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Channel: EMMILA GITANA
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FEUILLES D'HERBE...Extrait

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« Voici ce que tu feras :
aime la terre, le soleil et les animaux,
méprise les richesses,
fais l’aumône à qui la demande,
consacre ton argent et ton travail aux autres,
hais les tyrans, ne discute pas de Dieu,
aie patience et indulgence pour les autres [...],
réexamine tout ce que tu as appris à l’école ou à l’église
ou dans les livres et rejette tout ce qui insulte ton âme.
Alors ta chair deviendra un grand poème
et aura la plus belle éloquence,
pas seulement dans ses mots,
mais dans les plis de tes lèvres et de ton visage
et jusque dans les mouvements de ton corps. »

 

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WALT WHITMAN

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whitman

 

 

 

 

 

LA PROMESSE DE L'AUBE...Extrait

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[...]

Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube
Une promesse qu’elle ne tient jamais.
On est obligé ensuite de manger froid
Jusqu’à la fin de ses jours.
Après cela, chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances.
On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné.
Jamais plus, jamais plus, jamais plus.
Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d’amour mais vous êtes au courant.
Vous êtes passéà la source très tôt et vous avez tout bu.
Lorsque la soif vous reprend vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n’y a plus de puits, il n’y a que des mirages.
Il n’est pas bon d’être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ca vous donne de mauvaises habitudes.
On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver.
On regarde, on espère, on attend.
Et on passe sa vie à mourir de soif
Auprès de chaque fontaine

[...]

 

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ROMAIN GARY

 

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miracle

 

 

ART POETIQUE

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Se pencher sur le fleuve, qui est de temps et d’eau
Et penser que le temps à son tour est un fleuve,
Puisque nous nous perdons comme se perd le fleuve
Et que passe un visage autant que passe l’eau.

 

Eprouver que la veille est un autre sommeil
Qui rêve qu’il ne rêve pas et que la mort
Que redoute le corps est cette même mort
De l’une et l’autre nuit, que l’on nomme sommeil.

 

Percevoir dans le jour ou dans l’an un symbole
Des jours, des mois de l’homme ou bien des années,
Et pourtant convertir l’outrage des années
En une musique, une rumeur, un symbole.

 

Voir le sommeil dans la mort, dans le soleil couchant
Voir un or funèbre, telle est la poésie
Qui est immortelle et pauvre. La poésie
Qui revient comme l’aube et comme le couchant.

 

Parfois, le soir, il émerge un visage
Qui soudain nous épie de l’ombre d’un miroir :
J’imagine que l’art ressemble à ce miroir
Qui soudain nous révèle notre propre visage.

 

On raconte qu’Ulysse, fatigué de merveilles,
Sanglota de tendresse, apercevant Ithaque
Modeste et verte. L’art est cette verte Ithaque
Verte d’éternité et non pas de merveilles.

 

L’art est encore pareil au fleuve interminable
Qui passe et qui demeure et qui reflète un même
Héraclite changeant, qui est à la fois même
Et autre, tout comme le fleuve interminable.

 

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JORGE LUIS BORGES

 

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porte

 

 

 

OEUVRES POETIQUES COMPLETES...Extrait

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Il est des cris plaintifs qui se tordent les bras,
Mordus entre les dents, avortés sur les lèvres,
Des fards astucieux masquant l’ardeur des fièvres,
Et des corps moribonds sous la fraîcheur des draps.
La douleur nous fait honte en nous prenant pour cible.
Cherchons le mot qui trompe et le regard qui ment !
Le sanglot doit se perdre en un ricanement,
Et le cerveau bondir sous un flot impassible…
Combien rencontrons-nous de chaos inconnus,
Pantins qui crisperaient, enfin réels et nus,
Leurs traits démaquillés à la clarté des lampes !
Ignorons-nous assez les larmes et le sang !…
Et près des volets clos qu’on regarde en passant,
L’anneau froid des canons appuyés sur les tempes !

 

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JEAN COCTEAU

 

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tchoba

Oeuvre Tchoba

 

 

HISTOIRES DE SOIFS...Extrait

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...

Il reste pourtant des mots
pour faire bouger la vie.

Des mots pour éclairer tes seins
d'un peu de neige.

Il reste des mots rebelles
rebaptisés
dans les eaux mortes des banques
il reste des mots - otages
souffrant dans la mémoire
de nos ordinateurs.

Peut-être
qu'il fera toujours
un temps de mots
comme il fera toujours
un temps de soif.

....

 

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EMILE HEMMEN

 

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hem

HISTOIRES DE SOIFS...Extrait

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...


Faisons silence
dans les mots fous
que le labour des pierres
a écorchés.

Les chants du jour
se sont éteints
au vent des petits riens.

Comme un fruit mûr
dans l'insomnie
d'un arbre épuisé.

Et ton regard me tient
dans sa lumière
dans son frisson.

Retrouve ton arbre
pour bâtir
l'espace des souffles partagés

...

 

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EMILE HEMMEN

 

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FEMME

 

 

LE GRAND SOLEIL OCRE

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Pour le soir du grand soleil ocre de la mort
j'aurai la parole sans voix pour distraire les mots
j'aurai mille ans pour rire enfin de ce grand corps tout froid
désacraliser l'immobile
perdre la mémoire de chaque douleur

Pour le soir du grand soleil ocre de la mort
j'irai m'asseoir entre mes deux dates limitrophes
sur le trait d'union
à califourchon sur ma tombe frugale où viendront les oiseaux
Et je croirai nouveaux ces poèmes prêtés jadis au silence
qu'il me rendra peut-être comme ultime sentence
pour mes nuits illégales mes jours sans foi

Pour le soir du grand soleil ocre de la mort
j'annulerai toutes les lunes par la présente
et tu les recevras poste restante
Je t'apprendrai aussi la solitude
et tu la sais déjà

Pour le soir du grand soleil ocre de la mort
je déchirerai le ciel en deux
dénonçant l'escroquerie d'un cri d'oiseau perçant
je tordrai le cou des nuages pour qu'il pleuve de l'eau de vie
des larmes en couleur sur le fard de l'horizon
je jouerai seul à la marelle bondissant de chaque côté des frontières
maquillées à la craie blanche grandeur nature
Et puis je retournerai dans le ventre initial de chaque femme
fœtus inverse et multiple parmi les soleils de sang déchirés
saisons des pluies et moussons de corail

Pour le soir du grand soleil ocre de la mort
je veux réinventer ton ventre littérature pour mes nuits analphabètes
Et puis j'aurai l'enfance blonde et douloureuse comme un poème pour ma mère
le suicide des mots pour des secrets inutiles
la survivance rebelle de tout mon orgueil
écorché vif contre le mur vitré du temps et sa porte dérobée

Pour le soir du grand soleil ocre de la mort
j'irai m'endormir seul dans une chambre toute proche de celle de l'éternité
pour nous rencontrer plus tard dans la nuit
négocier au prix fort chacune de mes secondes gaspillée à vouloir comprendre
pourquoi je vivais

Et te rejoindre tout à l'heure
juste après le spectacle

 

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PATRICK CHEMIN

Voir aussi

http://emmila.canalblog.com/archives/2013/10/21/28258947.html

 

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SOLEIL OCRE

 

LE MARCHEUR ( Patrick Chemin )

YVES HEURTE

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Fragilité, tu m'as fait naître
amoureux de ces quais où se nouent les sillages.
Je suis toujours parti,
sûr de ne rien trouver qu'on ne sache d'avance
mais porteur de matins débordant d'inconnu,
de rideaux de théâtre attendant de s'ouvrir,
comme on déshabille une femme,
sur quelque pièce étrange où l'on s'est reconnu.

Voyager toujours, voyager! Mener sa tête ailleurs
sur les pistes du feu, les brumes d'archipels
tous porteurs d'impossibles accessibles.
Puis se retrouver là, sur le quai du retour,
nu de part ses voyages,
au milieu de ces gens qui jamais ne sauront
ni les bonheurs profanes
ni les doutes du soir dans la frayeur des temps

 

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YVES HEURTE

 

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YVES

 

 

 

 

LE PETIT BANC

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Sous la voute blanche, le petit banc où il s'asseyait est orphelin. Fabriqué par des mains robustes à l'aide de quelques bois du coin, il a résisté aux quatre saisons durant des années. Après chaque hiver, une petite planche à peine moins abimée venait renforcer une partie de l'assise rongée par les éléments. L'une chassait l'autre pour plus de sûreté. Les chats y trouvaient une place royale pour se chauffer au soleil, les enfants essayaient de se l'approprier, mais il était le plus souvent  occupé par le vieux paysan de la vallée qui  faisait corps avec lui. Pratiquement enraciné, il n'a jamais été déplacé. Aujourd hui, le petit banc ne repose plus personne, il n'est plus entretenu, le bois est vermoulu et s'effrite. La neige seule, le recouvre d'un tapis blanc comme pour le protéger et lui réinventer un pouvoir. Il disparaitra bientôt, définitivement, comme le vieux paysan de la vallée qui l'a tant de fois utilisé .

 

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JOSIANE

 

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BANC2

BEN HARPER LIVE IN FESTIVAL DE FES 2011

CRONOPES ET FAMEUX...Extrait

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D'une lettre jetée sur la table s'échappe une ligne qui court sur la veine d'une planche et descend le long d'un pied. Si l'on regarde attentivement on s'aperçoit qu'à terre la ligne suit les lames du parquet, remonte le long du mur, entre dans une gravure de Boucher, dessine l'épaule d'une femme allongée sur un divan et enfin s'échappe de la pièce par le toit pour redescendre dans la rue par le câble du paratonnerre. Là, il est difficile de la suivre à cause du trafic mais si l'on s'en donne la peine, on la verra remonter sur la roue d'un autobus arrêté qui va au port. Là, elle descend sur le bas de nylon de la plus blonde passagère, entre dans le territoire hostile des douanes, rampe, repte et zigzague jusqu'au quai d'embarquement, puis (mais il n'est pas facile de la voir, seuls les rats peuvent la suivre) elle monte sur le bateau aux sonores turbines, glisse sur les planches du pont de première classe, franchit avec difficulté la grande écoutille et, dans une cabine où un homme triste boit du cognac et écoute la sirène du départ, elle remonte la couture de son pantalon, gagne son pull-over, se glisse jusqu'au coude, et, dans un dernier effort, se blottit dans la paume de sa main droite qui juste à cet instant saisit un revolver.

 

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JULIO CORTAZAR

 

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Ligne

 

 

 

KENNETH WHITE

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En art et en amour
J’ai toujours cherché
Et rarement trouvé
Ce qui me conduirait
Le plus loin possible de moi

Je suis las des lieux
Où l’homme se donne en spectacle
J’ai assez vu le théâtre humain
Les gesticulations de ses pantins
Toutes leurs petites histoires
Ce qui m’intéresse à présent
Ce sont les champs silencieux
Qui s’étendent alentour
Les mouvements de la mer
Le ciel semé d’étoiles
Le rapport entre mon corps et l’univers
Entre les nébuleuses et mon cerveau

 

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KENNETH WHITE

 

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WHITE

 

 

 

6 000 ème Message ...! LE GRAND RIVAGE...Extrait

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....

comme
au détour du sentier
dans le bois d'avril :
ce monde concentré
complexe
fortuit
trempé de lumière
terre
pierres
herbe mouillée
et les rouges
branches de l'aubépine -
dehors rien que landes nues
âpres vallées glaciaires


ou comme ce champ de fleurs des Alpes
sur les hauteurs de Ben Lawers :
saxifrages
pensées sauvages
gentianes
anémones des bois
roses des montagnes
compagnons
angéliques
soucis
- assemblage unique
dûà une série de coïncidences
une petite couche de roches idéales
bien minéralisée
pas trop acide comme les couches voisines
sur des monts si élevés
que des souches précaires
ont subsisté là
depuis la fin des glaciers :
les plantes
se sont établies dans une faille
leurs racines ont crevé le roc
lentement
leurs pousses et leurs feuilles
ont enfermé des fragments de pierre
portés par le vent
ou entraînés par les eaux
et la terre s'est accumulée
les fleurs
y trouvent subsistance
et la beauté croît

...

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KENNETH WHITE

Traductions de Patrick Guyon, Marie-Claude White et Kenneth White -

Les Éditions du Nouveau Commerce

 

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PARFUM DE BERGAMOTE...Extrait

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A Haïti

quand la morte saison hante le souvenir
             s’installe au creux du ventre et ne veut pas s’enfuir
             âprement résistant à l’oubli
             sans vergogne sans eau sans alibi
             le geste d’un semeur ganté de sécheresse
             annonce la détresse
 
             quand les machettes creusent des entailles
             dans la moustiquaire de la liane corail
             déchaperonnent les gommiers
             et le berceau des amandiers
             quand elles font des chemins de rat
             dans la toison de nos lilas
 
             quand les bambous ne font plus baldaquin
             au lit de la Rouyonne
             et que les files de sapins
             n’égayent ni n’environnent
             le Vieux Bourg d’Aquin
             alors le temps des crachins
             prend une nette revanche
             devient soudain paradoxe d’avalanche

             alors je récite l’alphabet de la vie
             pour toi ma belle au teint d’aubergine
             je fais couver des graines dans des bacs au soleil
             je rêve de dattes de barbadines
             d’une saison de mots d’une formule espoir
             je chuchote les consonnes de ton nom
             dans les couloirs de mes tympans
             j’en écris les voyelles
             sur le tableau de ma rétine
             afin que jamais je n’oublie
 
             ton nom est un désir inscrit dans mon destin
             avec toi je batifole
             je sème des lettres des mots des phrases
             des œuvres de chair et d’esprit
             des gamètes d’abondance
             des germes de femmes qui font pousser des hommes
             des semences d’hommes qui font le tour des mers
             ramenant avec eux richesse et expérience
             des trésors de bonne foi des butins de l’errance
 
             je protège tes fleurs tes fruits ta chevelure
             tes racines tes pieds ton rythme ton allure
             ô terre tourmentée de vallées et de faîtes

             de sublimes efforts de piteuses défaites

             de commencements

             et de recommencements
 
             vieux pays de colons de colonnes d’esclaves
             de biens fonciers de lopins et d’enclaves
             de passion de tension
             d’incompréhension
             de contorsions pour rien de sueurs pour grand merci
             je réclame la paix pour ailleurs et ici
             de nouveaux plants d’hommes et de braves bergers
             de nouveaux animaux des pousses des vergers
 
             j’intercède pour une autre saison
             pour une année de guérison
             une pluie d’arrière-saison
             pour le printemps de la raison

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JEAN -ROBERT LEONIDAS

 

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Oeuvre Hugues Bertin Férol

 

 

VOIX HAUTES POUR TOMBOUCTOU...Extrait

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Deux perles pour récuser la laideur

Deux perles se rencontrent au carrefour du malheur.

Depuis Haïti, la Perle des Antilles,

jusqu’au Mali, la Perle du désert, mon cœur saigne abondamment.

J’ai regardé tomber la cathédrale de la Sainte-Trinitéà Port-au-Prince

Sous les tremblements de janvier 2010.

Je pleure encore les œuvres détruites de Préfète Duffaut,

grand muraliste devant l’Éternel

Et qui vient de partir dans son jeune âge de 89 ans.

Mort de dépit peut-être.

Dans le passé, impardonnable autodafé,

Je regardais prendre feu l’ancienne cathédrale de Port-au-Prince,

formidable musée parti en fumée.

Et plus récemment, j’ai vu se réduire en poussière la nouvelle.

Sans doute les cathédrales de Port-au-Prince,

Trois chefs-d’œuvre inscrits dans notre mémoire esthétique,

Sont-elles allées retrouver la gloire de leurs propres saints.

Et, à travers le long passage du milieu,

elles rejoignent les 333 saints qui font la gloire de Tombouctou.

La nature est en démence et les hommes davantage.

Chantons à la gloire de tout ce qui est plus grand que nous.

Exorcisons la folie du monde.

Et aimons-nous, frères et sœurs d’Haïti,

Frangins du Mali, frères et cousins de mon Afrique délaissée depuis longtemps,

Depuis mes grands-parents,

Depuis le temps où le poète chantait ses chansons tristes, ses negro-spirituals…

Je me joins aux résistants, aux résilients qui déplorent la sauvagerie des éléments,

Qui bannissent les éléments sauvages à la tête fêlée.

Nous nous donnons la main pour démultiplier nos forces,

Raffermir notre foi dans la prévalence de l’esprit,

Donner dos à toute inculture toxique,

Condamner toute attitude bêtement iconoclaste,

Proclamer immortelle la poésie de la création

Et déclarer infrangible la puissance de la culture.

Perle pour perle, Mali, Haïti te salue

Pour rebâtir avec toi un collier de paix

Et l’ajouter volontiers à la beauté indestructible du monde.

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JEAN-ROBERT LEONIDAS

 

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PATRICK LALANDE,,,

Oeuvre Patrick Lalande

LE BONJOUR ET L'ADIEU...Extrait

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 (…)

Quel est ton nom ?
je suis l’usure
des corps des pierres de l’ombre
même de l’ombre
je suis l’auxiliaire de la beauté
vous me saluez parfois
si vite
la tête vous tournerait peut-être ?
j’active la poussée des feuillages
vous ne dominez plus vos arbres
eux aussi vous oublient
je suis cette bouffée de tendresse
dans les corps la brume des regards
qu’ils reposent en paix !
les voix se perdent dans l’espace
accostent à la rive comblée de gravats
là le festin se déroule
c’est toujours autour d’une table
que l’attente se fait mortelle
gravée dans la pierre

C’est moi dit l’usure
qui émonde les gestes
j’aurais trop peur des vivants

(…)

 

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PIERRE-ALBERT  JOURDAN

 

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USURE

 

 

 

VOYANCE

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Dans les replis de la nuit une colère pourpre raconte l’histoire de la fraîcheur
À l’appel des couleurs, des parfums ensorceleurs
Mon cœur s’ouvre à la pulpe de la vie
Des plages de rage brillent sur la sève de mes sens
La buée des regrets brouille mon regard
La fièvre brûle l’haleine de ma douleur

Le temps de caresser l’encolure d’un cauchemar
De marier ma détresse aux lèvres de ma liesse
Le temps d’entonner mon chant de solitaire
Et les blessures de l’homme se déploient sur la croix
Des générations folles se bercent dans le souffle d’invisibles mutilations
À grandes brassées des saisons entières de l’esprit s’évanouissent

C’est voyance qui s’avance
Voyance, patience de l’attente et dépassement des limites
Bruissement des heures éventrées
Tourbillon d’un destin sans demeure
Geste hardi vrillant l’espace
Mesure trouble d’une aube alourdie d’insomnie

Voyance, l’oreiller du soleil
Tu affines les paumes de la beauté
Tu amendes le sol du bonheur
Tu secoues l’épaule sombre des peuples

Voyance, rosée luxuriante de la méditation
Voyance, temple de ma purification

Pleine lune,
Promesse où flotte l’écume sans souillure des rêves
Plongée dans les contrées où séjournent les pieux, où tremblent les ombres
L’élan du signe se dresse dès le matin
J’élève mon regard vers ton mystère
Et la nictation de mes paupières voile une profonde oraison

Autrefois, le voyageur prenait le temps de lire
               sa boussole dans le campement des épines,
               dans l’épaisseur dense des feuilles
L’éclair et l’averse ravivaient son désir d’éternité

Ô voyance
J’ai enfermé l’errance de la tristesse, son gouffre mauve et bleu
J’ai paralysé la turbulence et figé la foulée de l’ivresse
Dans la fanfare des odeurs, une chanson sollicite mes sens
Des cantilènes s’allument sur les cendres de l’innocence
C’est le temps du désordre sacré

Les forfaits sanglants sont effacés
Toute lave d’amertume s’adoucit
Des prophètes semblables chantent des épopées différentes
Ainsi brûlent et se consument toutes les grandes légendes

La mélancolie enchaînée dans l’enfance se délie
L’impatience du chagrin lacère la chance
Et libère l’obscurité rouillée
La trame du geste et du silence tisse la gloire d’Anacaona

Anacaona, la tempête muselée
Tes ennemis ont muré ta parole dans l’océan du feu
L’armée des caciques est revenue sans armes et sans chefs
Elle a enlacé de ses bras des têtes avides d’or et d’épices
Les fleurs brillantes de la pensée, en ces temps-là, nourrissaient le crime et la traîtrise
Elles exhalaient des amours hamuleuses, porteuses d’agonie
Des amours pressées, sans pétales
Des joies cramponnées aux marées de la chair

Ainsi resurgissent les Caraïbes mutilées

 

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JEAN METELLUS

 

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JEAN

 

EBAUCHE D'UN PARADIS PERDU...Extrait

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(...)

L'homme s'éveille avec peine de cette longue nuit. Il s'arrache aux liens tissés. Il le croit. Il secoue sa compagne, comme si la prière de l'aube résonnait encore dans sa tête. Partir ! Mais il contemple ce corps allongé près de lui. Il lèche cette chair endormie. La chaleur monte dans ses reins. Et le désir s'échappe, glisse dans les terres, frappe l'ombre miroitante et se love dans les collines. Il gonfle la pâte des nuages, étoffe les feuillages, leur donne odeur puissante. Il entaille la terre, l'ouvre aux semences.

 

L'homme et la femme marchent d'un même pas. La tâche n'est pas remplie, vide est encore l'horizon qu'ils ne foulent pas. Il faut donner un nom à cette beautééparse, la convaincre d'exister.

 

Ils franchissent des terres innombrables. Veulent-ils oublier ce lieu sauvage d'éblouissement et de terreurs ? Peuvent-ils fuir ? Ils ne fuient pas. Ils sont ces étranges intercesseurs sans rien connaître de la nécessité qui les porte. Ils longent de grandes étendues et la fatigue voilent leurs yeux. Depuis combien de jours déjà ?

 

Parfois comme une voix semble raser l'herbe nouvelle : de frêles tiges de sauterelles où bleuissent de petites mousses ; des plaques rousses sur le sol craquelé, l'étendue passionnément grise. Une voix, oui, qui froisse de longues tiges noires et jaunes et d'un duvet la caresse soyeuse, petites crinières de vent.

 

Et le vent est partout.

 

Ils s'arrêtent, se logent dans cet abri. Des oiseaux blancs aux longues pattes d'or dessinent les étoiles d'un ciel commun.

 

(...)

 

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PIERRE-ALBERT JOURDAN

 

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Oeuvre Odilon Redon

 

 

CHANSON DU DJOLIBA

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 Merci Adéla...

Djoliba! Djoliba! Nom combien évocateur!

Descendu des derniers contreforts du Fouta-Djalon,

tu viens t’associer, généreux et fécond, à la vie du paysan de Guinée.

C’est toi qui, à travers d’innombrables méandres,

apportes discrètement

à chacune de nos plaines un message de Paix et de prospérité.

Tu t’es prodiguéà cette terre de latérite et de grès

pour que vive toute une race.

Les bergers qui, chaque jour, promènent leurs troupeaux le long de tes bords verdoyants,

te vénèrent tous et dans leur solitude te chantent sans relâche.

Juchés sur les miradors de bambou,

au milieu de vertes rizières qui s’étendent à perte de vue,

dans les vastes plaines que tu as fertilisées,

les enfants, torse nu et maniant la fronde,

fredonnent tous les matins ta chanson, la chanson du Djoliba.

Coule donc, Djoliba, vénérable Niger,

suis ton chemin à travers le monde noir et accomplis ta généreuse mission.

Tant que tes filets limpides rouleront dans ce pays,

les greniers ne seront jamais vides et chaque soir

les chants fébriles s’élèveront au-dessus des villages pour égayer le peuple africain.

Tant que tu vivras et feras vivre nos vastes rizières,

tant que tu fertiliseras nos champs et que fleuriront nos plaines,

nos Anciens, couchés sous l’arbre à palabres, te béniront toujours.

Coule et va plus loin que toi-même à travers le monde entier,

étancher la soif des inassouvis, rassasier les insatiables

et apprendre à l’Humanité que le bienfait désintéressé est le seul qui, absolument, signifie.

 

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FODEBA KEITA

 

* Djoliba : Nom donné en langue mandingue au fleuve Niger

 

 

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MALI

Photographie Arnaud Rodamel