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AGNES SCHNELL

recueil inédit

 

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LOUVES2

 

LE CALUMET DE LA PAIX...Extrait

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...

Je suis vraiment bien las de vos horribles guerres. 
Vos prières, vos vœux mêmes sont des forfaits ! 
Le péril est pour vous dans vos humeurs contraires, 
Et c’est dans l’union qu’est votre force. 
En frères Vivez donc, et sachez vous maintenir en paix. 

...

 

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 CHARLES BAUDELAIRE

 

 

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Photographie Thami Benkirane

VOEUX

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Image du Blog coquelico.centerblog.net

Voeux
La joie de chaque jour et l’amour
Contre la solitude des images
Et nous ?
naufragés des espaces intolérants
Ecrivons en mille langues, la joie
L’abri contre la violence
L’appel des jours de paix
des nuits ardentes avec la proximité des anges
de fidélité ax rêves
pour qu’à la prochaine rencontre
personne ne te sente étranger

 

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Felicitación Navideña
La alegría diaria y el amor
Contra la soledad de las imágenes
¿Y nosotros?
náufragos de los espacios intolerantes
Que escribimos en mil lenguas, la alegría
La protección contra la violencia
La llamada a días de paz
a noches ardientes con la proximidad de los ángeles
a la fidelidad a los sueños
para que en el próximo encuentro
nadie se sienta extranjero

 

! DIAMON~11

 

 

NICOLE BARRIERE

Traduction espagnole Teo Sanz

 

 

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Photographie Nathalie Magrez

2018...

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Image du Blog coquelico.centerblog.net

Le poème de la vie se goûte ainsi, au passage des années nomades.
Nous nous savons passants et passagers des secondes. Bergers des heures creuses. Des jours éblouis par le rayon de lumière au fond de nous.
Nous cherchons ce puits où notre silence s'enfuit dans la lumière.
D'année en année, le poème de la vie s'efface, se reconstruit.
Il nous faut vivre de l'espérance qui nous étreint.
C'est cela le temps que nous ranimons en nous.
D'année en année.
Bientôt, 2018 sera là. Que votre quête soit cette source de poésie vive.

 

! DIAMON~11

 

 

KHAL TORABULLY

 

 

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Photographie Nathalie Magrez

NOUVELLE ANNEE

VIOLIN SONATA OP.24 SPRING OF BEETHOVEN

CHANSON DU PRISONNIER POUR SON PETIT GARCON

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- Ruisseau, ruisseau

Arrête-toi, dirent les menthes,

Gentil ruisselet

Fil d'argent

Ruban de lumière

Écoute: nous sentons bon

Et nos timides cousines

Les violettes

Désirent te connaître,

Reste avec nous,

Ruisseau- ruisselet,

Gai compagnon.-

 

Mais le ruisseau s'enfuit

Et une rose penchée sur l'eau

Devint rouge de colère.

 

On l'entendit plus loin

Rouler et rire sur les blancs galets,

Ronronner dans l'herbe,

Murmurer sur la mousse soyeuse.

- Ne pars pas

Dirent les galets

Et l'herbe et la mousse,

Qu'as-tu à courir

Comme une couleuvre pourchassée

Ruisseau, notre ami !

Reste avec nous, étendu au soleil :

Nous t'entourerons de joncs,

Nous te protégerons avec des roseaux,

Et nous t'apporterons :

Une grenouille

Deux petits poissons 

Et un canard.

Ne t'en va pas

Ruisseau - ruisselet

Gai compagnon  . -

 

Mais le petit ruisseau

Poursuivit son chemin

Et l'herbe au bord de l'eau

Devint verte de dépit.

 

Il fit un détour par les bois

Et là il entra dans le grand silence.

C'était midi et tous les arbres dormaient.

Seule une tourterelle

S'en vint boire

Juste une goutte d'eau claire

Puis d'un trait s'envola

En roucoulant : bonjour, bonjour.

 

Ainsi arriva en ville

Ruisseau- ruisselet

Et faut-il e dire !

Il eut besoin de faire pipi

Voulut se glisser dans un jardin

Sous de grenadiers en fleur

Mais survint u gendarme

L'air mauvais,

Qui lui montra un écriteau

Sur lequel était écrit 

" Défendu ! " -

L'arrêta

Et voilà Ruisseau - ruisselet

Ruban de lumière

Fil d'argent

Notre gentil compagnon

Dans une sombre prison- réservoir

Avec beaucoup d'autres

Pauvres petits ruisseaux.

Et on les habilla de longs tuyaux

( C'est l'uniforme de prisonniers des petits ruisseaux )

Et on les envoya travailler en ville

Dans les cuisines

Dans les bassins

Dans les salles de bai

C'est ainsi que parvint dans une autre prison

Ruisseau - ruisselet,

A l'heure où Ti-Jacques allait se baigner

Et comme

Celui-ci ouvrait le robinet

Il entendit

- Je viens de dehors, sais-tu. 

- A vraiment, dit Ti-Jacques.

- Je suis Ruisseau - ruisselet

- Salut, dit Ti-Jacques

Il y a longtemps que je suis ici

Raconte un peu :  que se passe t-il dans le monde ?

- Oh, j'ai vu beaucoup de choses :

Des menthes

Tandis que je descendais vers la ville, 

Fraîches et parfumées :

Et une rose rouge,

Une rose rouge, s'écria Ti-Jacques

Tu dis, une rose rouge !

- Oui, j'ai aperçu son visage

Penché sur ma course

Et j'ai senti son ombre glisser sur moi.

- Et quoi encore ?

- Des herbes, de la mousse

Des arbres dans la lumière

Des arbres au profond des bois endormis;

Et une tourterelle,

- Une tourterelle, soupira Ti-Jacques

Une tourterelle, des arbres

De la lumière

De la mousse

Et une rose...Une rose rouge !

Ah, vois-tu

Je voudrais bien revoir tout cela...

Mais, dis-moi

Connais-tu Daniel ?

- Ma foi non, répondit l'eau

Qui est Daniel ?

- C'est mon petit garçon

Il a cinq ans

Il va à l'école

Et il est haut comme ça. Si tu le rencontres

Ruisseau-ruisselet

Triste compagnon

Dis-lui pour moi

Comme la tourterelle

Bonjour, bonjour, bonjour.

 

 

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JACQUES ROUMAIN

13/12/1935

Pénitencier National

 

 

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bernard liegeois 3

Photographies Bernard Liégeois

 

 

 

ELLE VA NUE LA LIBERTE...Extrait

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Je veux préparer un monde
où il n’y aura plus d’armes
ni de guerre
un monde où une mère
aimera le fils d’une autre mère
comme son fils
un monde qui ne fera pas de différence
entre les hommes
un monde nouveau
où ne compteront plus la gloire
ni les défaites.
Je veux préparer un monde
qui ne croira plus à l’Arche de Noé.
Je veux préparer un monde
où aucun être humain ne sera sans maison
où nul ne mourra
de froid ni de faim.
Je veux préparer un monde
où moi deviendra nous
et nous sera moi.
Je veux préparer un monde
naïf
et sincère
comme ce poème.

 

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MARAM AL-MASRI

née en 1962 à Lattaquié, Syrie 

 

 

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Deedra Ludwig

Oeuvre Deedra Ludwig

 

 

 

 

LA VENUE...Extrait

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J'aime les jardins quand ils sont silencieux,
Éventuellement décorés d'une rose
Ou d'un merle en dessous du laurier ; quand les hêtres
Deviennent roux et les bouleaux dorés. Ne dites
Pas ce qu'à vos yeux sont la nature et l'esprit ;
Écoutez le silence où se fait la musique
Sans prétendre y figurer vos impressions.
Entre nous et le ciel il y a les nuages,
La plume de ceux qui volent sous les étoiles
Se nourrissant des saisons du soleil. Nos pas
Ne laissent pas d'empreinte où nous posons le pied,
Tel est le propos des muses qui ont laissé
Derrière elles un vide inoccupé que rien
Plus ne convoite à l'heure où la lumière tombe.

 

 

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 ROBERT MARTEAU

 

 

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Photographie Thami Benkirane

FRANCE GALL - HOMMAGE

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Il y a tant de vagues et de fumée 
Qu'on arrive plus à distinguer 
Le blanc du noir 
Et l'énergie du désespoir 
Le téléphone pourra sonner 
Il n'y aura plus d'abonné 
Et plus d'idée 
Que le silence pour respirer 
Recommencer là où le monde a commencé 

Je m'en irai dormir dans le paradis blanc 
Où les nuits sont si longues qu'on en oublie le temps 
Tout seul avec le vent 
Comme dans mes rêves d'enfant 
Je m'en irai courir dans le paradis blanc 
Loin des regards de haine 
Et des combats de sang 
Retrouver les baleines 
Parler aux poissons d'argent 
Comme, comme, comme avant 

Y a tant de vagues, et tant d'idées
Qu'on n'arrive plus à décider
Le faux du vrai
Et qui aimer ou condamner
Le jour où j'aurai tout donné
Que mes claviers seront usés
D'avoir osé

Toujours vouloir tout essayer
Et recommencer là où le monde a commencé

Je m'en irai dormir dans le paradis blanc
Où les manchots s'amusent dès le soleil levant
Et jouent en nous montrant
Ce que c'est d'être vivant
Je m'en irai dormir dans le paradis blanc
Où l'air reste si pur
Qu'on se baigne dedans
A jouer avec le vent
Comme dans mes rêves d'enfant
Comme, comme, comme avant
Parler aux poissons d'argent
Et jouer avec le vent
Comme dans mes rêves d'enfant
Comme avant

 

 

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MICHEL BERGER

 

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ON M'APPELLE " SANS-PAPIERS

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On m’appelle sans papiers
Pourtant j’avais pris soin de me munir de feuilles vertes
Comme une offrande à la forêt lointaine
Mais la forêt grondait comme une jungle
J’avais pris soin de me plier dans les coins
De n’habiter nulle part
Et de courtiser les trottoirs
De bien tendre la main aux guichets
De me fondre dans la nuit du métro
Malgré tout
On m’appelle sans papiers
Connaissez-vous la minorité visible d’un sans papiers
Cela ressemble à l’invisible
Aux contrôles
Aux refoulés
Je vis ma vie de rats dans les égouts du malheur
J’habite au fond de l’exil
Je pue l’exil au fond de ma cage
Je crois en Dieu comme tout le monde
Mais j’occupe l’église de mon quartier
Oui de mon quartier Au nom du Père
J’occupe l’église pour voir Dieu de plus près
On m’appelle sans papiers
Mais personne ne m’appelle par mon nom
Il paraît que mon nom pue
Que c’est un nom à coucher dehors
Un nom d’oiseau qui a perdu son nid
Un nom d’oiseau sans papiers
Mon nid c’est la banlieue
Le foyer
La cave où dorment les zombis
Mon nid c’est un aller sans retour
Un retour sans aller
On m’appelle sans papiers
Je gratte un bout de vie
Je ronge mon os en silence
De temps en temps
Je crie
Je prie
L’Europe ne peut accueillir toute la misère du monde
Mais l’Europe a causé toute la misère du monde
Alors je suis parti sans papiers
Au nom de la misère du monde
Au nom de mes richesses
Sans papiers

 

 

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ERNEST PEPIN

Faugas/Lamentin/Guadeloupe

 

 

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SANS PAPIERS2

AGNES SCHNELL...Extrait

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Lente déclosion
accoutumance à la lumière
on traverse des terres obscures
des zones où l’âme s’expose.

On porte haut ce qu’on aime.
Pensées où les éboulis sont libres, langue sèche
hiatus entre réalité et songe.

Tant de naissances pour être soi !
Tant de jours âpres
de peurs à contenir
de brisures à colmater.
Eternel saltimbanque
de pirouettes en retournement
jusqu’à l’acmé.
Tu te cognes.
Cailloux dans l’âme
ou dans la gorge.
Voix trop fluette malgré ton cri
immense
de l’intérieur.

Crainte soudaine de fondre
de sombrer dans le tumulte composé.

On craint l’avalement
la nuit
sans fond.

 

 

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AGNES SCHNELL

 

 

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Charles-Clos Olsommer2,

Oeuvre Charles-Clos Olsommer 

 

 

 

 

 

 

MADRID

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Cette ride sinistre de la sierra et l'horizon cerné d'un orage de fer :

le ciel n'a plus un sourire plus un seul tesson d'azur

Pas un arc à lancer l'espoir d'une flèche de soleil

les arbres déchiquetés se redressent gémissent comme des violons désaccordés

tout un village endormi dans la mort s'en va à la dérive

quand la mitrailleuse crible la passoire du silence

quand explose la cataracte de fracas

que le plâtras du ciel s'écroule

Et les flammes tordues lèchent dans la cité

les blessures des lézardes calfatées de nuit

et dans le petit square abandonné où règne maintenant la paisible épouvante

il y a

mais oui il y a

sur le visage sanglant de cet enfant un sourire

comme une grenade écrasée à coup de talon

 

Plus d'oiseaux de doux chants d'oiseau des collines

l'âge de feu et d'acier est né la saison des sauterelles apocalyptiques

et les tanks avancent l'invasion obstinée des gros hannetons ravageurs

et l'homme est terré avec sa haine et sa joie pour demain

et quand il s'élance

la mort te vendange Hans Beimler *

la mort qui agite sur le van de la plaine

une moisson de cris

Voici avec  la neige la denture cariée des montagnes

l'essaim des balles bourdonnant sur la charogne de la terre

et la peur au fond des entonnoirs est comme le ver dans une pustule crevée.

Qui se rappelle l'incroyable saison le miel des vergers et le sentier sous les branches

le murmure froissé des feuilles et le rire tendre et bon de la jeune femme

la paix du ciel et le secret des eaux

- Il y a longtemps déjà que tomba dans l'oliveraie Lina Odena * là-bas dans le sud

 

C'esy ici l'espace menacé du destin

la grève où accourue de l'Atlas et du Rhin

la vague confondue de la fraternité du crime déferle

sur l'espoir traqué des hommes

Mais c'est aussi malgré les sacré-coeurs brodés sur l'étendard de Mahomet

Les scapulaires les reliques

les grigris du lucre

les fétiches du meurtre

les totems de l'ignorance

tous les vêtements du mensonge les signes démentiels du passé

ICI que l'aube s'arrache des lambeaux de la nuit

que dans l'atroce parturition et l'humble sang anonyme du paysan et de l'ouvrier

naît le monde où sera effacée du front des hommes

la flétrissure amère de la seule égalité du désespoir.

 

 

* Hans Beimler : https://fr.wikipedia.org/wiki/Hans_Beimler

 

* Lina Odena : https://es.wikipedia.org/wiki/Lina_Odena


Lina Odena, jeune dirigeante communiste qui devint secrétaire générale de l’organisation des femmes après la victoire du Front populaire, appartient au même type d’héroïne virginale. Au cours d’un contrôle franquiste, au tout début de la guerre civile, elle préféra se donner la mort avec son pistolet plutôt que de tomber entre les mains des phalangistes : le récit de sa mort l’apparente aux femmes martyres de la tradition chrétienne qui préférèrent la mort au déshonneur, ici représenté par les tortures et sévices, notamment à caractère sexuel, auxquelles étaient souvent soumises les femmes « rouges » par les franquistes

 

 

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JACQUES ROUMAIN

 

 

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femmes guerre d'espagne

Résistante guerre d'Espagne

NOËL...

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J’en ai assez de votre bonne conscience
J’en ai assez Messieurs-je-sais-tout
J’en ai assez de votre omniscience
J’en ai assez de vos airs de toutou
J’en ai assez

Voici Noël et ses marchands du temple
Voici Noël et ses soldes à deux sous
Voici Noël et ses feux qu’on contemple
Voici Noël, la misère en dessous
Voici Noël

Qu’a-t-on gardé de la Nativité ?
Qu’a-t-on gardé du mystère divin ?
Qu’a-t-on gardé de la céleste cité ?
Qu’a-t-on gardé du sang changé en vin ?
Qu’a-t-on gardé ?

On m’avait appris naguère le miracle
On m’avait appris le visage humain
On m’avait appris le son de l’oracle
On m’avait appris le cœur sur la main
On m’avait appris

Comme un livre ouvert c’est un autre langage
Comme un livre ouvert venu du fond de l’être
Comme un livre ouvert que déplierait un mage
Comme un livre ouvert à suivre à la lettre
Comme un livre ouvert

Le cœur est là cousu en filigrane
Le cœur est là posé en évidence
La cœur est là léger qui se pavane
Le cœur est là qui bat et qui danse
Le cœur est là

C’était avant que les choses vous submergent
C’était avant le siècle des pesanteurs
C’était avant les chaînes et les verges
C’était avant le règne des menteurs
C’était avant

Tout a un prix désormais ici-bas
Tout a un prix qu’on s’en saigne les veines
Tout a un prix l’homme est au plus bas
Tout a un prix jusque dans la haine
Tout a un prix

Quand je sors des murs de ma maison
Quand je sors je vois l’obscène étalage
Quand je sors l’air a un goût de poison
Quand je sors c’est l’infâme déballage
Quand je sors

Vraiment je me sens moins qu’un étranger
Vraiment les affiches, réclames, slogans
Vraiment vos articles si bien rangés
Vraiment mon mépris vous va comme un gant
Vraiment

Vous voici, dieux de la marchandise
Vous voici, votre règne est arrivé
Vous voici, vos appâts vos friandises
Vous voici, vers vous nos bras levés
Vous voici

Le nouveau dogme c’est le plaisir sans frein
Le nouveau dogme du bonheur facile
Le nouveau dogme prêchéà fond de train
Le nouveau dogme taillé pour imbéciles
Le nouveau dogme

On vous assure les rêves les plus longs
On vous assure les plaisirs solitaires
On vous assure : ni barrières ni jalons
On vous assure : ni dieu ni maître sur terre
On vous assure

Un seul dieu pourtant, au-dessus des autres
Un seul dieu, non pas au sein d’une chapelle
Un seul dieu, non pas dans un cœur d’apôtre
Un seul dieu pour un unique appel
Un seul dieu

En chiffres on le vénère, comme le veau d’or
En chiffres les prières qu’on lui adresse
En chiffres on le conjure, on l’honore
En chiffres on se mortifie, on se confesse
En chiffres

Tout se vaut pour peu que cela s’achète
Tout se vaut les prix sont affichés
Tout se vaut, se porte, s’use et se jette
Tout se vaut Amour comme Psyché
Tout se vaut

Point n’est besoin désormais de penser
Point n’est besoin encore moins de croire
Point n’est besoin pour l’esprit d’avancer
Point n’est besoin c’est une vieille histoire
Point n’est besoin

Désormais l’homme a déclaré forfait
Désormais devant « l’objet intelligent »
Désormais c’est lui sa bonne fée
Désormais il en veut pour son argent
Désormais

Entre nous on a baissé les bras
Entre nous toute affaire devient négoce
Entre nous on discute le bout de gras
Entre nous dans un monde féroce
Entre nous

Notre époque porte la grande illusion
Notre époque au nom de la liberté
Notre époque aveugle à toute vision
Notre époque ni croyante ni athée
Notre époque

Bienvenue au siècle numérique
Bienvenue le cul sur sa chaise
Bienvenue au nouvel Amérique
Bienvenue au nouveau catéchèse
Bienvenue

Vous verrez des mondes étonnants
Vous verrez, comme on vous le souhaite
Vous verrez entre levant et ponant
Vous verrez le miroir aux alouettes
Vous verrez

Les mots sont vides : comme « démocratie »
Les mots ne sont plus que de la fumée
Les mots rances au goût de pain rassis
Les mots, les mots, de mensonge parfumés
Les mots

J’en dirais tant de ces mots à vous tous
J’en dirais tant comme ça vient tout seul
J’en dirais tant, ça se dit sur le pouce
J’en dirais tant jusque dans mon linceul
J’en dirai tant

Jusqu’à ma mort je vous vomirai
Jusqu’à ma mort mon dégoût de vos normes
Jusqu’à ma mort quand léger je partirai
Jusqu’à ma mort en y mettant les formes
Jusqu’à ma mort

En crachant sur vos rituels du grand nombre
En crachant sur vos prophètes du bas ventre
En crachant, sur cet écran qui encombre
En crachant, jusqu’au désert de mon antre
En crachant

Achetez, c’est le nouvel acte de foi !
Achetez au nom du nouveau Moloch !
Achetez dieu et mortel à la fois !
Achetez, tout se vend et tout se troque !
Achetez !

En ce Noël où se lisent dans les foyers
En ce Noël, bien des récits de naufrage
En ce Noël où sombrent des destins ployés
En ce Noël où l’indigence fait rage
En ce Noël

Je dis non à l’unique dimension
Je dis non au culte de la matière
Je dis non sans feinte ni diversion
Je dis non à la terre entière
Je dis non

Au nom du feu qui étincelle en l’homme
Au nom du feu qui au fond de vous couve
Au nom du feu que l’on crie et l’on nomme
Au nom du feu où que l’on se trouve
Au nom du feu

Le sacré, à l’envi tâché de honte
Le sacré enfoui comme au fond d’une bière
Le sacré avili enfle et remonte
Le sacré comme une rancœur d’hier
Le sacré

Assez de votre Eden à quatre voies
Assez de vos muettes complaisances
Assez de vos grands messes vidés de voix
Assez de vos Romes et de vos Byzances
Assez

Je préfère oublier vos tièdes rubans
Je préfère la corde raide et sa froideur
Je préfère du monde être mis au ban
Je préfère à d’autres chaînes la roideur
Je préfère

Fatiguées sont vos molles consciences
Fatiguées vos pensées devant les défis
Fatiguées vos doctrines et vos croyances
Fatiguées dans un monde qui se suffit
Fatiguées

Qu’on arrête vos jeux intellectuels
Qu’on arrête vos prouesses formalistes
Qu’on arrête vos merdes conceptuelles
Qu’on arrête vos tours de fabulistes
Qu’on arrête

En ce Noël de bien des détresses
En ce Noël j’en appelle au sursaut
En ce Noël oublié des promesses
En ce Noël étouffé au berceau
En ce Noël

Qu’il revienne l’homme symbole d’un ailleurs
Qu’il revienne, arbre entre ciel et terre
Qu’il revienne arraché de sa torpeur
Qu’il revienne de cette graine que j’enterre
Qu’il revienne

 

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REZA AFCHAR NADERI
Paris, le 17 décembre 2009

 

 

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LES PRODIGES ORDINAIRES...Extrait

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Si quelques mots voulaient venir à son secours
peut-être traverserait-il le jour
sans trop mourir celui que
le poids des choses conduit dans
les vergers sans fruits du silence

Peut-être serait-il absous
d’avoir été dans un même temps
l’ange et la bête
celui qui traquait des langages
dans l’azur et dans la paille

Et si quelque parole fût-elle pauvre
aimait à le prendre en pitié
peut-être s’ouvrirait-il au péril
de vivre encore une journée
celui qui défaille et espère

 

 

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ANDRE SCHMITZ

 

 

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NOMADE

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Je traverse en nomade le grand corps du monde, de la fraîcheur des sources jusqu’au vent du désert, de la froideur de l’eau jusqu’aux habits de flammes, du rhume des objets jusqu’à la toux de l’âme, du sel de la mer jusqu’au fil de salive, des grottes de Lascaux jusqu’aux mots sur la page, de l’amibe encore chaud au cristal de Bohème, des hommes dans les mines aux femmes à ciel ouvert. Je traverse le monde comme un ruisseau perdu où viennent boire les bêtes. Je recueille une à une les larmes oubliées, les ailes des oiseaux pétrifiées dans la pierre. Je marche en titubant de la blessure au baume.

Je voudrais bien savoir de quoi parlent les arbres quand le vent les visite, ce que chante un oiseau pour endormir le nid. Nous apprenons la vie par les gestes qu’on pose. Nous apprenons la langue par les mots que l’on dit. Je construis ma demeure avec du bois d’homme. Je croise sur la page la baleine et l’agneau, la montagne et le pain, la source et le volcan. Ils se comprennent mieux que les hommes s’accordent. L’espérance y butine les insectes en fleurs. Des plantes inconnues escaladent le roc. À l’école du vent, les papillons par paires potassent le pollen. Les arbres du verger ne comptent pas leurs pommes. Ils se dessinent un cœur dans les lignes de l’aubier.

Je regarde le ciel sans oublier la terre. Plus léger qu’un oiseau qui marche sur la neige, je déchiffre du pied l’hexagramme des pas. Je veux tisser ma vie sans en briser le fil. Le plus beau des arbres a les racines tordues. L’abîme le plus creux aspire au soleil. La grosseur des bourgeons me tient lieu de journal. Avec le vent qui passe, les aiguilles de pin font des calligraphies. Il faut croire à son ombre autant que le soleil. Sur la route du yang, la charrette du yin bringuebale parfois. Sa vieille roue de bois ne reste pas en place. Pâle croissant de lune, je traverse en nomade l’histoire du ciel. Je cherche encore la porte pour entrer ou sortir, un horizon sans borne, une horloge sans temps.

J’ai préféré la vigne aux escaliers de marbre, les branches du pommier aux carcasses d’autos, les ronces dans les mûres au bois des balustrades. Sous les sabots du cerf, on n’entend plus la terre. La peur du chasseur fait taire les oiseaux. Même le vent dans les feuilles est une cloche sans battant. La rivière qui chante ne finit plus ses phrases. Que savons-nous au juste de la souffrance des pierres, de la peur des enfants, de la tendresse des épines ? Que savons-nous des arbres enfermés dans les portes et le bois des matraques ? Que savons-nous des morts que l’on bâillonne encore, des étoiles aveugles et des bêtes qui boitent, du courage des plantes sous le poids de la neige ?

Je ne compte pas les jours mais les cailloux blessés. Les chiffres de la pluie s’additionnent aux parfums. Le soleil multiplie les tiges du jardin. Sur la falaise de l’homme, je m’accroche aux images pour ne pas perdre pied. Je laisse sur le roc des cicatrices en feu. Dans la chair des mots, la pointe du scalpel est le bout de la langue.

 

 

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 JEAN-MARC LAFRENIERE

 

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NATH.

Photographie Nathalie Magrez

http://www.mondessensibles.canalblog.com

POUR AINSI DIRE, POUR AINSI VIVRE...Extrait

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À ceux à qui il ne manque rien
Il manque l’essentiel :
Le manque lui-même précisément

N’ayant plus rien à désirer et tout venant à leur manquer
Ceux-là déjà ressemblent à leur mort



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ANDRE SCHMITZ

 

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ileana serban2

Oeuvre Iléana Serban