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Channel: EMMILA GITANA
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COEUR PAR COEUR...Extrait

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À la faveur de la nuit
Noir comme on dit nuit
 noir comme on écrit ce soir
 sans plume sans encre et sans souci

noir profond et radieux
la lueur en fin de ligne

lumière enfin
 lumière aux mains

soleil en tête
 et voie lactée

liberté qui suit
dans nos pas croisés.

Profondément sombre
mais sans ombre pourtant
la vie coule au fond
 des marges perdues.


La nuit règne ici
 comme à ses plus beaux jours

la vie passe ainsi du noir au blanc
 du blanc au gris
 avec ses beaux dégradés
ses effacements
 ses estompes
 ses repentirs

la vie gravée au fil des heures.

Noir d'animal
 noir d'ivoire et de bitume
 noir d'ébène et de fumée
 noir de peine et de suie
noir de toujours
 durant la nuit qui finit
 quand le jour se lève
 dans sa robe du soir.


Il n'y a plus d'ombre ici
 plus d'ombre plus de plis
 la page est lisse et nue
 sans tache sans écrit.

Rideaux tirés rideaux fermés
 fenêtres closes et portes verrouillées
 rien n'entre ici rien n'envahit

que l'ombre que le silence

un frôlement d'ailes à la vitre embuée.

[...]

Une histoire sans lune ce soir
 une histoire inventée
une histoire insensée
de paroles perdues dans le vent
une histoire sans fin qui commence
 ce matin et ne finira pas demain

une histoire à ne pas raconter dans vos beaux livres d'images.

.

 

ROLAND GIGUERE

 

.

 

noir

JE BÂTIS MA DEMEURE...Extrait

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J’ai quitté une terre qui n’était pas la mienne,
pour une autre, qui non plus, ne l’est pas.
Je me suis réfugié dans un vocable d’encre, ayant le livre pour espace,
parole de nulle part, étant celle obscure du désert.
Je ne me suis pas couvert la nuit.
Je ne me suis point protégé du soleil.
J’ai marché nu.
D’où je venais n’avait plus de sens.
Où j’allais n’inquiétait personne.
Du vent, vous dis-je, du vent.
Et un peu de sable dans le vent.

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EDMOND JABES

 

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Cirilo Martínez Novillo -

Oeuvre Cirillo Martinez Novillo

JE NE VEUX PAS QUITTER TA MAIN

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C’est avec la fraîcheur de source de ta paume
que je veux avancer le plus, le plus loin
plus loin qu’il me sera par les dieux accordé
de vivre et de lutter
tu es la joie plus haute de mon âme,
le feu plus pur de mon combat, de mon envie
de ma volonté de roc et de roseau
d’emmener l’homme vers l’avenir

Je ne veux pas quitter ta main

S’il devait advenir que tu me laisses sans cette joie
qui coule dans mon sang à remonte courant
vers le centre lui-même, et l’âme, et l’espérance
c’est le sens impalpable de ma destinée
qui s’assécherait
comme le ruisseau détourné de sa source

Je ne veux pas quitter ta main

J’ai besoin de l’amour quoi sourd à chaque instant
de ce creux de ta paume,
de la pointe des doigts,
du destin ignoré des lignes arabesques
tracées à même peau pour dire le destin

Je ne veux pas quitter ta main

Tant que j’aurai ta main dans la mienne soudée
je serai le lutteur ironique et puissant
s’imaginant peut-être incurver des données
du malheur des humains
je serai celui-là qui tient haute la tête
quand les vents les plus noirs soufflent sur la forêt,
quand le cœur s’épouvante aux colères des dieux
Je serai celui-là qui sait s’amenuiser
jusqu’à l‘ombre de soi
mais tient le seul filin qui rattache la terre
à l’espoir du matin .

Je ne veux pas quitter ta main

Ta main m’est talisman de durée et de rêve,
certitude opposée à tous les démentis
à toutes les faiblesses,
à tous les abandons.
Pour tout ce qui m’exalte et qui me justifie
pour tout ce que je veux être encore demain.
pour ce monde à jamais à toujours découvrir
pour ces espoirs jetés en avant du malheur

pour cette flamme encore à brûler dans mes veines
pour ce chant espéré attendu et voulu
pour cette simple foi de charbonnier candide
pour cet amour d’aimer qui emporte mes pas

Je ne veux pas quitter ta main.

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ARTHUR HAULOT

 

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ART COEUR

 

AMOUR DELICE ET ORGUE

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Amour délice et orgue
pieds nus dans un jardin d'hélices
hier j'écrivais pour en arriver au sang
aujourd'hui j'écris amour délice et orgue
pour en arriver au coeur
par le chemin le plus tortueux
noueux noué
chemin des pierres trouées
pour en arriver où nous en sommes
pas très loin
un peu à gauche de la vertu
à droite du crime
qui a laissé une large tache de rouille
sur nos linges propres tendus au soleil
pour en arriver où
je me le demande
pour en arriver à l'anti-rouille
amour délice et orgue
ou pour en arriver au coeur tout simplement ?

tout simplement.

 

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ROLAND GIGUERE

 

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Photographie P. Coigny

 

 

SAVINA YANNATOU

AUX LIANES

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pour tresser des lianes entre les hommes
les faire frères au delà des lumières
au delà des terreurs
je marche
marche vers l'homme
pas à pas
pas qui va
qui ne va pas
peaux couleurs d’ombres
peaux des nombres
peaux zébrées
des coups secs du fouet
claquements des dents
dents blanches
à ma peau blanche
d’idées noires
ai-je la mémoire de mes idées
convictions affolées
Jean Métellus
s’échappe
chape
ilots oubliés
mers
des terres
terres mères
qui tremblent sous les misères
froides nuits des tropiques 
piquantes piques de ceux qui se prennent pour des rois de pic
morts cyniques
martyres
maudits aux cris
l’étoile danse aux flammes de la vie
Jean Métellus
danse 
dansera
danserons nous
avec les enfants de la joie

 

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PATRICK ASPE

 

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jean-metellus

Jean Metellus 1983

Photographie Gérald Bloncourt

http://www.bloncourt.net

 

 

CARNET I...Extrait

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"Instant d'adorable silence. Les hommes se sont tus. Mais le chant du monde s'élève et moi, enchaîné au fond de la caverne, je suis comblé avant d'avoir désiré. L'éternité est là et moi je l'espérais. Maintenant je puis parler. Je ne sais pas ce que je pourrais souhaiter de mieux que cette continuelle présence de moi-même à moi-même. Ce n'est pas d'être heureux que je souhaite maintenant, mais seulement d'être conscient. On se croit retranché du monde, mais il suffit qu'un olivier se dresse dans la poussière dorée, il suffit de quelques plages éblouissantes sous le soleil du matin, pour qu'on sente en soi fondre cette résistance. Ainsi de moi. Je prends conscience des possibilités dont je suis responsable. Chaque minute de vie porte en elle sa valeur de miracle et son visage d'éternelle jeunesse."


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ALBERT CAMUS

 

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santorin2,

 

 

POEME A ALAIN GERBAULT

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Tu n'es pas fait de la même glaise que nous
C'est un autre torrent qui brise tes genoux
De quel monde inconnu tiens-tu ces belles hanches
Ces colombes de sel qui nichent dans tes branches
Ton pas n'a pas franchi le seuil de nos prisons
Tu ignores le gel et le nom des saisons
Et tes bras sont peuplés de voyageurs étranges
O toi dont la peau sent le soleil et l'orange
Qui trace ton sillon dans le sable des mers

Connaîtras-tu jamais nos sourires amers
Nos épaules fanées, ces poitrines fragiles
Et les relents d'acier qui ternissent nos îles
Tu marches sans compter dans l'écume et le temps
Dans l'air ou tout est clos personne ne t'attend
La chambre où tu es né glisse sur ses persiennes
Mais c'est une autre odeur qui flotte que la tienne

Ami féroce et blond sans étoile et sans port
Tu n'as pour passager que ton coeur à ton bord
Plus loin que l'horizon dans les steppes d'eau verte
Peut-être cherches tu quelque vague déserte
Ou quelque liane d'or pour y nouer ton sang
Tes cheveux sont poudrés du soufre des tempêtes

Le flot ronge à demi l'écorce de ta tête
La voile monte haut sous ton hâle puissant.

Que t'importe aujourd'hui nos plaies et nos frontières
Tout se donne ou se prend entre la terre et l'eau
Le jour qui s'est levé gicle dans la lumière
Et tu es plein d'éclaboussures, Alain Gerbault.

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RENE - GUY CADOU

 

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a-gerbault-76x56-©jeanpierremorin

Oeuvre Jean-Pierre Morin

sur le site splendide 

http://www.jpmorinpeinture.fr

LA BRÛLURE...Extrait

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Tu me dis dans l'amour c'est toujours l'enfance
ta main m'arrive de très loin quelle peau
quelle main cherche-t-elle quelle impossible
conjonction dans la mienne qui s'est tendue
...
le désir du rien un voyage d'oubli
comme lorsque ton corps traverse le mien
je dis tu me brûles mais je pourrais dire
tu es une montagne de déchirure
...
je ne sais pas ce que veut dire le corps
c'est une force parfois qui nous soulève
comme elle est sans nom je dis c'est le désir.
...
je me demande encore ce qu'est l'amour
cette folie de faire tourner le monde
autour d'un même centre rose et mortel
je sais qu'il n'est pas de réponse je sais
que c'est se vouer à la perte et aux larmes
mais malgré tout j'ouvre les bras je dis oui.

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JACQUES ANCET

 

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micha jouve

Photographie Micha Jouve

 

 

MEMOIRE DU SILENCE...Extrait

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Texte inachevé
tricot mal noué
barque mal arrimée
tout se défait
au fil de laine de la phrase

Feuillets vite fanés
espoir  pourtant
qu'un autre regard
___ plus tard
déchiffre les syllabes
découvre pour lui seul
la musique attendue
trouve un sens ou l'invente

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PIERRE ETIENNE

 

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p e

 

 

 

JOEL GRENIER...Extrait

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Elle sait tant l'oiseau que souvent elle m'envole. Et la plume et le vent lui font cortège. Fragile et farouche, elle cueille le ciel du bout de ses ailes et le pose en riant sur un espace libre qu'elle remplit d'ailleurs du chant de l'amour.
Et la voilà aigle qui emporte sa proie dans ce fameux ciel qui compte jusqu'à sept. Puis redevient mésange ou colibri, le temps de butiner la dernière tendresse.
Je sais tant la cage que souvent je l'appelle pour mettre de l'immense au milieu de mes barreaux.

 

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JOEL GRENIER

 

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JOEL

Oeuvre Andrew Wyeth

 

 

 

 

LOS NADIES / LES RIEN

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Sueñan las pulgas con comprarse un perro y sueñan los nadies con salir de pobres, que algún mágico día llueva de pronto la buena suerte, que llueva a cántaros la buena suerte; pero la buena suerte no llueve ayer, ni hoy, ni mañana, ni nunca, ni en lloviznita cae del cielo la buena suerte, por mucho que los nadies la llamen y aunque les pique la mano izquierda, o se levanten con el pié derecho, o empiecen el año cambiando de escoba.
Los nadies: los hijos de los nadies, los dueños de nada.
Los nadies: los ningunos, los ninguneados, corriendo la liebre, muriendo la vida, jodidos, rejodidos:
Que no son, aunque sean.
Que no hablan idiomas, sino dialectos.
Que no profesan religiones, sino supersticiones.
Que no hacen arte, sino artesanía.
Que no practican cultura, sino folklore.
Que no son seres humanos, sino recursos humanos.
Que no tienen cara, sino brazos.
Que no tienen nombre, sino número.
Que no figuran en la historia universal, sino en la crónica roja de la prensa local.
Los nadies, que cuestan menos que la bala que los mata.

 

 

....

 

Les puces rêvent de s’acheter un chien et les rien rêvent de ne plus être pauvres, ils rêvent d’un jour magique où la chance tomberait du ciel, en pluie drue ; mais la bonne fortune n’est pas tombée hier, elle ne tombera pas aujourd’hui, ni demain, ni jamais, elle ne tombe même pas en pluie fine, bien que les rien la réclament, bien que leur main gauche les démange, bien qu’ils se tiennent debout sur leur seul pied droit, ou commencent l’année avec un balai neuf.
Les rien: les enfants de personne, maîtres de rien.
Les rien : les personne, les niés, ceux qui courent en vain, ceux qui se tuent à vivre, les baisés, les éternels baisés :
Qui ne parlent pas une langue mais un dialecte.
Qui n’ont pas de religion mais des superstitions.
Qui ne sont pas artistes mais artisans.
Qui n’ont pas de culture, mais un folklore.
Qui ne sont pas des êtres humains mais des ressources humaines.
Qui n’ont pas de visage mais des bras.
Qui n’ont pas de nom, mais un numéro.
Qui ne figurent pas dans l’histoire universelle mais dans la presse locale.
Les rien qui ne valent pas la balle qui les tue.

 

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EDUARDO GALEANO

 

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pieds2,

 

NOUAISON...Extrait

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Ils disaient maldonne malchance c’est mal fait,
madame.
Elle pensait marelle marguerite et massepain.
Ils parlaient matrice maladie malformation
elle rêvait margelle et madeleine elle rêvait matin
ma terre merveille mappemonde.
Ils répondaient matraque massicot machette ou
matelas
elle mâchait macaron maracas magie
magma marionnettes madrier.
Ils marmonnaient malaise macération
marteau masse mastodonte ils maugréaient
marbre mastic maturation pulmonaire
elle murmurait marin ou matière ma main marjolaine
et jardin.
Amer amer c’est une malédiction.
Mère mère marelle marguerite.
Ils disaient maldonne, madame
elle pensait maman.


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SILVIA HÄRRI

 

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andrew-wyeth,,

 Oeuvre Andrew Wyeth

 

 

L'ORIENT APRES L'AMOUR...Extrait

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« Le vent se lève, il n'y a plus de Beyrouth, cette ville renaît non pas de ses propres cendres, mais de celle de ses incendiaires. Flinguée à bout portant avec l'argent des pétrodollars, elle ressuscite, comme elle peut, grâce à une fortune d'Arabie. Les immeubles de Beyrouth se dressent comme autant d'anthologies de trous d'obus, de roquettes, de balles et de mémoire. Ici, on tue pour embellir l'oubli. Ici, les ruines de la guerre semblent avoir été dessinées par de grands couturiers. Ici, même la mort passe au maquillage avant d'entrer en scène. Ici, la lumière est si intense qu'on ne prend pas au sérieux la nuit. Ici, la terre est si ardente qu'elle n'a pas de temps pour les tombes. Ici, les femmes sont si belles qu'il faut un plein temps juste pour tomber en amour. Combien de milliards de balles ont traversé l'air de cette ville? Elle devaient être plus nombreuses que les étoiles du ciel et les grains de sable de la mer. Les balles ont tout fauché, blessé, marqué, mais toutes ont contourné, avec une délicatesse d'ostéopathe, le boulevard des banques. Il est sorti intact et même clinquant de cette guerre. La guerre civile a duré dix-sept années, elle a fait cent cinquante mille morts, dix mille disparus, vingt mille exilés. Elle a foutu en l'air des milliers de vies et de villages. Elle a bousillé des milliers d'amour. Mais elle n'a pas laissé un seul grain de poussière tomber sur la façade de la Bourse. Tel est le génie de la civilisation libanaise : pouvoir ravager, mais en finesse, le feu et l'écriture, brûler l'air et l'histoire, saccager l'eau et l'amour, mais éviter religieusement de froisser le moindre billet vert. »

 

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MOHAMED KACIMI

 

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BEYROUTH,

VIVRE A LA HACHE LXIX

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De rayons et de flammes
d’étincelles et de lambeaux
par-dessus bord

De tes yeux d’or fondu
lâchant l'infini en avance sur l'étoile

L’éjection mortelle remue encore

Comment la volonté peut-elle encore lever les membres
et faire de son taudis le grutier du moindre courage

Que veut cet air noir, ce lot noir barbouillé de jour
quel orage de miracle détraquera ce bal de mort
et ses danses ébrouées dans le sang frais

Pays de larmes arrêtées humiliées et fauchées
par un gel de houille, écrasements de limbes
mortes d’errances,
Ne lâche plus tes câbles
n'emmêle pas tes fils
ne romps jamais tes nœuds de tringle,
tes cordes, tes poulies, car alors
tu verrais l’armée trouée par tes crocs
tes pantins de marée noire

Ne vois jamais ce que pourrait leur bouillie à l’air libre
et leurs yeux de vide
Surveille la rouille à tes clous
et retrempe l’acier de tes filins
tiens bon tes cintres et graisse tes rouages

Ne me laisse jamais sortir

 

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NICOLAS ROZIER

 

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Oeuvre Nicolas Rozier

 

 

 

L'AUBE, L'OMBRE, LE SOIR, L'ESPACE ET LES ETOILES

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L'aube, l'ombre, le soir, l'espace et les étoiles ;
Ce que la nuit recèle ou montre entre ses voiles,
Se mêle à la ferveur de notre être exalté.
Ceux qui vivent d'amour vivent d'éternité.

Il n'importe que leur raison adhère ou raille
Et leur tende, debout, sur ses hautes murailles,
Au long des quais et des havres ses flambeaux clairs ;
Eux, sont les voyageurs d'au delà de la mer.

Ils regardent le jour luire de plage en plage,
Très loin, plus loin que l'océan et ses flots noirs ;
La fixe certitude et le tremblant espoir
Pour leurs regards ardents ont le même visage.

Heureux et clairs, ils croient, avec avidité ;
Leur âme est la profonde et soudaine clarté
Dont ils brûlent le front des plus hautains problèmes ;
Et pour savoir le monde, ils ne scrutent qu'eux-mêmes.

Ils vont, par des chemins lointains, choisis par eux,
Vivant des vérités que renferment leurs yeux
Simples et nus, profonds et doux comme l'aurore ;
Et pour eux seuls, les paradis chantent encore.

 

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EMILE VERHAEREN

 

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fabien greban2

Photographie Fabien Gréban

 

 

 

 

 

AGNES SCHNELL

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Faut-il qu’il soit riche le limon
d’où en naissances multiples
s’échappent nos rêves.

Faut-il qu’elle soit fragile l’absence
quand tout se réduit
à un bout de terre qui s’éloigne.

Plus fragile sans doute
- mais vigilant
dans le confus des rumeurs -
le geste
pour atteindre le silence.

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AGNES SCHNELL

 

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wyethandrew

Photographie Andrew Wyeth

 

 

 

PAUL CELAN

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Compte les amandes,
compte ce qui était amer et t’a tenu en éveil,
compte-moi au nombre de tout cela :

je cherchais ton œil quand tu l’as ouvert et que personne
ne te regardait,
j’ai tourné ce fil secret
sur lequel la rosée que tu pensais
a glissé en bas jusqu’aux cruches
que protège une formule qui n’a trouvé le cœur de personne.

C’est là-bas seulement que tu es entré tout entier dans le
nom qui est le tien,
que tu as marché d’un pied sûr vers toi-même,
que les marteaux se sont balancés librement dans le beffroi de ton silence,
que le tout juste Entendu est soudain venu jusqu’à toi,
que le déjà-mort t’a aussi entouré de son bras,
et vous êtes allés trois en un dans le soir.

Rends-moi amer.
Compte-moi au nombre des amandes.

 

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PAUL CELAN

 

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Abe Toshiyuki,

Oeuvre Abe Toshiyuki

 

 

 

BANSKY...POUR LES VICTIMES

L'OCEAN A MAL A LA TERRE

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Je suis   hélas    de ces étendues dont les lames rendent
au ressac les corps à la dérive d'une vie de galères

Je suis de ce monde dont on ne revient qu'à moitié
Et que berce le flot viride de la mémoire tumultueuse

Je suis de ce monde pour tout le mal de terre
qu'une larme cerne      qui endeuille l'infinité

Je suis de ce monde      d'un pacte à réméré valant
pénitence      Voie pérennelle de rachat


J'aurais été de ce monde de vérité       de rigueur
dont les clartés ceignent l'espérance   Mais qui du couchant

Du Levant embrase les champs de la liberté
trahie  clouée aux portes du ciel blanches et bleues

Étais-je des mondes safres du silence qui n'absentent
et ne distancent que l'épure ivre aux nobles sillages

laissant aux ailes immaculées des vents le souffle
la palpitation d'un coeur perpétuellement fasciné


Qu'eussé-je été d'autre en ce monde  que solitude
l'envers d'un décor où l'amour vague      en misant

Comme il rend toujours de retour aux illusions
le juste reflet des choses     des métamorphoses

J'ai été désespérément et     par trop prolixe
emporté par la folie       de fabuleuses paréidolies

Au-delà de tous les maux confinés  de l'amer
j'ouissais comme l'écho lointain d'un message


J'étais de ce monde paradoxal    Éminemment lyrique
Océanique allaient la harpe      la fougue de la passion

Par le chemin de croix quêtant l' improbable destinée
N'aurais-je pas suivi en musant la bonne étoile

Je fus dès lors d'un monde aux mille caps   Des Pléiades
d'Orion aux horizons bleus que la nuit réunit un jour

Fussent-ils de ce monde où l'Un et le Multiple
indéfiniment se révèlent enfin après la traversée


Je sais que nous convolions en cette clairière unitive
en-joignant nos mots lucides à la terre des hommes

Je demeure comme je suis de ce monde obscur
orchestrant à jamais son vaste choeur d'étoiles

J'eus été de cette ode à l'Océan-Mer où se jouent
de grands desseins et tous les humbles paris

Qui m'eussent accordés quelques rais
de soleil et de sagesse si proche de l'Unique

 

Ainsi de renaître en ce monde     Accord
et à cri    à douleur de tant de fortunes  Ô mer

car j'écris de Ton monde révéré    par Ta foi
dont on dit qu'elle prélude au Ciel des bontés

Et si je n'avais été que d' un monde platonique
hôte volage des vagues en transes où danse

et divague l'onde sublimée d'une rencontre
qui m'eût alors et à jamais révélé Ton mystère

 

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CRISTIAN GEORGES CAMPAGNAC

 

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CRIS