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ETRANGE FLEUR

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Là où les hommes s'agglutinent
Là où ils s'organisent
se tyrannisent
se désobligent
autour de leurs mines
de leurs églises
de leur bêtise
qu'ils érigent
en monuments pâles
en arches triomphales
jusqu'autour de leurs villes
de leurs bidonvilles,
Là où ils vivent
Là où ils meurent
pousse une étrange fleur
qu'ils cultivent.
Une fleur qui fait ses lois
ses prix ses crimes et ses croix
ses places ses cours ses escaliers
ses légions, ses déclarations
ses demoiselles et ses garçons
ses tables et présidents
ses affaires et engagements
Une fleur qui fait son vin
dont ils se piquent
en vain
une fleur épique
qui préfère les fronts aux coeurs
une fleur qui pue
une fleur
qui tue...

.

 

LAURENT CHAINEUX

 

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pavot

 

 

 

LA MAISON PRES DE LA MER II...Extrait

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Merci Agnès...

Rigueur des vents dans la rouille du temps
odeur de feu que respirent les herbes
le même couteau dans le noir du coeur
l’ouvre à ce qui passe et sans nom demeure —

j’écoute le vent
les grands coups d’aile du corps invisible
mêlés à la mer, aux arbres et aux toits

à tout ce qui dans mon corps bat, ressent, respire
levant les eaux, fouillant les fonds —
brassant les feuilles de la pensée

toute cette eau amassée, pliée, rompue, précipitée
claquements de portes, la plainte étirée d’un pin

d’un très vieux pin courbé près duquel autrefois
des passants qu’on disait sages ou saints
poètes ou fous méditaient sur un balcon de brumes —

entre eux et l’inimaginable
quelques battements du cœur.

.

 

LORAND GASPAR

 

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Pin

 

INDIAN CASTOR

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Un ruisseau de montagne
traversait le sentier de mon enfance
son eau vive bondissait
du talus
étirant vers elle la soie verte des herbes


À la fin de l’hiver, l’eau clapotait sous la glace
comme chante un poète dans une langue étrangère
je l’attendais

 

L’été venu, mon ruisseau découvrait

de grandes dalles calcaires blanchies comme des os

l’attente changeait de rive


les mains plongées dans les remugles de son ventre
j’arrachais des pierres
je raclais la terre
j’excavais des bosses
je dressais un barrage
pour qu’un fleuve renaisse de la vigueur de mes bras


Mes parents n’ont jamais su
que j’étais devenu l’aventurier d’un lointain canyon
l’enfant-castor d’une vallée engloutie sous les eaux


Aujourd’hui l’asphalte
a tué le sentier
l’eau s’est terrée
comme une bête



Mais je reste l’Indien des mots de mon enfance


L’eau coule dans ma nuit et je détourne encore
des ruisseaux de montagne
pour entendre le temps battre contre mes paumes.

 

.

 

BRUNO DOUCEY

 

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br

 


 

CE A QUOI ON S'OPPOSE PERSISTE

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Je suis là   je rêve  je pense

j’aime à ne rien faire par moment

j’aime perdre mon temps en pensant

« ce à quoi on s'oppose persiste »

tout le temps 

 

je pense au temps au temps qui passe

et s’écoule le temps

 

du sablier sans fin coule insensible

le sable 

et le sablier déverse sans état d’âme

son flot de temps  

avance à son rythme infatigable 

l’immédiat le conduit

 

l’usure du temps

à la fixe éternité

est repère

 

 .

 

JACQUES BASSE

 

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temps

 

 

 

 

 

 

LES PORTES DE L'EXIL S'OUVRENT A BLAGNAC

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A Zouheir

 

Qu’est-ce qu’un aéroport

     Sinon une fourmilière

     de sueurs humaines adossées

     Sur des latitudes incertaines

     Homme que voici

     Chargé de valises

     de confiseries déconfites

     de caprices démodés

     Tu possèdes un visage

     Soumis aux simagrées

     du miroir

     Peux-tu prouver

     aux professionnels du Makache, comme dirait Rimbaud.

     Les vigiles des frontières

     aux lointains ancêtres

     qui eurent affaire à Ibn Batouta

     À Rimbaud,

     à Essenine

     à Yacine

     De quelle patrie

     tiens-tu ton destin

     Dans un passeport

     aussi vert que le printemps

     qui vire à présent au noir

 

     Qu’est-ce qu’un aéroport

     Sinon un commerce de l’absence

     une maison close puant de nostalgies

     où tu croises ta propre image

     dans un dédale de souvenirs.

 

     Ici s’entrelacent les mémoires blessées

     rompues

     recousues à coup de tabac

     et d’alcool

     Zouheir vole vers sa mère

     Hippone n’attend plus rien

     des remèdes de Saint-Augustin

     Dans une lourde valise,

     Minuit consommé,

     le larron range ses souvenirs

     dans des boîtes de conserve.

     Zouheir est sur la liste d’attente

     Ô mon pays de longue patience

     livré aux arracheurs de dents

     reconvertis dans l’informatique.

 

     Qu’est-ce qu’un aéroport

     sinon de longs couloirs

     où l’on conjure l’oubli

     où l’on se reconstruit

     une patrie entre waters

     et vacuité.

 

     Zouheir ne vole pas

     immoler Ismaël

     Les couteaux blancs de la supercherie

     ont tranché tant de cous inconformes

     Que les rosaires des mères

     en ont perdu leurs grains

 

     Ami pendant que tu voles

     vers le soleil corrompu

     je parcours les quais

     de l’aéroport de mes insomnies

     j’y ai croisé Godard

     toujours interdit d’écran

     pour son soldat perdu

   

     À Blagnac on sert

     des liqueurs blanches anesthésiantes

     de la même pâleur

     de ma Capitale que je

     ne nomme plus que par

     Anna Gréki, fourvoyée, foudroyée

     par la blancheur de l’espérance trahie.

   

     Qu’est-ce qu’un aéroport

     Sinon une fourmilière

     de sueurs humaines adossées

 

.

 

ABDELMADJID KAOUAH
     Aéroport de Blagnac

     le 20 avril 1996

 

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A

Oeuvre Aïcha Sebah

http://www.aicha-sebah.com/



 

EST-CE VIVRE QUE VIVRE AINSI ?

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Est ce vivre, que vivre ainsi? Je m'interroge, simplement sur l'évolution de ma vie, de mes objectifs devenus plus restreints. Ce trop plein d'acceptation, paradoxalement, me conduit à un renoncement auquel je m'habitue et qui m'interpelle, à peine. Ce retranchement si facilement adopté et toujours plus important, je le revendique au nom d'une absence d'autonomie. Je partage encore volontiers de bons moments, je ris franchement à l'occasion, j'apprécie un bon film, je m'évade sans retenue dans la contemplation et  j'écris. En posant les mots sur le papier, j'entre dans cette sphère tranquille, je pars... Je sais que cela me cloisonne parfois, mais à ce moment là, je conjugue le temps, au passé, au présent, au futur, j'ai l'impression de le maitriser. Faute de confort, enfin je crois, j'ai délaissé  sans mal des plaisirs simples. Voilà, j'abandonne, pour de fausses ou vraies raisons, doucement  j'abandonne...Faiblesse, démission, fuite, déprime ou simplement, envie de vivre autrement... Oui, envie de vivre comme je le désire maintenant, un peu émargée, je l'avoue. . Tourner le dos au matérialisme, à l'hypocrisie, aux  tartuffes, à la comédie à grande échelle, sans être coupée du monde, mais hors du moule ; assumer mon choix. Et si c'est çà vieillir plus vite, à l'heure où le monde recherche l'éternité, j'y trouve quelque avantage, et je ne m'en plains pas, si je peux le vivre "ainsi ".

On ne peut pas tenir sa jeunesse en laisse..... elle a grand besoin de souffler .


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JOSIANE

 

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adele adelie2

Oeuvre Adèle Adèlie

http://adeleadelie.wix.com/adele-adelie

 

DANS L'ORDRE DE ETOILES

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Pour tout voyant, — le jour c’est la nuit, la nuit c’est le jour. Et, n’allez pas nous raconter d’histoire(s). — Ma force est voyance. — Je vais au-delà de ce que l’on voit. Regarder n’est rien si l’on ne sait pré-voir.— Être en avant ! Voilà tout. — Les mots sont toujours en avance sur nous-mêmes. Sur notre être ainsi que sur notre devenir. — Ne sommes-nous pas dictés par les mots ? Oui, nous sommes dans l’ordre des étoiles.— Mes yeux brillent.

 

 — Le voyant vit dans un monde d’inversion. Il remet le monde en marche, ce monde où la terre est devenue le ciel, ce monde qui marche sur la tête, — ce monde, il le remet sur ses propres pieds. Si je parle de la violence des incendies à venir, — ces incendies auront bien lieu. Ce n’est pas moi qui le dis, — mais ma main l’écrit. — Poésie fait de l’homme un outil de la langue. Point d’évidence dans mon verbe. Contrairementàce que disait Éluard, il ne s’agit pas que de voir ! Il s’agit d’une transcréation, de ce que je nomme le transvisible. — Tenter de traduire ce qui se pré-voit en langue. — Et sans haine, avec amour de la paix.

 

 Si la vision est puissante et fracassante, elle est aussi éphémère. Or, toute vision éclairante est fragile. — Elle n’est qu’éclairs, fulgurations, — éparts. Elle a la langue de la foudre, elle est transvision. Elle ne blesse pas l’ange, — elle le fait sourire. — Elle est précaire. Le moindre souffle l’étouffe, le moindre bruit la fait disparaître. L’œil est pris par autre chose, il n’écouteplus. Elle a des yeux d’émeraude, de rubis ou de saphir. Un diamant, — ou rien ! — Sa transparence éblouit. Parfois, l’on croit serrer quelque chose dans la main, et à l’ouvrir,— ce n’est que cendre.

 

 Le vrai poète vit dans l’urgence. Son cœur bat très vite, tropvite. S’il est aveugle au jour, il perçoit le monde au-delà de toute perception. Il va au profond du cosmos, dans la matière noire. Il est au-delà du vivant, — transvivant. Certes, il est de demain matin, d’une autre aurore. — De celles qui n’ont pas encore lui.

 

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SERGE VENTURINI

 

(Paris, nuit du 25 janvier 2014, 5h du matin)

 

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SIMON2

Oeuvre Simon

http://www.simon-artiste-peintre.com

 

HENRY DAVID THOREAU

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Je pourrais emprunter un chemin, même s'il est solitaire, étroit et tortueux, sur lequel marcher avec amour et respect. Chaque fois qu'un homme se sépare de la multitude et suit son chemin dans cette disposition d'esprit, il rencontre, de fait, un embranchement sur sa route, bien que d'ordinaire les voyageurs puissent ne voir qu'un trou dans la palissade. Son chemin à travers champs peut se révéler être la grand-route.

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HENRY DAVID THOREAU

 

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CHEMIN5

LA VIE A FOISON...Extrait

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Je sais la mort, le vide, l’angoisse suante.
Je pourrais hurler au mal, à la nuit.
Crier le temps à l’œuvre en moi :
la lente corruption des sources,
la chair qui se défait
et le cœur qui s’effrite.
Les pans d’ombre dévorant le soleil
et la vie s’échappe et fuit par toutes les issues.
Les espoirs mort-nés,
les soifs mal étanchées.
Les folies douces et noires,
les suicides rêvés
et l’usure de l’être,
la solitude, le gel de l’âme,
les illusions fanées,
les amours avortées.

Je dis la beauté du monde toujours offerte,
là, sous mes doigts, sous mes yeux.
La joie pudique et la fête sans lendemain.
L’espérance apprise,
la sève obstinée,
la chanson patiente.
Les instants d’éternité et l’éternité entrevue.
L’aventure inouïe d’un réveil,
le jaillissement de la création
et l’invention de l’amour.
Le bonheur surpris et la mort apprivoisée.

 

Je ne maudirai pas les ténèbres,
je tiendrai haut la lampe.

 

 

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COLETTE NYS-MAZURE

 

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COL

 

 

LA FEMME-BUISSON...Extrait

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Avec les mêmes mains dont j’écris cette ligne
avec les mêmes mains que toi
avec les mêmes mains dont on salue et on étreint
dont on calme caresse écoute
avec les mêmes mains qui se répandent comme une eau
ou qui s’effritent miette à miette
non pas faites pour gants ou photos
ni manucure ou séchage à l’air chaud
mais pour se fermer avec rage devant les murs trop hauts des choses établies
devant le gros gibier de la machine économique
devant les vies glissant de tout leur poids à prix fixe vers elles
avec les mêmes mains palpant les pièces de soierie
d’un mot exact d’un monde juste ô rêveries
je mêle aux tiennes mes frontières.

 

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ANNIE SALAGER

http://pierresel.typepad.fr/la-pierre-et-le-sel/2014/01/annie-salager-la-mystique-du-vivant.html

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MAIN2

 

 

CHANTS...Extrait

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Despaysages ont grandi au levain de la mémoire.
Collines chemins blancs pigeonniers que ronge l’acide du rêve éclairés par l’affairement des envols subreptifs
Les mains paysannes y ont taillé des pieux pénétrés d’hiver pour les clôtures que flaire une odeur de mort le long des herbages

Ailleurs, des oiseaux aux formes d’étoiles, comblés de la mesure d’infini dispensée aux terres marines
Où les jours plus longs que les nuits font trembler les pins au-dessus des tombes
Mais l’encre s’efface du reflet d’or que le regard n’a plus

Partout les rumeurs descendent en créant des goulets d’odeurs
Les soirs où l’air n’est pas défait du végétal et les faïences cassent dans le temps qui finit
L’œil écoute monter l’espace
Tandis que sur le sol maintenant minuscule le corps a pris la dimension des paysages où il s’abîme

 

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ANNIE SALAGER

 

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ALAIN JACQUOT - BOILEAU2

Photographie Alain Jacquot-Boileau

LES NOCES DE LA TERRE...Extrait

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Je caresse la mer et j'écoute la lune
Le peuple des dauphins qui dansent dans l'été
Je dis le monde et les Andes se dissimulent
Parmi les arbres célestes de la contrée
D'ici, les isthmes, les golfes, les pôles brûlent
Et la nuit remue sans que la terre ait bougé.

Je dis le monde avant d'avoir à le nommer
Je connais ces chemins de bois et de bocage
Les bruits de la planète et les vents d'outre-large
Je dois mourir en eux pour les mieux situer
Je sais ce qui me lie à l'âme des glaciers
Et ce que peuvent mes prunelles sous l'outrage.

Je dis le monde avec amour et je m'y cache
Ah! j'aurais tant voulu ne jamais exister
Ne pas avoir ce poids de terre sous mes pieds
Ces arbres dans le ciel jusqu'à l'éternité
Comme des parchemins couturés de crevasses.

J'habite ici dans un domaine de fougère
Que les poulains feuillus défoncent du sabot
Je pourrais y battre monnaie de cuivre clair
A l'effigie d'un dieu mort à notre niveau
Mais je passe mes jours à changer de misère
Soumis à l'angélus de la rainette d'eau.

Les ténèbres du corps peuvent bien répondre
Mon âme en mouvement leur échappe d'emblée
Les arbres du ponant s'éloignent de ce monde
La lune les transforme en autant de voiliers.

Je redonne à la mer amour et gravité
Et la terre que j'aime est plus rude que ronde.

 

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JEAN-CLAUDE RENARD

 

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HELENE CADOU

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Qui parle?
Si je parle ?
Quel ancêtre
Respire en moi
Par la parole ?

Je redonne la vie
A celui qui soignait sa vigne
Avec des gestes
De pédiatre ou d’horloger

A cet autre
Que son violon fou
Emportait autour du village
Il me faut dire tout cela

Aujourd’hui
Avec des mots
Comme des chemins
Aujourd’hui

Il me faut trouver le langage
Qui soit la source
Et le delta
Car plus personne
Après moi
Pas un enfant
Féru de fables

Ne viendra continuer
Cette histoire
Qui va se perdre
Dans l’épaisseur
Infiniment muette
Des sables...

 

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HELENE CADOU

 

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QUI

 

 

 

 

 

LES CHANTS DE LA LUNE-MANDARINE...Extrait

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J'erre en terre profonde
J'entre en femme sevrée

Des îles aboient au loin
libres de leurs chaînes beuglantes

Par la transe des marées
j'erre en fécondité

ta bouche verticale à l'horizon
murmure d'éternité
me prie de m'approcher
de jeter l'ancre en profondeur

...
                  
femme
rivée à l'horloge
l'angoisse dans les yeux
tu attends de la source à la mer
le passage des oiseaux
la délivrance des éclairs
et ce baiser de pourpre
au milieu de l'orage

...
                 
tu as la nuque douce
la caresse profonde
du soleil jusqu'au bout des ongles
et la tendresse
femme d'envies femme d'ivresses
la tendresse qui se prolonge en toi
comme un immense fleuve
allant en silence épouser tes secrets
                    
femme-colline
dans ta poitrine bat
ton coeur anxieux de mère

sur la paupière de l'ange
un oiseau s'est posé
et tu retiens son aile
pour empêcher le cri

...

déjà sous ta gorge l'on devine
le blanc balancement du lait
un filet mince de sang chaud
venu de la niche utérine

 

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JEAN-PAUL KERMARREC

 

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LE BERGER DES MOTS

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Je crois à la religion de l'Amour

 Sans autel ni pierre de sacrifice

 Où offrir les coeurs à la cruauté 

 D'eux qui n'ont d'humain que le nom

 

 Je ne suis qu'un berger de mots drus 

 Qui disent l'amour le bonheur et la joie

 Un frère vivant de notre boule de glaise   

 Où se mêlent  bêtes arbres eaux et vents  

 

 A la violence aveugle de la société  

 J'oppose le rythme des saisons du coeur

 Aux forces animales et destructrices

 Je dis l'amour de toutes  générations  

 

 Je vous tends la fleur de mes mots

 Qui exhalent le parfum de ce qui est

 Et demeure à jamais insaisissable 

 Pour que vous en savouriez la sève  

 

 Je chante pour vous la vie universelle

 De la braise des coeurs aux étoiles  

 Le monde vous et le cosmos tenez 

 Par la seule magie du verbe espérer 

 

 Je vous écris de loin d'avant que naître

 Des mots chiffrés du souvenir des choses 

 Qui parlent aux êtres du monde entier

 Et font de moi un contemporain sans âge 

 

 Mes mots ne sont pas que des mots  

 Un tendre bélier invisible les rameute

 Pour que je les mène au foyer des coeurs

 Même si j'ai bien peu de vocabulaire  

 

 Il faut aimer envers et contre tout 

 Aimer aimer toujours et encore 

 Car la vie est brêve nichée au coeur

 La mort déjà nous tend ses bras.

 

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JACQUES VIALLEBESSET

Poème extrait de Le pollen des jours, 52 poèmes à elle .

 Editions Le Nouvel athanor, disponible en Mars 2014 .

http://jacques.viallebesset.scribouilleur.over-blog.com/

 

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laurentino marti 8

Oeuvre Laurentino Marti

 

 

LE COQUILLAGE

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Peut-être te suis-je inutile,
Nuit; de l’abîme universel
Je suis sur ta rive jeté
Comme un coquillage sans perle

Ta vague indifférente bat,
Et tu chantes, inconciliable;
Mais tu aimeras, tu apprécieras
Le mensonge de l’inutile coquillage.

Tu vas revêtir ta chasuble,
T’étendre sur le sable auprès de lui,
Y nouer avec des liens indissolubles
La cloche énorme des roulis.

Et les parois du frêle coquillage,
Tu vas les emplir d’un murmure d’écume,
Comme la maison d’un coeur inhabité,
Et de vent, et de pluie, et de brume.

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OSSIP MANDELSTAM

Traduction François Kérel

 

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MARIO BENEDETTI...

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Ne reste pas immobile
sur le bord de la route
ne gèle pas la joie
n’aime pas à contrecœur
ne te sauve pas ni maintenant
ni jamais
ne te sauve pas
ne te remplis pas de calme
ne garde pas du monde
qu’un simple coin tranquille

ne laisse pas retomber tes paupières,
lourdes comme des jugements
ne reste pas sans lèvres
ne dors pas sans sommeil
ne pense pas sans sang
ne juge pas sans temps

mais si
malgré tout,
tu ne peux t’en empêcher
et que tu gèles la joie
et que tu aimes à contrecœur
et que tu te sauves maintenant
et te remplis de calme
et ne gardes du monde qu’un simple coin tranquille
et que tu laisses retomber tes paupières,
lourdes comme des jugements
et que tu te sèches sans lèvre
et que tu dors sans sommeil
et que tu penses sans sang
et que tu juges sans temps
et que tu restes immobile
sur le bord de la route
et que tu te sauves
alors,
ne reste pas avec moi

 

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MARIO BENEDETTI

 

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phil charpentier

Oeuvre Philippe Charpentier

 

 

 

 

SOLO D'OMBRES....Extrait

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Comme un homme sous la lampe

je suis assis dans ta lumière

qui chante à voix de tête

Je me repose de mes ombres

Dans tes doigts la cuillère

est un oiseau de plus

L'île des mots sans voix

s'élargit jusqu'à nous

.

 

GUY GOFFETTE

 

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femme

ROMAIN GARY

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J'appelle "société de provocation" toute société d'abondance et en expansion économique qui se livre à l'exhibitionnisme constant de ses richesses et pousse à la consommation et à la possession par la publicité, les vitrines de luxe, les étalages alléchants, tout en laissant en marge une fraction importante de la population qu'elle provoque à l'assouvissement de ses besoins réels ou artificiellement créés, en même temps qu'elle lui refuse les moyens de satisfaire cet appétit. Comment peut-on s'étonner, lorsqu'un jeune Noir du ghetto, cerné de Cadillac et de magasins de luxe, bombardéà la radio et à la télévision par une publicité frénétique qui le conditionne à sentir qu'il ne peut pas se passer de ce qu'elle lui propose, depuis le dernier modèle annuel "obligatoire" sorti par la General Motors ou Westinghouse, les vêtements, les appareils de bonheur visuels et auditifs, ainsi que les cent mille autres réincarnations saisonnières de gadgets dont vous ne pouvez vous passer à moins d'être un plouc, comment s'étonner, dites-le-moi, si ce jeune finit par se ruer à la première occasion sur les étalages béants derrière les vitrines brisées ? Sur un plan plus général, la débauche de prospérité de l'Amérique blanche finit par agir sur les masses sous-développées mais informées du tiers monde comme cette vitrine d'un magasin de luxe de la Cinquième Avenue sur un jeune chômeur de Harlem.

 

J'appelle donc "société de provocation" une société qui laisse une marge entre les richesses dont elle dispose et qu'elle exalte par le strip-tease publicitaire, par l'exhibitionnisme du train de vie, par la sommation à acheter et la psychose de la possession, et les moyens qu'elle donne aux masses intérieures ou extérieures de satisfaire non seulement les besoins artificiellement créés, mais encore et surtout les besoins les plus élémentaires.


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ROMAIN GARY

 

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gordon-parks

LETTRE OUVERTE AUX CULS-BENITS...Extrait

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" Lecteur, avant tout, je te dois un aveu. Le titre de ce livre est un attrape-couillon. Cette « lettre ouverte » ne s’adresse pas aux culs-bénits. "

....

Les culs-bénits sont imperméables, inoxydables, inexpugnables, murés une fois pour toutes dans ce qu’il est convenu d’appeler leur « foi ». Arguments ou sarcasmes, rien ne les atteint, ils ont rencontré Dieu, il l’ont touché du doigt. Amen. Jetons-les aux lions, ils aiment ça.

 

Ce n’est donc pas à eux, brebis bêlantes ou sombres fanatiques, que je m’adresse ici, mais bien à vous, mes chers mécréants, si dénigrés, si méprisés en cette merdeuse fin de siècle où le groin de l’imbécillité triomphante envahit tout, où la curaille universelle, quelle que soit sa couleur, quels que soient les salamalecs de son rituel, revient en force partout dans le monde.

...

 

O vous, les mécréants, les athées, les impies, les libres penseurs, vous les sceptiques sereins qu’écœure l’épaisse ragougnasse de toutes les prêtrailles, vous qui n’avez besoin ni de petit Jésus, ni de père Noël, ni d’Allah au blanc turban, ni de Yahvé au noir sourcil, ni de dalaï-lama si touchant dans son torchon jaune, ni de grotte de Lourdes, ni de messe en rock, vous qui ricanez de l’astrologie crapuleuse comme des sectes « fraternellement » esclavagistes, vous qui savez que le progrès peut exister, qu’il est dans l’usage de notre raison et nulle part ailleurs, vous, mes frères en incroyance fertile, ne soyez pas aussi discrets, aussi timides, aussi résignés !

Ne soyez pas là, bras ballants, navrés mais sans ressort, à contempler la hideuse résurrection des monstres du vieux marécage qu’on avait bien cru en train de crever de leur belle mort.

 

Vous qui savez que la question de l’existence d’un dieu et celle de notre raison d’être ici-bas ne sont que les reflets de notre peur de mourir, du refus de notre insignifiance, et ne peuvent susciter que des réponses illusoires, tour à tour consolatrices et terrifiantes,

 

Vous qui n’admettez pas que des gourous tiarés ou enturbannés imposent leurs conceptions délirantes et, dès qu’ils le peuvent, leur intransigeance tyrannique à des foules fanatisées ou résignées,

Vous qui voyez la laïcité et donc la démocratie reculer d’année en année, victimes tout autant de l’indifférence des foules que du dynamisme conquérant des culs-bénits, […]

 

À l’heure où fleurit l’obscurantisme né de l’insuffisance ou de la timidité de l’école publique, empêtrée dans une conception trop timorée de la laïcité,

 

Sachons au moins nous reconnaître entre nous, ne nous laissons pas submerger, écrivons, « causons dans le poste », éduquons nos gosses, saisissons toutes les occasions de sauver de la bêtise et du conformisme ceux qui peuvent être sauvés !

...

Simplement, en cette veille d’un siècle que les ressasseurs de mots d’auteur pour salons et vernissages se plaisent à prédire « mystique », je m’adresse à vous, incroyants, et surtout à vous, enfants d’incroyants élevés à l’écart de ces mômeries et qui ne soupçonnez pas ce que peuvent être le frisson religieux, la tentation de la réponse automatique à tout, le délicieux abandon du doute inconfortable pour la certitude assénée, et, par-dessus tout, le rassurant conformisme. Dieu est à la mode. Raison de plus pour le laisser aux abrutis qui la suivent. […]

Un climat d'intolérance, de fanatisme, de dictature théocratique s'installe et fait tache d'huile. L'intégrisme musulman a donné le « la », mais d'autres extrémismes religieux piaffent et brûlent de suivre son exemple. Demain, catholiques, orthodoxes et autres variétés chrétiennes instaureront la terreur pieuse partout où ils dominent. Les Juifs en feront autant en Israël.

 
Il suffit pour cela que des groupes ultra-nationalistes, et donc s'appuyant sur les ultra-croyants, accèdent au pouvoir. Ce qui n'est nullement improbable, étant donné l'état de déliquescence accélérée des démocraties. Le vingt et unième siècle sera un siècle de persécutions et de bûchers.

 

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FRANCOIS CAVANNA

 

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Oeuvre Pierre Paul Rubens