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ERNEST PEPIN ... Extrait

YEHUDA AMICHAI

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Ne deviens pas
une épine.
Prends exemple
sur les pleurs, le grain de blé,
ou l’oblique
de tes yeux, toi.

Nous ne sommes pas immunisés
contre le défaut des choses.

Toujours partir.
Monde de séparations,
le coeur, les vêtements
approvisionnent les valises.

Quand nous élargissons
jardins et visages,
nous détruisons
la règle des temps,

futur et passé
mort et usure du temps,
seul le sourire du sommeil
compte.

 

 

.

 

 

YEHUDA AMICHAI

 

 

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Thor Lindeneg2,

Oeuvre Thor Lindeneg

LE BAISER DE LA POESIE...Extrait

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Où serons-nous quand ces fleurs deviendront fruits
         dans l'étroit entre deux, où la fleur n'est plus une fleur
         et le fruit n'est pas encore un fruit. Quel merveilleux
         entre deux
         nous formions l'un pour l'autre, entre nos corps,
         entre nos yeux, entre l'éveil et le sommeil.
         Entre chien et loup, ni jour ni nuit.

         Ta robe de printemps a pris si vite
         les couleurs de l'été, elle flotte déjà
         à la brise de l'automne.
         Ma voix n'est plus ma voix
         mais déjà, presque prophétie.

         Quel merveilleux entre deux nous étions, comme la terre
         entre les fissures du mur, brin de terre têtue
         sous la mousse vivace, le câprier épineux
         dont les fruits âpres
         rendaient plus doux ce que nous mangions ensemble.

         Voici les derniers jours des livres
         avant que viennent les derniers jours des mots.
         Vienne le jour où tu comprendras.

 

 

.

 

 

YEHUDA AMICHAI

        Traduction de l'hébreu  Michel Eckhard Elial

 

 

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Cappè-

 

Oeuvre Giuseppe Cappè

POUR UNE NOUVELLE CONSCIENCE PLANETAIRE...Extrait

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Il faut cesser de voir l’homme comme un être surnaturel, et abandonner le projet formulé par Descartes, puis par Marx, de conquête et possession de la nature. Ce projet est devenu ridicule à partir du moment où l’on s’est rendu compte que l’immense cosmos, dans son infini, reste hors de notre atteinte. Il est devenu délirant à partir du moment où l’on s’est rendu compte que c’est le devenir prométhéen de la technoscience qui conduit à la ruine de la biosphère et, par là, au suicide de l’humanité. La divinisation de l’homme dans le monde doit cesser. Certes, il nous faut valoriser l’homme mais nous savons aujourd’hui que nous ne pouvons le faire qu’en valorisant aussi la vie : le respect profond de l’homme passe par le respect profond de la vie (7). La religion de l’homme insulaire est une religion inhumaine. La pression de la complexité des événements, l’urgence et l’ampleur du problème écologique nous poussent à changer nos pensées, mais nous avons également besoin d’une poussée intérieure visant à modifier les principes mêmes de notre pensée.

 

L’aspect métanational et planétaire du problème écologique est apparu dès les années 1969-1972. La menace écologique ignore les frontières. La pollution chimique du Rhin concerne la Suisse, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, les riverains de la mer du Nord. Nous avons vu l’extrême insolence du nuage de Tchernobyl : non seulement il n’a pas respecté les Etats nationaux, la division entre Europe de l’Est et Europe de l’Ouest, mais il a même débordé notre continent ! Le problème Tchernobyl rejoint ainsi ceux de l’accroissement du gaz carbonique dans l’atmosphère et du trou d’ozone sur l’Antarctique. Les problèmes fondamentaux sont planétaires, comme l’est le danger qui plane désormais sur l’humanité. C’est en ces termes que nous devons penser par rapport aux maux qui nous menacent, mais aussi par rapport aux trésors écologiques, biologiques et culturels à sauvegarder : la forêt amazonienne est un trésor biologique de l’humanitéà préserver, comme, sur un autre plan, sont à préserver les diversités animales et végétales, ainsi que les diversités culturelles — fruits d’expériences multimillénaires, — qui, nous le savons aujourd’hui, sont inséparables des diversités écologiques. Plus rapidement et plus intensément que toutes les autres prises de conscience contemporaines, les prises de conscience écologiques nous entraînent à ne rien abstraire de l’horizon global, à tout penser dans la perspective planétaire.

Du même coup, nous sommes amenés à reposer le problème du développement en rejetant la notion — si grossière et si barbare, et qui a longtemps régné— selon laquelle le taux de croissance industrielle signifiait le développement économique et le développement économique signifiait le développement humain, moral, mental, culturel, etc. Alors que dans nos civilisations, dites développées, il existe un atroce sous-développement culturel, mental, moral et humain. On a voulu donner ce modèle aux pays du tiers-monde. Le mot développement doit être entièrement repensé et complexifié. Nous voici au moment où le problème écologique rejoint le problème du développement des sociétés et de l’humanité tout entière.

 

L’humanité est dans la biosphère, dont elle fait partie ; la biosphère est autour de la planète Terre, dont elle fait partie. Au cours des années récentes, James Lovelock a proposé l’hypothèse Gaia : la Terre et la biosphère constituent un ensemble régulateur qui lutte et résiste de lui-même contre les excès risquant de le dégrader . Cette idée peut passer pour la version euphorique de l’écologisme par rapport à la version pessimiste du Club de Rome. Ainsi, par exemple, Lovelock pense que Gàia dispose de régulations naturelles contre la croissance de l’oxyde de carbone dans l’atmosphère, et trouverait d’elle-même des moyens naturels pour lutter contre les trous d’ozone apparus aux pôles. Cependant, nul système, même le mieux régulé, n’est immortel, et un organisme, même autoréparateur et autorégénérateur, meurt si un poison le touche à son point faible. C’est le problème du talon d’Achille. Aussi la biosphère, être vivant, même si elle n’est pas aussi fragile qu’on aurait pu le croire, peut être frappée de mort par l’action humaine.

 

Sauver la Terre-patrie

 

L’idée Gaïa repersonnalise la Terre, à un moment où, depuis vingt ans, c’est toute la planète Terre, dans ses profondeurs et son existence physique, qui est entrée dans l’ère des sciences systémiques : les sciences de la Terre ont fait leur jonction dans les années 60. Ces sciences multiples (Climatologie, météorologie, volcanologie, sismologie, géologie, etc.) ne communiquaient pas les unes avec les autres. Or les explorations de la tectonique des plaques sous-marines ont ressuscité l’idée de dérive des continents, lancée par Wegener au début du siècle, et ont révélé que l’ensemble de la Terre constituait un système complexe, animé par des mouvements et transformations multiples ; dès lors, on peut concevoir la Terre comme un être vivant, non pas au sens biologique, avec un ADN, un ARN (9), etc., mais dans le sens auto-organisateur et autorégulateur d’un être qui a son histoire, c’est-à-dire qui se forme et se transforme tout en maintenant son identité.

Ainsi il existe un système organisé nommé Terre, il existe une biosphère avec son autorégulation et son auto-organisation. Nous pouvons associer la Terre physique et la Terre biologique et considérer, dans sa complexité même, l’unité de notre planète. Or cette unité, elle s’était reconstituée à l’échelle humaine depuis la découverte de l’Amérique : Christophe Colomb avait fait entrer l’humanité dans l’ère planétaire. Depuis cette époque, l’humanité, diasporée au cours de soixante mille ans d’évolution, s’est trouvée en intercommunications de plus en plus étroite. Mais, en même temps que des solidarités nouvelles, se sont multipliés les antagonismes et les asservissements. Dans ce sens, nous sommes encore dans l’Age de fer de l’ère planétaire. Pour le meilleur et le pire, tout ce qui advient dans une partie du globe a une portée planétaire. De plus en plus, tout devenir local est en interrétroaction dans et avec le contexte global.

Enfin, dans ces années 1960-1970, qui ont vu à la fois l’essor de la science et de la conscience écologiques et celui des sciences de la Terre, la perte de l’Absolu et du Salut terrestre, la conscience enfin de l’itineriaire humaine, les découvertes astrophysiques nous dévoilent un cosmos inouï où la Voie lactée n’est plus qu’une petite galaxie de banlieue, où la Terre, elle-même n’est plus qu’un micron perdu. L’Histoire humaine, sur la planète Terre, n’est plus téléguidée par Dieu, la Science, la Raison, les lois d l’Histoire. Elle nous fait retrouver le sens grec du mot « planète » : astre errant.

Nous savons désormais que la petit planète perdue est plus qu’un habitat c’est notre maison, home, Heima c’est notre matrice et, plus encore, c’est notre Terre-patrie. Nous avons appris ; que nous deviendrions fumée dans les soleils et glace dans les espaces.Certes, nous pourrons partir, voyage coloniser d’autres mondes. Mais c’est ici, chez nous, qu’il y a nos plaines, nos animaux, nos morts, nos vies. Il nous faut conserver, il nous faut sauver la Terre-patrie. C’est dans ces conditions que peut s’opérer en nous la convergence de vérités venues des horizons les plus divers, les uns des sciences, les autres des humanités, d’autres de la foi, d’autres de l’éthique, d’autres de notre conscience de vivre l’Age de fer planétaire.

C’est désormais sur cette Terre perdue dans le cosmos astrophysique, cette terre « système vivant » des sciences de la terre, cette biosphère Gàia, que peut se concrétiser l’idée humaniste de l’époque des Lumières, qui reconnaît la même qualitéà tous les hommes. Cette idée peut s’allier au sentiment de la nature de l’ère romantique, qui retrouvait la relation ombilicale et nourricière avec la Terre Mère. En même temps, nous pouvons faire converger la commisération bouddhiste pour tous les vivants, le fraternalisme chrétien et le fratemalisme internationaliste — héritier laïque et socialiste du christianisme — dans la nouvelle conscience planétaire de solidarité qui doit lier les humains entre eux et à la Nature terrestre.

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(9Les ARN, ou acides ribonucléiques, sont des copies quasi-conformes des. séquences génétiques portées dans les chromosomes par les molécules d’ADN (acide désoxyribonucléique).

 

 

 

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EDGAR MORIN

Directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique.
Retrouver la suite de cet article sur
https://www.monde-diplomatique.fr/1989/10/MORIN/42105
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ANSELM kiefer2

Oeuvre Anselm Kiefer

 

AMOUR, POESIE, SAGESSE

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Le philosophe et sociologue Edgar Morin était l'invité de l'Université permanente de l'Université de Nantes, jeudi 12 décembre 2013, pour une conférence intitulée "Amour, poésie, sagesse", titre éponyme de l'un de ses ouvrages. L'occasion pour l'un des plus grands penseurs contemporains de nous livrer sa vision de l'amour.

Edgar morin s'interroge sur l'amour, la poésie, la sagesse qui illuminent nos vies tout en cachant leur énigme et leur complexité... L'amour ne vit, soutient-il, que dans l'état d'un "innamoramento", se régénérant sans cesse de lui-même. La poésie est cet "état second" qui nous envahit dans la ferveur, l'exaltation, et bien sûr l'amour : elle nous fait habiter, non seulement prosaïquement, mais aussi poétiquement la terre. Quant à la sagesse, elle était dans le monde antique synonyme de vie raisonnable. mais nous savons que l'homo sapiens est également un être d'affectivité, de passions et de délire, c'est-à-dire qu'il est à la fois sapiens et démens.

 

 

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ANNE MARGUERITE MILLELIRI...Extrait

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Dame au visage d'onyx
aux yeux de fougère
aux doigts de seringat 
La Fileuse

Dame aux rêves effarés
à pas de louve et de brume
dans les sous-bois sans noms 
L'Oublieuse

Dame aux larmes océanes
aux ailes repliées
à la bouche cousue 
La Taiseuse

 

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ANNE MARGUERITE MILLELIRI

 

 

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COCO2,

Oeuvre https://lesptitsdessinsdecoco.files.wordpress.co

COURRIER DE CHRISTINE RENON, DIRECTRICE DE L'ECOLE MEHUL DE PANTIN, A L'INSPECTION ACADEMIQUE....AVANT DE SE SUICIDER

TAILLER LA ZONE...ALAIN SOUCHON

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Vendeuse de glaces
Boulevard de la plage
Sous sa bâche elle était belle
Un sourire un peu triste
J'ai senti fraise cassis
Que j'pourrais tailler la zone avec elle

Le soir sur les falaises
On est allé voir vanille fraise
Saluer le soleil sur son trône
En m'enlaçant elle m'a dit
Vendre des glaces m'ennuie
On laisse tout on taille la zone
Dans mon deux pièces à Paris
Elle répétait toutes les nuits
On reste pas dans l'hexagone
Je lui disais laisse-moi faire
Je règle quelques affaires
Après c'est sûr on taille la zone
Moi le bureau l'ordinateur
Elle son aspirateur
Ses catalogues de Mobil-Home
Je savais que c'était minable
Je me suis abonné au câble
On taillait pas vraiment la zone
Elle me disait déconne pas déconne pas
On va pas rester comme ça
Je veux les prairies les fleurs jaunes
On va pas faire comme les gens
Vivre à cause de l'argent
On laisse tout on taille la zone
Elle rêvait de voyages
De bagages de paysages
De grosses Harley avec des chromes
Moi mon portable et mes calmants
Mon compte d'épargne logement
Notre amour taillait la zone
Je me suis réveillé une nuit
Marchande de glaces partie
J'avais perdu mon petit Kim cône
Y a plein de filles sur le terre
Mais quand je vois une planisphère
J'ai le cœur qui taille la zone

 

 

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ALAIN SOUCHON

 

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JOËL GRENIER

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Un jour, il partira au bord des rives roses, le corps à moitié nu pour se vêtir de vent. Avec une envie folle de chasser les nuages de quelques traits lancés au hasard des mots.
S'il lui faut prier pour défaire la mer de ces tâches rouges qui racontent le sang de tous les opprimés, il le fera, je crois, le doute agenouillé sur un mauvais prie-dieu.
Mais les vagues retireront sa plainte en dénonçant les hommes et leurs idoles.
Alors, le corps à moitié nu pour se vêtir d'oubli, il entrera dans l'eau pour vivre dans la paix des profondeurs.

 

 

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JOEL GRENIER

 

 

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dominique baot photographie2

Photographie Dominique Baot Photographie

https://www.facebook.com/pages/category/Just-For-Fun/Dominique-Baot-Photographie-337608316408433/

 

 

 

L'ENFANCE AUX BRUMES...Extrait

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Ainsi, le verbe être au présent capricieux … Le verbe aller qui se camoufle si bien que la petite ne le reconnaît pas toujours… Et les verbes faire et venir et d’autres encore. Et puis il y a les temps. Le temps présent, ça va encore. Mais le passé et le futur sont parfois si étranges… Le temps, c’est l’ennemi des enfants ! Les parents n’ont jamais le temps ou ils veulent du temps rien que pour eux. Et pour les petits, il est toujours temps d’aller au lit, ou de sortir du bain, ou d’obéir, ou d’étudier. Le temps s’échappe quand on joue ou quand on rêve. Il va trop vite quand on voudrait prolonger un câlin. Il est trop long, trop lent quand on a un gros chagrin.

 

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AGNES SCHNELL

 

 

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ENFANCE2

 

 

LIERRE...Extrait

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Il me touche qu’on ne te dise ni herbe ni arbre,

végétal si vivant, métèque partout à jamais

dont comme les bourgeons de rosier les pousses sont tendres.

Est-ce une faute que vivre sur de tels entre-deux ?

Est-il condamnable d’échapper à toutes les normes,

de s’espérer libre de se sentir chez soi partout

et de ne s’enfermer nulle part dans le vaste monde,

avec l’itinérance pour unique identité ?

Mal toléré de ceux qui redoutent ta différence,

intégréà la seule catégorie du Vivant

sans aucun support autre que celui de la nature

qui jamais ne te chasse, de nulle part ne t’exclut.

Ce n’est pas juste aux oiseaux mais à l’homme que tu donnes

la vigueur de ta présence pour qui sait la capter,

la confiance en l’avenir, l’amour des saisons futures,

la non caducité de tes feuilles, leur sombre éclat.

Tu t’accommodes de nous qui demeurons incapables

pour beaucoup, d’ouverture devant tous nos dissemblants,

sûrs que nous sommes de l’excellence de nos critères

visant l’uniformité, c’est-à-dire la non vie.

 

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HENRI-LOUIS PALLEN

http://lierreentravail.com/

 

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nath magrez 2,

Photographie Nathalie Magrez

PRIÈRE LAÏQUE / PREGHIERA LAICA

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Notre mer qui n’es pas aux cieux
et qui de ton sel embrasses
les limites de ton île et du monde,
que ton sel soit béni
que ton fond soit béni
accueille les embarcations bondées
sans route sur tes vagues,
les pêcheurs sortis de la nuit,
et leurs filets parmi les créatures,
qui retournent au matin avec leur pêche
de naufragés sauvés.

Notre mer qui n’es pas aux cieux,
à l’aube tu es couleur de blé
au crépuscule du raisin des vendanges
nous t’avons semée de noyés plus que
n’importe quel âge des tempêtes.

Notre mer qui n’es pas aux cieux,
tu es plus juste que la terre ferme
même à soulever des murs de vagues
que tu abats en tapis.
Garde les vies, les visites tombées
comme des feuilles sur une allée,
sois leur un automne,
une caresse, des bras, un baiser sur le front,
de père et mère avant de partir.

 

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Mare nostro che non sei nei cieli,
e abbracci i confini dell’isola e del mondo
sia benedetto il tuo sale,
sia benedetto il tuo fondale,
accogli le gremite imbarcazioni
senza una strada sopra le tue onde,
i pescatori usciti nella notte,
le loro reti tra le tue creature,
che tornano al mattino con la pesca
dei naufraghi salvati.

Mare nostro che non sei nei cieli,
all’alba sei colore del frumento
al tramonto dell’uva di vendemmia.
ti abbiamo seminato di annegati più di
qualunque età delle tempeste.

Mare Nostro che non sei nei cieli,
tu sei più giusto della terra ferma
pure quando sollevi onde a muraglia
poi le abbassi a tappeto.
Custodisci le vite, le visite cadute
come foglie sul viale,
fai da autunno per loro,
da carezza, da abbraccio, bacio in fronte,
di madre e padre prima di partire.

 

 

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ERRI DE LUCA

 Traduction  Olivier Favier  

Poème récité par Erri de Luca, sur une chaîne de télévision italienne, au lendemain du naufrage du le 19 avril 2015, qui a fait entre 800 et 900 morts.

 

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ELOGES DES OMBRES

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De quel effondrement écrivons-nous, 
de quel horizon à la sourde vibration
écho d’un monstre double à l’éclatante diction.

De quelle faille, de quelle flétrissure,
parvenons-nous à nourrir nos ventres
afin qu’ils rendent en quelques vomissures
ces brouillons d’éternité, ces ratures.

Nos chairs toutes sorties du même enfer, 
du même chaos de ferraille,
en ces décharges de têtes nues,
de cœurs rudimentaires.

Avons-nous trop parcouru cette ville
où des ombres aux balcons 
saluaient à gestes lents
la grande foule des tortionnaires ?

 

 

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ROLAND DAUXOIS

 

 

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tyran

LE VOYAGE EGOÏSTE...Extrait

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''D’abord, tu comprends que c’est dimanche à cause du parfum de chocolat qui dilate les narines, qui sucre la gorge délicieusement... Quand on s’éveille, voyons, et qu’on respire la chaude odeur du chocolat bouillant, on sait que c’est dimanche. On sait qu’il y a, à dix heures, des tasses roses, fêlées, sur la table, et des galettes feuilletées – ici, tiens, dans la salle à manger – et qu’on a la permission de supprimer le grand déjeuner de midi... Pourquoi ? Je ne saurais te dire... C’est une mode de mon enfance.''

 

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COLETTE

 

 

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bonnard

Oeuvre Pierre Bonnard

LE PIRATE

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Et lui dort-il sous les voiles

il écoute le vent son complice

il regarde la terre ferme son ennemie sans envie

et la boussole est près de son cœur immobile

Il court sur les mers

à la recherche de l'axe invisible du monde

Il n'y a pas de cris

pas de bruits

Des chiffres s'envolent

et la nuit les efface

Ce sont les étoiles sur l'ardoise du ciel

Elles surveillent les rivières qui coulent dans l'ombre

et les amis du silence les poissons

Mais ses yeux fixent une autre étoile

perdue dans la foule

tandis que les nuages passent doucement

plus forts que lui

lui

lui

 

 

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PHILIPPE  SOUPAULT

 

 

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mon cris2

 

LES ÎLES OU LE VOYAGE...Extrait

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Du bleu pour ma Joss...

 

...

l’île du bout du monde - celle qui est sur l’arc de l’horizon - 
l’origine de l’homme est une île - l’enfance est une île - les îles, 
les îles - dans l’île toute espérance est permise et tout amour : c’est 
dans le couple-île que s’accomplit le mystère de l’amour - attraction 
des îles, attraction des sources - les îles-oasis - chaque fille est 
une île, chaque ville est une île, aborder les îles, aborder les 
filles - entrer dans les îles, entrer dans les filles - aborder les 
villes, entrer dans les villes - entrer dans le miroir trouver l’île 
de l’autre côté du miroir - une «île si petite un oiseau sur la mer » 
- îles les mots - îles les morts dans la nuit qui n’appartient 
qu’à eux - Isles désertes de la mer du Sud …


les îles, les îles, les îles,


les îles, tant de voyages  -

Il est exclu que j’écrive si je ne sais pas d’abord que je suis océan 
et oiseau - le voyage d’île en île est toujours intérieur - purifiant - 
l’île  chose naturelle et spirituelle - la Terre - mais aussi le nom 
«île » à la merveilleuse seule syllabe, et ce point affleurant, 
disparaissant, affleurant, dans cette cime, dans ce mât, l’accent 
circonflexe -  mot naviguant  - mot avec un innombrable mouvement 
circulaire autour de lui  -  mot ricochet qui fait tant d’ondes sur 
l’eau  -  île - un point de force - voici le mot - hélice immobile et 
mobile dans le vocabulaire, il navigue ancré - il file à l’horizontale 
et à la verticale  -  mot maritime  -  île  - on n’a jamais en un seul 
nom écrit plus beau poème de la mer.

 

 

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PIERRE GARNIER

 

 

 

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thierry raynaud2

 

Photographie Thierry Raynaud

https://thierry-raynaud.com/ 

 

ENTRE DEUX

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Où serons-nous quand ces fleurs deviendront des fruits
dans l’étroit entre deux, où la fleur n’est plus une fleur
et le fruit n’est pas encore un fruit.
Quel merveilleux entre deux
nous formions l’un pour l’autre, entre nos corps,
entre nos yeux, entre l’éveil et le sommeil.
Entre chien et loup, ni jour ni nuit.

Ta robe de printemps a pris si vite
les couleurs de l’été, elle flotte déjà
à la brise de l’automne.
Ma voix n’est plus ma voix
Mais déjà, presque prophétie.

Quel merveilleux entre deux nous étions, comme la terre
entre les fissures du mur, brin de terre têtue
sous la mousse vivace, le câprier épineux
dont les fruits âpres
rendaient plus doux ce que nous mangions ensemble.

Voici les derniers jours des livres
avant que ne viennent les derniers jours des mots.
Vienne le jour où tu comprendras.

 

 

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YEHUDA AMICHAI

 

 

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Margot Reding-Schroeder2

Oeuvre Margot Reding-Schroeder

 

 

AFIN QU'IL N'Y SOIT RIEN CHANGE

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Tiens mes mains intendantes, gravis l'échelle noire, ô dévouée ; la volupté des graines fume, les villes sont fer et causerie lointaine.


Notre désir retirait à la mer sa robe chaude avant de nager sur son cœur.


Dans la luzerne de ta voix tournois d'oiseaux chassent soucis de sécheresse.


Quand deviendront guides les sables balafrés issus des lents charrois de la terre, le calme approchera de notre espace clos.


La quantité de fragments me déchire.
Et debout se tient la torture.


Le ciel n'est plus aussi jaune, le soleil aussi bleu.
L'étoile furtive de la pluie s'annonce.
Frère, silex fidèle, ton joug s'est fendu.
L'entente a jailli de tes épaules.


Beauté, je me porte à ta rencontre dans la solitude du froid.
Ta lampe est rose, le vent brille.
Le seuil du soir se creuse.


J'ai, captif, épousé le ralenti du lierre à l'assaut de la pierre de l'éternité.

«Je t'aime », répète le vent à tout ce qu'il fait vivre.
Je t'aime et tu vis en moi.

 

 

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RENE CHAR

 

 

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line murray2

Oeuvre Line Murray

IL N'Y A PAS D'AMOUR HEUREUX

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Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force
Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
Sa vie est un étrange et douloureux divorce
Il n'y a pas d'amour heureux

Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés pour un autre destin
À quoi peut leur servir de se lever matin
Eux qu'on retrouve au soir désoeuvrés incertains
Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes
Il n'y a pas d'amour heureux

Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
Répétant après moi les mots que j'ai tressés
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent
Il n'y a pas d'amour heureux

Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare
Il n'y a pas d'amour heureux.

 

 

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   LOUIS ARAGON

 

 

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LA CHUTE...Extrait

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« Il faut bien que quelqu’un ait le dernier mot. Sinon, à toute raison peut s’opposer une autre on n’en finirait plus. La puissance, au contraire, tranche tout..."

 

 

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ALBERT CAMUS

 

 

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chute