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Channel: EMMILA GITANA
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LE SOLEIL MEURT DANS UN BRIN D'HERBE...Extrait

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Le cerisier le grand cerisier 

dont les branches sous la lune

Perdent leurs feuilles 

Ce cerisier le grand cerisier 

Que l’hiver rejoint 

Quand Margaux apprend 

Quelque mot nouveau

Et qu’elle me prend la main 

La main

Et que le soleil meurt

Dans un brin d’herbe.

....

Elle m'a pris la main
pour descendre les quatre marches
qui conduisent à l'eau trouble
de la mare

Elle m'a pris la main
et de l'autre a envoyé
quatre petits cailloux blancs
dans l'eau juste le temps

Juste le temps pour moi
de comprendre que cet instant
avec ces cailloux blancs

qui s'enfoncent dans l'eau trouble
jamais ne referait surface

 

....

 

            C’était comme un signe 

Qu’elle avait laissé avant de partir 

Des petits cailloux blancs 

Sur un banc de pierre usé 

Cinq petits cailloux blancs

Dans l’hiver 

Sur un banc de pierre 

Pour que je sache

Qu’ils étaient pour moi 

Qu’il fallait que je les prenne 

Et referme ma main dessus.

 

 

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JEAN RIVET

 

 

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fillette2

 

 

 

 

 

ROBERTO JUARROZ

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Si nous connaissions le point
où quelque chose va se rompre,
où le fil des baisers sera coupé,
où un regard cessera de rencontrer un autre regard,
où le cœur ailleurs s'élancera,
nous pourrions mettre sur ce point un autre point
ou du moins l'accompagner quand il cède.

Si nous connaissions le point
où une chose va se fondre avec une autre,
où le désert rencontrera la pluie,
où l'étreinte atteindra la vie,
où ma mort s'approchera de la tienne,
nous pourrions dérouler ce point comme un serpentin
ou du moins le chanter jusqu'à mourir.

Si nous connaissions le point
où une chose sera toujours cette chose,
où l'os n'oubliera pas la chair,
où la source est mère d'autre source,
où le passé ne sera jamais le passé,
nous pourrions le laisser seul et abolir tous les autres
ou du moins l'abriter dans un lieu plus sûr.

 

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ROBERTO JUARROZ

 

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richter7,,

Oeuvre Gerhard Richter

 

 

A L'AUBE

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A l’aube quand vibrait encore
la gloire du monde, nous descendions
l’échelle des rêves pour chercher
dans l’herbe du jardin
l’œuf bleu des promesses, et dans le ciel
un reste du vertige qui nous tirait
des cris, mais tout retombait vite
et l’horizon reprenait
son vrai visage : enclos, barrière, octroi.
Nous rentrions couver notre butin
les yeux dans l’ombre comme si
une aile ou un ange
allait soudain venir briser la coque.

 

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GUY GOFETTE

 

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garcons,

 

 

L'ADIEU

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Nous sommes revenus à notre origine.
Ce fut le lieu de l'évidence, mais déchirée.
Les fenêtres mêlaient trop de lumières,
les escaliers gravissaient trop d'étoiles
qui sont des arches qui s'effondrent, des gravats,
le feu semblait brûler dans un autre monde.

Et maintenant des oiseaux volent de chambre en chambre,
les volets sont tombés, le lit est couvert de pierres,
l'âtre plein de débris du ciel qui vont s'éteindre.
Là nous parlions, le soir, presque à voix basse
  à cause des rumeurs des voûtes, là pourtant
nous formions nos projets : mais une barque,
chargée de pierres rouges, s'éloignait
irrésistiblement d'une rive, et l'oubli
posait déjà sa cendre sur les rêves
que nous recommencions sans fin, peuplant d'images
le feu qui a brûlé jusqu'au dernier jour.

Est-il vrai, mon amie,
qu'il n'y a qu'un seul mot pour désigner
dans la langue qu'on nomme la poésie
le soleil du matin et celui du soir,
un seul le cri de joie et le cri d'angoisse,
un seul l'amont désert et les coups de haches,
un seul le lit défait et le ciel d'orage,
un seul l'enfant qui naît et le dieu mort ?

Oui, je le crois, je veux le croire, mais quelles sont
ces ombres qui emportent le miroir ?
Et vois, la ronce prend parmi les pierres
sur la voie d'herbe encore mal frayée
où se portaient nos pas vers les jeunes arbres.
Il me semble aujourd'hui, ici, que la parole
est cette auge à demi brisée, dont se répand
  à chaque aube de pluie l'eau inutile.

L'herbe et dans l'herbe l'eau qui brille, comme un fleuve.
tout est toujours à remailler du monde.
Le paradis est épars, je le sais,
c'est la tâche terrestre d'en reconnaître
les fleurs disséminées dans l'herbe pauvre.
Mais l'ange a disparu, une lumière
qui ne fut plus soudain que soleil couchant.

Et comme Adam et Ève nous marcherons
une dernière fois dans le jardin.
Comme Adam le premier regret, comme Ève le premier
courage nous voudrons et ne voudrons pas
franchir la porte basse qui s'entrouvre
là-bas, à l'autre bout des longes, colorée
comme auguralement d'un dernier rayon.
L'avenir se prend-il dans l'origine
comme le ciel consent à un miroir courbe,
pourrons-nous recueillir de cette lumière
qui a été le miracle d'ici
la semence dans nos mains sombres, pour d'autres flaques
au secret d'autres champs «barrées de pierres»?

Certes, le lieu pour vaincre, pour nous vaincre, c'est ici
dont nous partons, ce soir.

Ici sans fin
comme cette eau qui s'échappe de l'auge.

 

.

 

YVES BONNEFOY

 

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MAI

 

 

L'HORLOGE

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Rappelle-toi l'été
le vent des nuits,
les avoines fantômes
sous la lourde lune
inondant la rivière d'anis,

Là-haut, dans le fenil
les chuintements des effraies,
là-bas, le choc mou d'une pomme
sur les feuilles mortes
du temps,

et l'horloge impassible
ordonnant le silence
des vivants et des morts.

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FREDERIC JACQUES TEMPLE

 

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julien dupré2

Oeuvre Julien Dupré

MA VIE S'ENVASTE

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Je vous aime petites fleurs des champs piquées dans les poils d’herbe et vous aussi vaches à têtes carrées, grosses pâquerettes, broutant le pré qui touche au ciel, peignant un nuage avec votre queue.

Je vous aime chenilles, escargots, paons du jour et vous aussi sales mouches.

Je vous aime bourgeons sucrés, petites feuilles, petites flammes d’un vert pointu comme les yeux des chats et vous aussi grandes feuilles lisses comme des miroirs et vous encore feuilles tombées, maquillées, trouées comme des visages.

Je vous aime amis fidèles et infidèles dans vos habits de toujours vivants.

Je t’aime ma femme aux longues jambes, plus que tu ne le supposes, et vous aussi enfants à têtes d’anges.

Je t’aime brouette trop lourde de mon cœur et toi aussi rat de ma tête même quand je cogne quand je tue tes petits à coups de bêche parce qu’il faut bien quand même veiller au grain.

Je vous aime tous je vous assure et je ne sais si j’en vis si j’en crève, je suis vous êtes parfois si imparfaits, mais de vous à moi la musique est tellement tellement belle.

Oui, je suis bien dans l’été de mon âge.

Les êtres, les choses m’envahissent, me bousculent.

Je les étreins, je les défriche, je les renverse.

Je ne me cherche plus, je me disperse.

Je déborde comme un fouillis de viorne et de lierre.

Je sème; le grain lève, fragile et rose; déjà je suis ailleurs. Et qu’importe si al récolte se fait sans moi.

Mes pensées filent comme le liseron.

Mes actes éclatent comme des fruits mûrs.

Les forêts, les prés, les oiseaux, les hommes me montent à la tête.

Terre, Terre, comme il fait bon s’étendre à travers toi !
 
À mon pays retrouvé

Je reviens en septembre, le mois de ma naissance, dans un camion presqu’animal, et la phrase sourde du moteur comme une berceuse de l’enfance conte l’histoire d’un homme et de son sac de sable.

Mon pays est plus vaste que mon bagage.

Le ciel encombré d’un nuage géant et le dos basculant de la terre que je vois respirent comme un bœuf à l’énorme poitrail.

C’est un matin enluminé de fermes blanches et d’arbres aux feuilles filantes comme mes pensées, et depuis l’appel du premier corbeau piquant du bec et de l’âme le reste ensoleillé des blés qui ont marché partout, ma joie déborde comme la paille des granges.

Des voix longtemps éteintes m’attendent dans la complicité de l’air.

Une touffe d’herbe haute me dit que les morts ont grandi.

Ici, j’ai vécu plusieurs vies,

l’une chercheuse, presque matinale, parmi les fleurs des sous-bois à la tendresse ridicule,

l’autre abondante à midi dans la lumière ronde des tournesols,

et l’autre encore, douloureuse, comme un journal quotidien ou la trahison d’un outil mais toutes rêvées sans lassitude comme on entend la nuit le bruit des moissonneuses.

Que mon pays soit mes années, mon chiendent, ma route, mon nuage et ma carte postale et si partir traverse encore ma tête que ce ne soit qu’un apparent voyage comme les adieux faits à un mort à qui l'on ferme les yeux dans une chambre au royal sourire.

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JEAN LE MAUVE

 

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NAT2

 

 

 

 

IL ME FAIT ENTENDRE DES MOTS

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Il me fait entendre ...Quand il me fait danser
Des mots, qui ne sont pas comme tous les mots
Il me prend d'au-dessous de mes bras
Il me plante dans un des nuages
Et la pluie noire dans mes yeux
Il me prend avec lui...il me prend
Pour une soirée de bal rose
Et moi comme une petite fille dans sa main
Comme une plume prise dans les airs
Il m'apporte sept lunes
Et un bouquet de chansons
Il m'offre un soleil... Il m'offre
Un été.... Et un escadron d'hirondelles
Il m'informe que je suis son chef d'œuvre
Et que je vaux des milliers d'étoiles
Et que je suis un trésor ...Et que je suis
Le plus beau tableau qu'il ait vu
Il raconte des choses qui m'étourdissent
Qui me font oublier le bal et les pas
Des mots qui bouleversent mon histoire
Qui me rendent une femme instantanément
Il me construit un palais de mirage
Que je n'habite que quelques instants
Et je reviens... je reviens à ma table
Rien avec moi... Sauf des mots.


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NIZAR QABBANI

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abbas moayeri5

Oeuvre Abbas Moayeri

 

 

 

EN TRAVERSANT LE PAYS DES MORTS

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En traversant le pays des morts

en route vers Aden les terres d’Arthur Rimbaud.

Je suce mes doigts à cause de la soif

de la malaria, du cancer des os.

Je songe à la Bretagne,

aux femmes aux hautes coiffes.

Je songe aux piroguiers du fleuve Zaïre.

Je songe aux oiseaux bariolés d’Amazonie.

Je songe au sexe chaud de l’indienne

à la tombée de la nuit.

Je songe à une espèce de poème

déclamé par un fou de génie

qui ferait taire les perroquets verts.

 

 

ANDRE LAUDE

 

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Christian Carolina!

Photographie Christian Carolina

 

TERRE DU TEMPS...Extrait

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Souris, du moins par politesse, à la seule minute au monde qui te regarde.

Trahis-toi sans dire mot en contrebande. N'éteins pas l'amour mais sa parole.

Ne me donne rien de peur de t'intéresser. Offre-moi seulement ce que je prends. À te pencher tu retarderais ta marche.

Ne me demande rien. Me voici qui ne suis que ce que je te restitue. Car si je projette ma silhouette devant moi c'est que je te tourne le dos, Soleil.

Ne dialogue pas avec ton miroir. Sois tel que rien ne soit. Que ta présence consume ta figure.

L'horloge patiente va et vient. Je ne peux rabattre la couverture des paupières sur mon visage puisque je n'ai plus de visage. Ne me regarde pas. Tu n'auras en moi nul repos. Je suis une voix encore peut-être mais sourde et incessante qui n'est autre déjà qu'à tes tempes le battement plus fort de ton coeur.

 

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JEAN GROSJEAN

 

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richter,,

Oeuvre Gerhard Richter

 

 

 

LES MATINAUX...Extrait

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Quand nos os eurent touché terre,
Croulant à travers nos visages,
Mon amour, rien ne fut fini.
Un amour frai vint dans un cri
Nous ranimer et nous reprendre.
Et si la chaleur s’était tue,
La chose qui continuait,
Opposée à la vie mourante,
A l’infini s’élaborait.
Ce que nous avions vu flotter
Bord à bord avec la douleur
Etait là comme dans un nid,
Et ses deux yeux nous unissaient
Dans un naissant consentement.
La mort n’avait pas grandi
Malgré les laines ruisselantes,
Et le bonheur pas commencé
A l’écoute de nos présences ;
L’herbe était nue et piétinée.

 

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RENE CHAR

 

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chr

 

 

 

TESTAMENT DE RAVACHOL...Extrait

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Nous n’habitons nulle part nous ne brisons de nos mains

rouges de ressentiment que des squelettes de vent
nous tournoyons dans un désert d’images diffusées par les
invisibles ingénieurs du monde de la séparation permanente
retranchés dans les organismes planétaires planificateurs
infatigables du spectacle
nous ne sommes rien nous ne sommes qu’absence
une brûlure qui ne cesse pas nous n’embrassons nulle bouche
vraie nous parlons une langue de cendres nous touchons
une réalité d’opérette
nous n’avons jamais rendez-vous avec nous-mêmes
nous nous tâtons encore et toujours
nous errons dans un magma de signes froids nous traversons
notre propre peau de fantôme
le soleil du mensonge ne se couche jamais sur l’empire de
notre néant vécu atrocement au carrefour des nerfs
nous n’avons ni visage ni nom nous n’avons ni le temps
ni l’espace des yeux pour pleurer trente-deux dents
totalement neuves pour mordre
mais mordre où mais mordre quoi
de fond en comble toutes les chaînes
autour desquelles s’articulent nos chairs nos pensées
d’aujourd’hui
jusqu’à ce qu’elles cassent dans un hourrah de lumières de
naissances multiples
décrétons le refus global
les jardins des délices tremblent et éclairent au-delà
la révolte met le feu aux poudres
taillez enfants aux yeux d’air et d’eau les belles allumettes
dans la forêt des légitimes soifs
taillez les belles allumettes pour que flambe le théâtre d’ombres universel.

 

 

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ANDRE LAUDE

 

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André Laudepar UniK_Production

LES PAS DE L'EAU...Extrait

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(…)


Ιl ne nous appartient pas de percer le mystère de la rose.
Nous ne pouvons à la rigueur
Que nous baigner dans la magie de la fleur.
Dresser notre tente par-delà le savoir.
Ou tremper notre main dans le sortilège d'une feuille.
Et nous mettre ensuite à la table du banquet.
Et à l'aube, quand se lève le soleil, renaître à nouveau,
Donnant libre cours à nos exaltations.
Arrosons de fraîcheur la perception de l'espace,
De la couleur, de son et des fenêtres.
Et laissons filtrer le ciel entre les deux syllabes de l'Être.
Vidons et remplissons nos poumons du souffle de l'éternité.
Allégeons le dos frêle des hirondelles du fardeau du savoir.
Enlevons leur nom aux nuages,
Aux platanes, aux moustiques, à l'été.
Et empruntant les traces humides de la pluie,
Gravissons les hauteurs de l'amour.
Et ouvrons la porte à l'homme, à la lumière, à la plante, à l'insecte.

Et peut-être devons-nous poursuivre
L'appel de la Vérité
Entre l'immémoriale vision du lotus
Et l'actualité de notre siècle.

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SOHRÂB SEPEHRI

 

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d,,

 

 

COMME UNE BLESSURE RAPPROCHEE DU SOLEIL...Extrait

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M'emmerdent Lamartine et Saint-John Perse, François Coppée et Paul Claudel, Valéry et André Laude.

M'emmerdent les grands trafiqueurs qui filent la rime, le verset, le beau langage vérolé.
M'emmerde LA POÉSIE
Je bénis le ciel d'avoir gangrené la jambe d'Arthur de Charlestown, d'avoir déglingué le piano d'Isidore Ducasse, comte de Lautréamont, d'avoir foutu le feu dans les tripes de Gérald Neveu avec qui j'ai vécu quelques folles nuits là-bas à Marsilho.

Je bénis le ciel d'avoir jeté Tristan Corbière sur un bateau de papier qui a étééchoué par les pirates du cap des Trépassés.


La poésie est inadmissible.

Seule la voyance demeure permise dans ce monde de barbelés de magnétos qui tournent inlassables le jour et la nuit tandis que les mathématiciens les ingénieurs étudient les possibilités d'accélérer les cadences, tandis que les philosophes s'épuisent à couvrir de leur ombre puante le fonctionnement de la machine, tandis que les poètes poétisent loin des mitrailleuses qui tuent à Santiago du Chili, à Nicosie, à Séoul, à Bogota, à Athènes...


La poésie est inadmissible.

Salope aux ordres de l'Ordre établi, dans les têtes dans les sexes dans les ventres dans les culs dans les bouches, dans les mots.
Que meurent que crèvent LES POÈTES pour que LA POÉSIE soit langue d'échange entre des ÊTRES inventés CE MATIN dans la SARDANE DES SANGS ALIÉNÉS, dans l'ÉBLOUISSEMENT DU CORPS RECONQUIS deux mille ans après que le Nazaréen ait rendu le dernier souffle.
La poésie est inadmissible et tout individu qui se pointe comme poète doit prendre une main à travers la gueule ou alors celui qui se tait est un salaud de complice, une lopette qui n'a pas le droit de respirer, une écume de vagin défectueux.
La poésie masque la vérité du monde.

La poésie trahit le champ du possible.

La poésie cadavérise la fureur enfouie dans les dents, dans les nerfs, dans les articulations du corps pressenti en de brusques illuminations. DU CORPS qui a raison.
Pourquoi baiserais-je les paumes dégueulasses de ceux qui m'interdisent le chemin. Pourquoi saisirais-je le manche du poignard qui n'a que la seule vocation de s'enfoncer entre mes épaules qui se souviennent toujours d'avoir étéépaules d'ange?
Qu'on baise les baisés. Les refoulés du "vécu différé".
Différé au nom de quoi, je vous le demande ! Au nom de cet exercice vain, orgueilleux, nul et non avenu qui consiste à aligner des mots qui ne sont pas de la réalité et qui du même coup refusent à la RÉALITÉ dont l'univers est plus ou moins lucidement enceint de surgir sur la "scène historique"
J'exige la fin du divorce entre le verbe et les choses
j'exige la mise en procès de ceux qui nous vendent
et nous achètent
nos larmes, nos cris d'enculés par LE SYSTÈME
nos poitrines en loques
nos poumons en ruines
nos genoux éclatés
nos verges décapitées
nos couilles rouillées
nos salives frigides
nos sueurs polluantes
nos souffles courts
nos théâtres d'ombres
nos nuits de schizophrènes coincés
nos matins de paranoïaques sans frontière
Nos imaginaires livides
nos sentiments asphyxiants
nos hurlements bouches cousues
nos silences de gueuloir
nos caresses de singes
nos amours de clinique psychiatrique
nos peurs sans fondement
nos peurs légitimement fondées
nos névroses dont les coupables publient parfois dans les
grandes maisons d'édition
nos faces cassées
nos rires incarcérés
nos extases coupables
ETC ETC ETC


La poésie est inadmissible.

Ce n'est pas un livre, n'est pas un poème, non plus un anti-livre, un anti-poème.

C'est de l'absence qui jargonne, bafouille, éructe, vocifère, incendie. L'absence à laquelle je suis condamné depuis que la queue de mon père a trouvé le trou de ma maman.
Enfant du viol, j'assume ma douleur.

Je ne saurai admettre qu'on veuille cacher la blessure sous les pommades de quelques rebouteux ayant vaguement don de lyrisme.
A FEU ET A SANG J'EXIGE LA LANGUE VRAIE, LE PLEIN ET LE LIBRE FAROUCHEMENT BAISAGE ENTRE LA PAROLE ET LE RÉEL RÉUNIFIÉS DANS L'ÊTRE HORS LES CHAÎNES DE TOUTES SORTES.

 

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ANDRE LAUDE

 

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richter6,,

Oeuvre Gerhard Richter

 

 

 

 

 

FONDAMENTE...

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Voici le temps du retour aux herbages
après les grandes fenaisons,
le temps du mémorial, du plain-chant
de l'enfance, érigé sur les sources
à l'orée du voyage.

Sous le lichen gît la pierre
intacte; et les voix
ranimées aux bruits des pas furtifs
du vieil enfant bourdonnent
dans le rucher panique
des années convoquées.

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FREDERIC JACQUES TEMPLE

 

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RAPHAËL TOUSSAINT,,

Oeuvre Raphaël Toussaint

http://www.raphael-toussaint.fr/

LA PETITE FILLE ET LA POESIE...

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Il était une fois, dans un je ne sais où, une petite fille. Cette petite fille voulait découvrir la Poésie, ce je ne sais quoi qui embellit la vie. Car tout était triste autour d’elle. Un voile d’ombres et de brumes l’entourait, un rideau de pluie et de larmes mêlés. Cette petite fille sans nom, ce je ne sais qui, avait dans le cœur une chanson, une mélodie qui l’accompagnait et la rendait plus gaie. Elle aurait voulu que tout fût gai autour d’elle, cela la rendait toute triste de voir un univers sans couleur, des ombres de vie. C’est pour ça qu’elle se disait : «je dois découvrir la Poésie, elle rendra l’univers plus beau, aussi beau que la chanson que j’ai dans le cœur.»

Elle errait dans un mystérieux manoir, happée par une sombre rêverie. Elle voulait partir au plus vite à la quête de ce trésor. Sa petite chanson si jolie l’aidait à vaincre la peur qui rôdait autour d’elle, cette monstrueuse bête qui voulait la retenir, déchirer ses ailes pour l’empêcher de voler. Car cette petite fille avait des ailes, des ailes invisibles mais la peur est un être maléfique qui voyait tout. La peur savait qui était cette petite fille et ce qu’elle recherchait, et à tout prix, elle devait la retenir. Mais elle ne pouvait rien contre la chanson qui émanait de la petite fille, cette chanson était magique et envoûtait la peur. Charmée, elle se dissipa et la petite fille put continuer son chemin, s’envola et transperça le manoir qui disparut à son tour, comme s’il n’avait jamais existé. A sa place une étoile était née. La petit fille la vit et la trouva si belle qu’elle l’embarqua sous ses ailes. Elle avait maintenant sa chanson et son étoile, une musique et une couleur qui éclairaient son parcours.

Après plusieurs jours de vol, elle vit un pays, un pays qu’elle ne comprenait pas, où tout était en ordre. Elle décida de s’y arrêter : «on ne sait jamais, je pourrai peut-être découvrir la Poésie dans cet endroit bizarre.» Ce royaume était gouverné par une méchante reine. Cette reine s’appelait Raison. Raison dirigeait tout, tous devaient lui obéir. Les êtres, les choses étaient modelés par raison. Tout semblait si froid, si ennuyeux, si gris. La petite fille chanta sa chanson, fit briller son étoile et déploya ses ailes. La reine écouta la chanson et vit l’étoile, elle se mit à rire et à voler à l’envers, son rire valdingua à travers le royaume et se transforma en un immense éclat de rire et de folie. La petite fille repartie avec ce fou rire. Elle était plein d’espoir et pensait bientôt rencontrer la poésie. Elle avait déjà beaucoup d’amis : sa chanson, son étoile, son rire fou. Elle savait qu’ils l’aideraient à trouver la Poésie et peut-être qu’ils l’aideraient à découvrir son prénom, ce prénom perdu.

Un jour, elle se trouva dans une contrée bruyante, pleine de sons qui lui étaient inconnus. C’était le royaume du langage structuré, le royaume de la prose. Elle chanta sa chanson mais les habitants ne la comprirent pas. Pourtant, ils aimaient la chanson et à leur tour, ils se mirent à chanter dans un langage qu’elle ne comprenait pas. Elle vit un chat qui l’adopta aussitôt. Ils se comprenaient, parlaient un langage muet. Le chat reconnut cette petite fille mais ne pouvait lui dire qui elle était. Elle seule devait le découvrir. Elle repartit avec le chat vers de nouveaux horizons, laissant ce brouhaha inintelligible derrière elle.

Ce chat étrange ne ressemblait à rien. C’était le gardien de la poésie, son symbole. Il avait les sept couleurs de l’arc-en-ciel. Son regard, son sourire avaient ce quelque chose d’ineffable qui hypnotisait la petite fille. Elle aimait ce chat magique et aurait voulu que la Poésie ressemblât à ce chat, à cet arc-en-ciel de sensations qui ronronnait dans son coeur. Elle donna l’étoile au chat pour faire briller son cœur, elle lui donna aussi le fou rire pour faire éclater son sourire.

Une sorcière les avait aperçus et elle était dans une colère aussi noire qu’elle. C’était une sorcière colérique, mal lunée. Evidemment, elle n’avait pas un cœur étoilé. Cette sorcière incarnait le mal, elle ne savait pas chanter et la chanson de la petite fille la fit frémir, ses dents grincèrent, ses poils se hérissèrent. Elle comprit qui était cette petit fille, elle sut immédiatement son prénom. La sorcière était cousine avec la Peur, elles étaient semblables. Elle voulut jeter un sort à la petite fille et au chat arc-en-ciel, mais elle ne put rien contre eux car la chanson toucha la sorcière et la métamorphosa en fée.

La petite fille demanda à la fée si elle savait où elle pourrait trouver la Poésie. La fée ne lui répondit pas mais lui offrit un miroir enchanté. La petite fille y aperçut un lac et un petit garçon triste. Elle remercia la fée et partit à la recherche de ce lac et de ce petit prince qui semblait si seul, qui semblait tout savoir.

Elle dût passer par le royaume des Adultes. Elle croyait voir la reine Raison et le roi Langage dans ce lieu de géants qui semblaient ne pas se rendre compte de sa présence. Ils virent le chat et le trouvèrent si bizarre qu’ils voulurent l’emprisonner pour l’examiner pour comprendre cet animal anormal. Tout devait être normal dans le royaume des Adultes, et s’ils ne comprenaient pas une chose mystérieuse, ils la disséquaient, l’étudiaient pour savoir à quoi ils avaient à faire. Mais le chat était rapide, et comme il ne ressemblait à rien, il se transformait à loisir. La petite fille n’avait même pas envie de chanter sa chanson pour des Adultes qui ne la remarquaient même pas, des Adultes qui voulaient faire du mal au chat arc-en-ciel. Elle repartit avec une infinie tristesse dans le coeur en pensant à ce monde d’apparences. Le chat lui offrit son plus beau fou rire, alors ils sourirent tous deux et partirent ensemble sur le dos d’un nuage, à la rencontre de la Poésie.

Le lac chanta en apercevant la petite fille et le chat. Ils descendirent de leur nuage. Le Petit Prince était là. Il pensait à son ami Antoine qui était reparti dans son avion. Il voulut jouer avec le chat. La petite fille regarda dans le lac, et là, elle découvrit la Poésie. Elle vit son image dans le miroir, le reflet dans le lac était le même. Elle comprit alors tout. Elle comprit qu’elle était la poésie, elle sut pourquoi elle avait perdu son prénom, que c’était elle-même qu’elle avait cherché. Elle savait.

Elle sourit au Petit Prince qui la regarda, la prit par la main et se mit à rire. Le chat eût son plus beau fou rire et la poésie chanta. Le Petit Prince vit l’étoile dans le cœur du chat, il sut qu’il devait partir avec eux, c’était l’étoile de son ami Antoine. Le Petit Prince, la Poésie et le chat qui ne ressemblait à rien revinrent dans ce je ne sais où en noir et blanc pour embellir le monde avec leurs regards magiques, parfumer le monde de poésie avec leurs regards poétiques.

Ils redonnèrent du souffle au monde avec leur Poésie, leurs regards, suivis par tous les enfants. Ils partirent avec leur folie, leur amour, leur poésie à la conquête de la Raison, à la métamorphose de l’Adulte, en semant leur poème.

 

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JULIETTE CLOCHELUNE

 

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mila chérie

 

 

 

 

MYRIAM MONTOYA

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Arrivent les voix
de l’inframonde grégaire
à l’âge
où l’éclat des dahlias
et les vibrations de l’air
fêtent l’innocence

Danses
chœurs levés au soleil et à la lune
étouffent le cri

La fleur sanglante
apaise la terreur collective
et masculine

La jeune fille initiée
sur un hamac cicatrise

 

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MYRIAM MONTOYA

 

.

 

MYRIAM

 

 

LE TEMPS

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 On attend...des réponses qui ne viennent pas, des nouvelles, un résultat, l'enfant, les cerises, la pluie, l'amour, la guérison. Et le temps passe...Le présent. Derrière lui, l'enfant le tire déjà dans un chariot en bois, accrochéà une ficelle, éclatant de rire.  Lourd ou sans nuage et tourné vers le futur, le passé s'allonge. Plus tard, on attend encore, l'avenir que l'on doit se construire: l'étudiant l'apprendra à ses dépens, en abandonnant peu à peu sa merveilleuse insouciance. Hier s'installe, c'est déjà demain. On est abreuvé de paroles sirupeuses, on est roué de coups, on s'enchaine pour retenir le moment, sur un quai de gare, on s'accroche, on décroche et, fatalement, on fabrique le passé. Il se fait la part belle sur notre "passage". Il est là, partout: dans la memoire, sur une photo, sous une pierre tombale. Encore plus tard, on le traine douloureusement, le chariot de l'enfance s'est transformé en une énorme charge et le rire est devenu rictus. Il a pris le pas sur la vie, les traces indélébiles et les couleurs ont fâné... Jusqu'à la fin le passé s'enrichit,  et au-delà... Il est encore plus vivace...

 

 

JOSIANE

 

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TEMPS2

 

 

EN FILIGRANE, L'ARDENNE...Extrait

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Dans les méandres de la mémoire

le lieu natal

fragile îlot de tendresse

où se délitent paroles

caresses d'oiseaux et rires engrangés.

 

Charrois de lies

dans nos déserts intérieurs.

 

L'incertitude se fragmente

c'est comme si on venait de naître

ou de voir plus loin que la nuit.

 

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AGNES SCHNELL

 

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elena-shumilova-3

Photographie Eléna Shumilova

 

 

HISTOIRES DE SOIFS...Extrait

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Pas un seul mot

où se heurter

 

Parole d'absence

qui ne parle plus

 

Et nous puisons l'argile

avec des rêves

qui font crier nos ciels d'oiseaux.

 

Après,

hurler de toute la chair

dans les mots nus,

au creux d'un ventre vide.

 

La soif

s'appelle pluriel.

 

Mots orphelins

gardant leur blanc d'hiver.

 

Mots quotidiens

portant vos prières

comme les deux faces

d'une même présence:

celle du dessus

celle du dessous.

 

Des mots à vide

qui, lentement, s'en vont

dans l'écriture des neiges.

 

A l'heure de l'arbre

où l'oiseau dépose

les cris de sa mémoire.

 

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EMILE HEMMEN

 

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EMI

 

 

 

AMOUR D' UN SOIR FIN SEPTEMBRE...Extrait

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Je n’étais pas dans le besoin,
je n’avais rien demandé
et pourtant tu étais déjà loin
lorsque je voulus te remercier.

Tout ce qu’on me dit, fut qu’une bonne dame
avait déjà payé mon dû.
J’ignore, sans en faire un drame,
pourquoi elle le fit, cette inconnue.

Pourquoi paya-t-elle mon café,
sans un signe de la tête, du doigt,
me permettant de refuser,
ou de l’inviter, comme il se doit ?

Temples, chapelles, cathédrales,
ce n’est pas à l’abri de vos vitraux
ni en vertu de vos morales
que sont faits les plus beaux cadeaux.

L’amour se trouve là où il jaillít
– non pas où vous voudriez le trouver –
au coin d’une rue, d’un bar, d’un lít,
partout où passe le sourire d’aimer.

 

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GIULIO ENRICO PISANI

 

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mains2