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LA TRISTESSE DU FIGUIER...Extrait

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 Il y a tout au fond de la fatigue

Tout ce qu’un homme a de plus beau à donner :

Son courage peut-être,
Sa sueur perlée, sa respiration difficile
Et ses blessures déjà anciennes.

Et au sommet de la colline,
Près des myrtilles, des bruyères et de la pluie,

Il y a aussi ce secret bien gardé

Que seule
La Nature est prête à partager avec lui.

 

...

 

Un silence
Qui ne se mesure pas au nombre de mètres qu’il faut pour l’enjamber
Et passer dans l’histoire d’un autre silence,

Un silence
Qui est parfois rempli de pétales de roses
Et de tristesse,

Un silence
Qui ressemble parfois à ces choses qu’on a perdues,
Englouties par des torrents de pluie
Ou des amours déçues.

Un silence comme ça nous renverse parfois,
Comme si nous n’étions qu’un simple tas de paille
A la merci du vent.

...

 

.

 

 

YVES NAMUR

 

 

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rose-

 

 

 

FRANCE GALL ET JOHNNY HALLYDAY...

BERNARD PERROY...Extrait

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...

Et si nos peines

ont du mal à se taire,

il me reste tout de même ce sang

qui court dans tous les canaux de ma vie,

cette pauvre démarche en moi

qui ne suis qu'un homme de peu,

si fragile,

 


mais qui sait combien

toutes ses boiteries

sont sa seule façon de danser

vers la lumière,

 

vers cet immense cadeau

qui se pelotonne

dans le fond de son cœur,

 

ce halo, cette pointe,

ce regard

dont la tendresse

n'a pas de fin…

 

 

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BERNARD PERROY

 

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Deedra Ludwig

Oeuvre Deedra Ludwig

NAGER A LA RECHERCHE DU COMMENCEMENT DES TEMPS ...Extrait

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Quelles profondeurs nous atteignons parfois

Dans une conversation banale,

Dans une caresse ordinaire

Quand on sonde des vérités logées plus profond qu’on ne sait

Doucement, sans rien déranger

Comme des gens qui se parlent depuis des siècles.

 

Si je ferme les yeux je peux sentir mon souffle

Tandis que la douleur s’atténue,

Les mots venant plus aisément,

Hésitant, poissons nageant de nuit ;

Doucement, sans rien déranger,

Des phrases rejoignent le banc d’une pensée inattendue ;

 

Dans le lac Baïkal il y a des poissons sans arêtes

Ils se dissolvent là où c’est peu profond

Ils se dissolvent dans l’air.

Quelles vies doivent-ils mener là dans les ténèbres,

Doucement, sans rien déranger,

Des vies à une profondeur inattendue comme la nôtre ce soir.

 

 

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THEO DORGAN

traduction de l’anglais  Anne Bernard-Kearney et Nicole Laurent-Catrice

 

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.

 

 

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Brooks Shane Salzwedel8

Photographie Brooks Shane Salzwedel

 

 

 

IL SUFFIT D'UN MOT

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Nomme si tu peux ton ombre, ta peur

et montre-lui le tour de sa tête,
le tour de ton monde et si tu peux
prononce-le, le mot des catastrophes,
si tu oses rompre ce silence
tissé de rires muets, — si tu oses
sans complices casser la boule,
déchirer la trame,
tout seul, tout seul, et plante là tes yeux
et viens aveugle vers la nuit,
viens vers ta mort qui ne te voit pas,
seul si tu oses rompre la nuit
pavée de prunelles mortes,
sans complices si tu oses
seul venir nu vers la mère des morts

 

dans le cœur de son cœur ta prunelle repose

 

écoute-la t’appeler : mon enfant,
écoute-la t’appeler par ton nom.

 

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RENE DAUMAL

 

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nath2

 Photographie Nathalie Magrez

 

AU MIRAGE

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Murmure des mots de paille sèche sur ta nuque et

Souffle à ton oreille
L’odeur de crayons de couleurs trouvée
Sur la tête du chat, tissée dans le velours,
Nous laissons, lui et moi, vieillir le monde de dehors
Se ternir les dorures des soldats enterrés les lames les médailles
Ce qui fut et ce qui sera, que nous ne savons plus
Que nous ne savons pas,
Le bruit lourd des mâchoires d’avidité, les mécaniques
Qui possèdent et mâchent, celles faites pour jeter,
Les recyclages amoureux répartis dans des bacs
Une poubelle pour Papa, une autre pour Maman,
Allez avale nom de dieu avale je te dis
La vie, en une seule goulée, encore vivante,
Qu’elle bouge sous tes côtes et dans ton ventre
Attendant la salutaire nausée le bateau qui tangue
Ressasse de la vague et les écumes sales des villes industrieuses
Ris, regardant sur le port s’agiter des mains vides,
Ris, depuis le fond de toi, 
Eclats lumineux, efface
Tout,
De ton bras qui déploie sa voile ouverte

 

 

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ALEXO XENIDIS

 

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gerald Bloncourt

 Photographie Gérald Bloncourt

http://www.bloncourtblog.net/2014/06/un-demi-siecle-de-memoire-ouvriere.html

TROISIEME DESSOUS, MATIERE DE RÊVE III...Extrait

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Dans les touffes de baisers, le palais des coquilles ; dans les plumes des pierres, la fontaine des langues ; dans l’éventail des seins, le sentier des regards.

Sur les flammes effeuillées, la paupière d’ombre ; sur les ruissellements ébahis, le mot de passe ; sur les chevelure en opéra, la pluie de sucs.

Un nuage de griffes arrache la peau du ciel ; un geyser de frelons écorche doucement le vent ; un cyclone de pétales déshabille le temps qu’il fait.

 

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MICHEL BUTOR

 

 

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sensualite

Photographie ?

DANS L'OBSCURITE EBLOUISSANTE...Extrait

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Nuit

Dans l’obscuritééblouissante

mon visage est un charbon en fleurs

dans la blessure de la mémoire

et ma mémoire

est faite des villes qui meurent

effacées

par le déversement du temps dans un autre temps

Dans l’obscuritééblouissante

ma main droite est un pont formé des têtes de mes amis

et ma main gauche de forêts de bras coupés

qui continuent à réclamer la paix

dans l’obscuritééblouissante

Mon dernier souffle comme la chute de l’argent sur les villes

de cendres endormies brûlant

de Rome à la Palestine

d’Hitler à Daech

...

 

 

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FADWA SOULEIMANE

 

 

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Eyad Sabbah GAZA2

Sculptures Eyad Sabbah ( Gaza )

 

RANDRIANARIVELO RUFIN...Extrait

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Tous mes rêves si fragiles
Finissent par tomber par terre
Mais une partie de mes songes
Toute se trouve tomber
Dans le lac bordé d'espoir

Car...
Ses ailes n'arrivent plus à se battre
Son corps demeure inerte pareil à l'ancre
Mais comme un éclair filant
L'oiseau a pu se filer dans son coin....
L'espace bleu demeure son piste de vol
Les écueils de nuages
Il les a passes à gué
Son bec long et pointu s'est brisé
Siffle et entonne sa force stridente...
Une guerre affamée
Un incendie-cyclone
Tonnerre dévastateur
Et ses ailes incendiées
Déchirées
Entraînent
La chute infernale de son corps
Dans ce lac bordé d'espoir.

 

 

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RANDRIANARIVELO RUFIN

 

 

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Frédéric Bacuez 2

Photographie Frédéric Bacuez

ANNE MARGUERITE MILLELIRI...Extrait

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Veille le vent 
à naufrager le ciel 
gris délavé de tous les yeux 
en offrande

S'est désancrée la voix
d'entre les branches en croix

Tout est cassure

Et je suis venue là 
parler avec la mer -- le vent
la tourmentait -- le vent serpent de rage

Parfois

Car il semblait s'amuser de la déchirure
comme un enfant sadique -- mais 
c'était le vent -- le vent ne s'amuse pas

Et le sable de la dune 
a déchiré mes yeux.

 

 

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ANNE MARGUERITE MILLELIRI

18.01.2018

 

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hengki_koentjoro_

 

Photographie Hengki Koentjoro

 

 

 

 

 

 

 

 

VLADIMIR MAÏAKOVSKI ...Extrait

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Mais peut-être
Ne reste-t-il
Au temps caméléon
Plus de couleurs ?
Encore un sursaut
Et il retombera,
Sans souffle et rigide.
Peut–être,
Enivrée de fumées et de combats,
La terre ne relèvera-t-elle jamais la tête ?
Peut-être,
Un jour ou l’autre,
Le marais des pensées se fera cristal
Un jour ou l’autre,
La terre verra le pourpre qui jaillit des corps,
Au-dessus des cheveux cabrés d’épouvante
Elle tordra ses bras, gémissante

Peut-être…

Écoutez !
Puisqu’on allume les étoiles,
c’est qu’elles sont à
quelqu’un nécessaires ?
C’est que quelqu’un désire
qu’elles soient ?
C’est que quelqu’un dit perles
ces crachats ?
Et, forçant la bourrasque à midi des poussières,
il fonce jusqu’à Dieu,
craint d’arriver trop tard, pleure,
baise sa main noueuse, implore
il lui faut une étoile !
jure qu’il ne peut supporter
son martyre sans étoiles.

Ensuite,
il promène son angoisse,
il fait semblant d’être calme.
Il dit à quelqu’un :
« Maintenant, tu vas mieux,
n’est-ce pas ? T’as plus peur ? Dis ? »

Écoutez !
Puisqu’on allume les étoiles,
c’est qu’elles sont à quelqu’un nécessaires ?
c’est qu’il est indispensable,
que tous les soirs
au-dessus des toits
se mette à luire seule au moins
une étoile ?

 

 

 

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VLADIMIR MAÏAKOVSKI

1893~1930

Traduction de Simone Pirez et Francis Combes

 

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VILLAGE

SOLEILS DES GREVES...Extrait

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Aucun mot
ne dira jamais
la joie apaisée du passage

Il y eut tant de douleurs
sur ces rives du monde

Tant de bonheurs
muets

Pour un printemps
qui ressuscite
je donnerais l'été
et l'automne
et l'hiver
et toutes les saisons dénudées
de mon cœur

Je couvrirais de renoncules
les terres obscures
de nos nuits

 

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JEAN LAVOUE

Soleil des grèves, Calligrammes 1996

www.enfancedesarbres.com

 

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renoncule2

OXYGENE

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Traduire en poésie les soubresauts de l’histoire provoqués par les mouvements populaires du Maghreb et du Proche-Orient ne saurait faire l’économie d’un souffle puissant. C’est par un tel souffle que ce poème voudrait rendre compte de la nouvelle saison historique du printemps arabe.

 

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Écoute où que tu sois le chant de ceux qui vivent de l’air dont se nourrit l’esprit
On dit qu’un vent de liberté souffle après bien des lustres à l’aune d’un continent
Sur une terre damnée léguée de despote à despote aux crimes culminants
Aujourd’hui c’est sur la paume saignante des peuples qu’on l’a appris

Il n’en faut pas beaucoup parfois pour que se répande la marée, juste une goutte
Un grain de sable dans l’engrenage de monstres manœuvrés par l’autre monde qu’on dit libre
Une main nue seule dressée devant l’acier froid des chars qui grince et qui vibre
En tout dernier c’est devant le tyran qu’ainsi la révolution se met en route

La goutte enfante la marée et c’est un océan qui sous nos yeux se déchaîne
On prétend chez nous que l’on n’avait rien vu venir ni rien soupçonné mais on nous ment
Leurs frontières grandes ouvertes comme dans un moulin on y entrait à tout moment
On dit n’avoir vu partout que prospérité, qu’on avait sous-estimé la haine

 

Ainsi au fil des ans à mesure que les affaires se font ici et prospèrent ailleurs
Entre des mains insatiables devraient-elles pour cela semer le meurtre et la torture
La liste s’accroît des manquements à l’homme, sur le fumier des forfaitures
Pousse la gangrène, en ce jardin où l’on cultive nuit et jour les fruits du désespoir et de la peur

Pas de compte à rendre pour le tyranneau sinon au grand frère sévissant Outre Atlantique
Aux commandes ce sont de nouveaux Césars leurs culs gras derrière les bureaux lustrés de la finance
Ils tiennent pour nous les comptes, n’en rendent à personne, cultivent la rémanence
D’un pouvoir sans visage ni conduite sinon celle du gain aveugle et frénétique

 

C’est depuis leurs immeubles d’acier lisse aux façades transparentes comme le verre
Que ces despotes sans foi ni loi derrière quelque sigle se dissimulent
Leur empire ne connaît pas de fin leur soif insatiable de possession accumule
Les richesses placées qu’on le veuille ou non sous le règne du billet vert

Entre eux ils jouent aux dés le destin de milliers d’hommes que la terre engloutit comme par accident
Ils volent comme de noirs corbeaux au secours d’un de ces pays indigents que l’on dit ami
Portant dans les valises de leurs hommes de loi la chirurgie terrible du FMI
Entre leurs doigts ils broient, comme on le ferait d’une coquille inutile et vide, leur propre président

Ces nouveaux Moloch n’ont plus que faire du déluge de feu que leurs armées déversent aux points cardinaux

C’est avec d’autres méthodes bien plus viscérales qu’ils peuvent tenir les cinq continents

Elles se nomment dette insondable, disette, travail sans règle ni principe, crédit permanent
Alliances meurtrières, contrats de servitude, dont on porte les chaînes ou bien l’anneau

Les indépendances n’auraient donc été qu’illusions pour qu’ainsi sévisse l’esclavage
C’est l’étranger qui par son débiteur vous dicte ce qu’il faut cultiver sur vos terres
Ce qu’il vous faut payer avec le peu que vous laissent les crises planétaires
Alors que tout autour s’embrasent les prix par la sacro sainte loi du commerce sauvage

Jusqu’au jour où ceux-là même poussés vers le gouffre par le geôlier président
Mettent dans la balance jusqu’à leur propre sang devant l’adversité
Car le peuple qu’à l’envi on rabaisse aura toujours faim et soif de dignité
Son cri fait trembler sur le socle l’atavique indifférence de l’Occident

Depuis longtemps forts de nos aveuglements nous avons gardé le silence
La force brute que l’on assène sur les membres rompus sévissait à chaque carrefour
Entre le Delta du fleuve et la Cité des Morts, c’est dans le calvaire des faubourgs
Que régnait sans partage la pauvreté, cette dernière pire que toutes les violences

Nous le savions pourtant le sort des miséreux en ces lieux car enfin

Rien n’était plus troublant que la tragique absence du lait, des œufs, de l’huile

Rien n’était plus limpide que les fantômes décharnés ne tenant qu’à un fil
Nul hormis le sourd n’aurait nié avoir eu vent des émeutes de la faim

Nous savions comment la cohue le matin se presse et se piétine sous une fenêtre de fer

Qui parfois s’entrouvre pour quelques galettes vers les mains sèches tendues
Puis se referme à la seconde devant la foule, l’écume à la lèvre, la voix suspendue
A ces mots – toujours les mêmes – frappés comme au coin d’un heurtoir de l’enfer :

« Ya Ahmed ! Ya Ahmed ! Ouvre ! Ouvre Ahmed et donne-nous le pain ! »
Des os craquent, il en est qui s’évanouissent sous la poussée de la foule devenue ivre
Au-dessus des têtes, au bout des doigts on voit flotter çà et là des billets d’une livre
En deux mots le destin tracé par l’occupant n’est autre qu’ainsi on vous le dépeint

Ce dernier, jamais on ne le dira assez, expert en toute sorte de camouflage
Au plus fort de la mêlée, reste absent sous son veston aux teintes ternes
Il a l’art et la manière de vous faire prendre les vessies pour des lanternes
Il œuvre pour son compte dans le dos du tyran sans parade ni le moindre étalage

Comment comprendre autrement le long silence qui perdure à son égard ?

On défile contre la marionnette, on vocifère les slogans répétés comme un sésame
On oublie le marionnettiste, sa main et ses ficelles, jusqu’à son nom… l’Oncle Sam
Or ce dernier vers un pantin tout neuf déjà dirige son regard

Pas un mot n’est lancé contre le pourvoyeur d’engins lugubres dont la menace sur vos têtes pèse
Cet attirail qui vient à propos dit-on stabiliser une région
Il y a là de quoi occuper longtemps bien des colonnes et des légions
De tels jouets de morts s’appellent char M101 Abrams, missile Patriot, chasseur bombardier F16

Sa tête à des lieux du théâtre des troubles il a les pieds bien plantés ici
On aimerait qu’il les pose ailleurs désormais, à charge pour nous s’il le faut de mourir
C’est le mot à faire passer depuis les bords du Nil jusqu’au cœur de la place Tahrir
Que notre futur ne se joue plus jamais entre Pentagone et Washington, D.C.

Et l’on dit partout que ce n’est plus qu’affaire de jours pour que les châteaux de cartes
S’écroulent sous les coups de boutoir des peuples par un vaste effet domino
Pour que se redressent en cette décennie nouvelle damnés de la terre et marginaux
De leurs poitrines s’élèvent des chants qui répètent une même chose : «On veut qu’il parte»

A de tels chants Reza joindra le sien car il sait que l’homme au fond de ses gênes
Garde jalousement un air sacré qui des tourmentes et de l‘orage n’a rien à craindre
Un air telle une flamme immortelle qu’aucun vent ne sait faire vaciller ni éteindre
Il la nomme voix divine, poésie, parole libérée… ou encore… son dernier oxygène.

 

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Reza Afchar Nadéri
Paris, le lundi 7 février 2011

 

 

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oxygene

EUGENIO DE ANDRADE...Extrait

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" Ce sont des oiseaux
de passage, je ne sais pas leur nom.
Ils ont comme moi peu de réalité.
Ils suivent la direction du vent,
vers le sud, appelés
par une chaux qui brûle sur la mer. "

 

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EUGENIO DE ANDRADE

 

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christian arjonilla2

Oeuvre Christian Arjonilla

EAUX

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Eaux de nos lits et de nos lies,
Murmures de nos vieilles vies,
Eaux descendues de nos vallées,
De notre corps et de nos palmes,
Eaux si profondes et si calmes,
Eaux des campagnes, des forêts,
De nos galets, de nos galops,

Eaux des baptêmes, des noyés,
Eaux des goulots et des rosées,
Débordements des embouchures,
De toutes ces forces qui durent,
Eaux des courants, des eaux mourantes,
Eaux des écluses, des errantes,
Eaux de nos rives, de nos os,

Eaux de silences et de songes,
De nos secrets, de nos mensonges,
Eaux calmes, vives ou dormantes,
Eaux jaillissantes, transparentes,
Eaux des matrices, des rivières,
Eaux primordiales de la terre,
Eaux sinueuses des canaux,

Eaux solennelles, originelles,
Eaux de nos crues, de nos margelles,
Eaux d’Héraclite, si changeantes,
Eaux de nos femmes parturientes,
Eaux de nos lacs et de nos brumes,
De nos puits, de nos amertumes,
De tous nos rêves de bateaux,

Eaux de nos fosses, de nos rades,
De nos déluges, nos tornades,
Eaux de nos cieux et de nos fables,
Eaux immobiles, insondables,
Eaux des remous et des dérives,
Eaux de nos yeux, de nos salives,
Eaux des sueurs sur notre peau,

Eaux qui débordent, nous chavirent,
Eaux qui nous sauvent, nous déchirent,
Qui nous endorment, nous bénissent,
Nous baignent, nous ensevelissent,
Eaux de nos lignes, de nos longes,
Ces bras de mer qui tant s’allongent
Jusqu’aux lisières des roseaux,

Eaux de quiétudes et de doutes,
De nos erreurs, de nos déroutes,
Eaux de nos morgues, de nos larmes,
De nos secrets, de nos vacarmes
Dedans nos vasques, nos ivresses,
Eaux de notre tendre jeunesse
Où nous rêvions sur des radeaux,

Eaux d’oasis, eaux de nos fleuves
Où les torrents font ce qu’ils peuvent,
Quand les eaux viennent et nous lavent
De nos étiers et de nos gaves,
Et de tout ce qui nous inondent,
Comme l’étang qui se débonde,
Le déluge venu d’en haut,

Eaux fraiches, noires, caressantes,
Eaux de la danse des absentes,
Eaux mortes du grand livre ouvert,
De nos silences, nos amers,
Eaux de l’enfance et du désir,
Eaux fleurissant notre âme lyre,
Eaux de quiétudes, de repos,

Eaux de nos gouffres, de nos sources
Où va scintillant la Grande Ourse,
Eaux éternelles, si légères,
Opaques, lisses, passagères,
Eaux de nos vallées, de nos fêtes,
Eaux de l’au-delà, des tempêtes
Où dorment d’étranges anneaux,

Eaux des récifs et des ravins,
Eaux des récits et des refrains,
Eaux de nos ondes, des torrents,
De quelques noyés dérivants,
Des fonds, des nappes et des foules,
Eaux qui s’égouttent et qui refoulent,
Eaux qui abritent les crapauds

Eaux scintillantes de nos rives
Où les belles font la lessive,
Eaux de frontières et de ponts,
De bateau ivre et de pontons
De suintements et de gargouilles,
Marée salants, vases de rouille,
De rires clairs et de sanglots,

Eaux gelées de nos vieux hivers,
De notre soif, de nos déserts
Peuplées de monstres, de nageuses,
De lunes, d’ombres lumineuses,
Eaux rares, vertes et limpides,
Eaux des chenaux et des rapides,
Filtres des morts et de nos mots.

 

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© BRUNO RUIZ

2016

 

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hengki koentjoro2

Photographie Hengki Koentjoro

SOLEIL DES GREVES...Extrait

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C'est ainsi que tu es

Tu parles par ma voix
mes nuits sont tes silences
mes jours disent l'absence
dont tu me renouvelles

Tu guides vers ce qui est profond
tu ne veux rien de conforme
tu ne retiens pas l'apparence
tu es ce qui surprend

Tu sais la vie au-delà de la vie
tu orientes
tu montres le chemin

Tu es cette imperceptible vibration
ce très léger battement d'ailes
de l'éternité dans le temps

Tu ouvres mon aujourd'hui

 

 

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JEAN LAVOUE
 Ed. Calligrammes, 1996

www.enfancedesarbres.com

 

 

 .

Louis Apol3

Oeuvre Louis Apol

PAIX

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O Paix! source de tout bien
viens enrichir cette terre,
et fais qu'il n'y reste rien
des images de la guerre.
Un sapin pour y suspendre
étoiles boules guirlandes
animaux de bois ampoules
anges bergeries rois mages
papillons gâteaux bouteilles
et pour pouvoir y goûter
la paix dans le monde entier
Délivre ce beau séjour
de leur brutale furie,
et ne permets qu'à l'Amour
d'entrer dans la bergerie.
Vienne le temps des réformes
école administrations
fleurissent les utopies
pour nous tirer des famines
révolutions en tendresse
pour franchir toutes les douanes
en paix par le monde entier
Fais qu'avec le berger
on puisse voir la bergère
qui court d'un pied léger,
qui danse sur la fougère,
Des tunnels sous les détroits
des autos silencieuses
des télescopes spatiaux
fonctionnant comme ils le doivent
des médecines très douces
pour inventer la santé
cette paix du monde entier
Et qui du berger tremblant
voyant le peu de courage,
s'endorme ou fasse semblant
de s'endormir sous l'ombrage.
De nouvelles théories
pour expliquer l'univers
le big bang est trop guerrier
quant à Dame évolution
qu'il s'agit d'apprivoiser
trouvons la paix pour la vie
pour la vie du monde entier
Accorde à nos longs désirs
de plus douces destinées;
ramène-nous les plaisirs,
absents depuis tant d'années.
Des astronefs confortables
pour explorer les planètes
cultiver les étendues
de celles qui sont désertes
partager les libertés
de celles qui sont peuplées
dans la paix du monde entier
Étouffe tous ces travaux
et leurs semences mortelles;
que les plus grands de nos maux
soient les rigueurs de nos belles;
La connaissance des langues
dans toute leur variété
cataloguer les natures
accueillir leurs ambassades
savourer leurs embrassades
afin de pouvoir fêter
la paix par le monde entier
Et que nous passions les jours
étendus sur l'herbe tendre,
prêts à conter nos amours
à qui voudra les entendre.
Changer les tanks en tracteurs
recyclage des ordures
organisons des bûchers
lors des quatorze juillet
pour réchauffer nos misères
solitaires solidaires
pour la paix du monde entier

 

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MICHEL BUTOR

 

.

 

  

paix

UMBERTO ECCO...Extrait

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« Le soleil n’était pas si fort qu’il pût blesser les yeux de Roberto, mais assez déjà pour faire ressortir les couleurs du feuillage et éclore les premières fleurs. Ses yeux se posaient sur deux feuilles qui, au premier abord, lui étaient apparues comme la queue d’un homard d’où bourgeonnaient des fleurs blanches, puis sur une autre feuille vert tendre où naissait une sorte de demi-fleur d’une touffe de jujube ivoire. Une bouffée nauséabonde tirait son regard vers une oreille jaune où l’on eût dit qu’on avait enfilé une panicule; à côté, descendaient des festons de coquilles de porcelaine, immaculées à pointe rosée, et d’une autre grappe pendaient des trompettes ou des clochettes renversées, à légère senteur de mousse. Il vit une fleur couleur citron dont, les jours passant, il découvrirait la mutabilité: elle deviendrait abricot l’après-midi et rouge sombre à la chute du jour, et d’autres, safranées au cœur, qui s’estompaient en une blancheur liliale. Il découvrit des fruits rugueux qu’il n’aurait pas osé toucher si l’un d’eux, tombé au sol et ouvert par force de maturation, n’avait révélé un intérieur de grenade. Il osa en goûter d’autres, et il jugea davantage à travers la langue qui sert à parler qu’avec celle qui sert à déguster, puisqu’il en définit un comme une bourse de miel, manne gelée dans la fertilité de son tronc, joyau d’émeraudes empli de minuscules rubis. En définitive, lisant à contre-jour, j’oserais dire qu’il avait découvert quelque chose qui ressemble à une figue. »

 

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UMBERTO ECCO

 

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figue

ERNEST PEPIN...Extrait

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Les gens me demandent
que fais-tu dans la vie
Je réponds que je suis poète
Ils répètent alors
que fais-tu dans la vie
Quel est ton métier
Evidemment être poète ce n'est pas un métier
C'est un art de vivre
une manière de cueillir les étoiles et de sonder les mystères
C'est une façon de broder le réel
ou de le déchirer avec des mots
Ce n'est même pas une façon de rêver
Ce serait plutôt une autre manière
d'ouvrir les yeux
d'ouvrir son coeur
et de fermer les portes du mensonge
C'est une façon d'exprimer le sang de l'amour
de regarder en soi
pour mieux s'ouvrirr aux autres
Je ne peux leur dire tout cela
ils n'ont ps le temps pour écouter
Je répète seulement que je suis poète
ce n'est pas un métier
ce n'est pas un luxe
c'est une manière de sentir 
de dire
de colorier le monde comme un album d'enfant
de faire sortir de moi le paradis perdu
et d'habiller la vie avec la beauté de l'imaginaire
malgré la laideur de certains humains

 

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ERNEST  PEPIN

 

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Béla Tarcsay2

Oeuvre Béla Tarcsay

VOCCE VENTU...A SERVA