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LE JARDIN

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Dans ce jardin il n’y avait rien
le vide infini
pas âme qui vive
un jardin sans vérité
qui n’avait pas de questions
pas plus que de retenus
mais sur une tige une rose est apparue
légère et menue
le papillon bien vite l’aborda
ce fut ensuite l’abeille
et même un scarabée s’en approcha
ensuite
fleurit l’œil noir aphrodisiaque
d’un coquelicot tout rouge
ses pétales tremblants sans cesse
de confusion peut être
la violette vint timide
de confusion aussi
pourquoi pas
difficile de pavaner à côté d’une rose
elle se cacha sous un tapis de mousse
au jardin le vide se combla
pris place la vie et ses aléas

.



JACQUES BASSE

« Pêle-mêle, ces choses de l’âme
à qui veut du cœur
entendre la flamme »

 

.

 

JACQUES

NINA SIMONE ....

ET BASTA ...

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Quand j'emprunte des paradoxes, je les rends avec intérêts.

J'enrichis mes prêteurs qui deviennent alors plus intelligents.

Le taux usuraire de l'astuce n'est jamais assez élevé.

Je ne sais pas d'où je viens mais je sais que je suis là, à reverdir, dans cette campagne toscane.

Les rossignols teints au Gargyl chantaient des aubades pharmaceutiques.

J'ai les cheveux trop longs... comme des voiles de thonier, mes beaux cheveux qu'on m'a toujours taillés, mes beaux cheveux longs dans ma tête.

Dans la rue, on se retourne...

Moi, je leur tire la langue!

 

O belles pattes des fourrures

Chapeau du vent de ces madames

Inquiétude de la parure

Toiles de soie vers vous je rame

 

Je sais des paradis tranquilles où les anges n'ont pas de vin à boire mais des orages de raison.

Des violettes de reverdie.

Je sais des paradis tragiques où les fauteuils d'orchestre n'ont pas de mémoire

Où les roses ne fleurissent que par osmose, et encore...

Où les passions sont d'un autre ordre et les mirages d'une autre qualité et de la nuit pourtant venus...

Je sais des paradis-bordels où l'on me fait signe

Où l'on se signe

Où l'on me désigne pour la bonté des mains tendues et des bouches capitales

Comme au petit matin... Tchac!

Je sais des paradis naturels où le mauve tient lieu de drogue

Où l'on peut passer du mauve à la frontière

Je sais des paradis câlins avec la barbe de deux jours et des saints

Sans foi ni loi

Sans feu ni eau

Avec simplement une ceinture d'émigrant

 

J'émigrerai quelque jour vers vos pays cachés

Et ne reviendrai plus

 

Regardez-moi

Passants de rien, poules de luxe, fleurs incroyables

Regardez-moi

Je suis un migratoire, un migratoire

Je suis un vieux corbeau qui court après une charogne comme un chien de course après le leurre

Je suis un vieux corbeau de la plaine où je vais m'englânant des trucs dégueulasses, de vieilles graines d'homme qu'on a trop employées

Je suis un vieux corbeau qui court après une corbeaute

Je croasse comme on peut croasser quand on est un vieil oiseau de cinquante-sept piges

 

Je tiens que le désespoir des ordures est une incompétence biologique à pouvoir en sortir un jour ou l'autre, coûte que coûte

Quand la merde déborde, c'est encore de la merde

À ce moment-là, je connaissais une chanteuse... Vous la reconnaîtriez aussi, c'est facile.

Une chanteuse qui a le derrière sur la figure, ça vaut la carte d'identité, non?

Et puis, Madame Lechose, taulière blonde, un peu grasse, un peu... Taulière

à L'Escalier de Moïse, où il y avait de tout, du Fernand, du Ferré qui chantait au piano, avec son chien et ses grimaces, et son petit cachet...

- Dis donc, Léo, ça ne te gêne pas de gagner de l'argent avec tes idées?

- Non. Ça ne me gênait pas non plus de n'en pas gagner avec mes idées, toujours les mêmes. Il y a quelques temps.

Vois-tu, la différence qu'il y a entre moi et Monsieur Ford ou Monsieur

Fiat, c'est que Ford ou Fiat envoient des ouvriers dans des usines et qu'ils font de l'argent avec eux.

Moi, j'envoie mes idées dans la rue et je fais de l'argent avec elles. Ça te gêne? Moi, non! Et voilà!

 

Madame Lechose, un peu blonde, un peu... Je la regardais, des fois, en chantant, juste en face de moi, qui n'en perdait pas une, de ses fiches, et le whisky tant, et le gin-fizz tant, et le citron pressé tant... Et mon citron pressé?

La Mère Lechose, un peu blonde, un peu grasse, toujours à l'heure, comme les vrais artistes, ceux qui travaillent, et comme ceux qui font travailler les artistes. Je faisais la salle.

Jamais les clients. Arkel, mon chien, venait me chercher après le Flamenco de Paris.

C'est tout ce que j'ai eu de vraiment espagnol à ce moment-là. Ce devait être un chien exilé.

Je rentrais chaque nuit dans le désert Paris, dans cette brume des garages où reste un peu, le soir, après que les voitures soient passées, de cette odeur des temps modernes qui vous remonte du fond de votre carter, portant

le deuil des foins brûlés. Je rentrais chaque nuit dans le désert Paris.

Les putains ne m'accrochaient jamais. Elles savaient que j'étais un homme public, Elles, les filles publiques...

- Alors, comme ça, on se prostitue, Ferré!

Je rentrais chaque nuit dans cette maison douce où gouttait l'eau du robinet, dans cette cuisine un peu salle de bains, avec sa cuvette...

 

Je vivais à ce moment-là avec une femme. Assez longtemps, avec des problèmes de mouise, d'attentes au bout d'un téléphone qui ne sonnait jamais.

Le téléphone, quand il sonne trop souvent, on s'arrange pour faire répondre qu'on est là ou qu'on n'y est pas.

Les importuns ne croient jamais ainsi qu'ils vous importunent et vous êtes tranquille. On ne peut pas être plus sociabilisé, pas vrai?

Et puis, les commissions, le dentiste, les droits d'auteur minces, minces... Quand on travaille comme on veut, on touche comme on peut.

J'allais chercher les sous moi-même, toujours moins de cent mille balles.

Pas de chèque, et vite un restaurant dans un bon quartier. Et puis et puis, les souvenirs s'entassent. Le mariage vous mine petit à petit.

On est fidèle parce que c'est l'usage et les années s'entassent aussi. Les souvenirs, d'ailleurs, c'est du présent discutable. On est hier, toujours.

Moi, je vivais demain et ça fabriquait les malentendus. Un artiste vit toujours demain, sinon il est fait pour l'usine.

À l'usine, le présent, c'est un cadeau quotidien, incessant.

On peut te congédier, alors tu prends des dispositions particulières pour ne gueuler qu'en connaissance de cause et dans le silence revenu des retours à la maison.

À la table de travail, devant la page blanche, l'artiste n'est pas là. Il vit là-bas, loin de tout, du téléphone, de sa compagne, de ses problèmes.

La solitude est une affaire d'ordinateur. Moi, je me perfore loin des imbéciles et du propos courant. On me hait.

Je m'en fous. Je suis un autre mec. Voilà.

 

Ni Dieu, ni maître, ni femme, ni rien, ni moi, ni eux et Basta!

 

Il y a l'amour... peut-être. C'est une solution, une solution à un problème qui reste un problème. Alors... Rien.

Une solution... Un problème... Par quoi commencer?

On donne et on te prend. Celui qui prend a l'impression qu'il donne...

Arrange-toi avec ça, si tu peux. Il y a derrière les yeux des gens, une cité privée où n'entre personne.

Une cité avec tout le confort d'imagination possible. Les gens que tu vois chez toi, sont d'abord chez eux. Ils ne te voient pas.

Ils se singularisent dans l'immédiate et toujours constante défense de soi. Ils ont peur. Ils sont terribles, les gens.

Ceux que tu appelles tes amis, ce sont d'abord des gens remplis du moi qui les tient en laisse.

L'homme est un "self made dog"...

Mais il parle au centre du monde, et le monde, c'est lui.

Il transpire, il a une queue mais ne sourit pas avec, comme le chien. C'est tout et c'est trop.

L'amitié, c'est comme le ciment armé: on ne sait pas comment ça vieillit. J'aime les vieilles pierres. Elles ne transpirent pas.

 

Ni Dieu, ni maître, ni femme, ni amis, ni rien, ni moi, ni eux et Basta!

 

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LEO FERRE

 

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tara turner,

Oeuvre Tara Turner

 

 

ET BASTA ...Suite

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"L'Écluse"... fin 49... Drôles de mariniers, sur ces quais néon'cifs!

J'étais le pianiste et le chanteur. Cette "écluse " où la galère échoua, un soir, entre Barbarie et une Inconnue de Londres, et deux romances à goémons, une guitare et un gitan, égarés là... Allez donc savoir...

Et ce taulier, qui me lucarnait derrière son zoom, un zoom qu'il vous plantait là, sur le front, jamais en face, jamais dans votre zoom à vous, toujours un peu au-dessus, comme s'il regardait l'ineffable.

C'est pas mal, un particulier qui sue du goulot, qui transpire de l'en dedans. Rien ne sort jamais. Un lavatory, quoi! Qui garde tout, transmet, qui assume sa condition de réceptacle.

L'âme de certains individus m'empêchera toujours de croire tout à fait en Dieu.

J'ai oublié son nom. Il y a une chance pour les mauvais souvenirs.

- Eh! Ferré! Bonjour, tu te rappelles? C'est moi... l'ordure...

- Qui ça? Ordure? Tiens, il y en a encore dans le siècle?

 

Je vous demande excuse, Monsieur. Je ne connais, quant à moi, que des anges...

 

Ni dieu, ni maître, ni anges, ni rien et Basta!

 

Il faudra que je change de support. Écrire sur des champs de luzerne, sur des biffetons "Banque de France", des faux, sur le ventre de certaines Girls in Magazines. En tournant la page, on pourra voir, juste en dessous.

Les girls, ça se regarde oùça s'invente. En dessous de trente ans, c'est plus lisse, et c'est, des fois, encore un peu môme. Après, ça se froisse, et on les jette.

Il faudra que je change de support. Le papier, yen a marre!

De ce papier-xylo qui fait grincer, gémir les arbres que je porte en moi.

Quand on scie un arbre, j'ai mal à la jambe et à la littérature. Quelle horreur, la parlote! Écrire partout, à l'envers de toi, sur mon coeur, sur ma loi, dans mon froc, lorsque tu me regardes précisément et que je te dis que je suis dingue de toi, pour te faire couler ton printemps court...

Cours, cours, petite, n'oublie pas.

Sur mon cahier quadrillé c'est la misère. J'essaie de mettre au carreau mes ailes, mon job. Rien à glander, today, au club des métaphores.

Il faut que ma plume feutrée, ma petite japonaise glissante et noire soit serve d'une certaine rigueur de gueulante.

Le drapeau noir, c'est encore un drapeau.

Il faudrait que je leur lance un Manifeste de la Méthode.

Quelque chose de concret, du style genre polyester qui aurait l'air de ne pas moisir dans les gothiques et qui psalmodierait tranquillement des lamentations tocs devant le Mur des Fédérés...

Sur la fenêtre, je pourrais mettre un vieux chiffon rouge, histoire de bien signifier mes origines. Des tambours, aussi, et des crécelles à couvrir de leurs criasseries les millions de chevaux Paris, Milan, New York and so and so on.

Au large, hommes tergaliens, boys d'alpaga, filles jeanisées au maxi, avec vos clous dessinant les orages du Guevara.

Le Che crevé, crucifié, pourri déjà, même sur vos images.

Dépoitraillez-vous, Hommes, s'il en reste, et venez vous chauffer au

bain-marie de ma métaphore, celle qui appelle chat une amphore et gouttière un vieux thème serbo-croate.

Au large! Monocloez-vous l'oeil de rechange et changez de basse-cour.

Fuyez vers les tramontanes d'Eros, puisez dans les accordéons des rythmiques plus sûres, vers les caniveaux.

Plongez-y en lune à becs frisants... Vous y verrez peut-être une gorgée de solitude...

Quand je me regardais, en ces temps, au ras du trotte madame, la neuille, des fois, une image reflétée me donnait la solution du style.

Ma méthode est simple: Mettez-vous à coucou, Place de la Bastille et prenez-vous pour un serpentaire.

Vous verrez alors qu'il n'y a plus de métaphore possible quand on se dénature, quand on se désanalyse, quand on s'antidate et qu'on s'insectise, quand, mouche devenue, pour prendre le quart dans un hôtel fameux où la passe est sanguine ou à Bidon's City, vous pourrez sentir s'exhaler la queen, et la vrombir, et la gémir, et la voir même prendre son pied à certaines désinences. Alors, vous aurez accompli la mutation que j'attends de vous, Mouches vertes des prairies du double... Je vous ai créées.

 

Je dirigeais alors des fantômes bon marché, dès que j'achetais dans des économats spécialisés en bizarreries, en relativisme du tout venant.

J'avais une carte qu'on me tamponnait à chaque coup. L'employé me disait:

- Alors, ça biche, Ferré? Vous en prenez pour votre pognon?

 

Un réverbère propre à décrypter les étymologies les plus perverses

Un chandelier en robe du soir

Un réveille-la-Mort des fois qu'on oublierait de s'actualiser

Un canevas dernier modèle pour tricoter de l'affection technicolor

Des ciseaux pour tailler dans le vif du sujet même si le sujet ne colle pas à la syntaxe

Des hôtels barbelés au travers desquels je pisserais quand même

Des mômes à comètes et à cendriers portables histoire d'être confortable au risque de payer de leur vie

Des vies punies de vide et de tambours voilés frappant tout doux ta résurrection journalière

 

Quand je dors je suis mort sans bière uniquement avec du Coca sur la table de chevet

Je lis des sons particuliers quand Ludwig sanglote doucement les bras tendus vers la Neuvième

 

Les épices m'ont toujours brûlé le charme

J'ai du slave qui se balade quelque part entre peau et jactance

La mer, chez moi, dans la rue, cela m'était facile

Je l'appelais, elle arrivait: le flot, bouillonnant, au ras de chaussée

 

L'eau cette glace non posée

Cet immeuble cette mouvance

Cette procédure mouillée

Me fait comme un rat sa cadence

Me dit de rester dans le clan

A mâchonner les reverdures

Sous les neiges de ce printemps

A faire au froid bonne mesure

Et que ferais-je nom de Dieu

Sinon des pull-overs de peine

Sinon de l'abstrait à mes yeux

Comme lorsque je rentre en scène

Sous les casseroles de toc

Sous les perroquets sous les caches

Avec du mauve plein le froc

Et la vie louche sous les taches...

 

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LEO FERRE

 

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schizo2,

 

 

JE SUIS AINSI

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A Cristian

 

Je suis ainsi pas autrement

Je ne suis pas quelqu’un qui ment

Par mon silence ou mon sourire

Je dis bien ce que je veux dire

Je ne suis pas quelqu’un qui charme

Pour cacher la cause des larmes

Je ne dis pas que tout est bien

Qu’il faut accepter le destin

Je ne viens pas en pécheresse

En Pythonisse, en chasseresse

Je ne viens pas pour endormir

Ceux-là que vivre fait frémir

Je ne suis pas quelqu’un qui chante

Comme on parle à sa confidente

Je ne viens pas vous murmurer

Comme il fait bon être emmurés

Je chante ce que je crois être vrai

Et si je crie fort, c’est exprès

Je viens vous dire qu’il faut vivre

Autant, et mieux que dans les livres.

 

Je suis ainsi, pas autrement

Je ne suis pas quelqu’un qui ment

Par mon silence ou mon sourire

Je dis bien ce que je veux dire

Qu’il faut s’inventer du bonheur

Et l’arracher aux ricaneurs

Aux exploiteurs, aux hypocrites

Aux embaumeurs de marguerites

Qu’il faut vivre au plus haut de soi

Et faire du combat sa loi

Quand ce combat avec les hommes

C’est devenir ce que nous sommes

Je suis ainsi, pas autrement

Votre vie est mon élément

Par tendresse, par amitié

Je suis, je reste, à vos côtés

Je suis ainsi, pas autrement

Votre vie est mon élément

Par tendresse, par amitié

Je suis, je reste, à vos côtés

 

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GUILLEVIC

 

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cris,

PATRICK ASPE

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Des lianes de pistils
Des fleurs de grands jours
Des collines dressées aux arbres jaillissants
Mille mots pour les attentes des germes
Les soupirs dans l'avoine
La terre
N'appartient qu'à l'horizon des flammes
Dans le premier labyrinthe
Aux parfums des origines
Voici le diagramme du poisson
Trèfles
Dans tes mains la chaleur caressante des pierres
À la rude tâche du maçon
Les blocs font les larmes
Aux yeux du monde...

 

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PATRICK ASPE


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aspe

 

 

 

 

CELEBRATIONS

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Nous n'en finissons pas de naître au cœur d'une gerbe d'appels

De rive en rive retentissent ces détonations de nous-mêmes

Des mots effervescents pétillent dans les poitrines

Une aube d'aile et d'infini se lève sur la partition grande ouverte

Corps à corps

Du fond de notre solitude

Nous n'en finirons pas d'émerger

A même la chair des mondes

Contre ces parasites qui brouillent le Chant de la vie à sa source

Contre ce qui nous sépare de nous-mêmes

Depuis que s'est sabordé le grand orchestre animal

Depuis que nous ne sommes plus ces cathédrales fumantes

Ce barbare opéra de sang et de soleil

Contre les parafous et les gardepets

Ces prisons-mêmes que nous nous sommes inventées

Contre ce terreau en nous de toutes les terreurs

Contre la marionnette qui ne tient plus qu'à un fil

Contre la machinerie grinçante qui tourne à vide

Contre le complot quotidien de l'artifice et des morts lentes

Contre les cartes froides battues et rebattue je passe

Contre l'oblitéré contre l'inerte contre l'opaque

Jetées à tous les vents voici les clés d'une éclaircie

A tous les dieux à tous les diables

Le bouillon décapant des lessives lyriques

Aux quatre éléments aux cinq sens aux mille et une noces de l'Unité

Toute la gomme

Toute la gamme des célébrations

D'abord les lièvres de la lumière comme rafales de fièvre et de flèches

Comme de l'or qui mûrit dans tous les muscles de l'espace

Espace qui respire espace qui transpire

Encore et encore une page d'écriture d'hirondelles et de foudre

Et puis la Réalité là qui bourdonne ventre ouvert

Fruit fourmillant d'astres et de bactéries

La Réalité là avec ses organes profonds ses nœuds serrés ses grappes

Nommée à chaud épelée à vif à la crête d'un cri

Nous célébrons ici les hauts-lieux de la Palpitation

Et le cœur carillonne sourcier d'images sorcier de la Danse universelle

Danse dans les hanches de la terre et du ciel

Danse partout dépliant multipliant spirales et splendeurs

Dans un matin d'étamines de bielles et d'hélices

Maille après maille remontant le tricot des sons et des couleurs

Comme du givre lancé loin sur des miroirs brûlants

Des appels s'amplifient se transmettent se répercutent

Et nous n'en finirons pas de danser

Debout sur nos propres cratères

Chevillés aux essaims de courants continus

Rêves vivants de la matière

 

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JEAN VASCA

 

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BOLERO

WAFAE CHARAF

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A l'occasion de cette journée internationale de la lutte pour les droits des femmes, une traduction de l'arabe au français d'un poème de la jeune militante Wafae Charaf du fond de sa cellule. La jeune Marocaine avait été emprisonnée, suite à son soutien aux luttes syndicales, dans sa ville de Tanger.
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S'il vous plait, ne m'interrogez pas
Est-ce une vérité ?
Est-ce un rêve ?
Interrogez-moi...oui...interrogez-moi
Je suis libertééternelle absolue
Je suis la patrie libre
Je suis une femme révolutionnaire
Je suis une jeune rebelle
Je suis une jeune militante...J'ai abandonné ma famille et mes camarades
Je suis derrière les barreaux des cellules de la réaction
Ma voix..Résistance.
Ma voix...Révolution
Mon amour...Résistance.
Mon militantisme...continu
Emprisonnée, opprimée, réprimée et j'ai souffert
Je me suis rebellé et je me rebellerai...J'ai milité et je militerai
Je réfléchi et je dis
S'il vous plait, avez-vous vu une détenue se consoler elle-même ?
Je renouvelle confiance en moi
Mon sourire augmente d'avantage mon espoir
Mon amour est celui d'une patrie libre
Mon amour est celui de la femme libre
Prisonnière je le suis mais libre malgré les chaines

 

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WAFAE CHARAF

 

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WAFAE,

Wafae Charaf

GUISANE...Extrait ( Le bonheur des origines )

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Je voudrais te dire en un mot comme le ciel semble s’élargir encore quand il contient tout l’amour que je te porte. Je voudrais marcher comme un sage dans la majesté et la solitude du désert pour te dire que chacun des grains de sable contient une infime partie de mon amour pour toi. Je voudrais toucher cette étoile, à qui j’ai donné ton nom, pour te dire que chaque étoile, dans sa danse au travers de l’univers, porte la voyelle des initiales de notre rencontre. Je voudrais traverser la mer avec les oiseaux et toucher les îles bienheureuses que sont la terre salée et la paix de ton corps. Mais je ne suis pas sage et, avant de dire un seul mot, ton baiser redonne au silence l’émerveillement et le bonheur des origines.

 

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PATRICK CHEMIN

 

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patrick

LES NECESSITES

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Chaque jour d’usine est un anneau de plus aux chaînes du prisonnier.

Est-il nécessaire d’enterrer les Noirs sous la botte des tyrans,

que le sang des enfants gicle des mitraillettes

pour tranformer l’Afrique en cave à diamants ?

Est-il nécessaire pour les Sionistes de faire porter l’étoile jaune aux Arabes ?

Est-il nécessaire pour les Islamistes d’haïr tous les autres ?

Est-il nécessaire de plaider le coût de la vie

pour justifier les salaires mal acquis, les âmes vendues et les sueurs à gage ?

Est-il nécessaire d’aller aux urnes comme un troupeau de fantômes,

de zombis, de morts-vivants quand on sait le prix dérisoire des élus ?

Est-il nécessaire de tricher pour gagner le Tour de France ?

Est-il nécessaire pour faire son nid de raser les forêts,

de brûler au fer rouge les oiseaux de malheur,

de faire de la mer un immense dépotoir ?

Est-il nécessaire que chacun s’agenouille devant la bourse des valeurs ?

Est-il nécessaire d’avoir un micro pour parler aux oiseaux,

un permis de séjour pour respirer la vie, un bouquet d’immortelles pour aimer ?

Est-il nécessaire d’avoir un corps d’athlète pour faire tomber les masques ?

Est-il nécessaire de tuer le voisin pour agrandir sa cour ?

Est-il nécessaire d’apprendre l’ossuaire à la lueur des chiens,

de compter les étoiles entre les balles traçantes,

de faire avec des mines un jardin de moignons ?

Est-il nécessaire pour changer de pays de faire profil bas dans un bureau de la peur ?

Est-il nécessaire de mettre en sourdine la langue des violons, tuer l’oiseau dans l’œuf

et le soleil dans les fruits pour laisser place aux larmes de crocodiles ?

Est-il nécessaire d’édulcorer les lettres d’alphabet pour sucrer son café ?

Est-il nécessaire de tâtonner autour des poubelles comme des loups sans dents ?

Est-il nécessaire de toucher le fond pour apprendre à nager ?

Est-il nécessaire de semer la mauvaise herbe du négoce dans les jardins du rêve ?

Est-il nécessaire qu’on guillotine la belle tête des lumières,

qu’on éviscère l’absolu pour une liasse de billets ?

Est-il nécessaire de naître déjà chronométré, numéroté, fiché ?

Est-il nécessaire de ne plus parler qu’une langue numérique par peur de se toucher ?

Est-il nécessaire d’emprunter pour mourir et de payer pour vivre ?


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JEAN-MARC LAFRENIERE

http://www.lafreniere.over-blog.net/

 

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alice locoge

Oeuvre Alice Locoge

http://alice-locoge.fr/?p=25

 

 

DESESPERANCE

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L’abattement règne et désespère
on se demande s’il reste
à l’humanité quelques repères
pour nous faire un geste
comme cette lune si belle trop belle
l’homme l’a piétinée qu’il soit discret
elle pourrait finir par s’écrouler rebelle
sans que nous puissions en faire le secret
oh comme tout est calme
cruel et calme
comme est sensible le lézard
qui darde son regard
sur un puceron hagard
avez-vous vu ce chêne jadis si solide
qui de son dernier bras valide
fait un geste de désespoir
en signe d’au-revoir
il perd son feuillage vert pâle
le ruisseau à ses pieds s’étale
j’ai le souvenir de son râle
pour lui aussi l’issue sera fatale
la nature en fièvre vit cette évolution
et s'émeut de la disparition
de ses fougères de ses mousses humides
ainsi que de ses violettes timides
ô comme tout est malade
en sous-sol la matière
de la terre ne digère
qu’on fouille ses schistes
par un agissement masochiste
est malade l’humanité toute entière
qui du temps abolit les frontières
et nous mène à la déchéance
notre terre se détruit
et notre vie aussi

 

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JACQUES BASSE

« Pêle-mêle, ces choses de l’âme
à qui veut du cœur
entendre la flamme », extrait

.

 

alice locoge

Oeuvre Alice Locoge

http://alice-locoge.fr/

 

 

ADOLESCENCE...EXTRAIT

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.....

Les livres sont chargés de poisons et de rêves

tu les mélanges d'innocence

pour en goûter l'odeur

de forêt à l'automne.

 

Magicien

tu ne sais qui tu sers

ou la vie

ou la mort

 

Bille de cristal

le monde en tes mains

Pose ton oreille

contre cette conque

entends la voix des martyrs

la rumeur des femmes

le vagissement de nos derniers nés.

 

Blesse tes doigts aux arêtes

des révolutions

Laisse ta paume rêver

à l'aise des seins.

....

 

Si tu as bien assez souffert

assez pleuré, assez crié

peut-être oui, peut-être bien

le monde aura pris la mesure

de la lumière du matin

 

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ARTHUR HAULOT

 

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alain gontier2

Oeuvre Alain Gontier

https://www.facebook.com/pages/Alain-Gontier-Photographe/287550621398419

 

 

DIGNITE DU CREPUSCULE

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Le silence s’efface lentement sur la terre où nous passons. Il reste l’indulgence et la compassion des forêts. Il reste un arbre tout en haut de cette colline de pardon. Et si nous prions, c’est pour des dieux de terre mais la prière est précaire. Il nous reste l’imaginaire des anges. Cet amour végétal, au plus profond de nous-mêmes, qui pose sa tête sur l’épaule des solitudes. Le silence magnifie les branches et le texte de l’écorce. C’est ta vie que tu versifies dans la pluie traversière. Tu te dois de lui donner la musique la plus belle et l’espace pour s’envoler. Car nous sommes des oiseaux dans la lenteur verticale de l’existence. Et puis tu le sais bien, le temps ne se retient pas. Même dans la cathédrale de l’instant présent, le vitrail pressent dans sa lumière le passage de l’aube et la dignité du crépuscule.

 

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© PATRICK CHEMIN

(2012)

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GILBERT,

Photographie

http://passionphotos78.canalblog.com/archives/2011/11/28/22822041.html

 

 


 

LA TERRE NOUS EST ETROITE...Extrait

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Je ne désire de l'amour que le commencement. Au dessus des places de ma Grenade
Les pigeons ravaudent le vêtement de ce jour
Dans les jarres, du vin à profusion pour la fête après nous
Dans les chansons, des fenêtres qui suffiront et suffiront
pour qu'explosent les fleurs du grenadier

Je laisse le sambac dans son vase. Je laisse mon petit coeur
Dans l'armoire de ma mère. Je laisse mon rêve riant dans l'eau
Je laisse l'aube dans le miel des figues. Je laisse mon jour et ma veille
Dans le passage vers la place de l'oranger où s'envolent les pigeons

Suis-je celui qui est descendu à tes pieds pour que montent les mots
Lune blanche dans le lait de tes nuits? Martèle l'air
Que je voie, bleue, le rue de la flûte. Martèle le soir
Que je voie comment entre toi et moi s'alanguit ce marbre.
Les fenêtres sont vides des jardins de ton châle. En un autre temps
Je savais nombre de choses de toi, et je cueillais le gardénia
A tes dix doigts. En un autre temps je possédais des perles
Autour de ton cou et un nom gravé sur une bague d'où jaillissait la nuit

Je ne désire de l'amour que le commencement. Les pigeons se sont envolés
Par-dessus le toit du ciel dernier. Ils se sont envolés et envolés.
Il restera après nous du vin à profusion dans les les jarres
Et quelque terre suffisante pour que nous nous retrouvions, et que la paix soit

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MAHMOUD DARWICH

 

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Grenadier2

 

 

 

 

LA PREUVE PAR LE MIEL...Extrait

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"Toujours il récitait de la poésie". Des poémes entiers qu'il apprenait par coeur ou bien qu'il me lisait et je l'imaginais en train de les réecrire, pour moi seule. La poésie était-elle une des clés de mon corps? La poésie était entre nous. Il m'aimait avec les vers des autres. Lorsqu'il partait en voyage, il me téléphonait pour me donner le nom d'un recueil ou d'un poéme. Je cherchais le poète, je lisais je me rendais compte qu'il était pour moi. Pessoa, Cavafy, Char, Michaux et d'autres que je ne connaissais pas. Je suis devenue comme lui. J'apprenais les poèmes arabes que j'aimais, je les répétais pour lui seul. La poésie était-elle toujours entre nous? Avec lui, j'ai repris l'écriture de mes petits poèmes, rite initial de chacunes de nos rencontres. Il s'enquérait de mes mots. En silence je lui tendais le poème. Il lisait comme s'il partait à la découverte de ma face obscure, masquée pa ma frivolité et mes éclats de rire. Il découvrait ce que je n'osais pas m'avouer à moi même. En silence il pliait le papier avec soin et le glissait dans sa poche.
Mon corps était-il l'une des clés de la poésie?"

 

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SALWA AL NEIMI

 

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charles auguste mengin1

Oeuvre Charles Auguste Mangin

 

 

 

LETTRE A L'INCONNUE...Extrait

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"Les contes de fées c'est comme ça.
Un matin on se réveille.
On dit: "Ce n'était qu'un conte de fée..."
On sourit de soi.
Mais au fond on ne sourit guère.
On sait bien que les contes de fées
c'est la seule vérité de la vie."

 

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ANTOINE DE SAINT-EXUPERY

 

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GUSTAVE MOREAU,

Oeuvre Gustave Moreau

LE JOURNAL DE PERSONNE - RATURES

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http://www.lejournaldepersonne.com/2015/08/ratures/

( Cliquer sur le lien ci-dessus pour regarder la vidéo)

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Si j'étais inhumaine, je préférerais le rat à l'homme.
Si j'étais humaine, je préférerais l'homme au rat.
Si j'étais surhumaine, je ne préférerais ni l'un, ni l'autre... je soutiendrais "mordicus" que l'homme est un rat pour l'homme.
Et je me retrouverais prise, surprise entre deux feux :
Les tarés qui me reprocheraient de rabaisser l'homme... et les ratés qui m'en voudraient de donner une si mauvaise image du rat.
Et je me serais mise dans de beaux draps entachés par le sang des uns ou des autres.
D'où la question : quelle est la différence spécifique entre l'homme et le rat ?

La différence au niveau de l'espèce est subtile...
Parce que nous savons déjà qu'ils sont du même genre, le genre animal avec des individus qui peuvent faire du mal, beaucoup de mal...
Et si c'est pour l'un c'est sidéral, pour l'autre c'est toujours viscéral.
Je vous laisse deviner lequel!
Non pas le plus malin mais le plus malfaisant, celui qui fait de son sentiment un instrument de torture.
Dans les deux cas de figure, nous avons affaire à de la haute couture.
Et même si nous ne croyons ni à Dieu, ni à Diable, nous ressentons confusément le parfum d'un mal radical, d'un mal pour le mal qui progresse dans les sciences et les consciences. C'est d'un raffiné absolu.
Je ne parle pas de l'Absolu pour lequel vous tuerez père et mère mais d'un absolu qui vous tuerait...
On dit que le mal pour le mal, n'existe pas. Que c'est toujours pour son bien à soi que l'on fait du mal à son prochain...
Point commun entre le rat et l'humain, trop humain... mais en vérité, il n'en est rien.... le mal que l'on fait, on ne le fait que pour faire du mal, sans autre bénéfice que l'exercice du vice. Perversion pure!
Comment on peut l'exprimer pour tout résumer ?
En disant que le mal, le vrai, consiste à faire le mal pour rien. Acte gratuit.
De quoi bénir le rat et bannir l'homme...

 

 

 

NIZAR QABBANI

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J'essaie, depuis l'enfance, de dessiner ces pays
Qu'on appelle-allégoriquement-les pays des Arabes
Pays qui me pardonneraient si je brisais le verre de la lune...
Qui me remercieraient si j'écrivais un poème d'amour
Et qui me permettraient d'exercer l'amour
Aussi librement que les moineaux sur les arbres...
J'essaie de dessiner des pays...
Qui m'apprendraient à toujours vivre au diapason de l'amour
Ainsi, j'étendrai pour toi, l'été, la cape de mon amour
Et je presserai ta robe, l'hiver, quand il se mettra à pleuvoir...

J'essaie de dessiner des pays...
Avec un Parlement de jasmin...
Avec un peuple aussi délicat que le jasmin...
Où les colombes sommeillent au dessus de ma tête
Et où les minarets dans mes yeux versent leurs larmes
J'essaie de dessiner des pays intimes avec ma poésie
Et qui ne se placent pas entre moi et mes rêveries
Et où les soldats ne se pavanent pas sur mon front
J'essaie de dessiner des pays...
Qui me récompensent quand j'écris une poésie
Et qui me pardonnent quand déborde le fleuve de ma folie...

J'essaie de dessiner une cité d'amour
Libérée de toutes inhibitions...
Et où la féminité n'est pas égorgée... ni nul corps opprimé

J'ai parcouru le Sud... J'ai parcouru le Nord...
Mais en vain...
Car le café de tous les cafés a le même arôme...
Et toutes les femmes une fois dénudées
Sentent le même parfum...
Et tous les hommes de la tribu ne mastiquent point ce qu'ils mangent
Et dévorent les femmes une à la seconde

J'essaie depuis le commencement...
De ne ressembler à personne...
Disant non pour toujours à tout discours en boîte de conserve
Et rejetant l'adoration de toute idole...

J'essaie de brûler tous les textes qui m'habillent
Certains poèmes sont pour moi une tombe
Et certaines langues linceul.
Je pris rendez-vous avec la dernière femme
Mais j'arrivai bien après l'heure

J'essaie de renier mon vocabulaire
De renier la malédiction du "Mubtada" et du "Khabar"
De me débarrasser de ma poussière et me laver le visage à l'eau de pluie...
J'essaie de démissionner de l'autorité du sable...
Adieu Koraich...
Adieu Kouleib...
Adieu Mudar...

J'essaie de dessiner ces pays
Qu'on appelle-allégoriquement- les pays des Arabes,
Où mon lit est solidement attaché,
Et où ma tête est bien ancrée,
Pour que je puisse différencier entre les pays et les vaisseaux...
Mais... ils m'ont pris ma boîte de dessin,
M'interdisent de peindre le visage de mon pays... ;

J'essaie depuis l'enfance
D'ouvrir un espace en jasmin.
J'ai ouvert la première auberge d'amour... dans l'histoire des Arabes...
Pour accueillir les amoureux...
Et j'ai mis fin à toutes les guerres d'antan entre les hommes et les femmes,
Entre les colombes... et ceux qui égorgent les colombes...
Entre le marbre... et ceux qui écorchent la blancheur du marbre...
Mais... ils ont fermé mon auberge...
Disant que l'amour est indigne de l'Histoire des Arabes
De la pureté des Arabes...
De l'héritage des Arabes...
Quelle aberration !!

J'essaie de concevoir la configuration de la patrie ?
De reprendre ma place dans le ventre de ma mère,
Et de nager à contre courant du temps,
Et de voler figues, amandes, et pêches,
Et de courir après les bateaux comme les oiseaux
J'essaie d'imaginer le jardin de l'Eden?
Et les potentialités de séjour entre les rivières d'onyx?
Et les rivières de lait...
Quand me réveillant... je découvris la futilité de mes rêves.
Il n'y avait pas de lune dans le ciel de Jéricho...
Ni de poisson dans les eaux de l'Euphrate...
Ni de caféà Aden...

J'essaie par la poésie... de saisir l'impossible...
Et de planter des palmiers...
Mais dans mon pays, ils rasent les cheveux des palmiers...
J'essaie de faire entendre plus haut le hennissement des chevaux ;
Mais les gens de la cité méprisent le hennissement !!

J'essaie, Madame, de vous aimer...
En dehors de tous les rituels...
En dehors de tous textes.
En dehors de tous lois et de tous systèmes.
J'essaie, Madame, de vous aimer...
Dans n'importe quel exil où je vais...
Afin de sentir, quand je vous étreins, que je serre entre mes bras le terreau de mon
pays.

J'essaie -depuis mon enfance- de lire tout livre traitant des prophètes des Arabes,
Des sages des Arabes... des poètes des Arabes...
Mais je ne vois que des poèmes léchant les bottes du Khalife
pour une poignée de riz... et cinquante dirhams...
Quelle horreur !!
Et je ne vois que des tribus qui ne font pas la différence entre la chair des femmes...
Et les dates mûres...
Quelle horreur !!
Je ne vois que des journaux qui ôtent leurs vêtements intimes...
Devant tout président venant de l'inconnu..
Devant tout colonel marchant sur le cadavre du peuple...
Devant tout usurier entassant entre ses mains des montagnes d'or...
Quelle horreur !!

Moi, depuis cinquante ans
J'observe la situation des Arabes.
Ils tonnent sans faire pleuvoir...
Ils entrent dans les guerres sans s'en sortir...
Ils mâchent et rabâchent la peau de l'éloquence
Sans en rien digérer.

Moi, depuis cinquante ans
J'essaie de dessiner ces pays
Qu'on appelle-allégoriquement- les pays des Arabes,
Tantôt couleur de sang,
Tantôt couleur de colère.
Mon dessin achevé, je me demandai :
Et si un jour on annonce la mort des Arabes...
Dans quel cimetière seront-ils enterrés ?
Et qui les pleurera ?
Eux qui n'ont pas de filles...
Eux qui n'ont pas de garçons...
Et il n'y a pas là de chagrin
Et il n'y a là personne pour porter le deuil !!

J'essaie depuis que j'ai commencéàécrire ma poésie
De mesurer la distance entre mes ancêtres les Arabes et moi-même.
J'ai vu des armées... et point d'armées...
J'ai vu des conquêtes et point de conquêtes...
J'ai suivi toutes les guerres sur la télé...
Avec des morts sur la télé...
Avec des blessés sur la télé...
Et avec des victoires émanant de Dieu... sur la télé...

Oh mon pays, ils ont fait de toi un feuilleton d'horreur
Dont nous suivons les épisodes chaque soir
Comment te verrions-nous s'ils nous coupent le courant ??

Moi, après cinquante ans,
J'essaie d'enregistrer ce que j'ai vu...
J'ai vue des peuples croyant que les agents de renseignements
Sont ordonnés par Dieu... comme la migraine... comme le rhume...
Comme la lèpre... comme la gale...
J'ai vue l'arabisme mis à l'encan des antiquités.

 

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NIZAR QABBANI

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jasmin2,

 

 

DESORDRE

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Se peut-il que les mains se fanent
par les béances _ le désordre
de toute chose ?

Se peut-il que les rêves se froissent
que les craquelures naissent
de jours trop épais ?

Elle savait les silences
buissons broussailleux
à peine traversés de vie

elle disait la parole
à peine possible
sinon ailleurs - dans un autre espace
mais pas ici.

Elle taisait l’inconcevable
retours distraits menaces du temps

elle savait l’urticant dont on parle peu
mais qui pèse sur l’intime.

Se peut-il que les mains se fanent
par la brusque insignifiance
de toute chose ?

 

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AGNES SCHNELL



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mains TEMPS