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Channel: EMMILA GITANA
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PASSEPORT

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Ils ne m'ont pas connu dans les ombres qui
Absorbent mon teint sur le passeport
Ils exposaient ma déchirure aux touristes
Collectionneurs de cartes postales
Ils ne m'ont pas connu... Ne laisse donc pas
Ma paume sans soleil
Car les arbres
Me connaissent
Toutes les chansons de la pluie me connaissent
Ne me laisse pas aussi pâle que la lune

Tous les oiseaux qui ont poursuivi
Ma paume à l'entrée de l'aéroport
Tous les champs de blé
Toutes les prisons
Toutes les tombes blanches
Toutes les frontières
Toutes les mains qui s'agitent pour l'adieu
Tous les yeux
M'accompagnaient, mais
Ils les ont retirés de mon passeport

Peuvent-ils me dépouiller du nom, de l'appartenance
Dans une glèbe que j'ai élevée de mes propres mains ?
Jonas a rempli aujourd'hui le ciel de son cri :
Ne faites pas encore de moi un exemple !

Messieurs, messieurs les prophètes
Ne demandez pas leur nom aux arbres
Ne demandez pas aux vallées leur génitrice
Le glaive de lumière se détache de mon front
Et de mes mains jaillit l'eau du fleuve
Tous les coeurs d'hommes sont ma nationalité
Voilà, je vous laisse mon passeport !


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MAHMOUD DARWICH

Traduction : Abdellatif Laâbi

 

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DARWICH,

 

 

LA CHUTE DE LA LUNE

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J'ai en tête une chanson,
Petite sœur,
Sur mon pays,
Dors
Que je l'écrive...

J'ai vu ton corps
Resplendissant de couleurs,
Porté sur les anneaux des chaînes,
Et je leur ai dit:
Mon corps est là-bas,
Mais ils ont bouclé la place du village.

Nous étions petits,
Les arbres étaient élevés
Et tu étais encore plus belle que ma mère
Et mon pays.

D'où sont-ils venus?
Et tes parents et les miens
Avaient ceint les vignes
De ronces et d'amour.

Nous contemplons le monde
A la hâte,
Et nous ne voyons aucun être
Pleurer un autre.

Ton corps s'était abandonné,
Et ma bouche
S'amusait d'une goutte de miel
Sur la boue de mes mains.

J'ai en tête une chanson,
Petite sœur,
Sur mon pays.
Dors, que je la grave,
Tatouage sur ma peau.

 

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MAHMOUD DARWICH

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DON SMITH,

Photographie Don Smith

https://www.facebook.com/pages/Don-Smith-Photography/371422548082?fref=ts

GNOSE

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L’être qui trouve sa raison dans la gnose
prônant une connaissance dans le doute
et qui chemine doucement sur sa route
dans son combat trouve-t-il ce qu’il ose
il vit avec les bleus de son âme sa chose
et reste dans l’ambigu à l’affût du doute
souvent la désespérance y est une joute
la souffrance vécue n’a rien d’une rose
une recherche peut confirmer la déroute
lorsque vit la raison sur la voie du doute

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JACQUES BASSE

« Pêle-mêle, ces choses de l’âme
à qui veut du cœur
entendre la flamme »

 

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J BASSE

INTIMITE

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Les yeux
le sourire
la voix
les caresses
vous sentir suspendue
au plaisir
haletante
perdue
éperdue
vous sentir dépassée
par le désir
attendre
atteindre
le seuil de la féminité
j’aime ce que précisément
je ne suis pas
cette différence
vous êtes femme

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JACQUES BASSE

« Pêle-mêle, ces choses de l’âme
à qui veut du cœur
entendre la flamme »

 

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OMBRE

 

 

SIESTE

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Qui de nous deux savait
jusqu’où retentiraient nos rires
Dans la grève de l’eau
ton corps se fait une peau proche de la mienne
En mains mêlées
nous vivons dans la persistance du jour
attentifs à l’appel de nos gestes courbés
et dans la géométrie du rêve
muscles et nerfs noyés
le temps coule en présages circulaires
O vie lovée
O vie larguée

Qui de nous deux savait
jusqu’où s’élèveraient nos jeux
Une porte qui grince
le chant de draps froissés
la parole en noyau
dans la nuit douce des métaux
et sur les rides éblouies du mur
la floraison vorace du midi

 

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ANTHONY PHELPS 

" Motifs pour le temps saisonnier"

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Henri Lebasque

Oeuvre Henri Lebasque

J'AI VU SES YEUX

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Pour Mila qui a aujourd'hui 11  ans

 

J’ai vu ses yeux
Un bel étang de femme-saule perdue dans un espace étrange
Le songe lointain des contrées et ses lèvres d’oiseau mouillées
Si bien que du bout de mes doigts j’aurais voulu les essuyer

Comme au matin, une fontaine, son sourire d’enfant comblé
Plus clair que l’infante Isabelle et plus vif qu’un jet d’hirondelles
Que l’oriflamme du matin et le miroir d’une sirène
Le page blond du printemps et l'alauda des mutinés

Est-il permis d’être aussi blonde à en rendre jaloux les blés
De Beauce et de Brie rassemblés au bord du chemin de sa course ?
Et je les entends murmurer que Dieu les a abandonnés
Et moi, Dieu je lui en sais gré pour la beauté qu’il m’a donnée

Vivace comme un fil de anche si le vent lui a ordonné
Ou si le vent l’a ordonnéà la tendresse abandonnée
Comme un bouquet d’herbes de rives, humide et tiède sans parler
Humide qui me rend humide, les yeux entre rire et pleurer

Et sa joie à pleines dents blanches c'est Chartres au matin ressuscitée
Naïve et farouche Gavroche, ma farouche avec le menton
Ma naïve avec ses fredaines, ma fleur de neige et d’eau
Mon clown-enfant, ma barbouillée, ma korrigane libérée
Ma blonde enfant, ma tant aimée

Je vais apprendre à me taire, je vais apprendre àécouter
Passer le vent entre ses lèvres et je vais devenir léger
Je vais devenir léger
Et puis de laiteuses tendresses, je vais apprendre à calmer ces craintes d’enfant effrayé
Qui a peur du noir et appelle. Et je vais devenir berger

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JACQUES BERTIN

 

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miloumila,,

JOEL GRENIER

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Elle dansait sur la scène des fleurs et sa robe faite d'aube charmait les papillons. Elle volait un instant de douceur, sur la pointe des pieds, en écartant les bras. Comme on s'offre au bonheur de la jeunesse, insouciante, aérienne, étoile du jour.
Sur le fil d'un rêve qu'elle avait inventé, elle tenait l'équilibre sans même le savoir. Et ses mains ouvertes pour offrir s'appuyaient sur des nuages de son âge.

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JOEL GRENIER

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DANSE

LE COMMENCEMENT

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Je ne désire de l'amour que le commencement. Au dessus des places de ma Grenade
Les pigeons ravaudent le vêtement de ce jour
Dans les jarres, du vin à profusion pour la fête après nous
Dans les chansons, des fenêtres qui suffiront et suffiront
pour qu'explosent les fleurs du grenadier

Je laisse le sambac dans son vase. Je laisse mon petit coeur
Dans l'armoire de ma mère. Je laisse mon rêve riant dans l'eau
Je laisse l'aube dans le miel des figues. Je laisse mon jour et ma veille
Dans le passage vers la place de l'oranger où s'envolent les pigeons

Suis-je celui qui est descendu à tes pieds pour que montent les mots
Lune blanche dans le lait de tes nuits? Martèle l'air
Que je voie, bleue, le rue de la flûte. Martèle le soir
Que je voie comment entre toi et moi s'alanguit ce marbre.
Les fenêtres sont vides des jardins de ton châle. En un autre temps
Je savais nombre de choses de toi, et je cueillais le gardénia
A tes dix doigts. En un autre temps je possédais des perles
Autour de ton cou et un nom gravé sur une bague d'où jaillissait la nuit

Je ne désire de l'amour que le commencement. Les pigeons se sont envolés
Par-dessus le toit du ciel dernier. Ils se sont envolés et envolés.
Il restera après nous du vin à profusion dans les les jarres
Et quelque terre suffisante pour que nous nous retrouvions, et que la paix soit

 

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MAHMOUD DARWICH

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Jose_Larrocha_Gonzalez_Cuevas_del_Albaicin

Oeuvre José Larrocha Gonzales

 

 

 

L'ENORME BEAUTE QUI VA SURVENIR

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"Les grandes orgues de la destruction, les orages et les vagues de la mer éternellement jeune, voilà l’entrée triomphale de la justice déferlant sur vos châteaux en Espagne bâtis sur le vent, sur la chair et le sang sacré des êtres créés et non créés.

La vermine est au sommet de la tour, les reliques du son et de la lumière ont été jetées au fond de l'abîme ; elles gisent dans la boue du marécage parmi les crapauds mutilés. Ces choses immondes justifient notre présence. Elles ont combattu, horriblement combattu, chacune dans sa noire, intemporelle et humide solitude et nous voici devant notre ouvrage, devant nous-mêmes et non pas le septième jour, mais l'unique, l'immuable, l'éternel premier jour."

 

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MAURICE BLANCHARD

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henry moore,

Oeuvre Henry Moore

VIVRE A LA HACHE XLVI

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Le ciel, les vagues, le vent dans les branches,
les signes plus couchés que des chiens morts
scandent le même point

Point cardinal fixé par le sang
pour sacrifier ce dernier bastion traître à sa vitesse :
la beauté comme un os lâché aux rapaces

le point exact où s’érige invincible
dans sa gloire incendiaire
la volée de ferrailles
aux YEUX PLANTÉS
pour lâcher un regard
d’horizon basculé
d’énorme trébuchet
inverseur de vapeur
où l’homme esclave de la perte
trouve la bouche de gouffre
àévacuer le désert infiltré
frisson d’anneaux viscéraux
conspiration noueuse
bête à l’étroit qui moule le cœur
et le châtie comme si l’infini
faisait en lui la file
pour sa ration de sentence

La vie ne remonte pas à la vie
Mais elle ne descend pas à la mort

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NICOLAS ROZIER

 

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ROZIER

 

SPLEENETIQUEMENT...BLANC ET BLEU

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Radieuses
Ondes de lumière
Océanes langueurs
Lointains rouleaux
Infiniment blancs et bleus
Des rivages désertiques
Écheveaux d'embruns dorés
Que les vents de sable
Délient dans le couchant
Vous réveillez encore
Entre l'effluve du jasmin
La fleur du myrte
La pureté et l'innocence
D'un champs d'étoiles

Ramenez-moi
Au temps des barques
Bleu-de-ciel
De ma tendre enfance
Là-bas
Couchées sur la dune
A l'abri de la lagune

Il flotte comme un parfum musqué
Ce nard que les nues
Convoient depuis l'Orient
Et les rêves éveillés
De nos longs voyages
D'antan
Des flamands
Que je caresse sans fin
D'une aile orpheline
A l'orée de la nuit
Au seuil de l'infini

Songe abyssal
Où vertige moiré d'écume 
Je gis déjà ma vie solitaire
Entre les blancs moutons
Et le chant spleenétique
De perses  étendues 

Que sommeille à jamais ici
Par ma voix       aux vagues
Blanches et bleues
Entée
La tendresse bercée
D'un coeur insoumis
Rompant au flot amer
Du mensonge
Et du Fils indigne
De la mer     Rétif
A délivrer
L'évent et le souffle
De ses  jeunes dauphins

 

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CRISTIAN GEORGES CAMPAGNAC

 

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CRIS3

 

 

 

EMILE VERHAEREN

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Au clos de notre amour, l'été se continue :
Un paon d'or, là-bas, traverse une avenue ;
Des pétales pavoisent
- Perles, émeraudes, turquoises -
L'uniforme sommeil des gazons verts
Nos étangs bleus luisent, couverts
Du baiser blanc des nénuphars de neige ;
Aux quinconces, nos groseilliers font des cortèges ;
Un insecte de prisme irrite un coeur de fleur ;
De merveilleux sous-bois se jaspent de lueurs ;
Et, comme des bulles légères, mille abeilles
Sur des grappes d'argent vibrent au long des treilles.

L'air est si beau qu'il paraît chatoyant ;
Sous les midis profonds et radiants
On dirait qu'il remue en roses de lumière ;
Tandis qu'au loin, les routes coutumières
Telles de lents gestes qui s'allongent vermeils,
A l'horizon nacré, montent vers le soleil.

Certes, la robe en diamants du bel été
Ne vêt aucun jardin d'aussi pure clarté.
Et c'est la joie unique éclose en nos deux âmes,
Qui reconnaît sa vie en ces bouquets de flammes.

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EMILE VERHAEREN

 

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VERHAEREN

 

 

FICTION D'UN DEUIL...Extrait

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Meknès...
Chaque fois que, le regard renversé vers ce qui n’a plus lieu que dans le culte, hanté, d’une chair abyssale où sommeillent vampires accrochés à la pierre, fange, ou archanges d’un âge inoublié, les cadavres qui là-ci-gisent inconsolés des années encavées agrippées à mes plaies, à l’envers de ma peau, suspendues à mes os, pendues court à mes maux et dont humides, avides, et comme froides morsures les lèvres ouvertes vulves à travers les barreaux ventousent amer mon sang, avatar, syzygie à contrecours du temps où s’abreuvent succions à l’estuaire des salves les mémoires roussettes bouches bées embouées qui butinent à rebours de moi le mascaret... Jusant... nostalgique... acétique... Mek... nès... Chaque fois que, le regard renversé mendiant suicide dans inaugurale virginale innocence, penché, sur moi, de l’autre côté de moi, j’invoque, Meknès, cette enfance essaimée harpail harde cadavres disséminéclatés dardés bris de miroir où là-ci-bas débris des bribes de mémoires m’entaillent, ensevelies à même mes entrailles où si froides leurs dents m’encriblent vaines semailles... infécondes... où plus rien ne plus rien ne plus rien ne prend vie qu’à l’envers de moi-même quand, Meknès, et dans quinte de temps de cornée secouée, mes prunelles incurvées raclant catarrhe les suaires dans le cloaque des stèles le cul obscur des cals exhument méconnaissables les destins ensablés feus, miens, destins irrassasiés enracinés en moi désastres sans épitaphe quand, Meknès, mes yeux renversées me renvoient cataracte visages désachevés mien visage cuterré dont je tente calgut de recoudre les traits qu’à présent les miroirs me refusent ou me brouillent qui me pleurent, liquéfiée, entre lacs entrelacs de blessures rétamées, ma peau entrefêlée où ci-dessous ma chair, surette venaison, macère dans le curare des années ampoulées d’antiques sèves mues amers âpres venins... Meknès... Comme un baiser, comme une fleur éclose douce entre mes lèvres quand, Meknès, le regard retournéà l’envers des paupières pendues poches où s’amassent désuètes pelotes fécales ou de cendres ou de sables stagnants... damnés irréversibles... ci quignons de vie gisent accrochés à mes cils... j’écarte les terres et libère les stèles et dépèce les suaires et d’un souffle profond fraye voie poitrinaire au reflux éruptif des spectres affranchis, à la houle furieuse des silences abolis, meute furibonde arrachée à la nuit et qui déferle aveugle, me traverse, me broie, me laboure les côtes me transperce la gorge et s’engouffre ruée d’abstinences en rut dans ma bouche où se cabrent se bousculent m’assaillent des années d’aphasies qui m’intiment parole... Meknès... s’acharnent sur mes lèvres mythique barricade qui résiste, vacille, dans une plainte cède, mmm... é... fissure brèche déchirante gerçure comme un baiser fleuri au creux d’une blessure, comme un aveu gémi au sein d’une agonie, comme un désir au monde omis par mes oublis, une perle d’eau rare pleuré par les déserts, le clin d’oeil érosif d’un rayon de soleil à l’embâcle des peurs, la pénombre des heures, décrépites et faillies, dilatées à présent dans une sourde prière ouverte blanche étoile où s’étiolent mes silences, étoilée blanc cristal où j’enduirai de nacre mes plus sombres hantises, ces noctules errantes qui tournent aveugles là, me battent le palais de leurs ailes perdues qui n’ont jamais connu que migrations larvées hivernales larvaires ci-bas au fond de moi et qui fouettent humides la paroi de ma chair, égarées, maintenant, sous les cribles croisés d’écholocations vaines quand... mmm... et comme écholalie échappée à soixante ans d’aphasie fermentées en moi aigres nostalgies, mmm...é... comme précieuse lie dérobée au calice des nuits, comme montée de fièvre, cet appel doux-amer, cette... obscure, caresse aux saveurs familières que j’étreins, que je palpe et que j’expire enfin, plainte, ouverte tendue vers le ciel... Mmmé... jamais les vampires n’ont bravé les lumières qui battent brusquement jugulaire... k... retraite, se replient dans ma glotte... k... m’étouffent m’entravent... kn... hoquet déflagré fulgurant jet de foudre au confluent des temps, au carrefour du jour et de mes amnésies... Mmmé...kn... essssthésie d’un seul souffle, exalté, comme écume expirée aux écluses des déserts, et ce mot révélé quand tout ne fait plus qu’un, ce désir insensé, impensé, ce murmure et soudain ce sursaut et ce soupir enfin: Meknès...

Il faudra bien que je te retraverse ou je mourrai... égaré... dans l’incurie de mes deuils imparlés.

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BOUTHAÏNA AZAMI

 

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MEKNES 2,,

AU CAFE DES FAITS DIVERS...Extrait

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Le monde brûle…
Mon père, à ma nuque, comme une peau de mouton… me laboure les flancs et ma mère dans ma chair qui tremble encore son dernier souffle…
Dors, père…
Les femmes ont cessé de pleurer leurs enfants… ou leurs corps et la terre sous nos pieds vaste… charnier… de couleuvres, et de cendres…
Asphyxie…
Les flammes montent vers le ciel, expirent dans les nues un dernier souffle blanc… Je sais que ma mère est l’une de ces flammes qui montent vers le Bon Dieu…
Le Paradis…
Asphyxie…
Le Paradis et ses fleuves de miel et ses vierges…
Nausée…
Mère,
Le monde est un enfer et nous sommes ses damnés va je sais va et…
Ne te retourne pas
Les femmes ont cessé de hurler leurs ventres ou leurs…
Sexes et le monde n’est plus qu’un abîme… de silences… dans la terre… brisée vive où se sont é
crasés nos derniers cris nos
derniers râles
Où se sont ébroués les derniers spasmes de notre sang Va et
Ne te retourne pas
Des soldats nous escortent vers une dernière violence.
Combien sommes-nous à marcher ainsi et… pourquoi marchons-nous ?
Les flammes ont brûlé noires nos dernières mémoires et le Simoun charrie des effluves de soufre et de
chairs
avariées
accrochées à la pierre oriflammes de peaux qui ne savent plus leurs corps
Etendards
cloutés sang dans les sables cordés ridés transis dentés dressés cristaux de lave
épineux

 

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BOUTHAINA AZAMI

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nicolas rozier,

Oeuvre Nicolas Rozier

http://poesie.evous.fr/Tombeau-pour-les-rares.html

MANUEL, T'EN SOUVIENS T'EN ? ( Lettre à Manuel Valls )

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"Quand on est de gauche, on n’a pas la matraque en guise de cœur. C’est un Français d’origine manouche qui t’écrit et qui écrit au Français de fraîche date que tu es. C’est un fils de «brigadiste» qui se rappelle à toi. Souviens-t’en: «Celui qui n’a pas de mémoire n’a pas d’avenir.» Par Jean-Claude Lefort, Député honoraire, Fils de Manouche."

 

Manuel, tu as déclaré hier soir, sur BFMTV, que la situation était très différente pour toi, relativement à celle des Roms, car ta famille espagnole était venue en France pour fuir le franquisme.

Tu as été naturalisé français en 1982. Franco est mort en 1975. Sept ans avant ta naturalisation. Quand tu es devenu français, il n’y avait donc plus de dictature en Espagne. Tu avais donc « vocation », selon tes mots, à retourner dans ton pays de naissance, en Espagne. Tu ne l’as pas fait et je comprends parfaitement, de même que je comprends totalement ton souhait de devenir français. Cela sans l’ombre d’un doute.

Tu avais «vocation»à retourner à Barcelone, en Espagne où tu es né, pour reprendre tes propos qui concernaient uniquement les Roms. Celui qui t’écrit, en ce moment, est un Français d’origine manouche par son père. Mon père, manouche et français, est allé en 1936 en
Espagne pour combattre le franquisme, les armes à la main, dans les Brigades internationales. Pour la liberté de ton pays de naissance, et donc celle de ta famille. Il en est mort (1), Manuel. Des suites des blessures infligées par les franquistes sur le front de la Jarama, en 1937. Je ne te demande aucun remerciement, ni certainement pas la moindre compassion. Je la récuse par avance. Je suis honoré en vérité qu’il ait fait ce choix, quand bien même il a privé ma famille de sa présence alors que je n’avais que neuf ans et ma sœur, dix-huit.

La guerre mondiale est venue. Et les camps nazis se sont aussi ouverts aux Tziganes. Tu le sais. Mais un nombre énorme de Manouches, de Gitans et d’Espagnols se sont engagés dans la Résistance sur le sol français. Ton père aurait pu en être. Il en avait l’âge puisque il est né en 1923. Georges Séguy et d’autres sont entrés en résistance à seize ans. Je ne lui reproche aucunement de ne pas l’avoir fait, bien évidemment. Mais je te demande le respect absolu pour celles et ceux qui se sont engagés dans la Résistance contre le franquisme, puis ensuite contre le nazisme et le fascisme. Contre ceux qui avaient fait Guernica. Et pourtant, à te suivre, ils avaient «vocation»à retourner ou à rester dans leur pays d’origine, ces «étrangers, et nos frères pourtant»…

Manuel, «on» a accueilli la Roumanie et la Bulgarie dans l’Union européenne alors que ces pays ne respectaient pas, et ne respectent toujours pas, un des fondamentaux pour
devenir ou être membre de l’Union européenne: le respect des minorités nationales. Sensible à cette question pour des raisons évidentes, je m’en étais fortement inquiétéà l’époque. En tant que député, je suis alléà Bruxelles, auprès de la Commission, pour prouver et dire que ces pays ne respectaient pas cette clause fondamentale. On m’a souri au nez, figure-toi.

Et aujourd’hui, dans ces pays, la situation des Roms s’est encore aggravée. Pas améliorée, je dis bien «aggravée». Et ils ont «vocation»à rester dans leurs pays ou à y revenir? C’est donc, pour toi, une espèce humaine particulière qui pourrait, elle, supporter les brimades, les discriminations et les humiliations de toutes sortes? Ces pays d’origine ne sont pas des dictatures, c’est certain. Mais ce ne sont pas des démocraties pleines et entières pour autant. Alors toi, l’Espagnol devenu français, tu ne comprends pas? Fuir son pays, tu ne comprends pas? Toi, tu ne comprends pas que personne n’a «vocation»à rester ou revenir dans son pays? Sauf si tu es adepte de conceptions très spéciales, à savoir que ce qui vaudrait pour un Roumain ne vaudrait pas pour un Espagnol. Tu sais pourtant que le mot «race» va disparaître de nos lois. À juste titre car il n’y a pas de races, juste une espèce humaine. Et les Roms en sont.

La fermeté doit s’exercer là où se trouvent les responsabilités. Pas sur de pauvres individus qui n’en peuvent plus. Savoir accueillir et savoir faire respecter nos lois ne sont pas deux concepts antagoniques. Mais quand on est de gauche, on n’a pas la matraque en guise de cœur. C’est un Français d’origine manouche qui t’écrit et qui écrit au Français de fraîche date que tu es. C’est un fils de «brigadiste» qui se rappelle à toi. Souviens-t’en: «Celui qui n’a pas de mémoire n’a pas d’avenir.»

Pour l’heure, Manuel, j’ai la nausée. Tes propos me font gerber, même pire. Nos pères auraient donc fait tout ça pour rien ou pour «ça»?

Ils sont morts pour la France, Manuel. Pour que vive la France. Inclus «ces étrangers, et nos frères pourtant».

 

(1) En 1953

 

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JEAN-CLAUDE LEFORT

 

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jeannette gregori1

Photographie Jeannette Grégori

http://www.jeannettegregori.com/

 

 

PEUT-ÊTRE...

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Peut-être
Hier
Dans mon sommeil
Je me suis vu mourir
J’ai vu la mort de mes yeux
Je l’ai sentie,
J’étais en elle.
J’ignorais auparavant
Que la mort dans ses diverses phases
Coulait avec une telle fluidité :
Torpeur pâle et chaleureuse,
Impression exquise de sommeil.
Dans cet état
Ni frayeur ni douleur ne subsistent.
Il se peut que la peur outrancière de la mort
Se fonde sur l’intense exaltation
De notre désir de vivre.
Peut-être.
De ma mort je puis tout décrire
Sauf ce frisson destructeur
Qui nous submerge à l’heure ultime
Lorsque nous savons
Que le fil nous liant à nos intimes
Va se rompre
Que nous ne les verrons plus,
Et n’arriverons même plus
À penser à eux

.

 

TAHA MUHAMMAD ALI

 

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TAHA

 

 

LE PORTE-AMOUR

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Où est le porte-nuit
le porte-mystère
le porte-lueur ?
A vendre le coffret d’ébène
contenant les lèvres écarlates
de mon amour défunt !
Où est le porte-clou
le porte-buste, le porte-voix ?
Ma tristesse s’embellit
comme le linge qui sèche
tel les drapeaux populaires
aux fenêtres de jadis
Où est le portier fou
qui a deux serrures
à la place des yeux ?
Le coffret d’ébène
est rempli des baisers
que je ne donnerai plus
que je ne donnerai plus

.

 

ANDRE CHENET

In "Dans le corps du poème"

 

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ANDRE

 

 

BERNARD PERROY

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Colporteur d'étoiles,
de papillons,
de désirs multiples
au-delà de tout ce qu'on sème
en ombres chinoises,
colporteur,
peintre ou poète,
pour amorcer le pas, le rire,
les pleurs aussi,
et bondir tout de go
vers tout ce qui nous porte
vers les rencontres
et ceux qu"on aime
depuis toujours...

.

 

BERNARD PERROY

 

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ETOILES2,

 

PESSOA

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Si je me sens sommeil,
Et si je veux dormir,
En cet abandon-là
Qui est ne-pas-sentir,

Je veux que ça arrive
Dès lors que je viendrai
À appuyer ma tête,
Non sur un sol quelconque,

Mais là où sous des branches
Un arbre produit l'ombre
Où nous pouvons trouver
L'ombre de la paix même.

 

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FERNANDO PESSOA

 

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TILLEUL,

 

 

POEMES...Extrait

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Quand il eut terminé le portrait de l'ami,
le peintre se leva et contempla longtemps
le mystère vivant de sa propre magie,
qu'animaient le nombre, l'espace et le temps
 
Mais devant les couleurs où palpitait la vie,
l'artiste fasciné par les yeux miroitants,
recula jusqu'au mur où s'estompait la nuit,
et traversa la pierre, sans savoir comment
.
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LOUIS CATTIAUX
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.

murs,