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LE BAL CHEZ TEMPOREL

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Si tu reviens jamais danser chez Temporel
Un jour ou l'autre
Pense à ceux qui tous ont laissé leurs noms gravés
Auprès du nôtre

D'une rencontre au bord de l'eau

Ne restent que quatre initiales
Et deux coeurs taillés au couteau
Dans le bois des tables bancales

Si tu reviens jamais danser chez Temporel

Un jour ou l'autre
Pense à ceux qui tous ont laissé leurs noms gravés
Auprès du nôtre

Sur le vieux comptoir tu pourras

Si le coeur t'en dit boire un verre
En l'honneur de nos vingt carats
Qui depuis se sont fait la paire

Si tu reviens jamais danser chez Temporel

Un jour ou l'autre
Pense aux doigts qui tous ont laissé quelques " je t'aime "
Auprès du nôtre

Dans ce petit bal mal famé

C'en est assez pour que renaisse
Ce qu'alors nous avons aimé
Et pour que tu le reconnaisses

Si tu reviens jamais danser chez Temporel

Un jour ou l'autre
Pense aux bonheurs qui sont passés là simplement
Comme le nôtre

 

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ANDRE HARDELLET

 

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renoir

Oeuvre Pierre Auguste Renoir

 

 

FREDERIC CHOPIN - SPRING WALTZ

UN MURMURE DE LUMIERE

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Il a plu ce matin
et l’eau venue du ciel
adoucit de rosée
les ronces de la nuit.
Chaque rire d’oiseau
est une vague de plume
sur l’océan des feuilles.

Dans la maison du temps
l’espace est une porte
que l’on ouvre sans main.
Malgré tous les faux pas
j’ajoute l’espérance
à la grandeur des mots.

J’ai mis sur l’absence
une passerelle de phrases
mais l’attraction du fleuve
emporte vers la mer
jusqu’à l’encre des pas.

Tu as laissé en moi
un murmure de lumière
que même la distance
ne pourra pas éteindre.

Derrière chaque mot
chaque geste
les battements de ton cœur
changent le cours du mien

 

.

 

JEAN-MARC LA FRENIERE

http://lafreniere.over-blog.net/2016/07/

 

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charles-camoin

Oeuvre Charles Camoin

 

 

SEYRAN...Fragment

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 Par une lamentation nous commençons à vivre

Avant de parler nous savons blasphémer

Si la moitié de notre vocabulaire est de louange

Le reste est malédiction

Quelle cruche se remplit

Quelle source coule plus vite que nous

La corde la plus tendue, c’est nous

Mais

Combien de Job s’ébahissent de notre patience

Nos tribus tiennent la montagne

Nous sommes un peuple debout

Dans les cités les bidonvilles sont notre image

Nous avons mille civilisations sédentaires

Notre tambour qui bat le départ

N’est pas usé.

 

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GÜLTEN  AKIN
(Traduit du turc par Michel Aquien, Guzine Dino et Pierre Chuvin.)

 

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charles landelle,,

Oeuvre Charles Landelle

 

 



FEUILLETS ...Extraits

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L’exubérance, fleurs, feuillages, du milieu de juin n’est rien comparée à la puissante maturité qui saisit cette terre plus belle qu’aucun ciel. A la fin de juillet le ciel auparavant comme une lisse toile bleue se creuse soudain, gouffre sans un frisson où baignent les feuillages verts et noirs d’une dureté inexorable ; et lorsque août arrive, on voit vers le soir la lumière comme un fleuve fuir à l’horizon vers une mer inconnue et rendre à la voûte abandonnée sa transparence peu à peu chargée d’étoiles.

 

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GUSTAVE ROUD


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John White,

Oeuvre John White

BASALTE ROUGE

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De si loin
revenu par magie
amant veilleur
pris dans les bras
mains maladroites

rendre la chair vive
être brasier et fagot
de purs blasphèmes
hallucinés

soufre,
herbe brûlée
langue obscure
de quelque étranger

brûle lucide les plaintes
blasphèmes
vie coupée
versets redoutés

prière d’insérer
enfer
noces de terreur
bandit éclopé

que guettes tu
au bout de l’exil ?

j’emprunte les yeux des femmes aimées pour éclairer mon chemin
la nuit bouillonne
viens aiguiser les mots sur la pierre
mots tranchants de l’agonie

qui crie : aimez-moi ?
sais tu aimer ?
il te vient une averse de pleurs
dieu… que la fin des braises consume
le désir de vivre

donne les mots inouïs
torturés de clarté
ravage, tapage
quelle flamme as-tu jeté
sur l’essentiel ?

Lettres d’ici, voyant
Energie nouvelle,
Ivresse folle
Lave en fusion injectée dans la langue

La vie fuit
Mon amour
La vie fuit

Nomade fougueuse
Déracinée, errante, barbare ?
Tu habites mon corps
Et offre rédemption à ma pudeur paysanne

Entière innocence
Désespoir caché

A l’heure retournée de la vie
La vie fuit
Mon amour
La vie fuit

Ce bord de gouffre
De l’extase où le cœur transgresse
comme une cavalcade furieuse
pouliche des plaines immenses
tes accents rauques et rudes.

sorcier,
tes rêves primitifs hors de l’histoire
Écartelé entre les murs étroits
cheval halluciné
sorti du ventre de la terre
et des prairies sauvages

la vie fuit

l'un pour l'autre restant
Nous deux
seuls,
La vie fuit
Mon amour
La vie fuit

Vois la lumière
Entrevois le soleil
Etrange, ardent, obscur
un morceau de basalte rouge
tournoie éternel
dans la gorge du temps

 

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NICIOLE BARRIERE

 

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Edyta Pekala,

Photographie Edyta Pekala

JOURNAL D'ENFER ET POEMES INEDITS...Extrait

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Ne trouvons plus de mots assez aigus
pour exprimer l'ampleur du désastre
vivons disloqués
dans les convulsions de l'angoisse
parmi les remous d'un désespoir si absolu
que rien n'en altère la cruauté
Sommes réduits à mendier les caresses de la mort
à accepter l'horreur pour s'en faire une défroque
dérivons vers les ravines de boue
jaillirons enchaînés du centre putréfié de l'humiliation

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FRANCIS GIAUQUE

 

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nath magrez 2,

Photographie Nathalie Magrez

HUMBLE FRESQUE DES CONSOLATIONS DU MONDE

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Des Christ
Des suaires
Des prophètes
Des arbres rouges d'oiseaux
Flottent dans l'attente,

Don Quichotte
Les apôtres
Des cantiques
Des baies rouges
Des branches de buis

Le rituel dérisoire et toujours répété de la croyance
en la tendresse humaine
L’enfant, l’oiseau, les loupsPar-dessus les pleurs, il reste l’amour
Du plus ordinaire des jours
En plus simple apparence, l’ange
Se pose sur les mains jointes

Comme on voit près de l’arbre décimé
Un corbeau solitaire dépecer la misère humaine
Comme on lit les prières arrachées aux livres sacrés
La peau du temps se désagrège
Les dernières colombes passent dans le ciel
Les fleuves débordent d’orage

Comment reconnaîtrons-nous les empreintes des fraternités ?
A quelle flamme tamisée, à quel courage de résister
De ne pas s’avilir en paroles de honte ?

Il nous faut tenir la poésie comme un jardin
Obstinément croire à la patience des fleurs
Et aux chants amoureux des oiseaux
Consoler de gestes silencieux et d’un tendre sourire.

Rageusement viendra la joie ouvrir les cœurs

 

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NICOLE BARRIERE

27/07/2016

 

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Jamil Naqsh15,

Oeuvre Jamil Naqsh

LES MAINS NEGATIVES

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 Devant l'océan
 sous la falaise
sur la paroi de granit

ces mains
ouvertes

Bleues
Et noires

Du bleu de l’eau
Du noir de la nuit

L’homme est venu seul dans la grotte
face à l’océan
Toutes les mains ont la même taille
il était seul

L’homme seul dans la grotte a regardé
dans le bruit
dans le bruit de la mer
l’immensité des choses

Et il a crié

Toi qui es nommée toi qui es douée d’identité je t’aime

Ces mains
du bleu de l’eau
du noir du ciel

Plates

Posées écartelées sur le granit gris

Pour que quelqu’un les ait vues.

Je suis celui qui appelle
Je suis celui qui appelait qui criait il y a trente mille ans

Je t’aime

Je crie que je veux t’aimer, je t’aime

J’aimerai quiconque entendra que je crie

Sur la terre vide resteront ces mains  sur la paroi de granit face au fracas de l’océan

Insoutenable

Personne n’entendra plus

Ne verra

Trente mille ans
Ces mains-là, noires

La réfraction de la lumière sur la mer fait frémir
la paroi de la pierre

Je suis quelqu’un je suis celui qui appelait
qui criait dans cette lumière blanche

Le désir
le mot n’est pas encore inventé

Il a regardé l’immensité des choses dans le fracas des vagues, l’immensité de sa force

et puis il a crié

Au-dessus de lui les forêts d’Europe,
sans fin

Il se tient au centre de la pierre
des couloirs
des voies de pierre
de toutes parts

Toi qui es nommée toi qui es douée d’identité
je t’aime d’un amour indéfini

Il fallait descendre la falaise
vaincre la peur

Le vent souffle du continent il repousse
l’océan
Les vagues luttent contre le vent
Elles avancent
ralenties par sa force
et patiemment parviennent à la paroi

Tout s’écrase

Je t’aime plus loin que toi
J’aimerai quiconque entendra que je crie que je t’aime

Trente mille ans
J’appelle
J’appelle celui qui me répondra

Je veux t’aimer je t’aime

Depuis trente mille ans je crie devant la mer le spectre blanc

Je suis celui qui criait qu’il t’aimait, toi.



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MARGUERITE DURAS

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mains,

Mains négatives

TEMPS DE L'ARBRE

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Ce n’était pas l’arbre.

Mais la brise, oui, et l’oiseau

et la prière de l’oiseau;

et la doctrine du fruit,

le rituel des papillons

jaunes.

Ce n’était pas l’arbre.

Mais le campanile, oui, des corolles

et la terre pour la descente des fleurs

et la racine des pluies

et la broderie des ombres

et le  bras vert dans la bruine.

Ce n’était pas l’arbre.

Mais le nuage, oui, et le vent

et la voix, le corps et l’âme du vent

et les membres pour la soif de l’eau

et les entrailles pour le désir de soleil

et le chemin aux ailes transparentes.

Ce n’était pas l’arbre.

Mais la lune, oui, et les arêtes

multiformes de sa lumière métallique

et la vie dans le pulpe du fruit

et l’instant des mains

et l’apaisement de certaine nostalgie.

Ce n’était pas l’arbre.

Mais la tempête, oui, et le temps

et l’aube et le crépuscule

et le créateur du paysage

et le visible des choses terrestres

qui furent avant afin qu’il soit lui.

Ce n’était pas l’arbre.

Mais l’exaltation , oui, de ce qui est petit

et le prodige de l’herbe à ses pieds

et les portes de l’aurore damassée

et la fin de l’obscurité ;

et peut-être l’intimité de l’étoile rose.

Ce n’était pas l’arbre.

Mais le fait, oui, entre tant de faits

et l’attirance des souvenirs

et l’automne, l’hiver, l’été,

le calice de la sérénité

et les interstices inquiets du ciel.

Ce n’était pas l’arbre.

Mais la légende, oui, faite pour évoquer

la mémoire d’autres arbres

et de ce qui n’est pas en eux

pas en nous non plus

et doit remonter dans un temps immémorial.

 

La légende de l’arbre.

Ce n’est pas l’arbre.

Voilà tout.

C’est le temps immémorial.

 

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MARIA LUISA ARTECONA DE THOMPSON

TraductionFrançoise Campo – Timal

 

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william russell flint

Oeuvre William Russell Flint

 

TIEMPO DEL ARBOL

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No era el árbol.

Pero la brisa, sí, y el ave

y la plegaria del ave;

y la doctrina del fruto

y el ritual de las mariposas

amarillas.

No era el árbol.

Pero el campanario, sí, de las corolas

y la tierra para el descenso de las flores

y la raíz de las lluvias

y el motivo de las sombras

y el brazo verde en la llovizna.

No era el árbol.

Pero la nube, sí, y el viento

y la voz, el cuerpo y el alma del viento

y los miembros para el ansia del agua

y las entrañas para el deseo del sol

y el camino de alas transparentes.

No era el árbol.

Pero la luna, sí, y las aristas

multiformes de su luz metálica

y la vida en la carne de la fruta

y el instante de las manos

y el sosiego de alguna nostalgia.

No era el árbol.

Pero la tempestad, sí, y el tiempo

y el alba y el crepúsculo

y el hacedor del paisaje

y lo visible de las cosas terrestres

que antes fueron para ser él.

No era el árbol.

Pero la exaltación, sí, de lo pequeño

y el prodigio de la hierba a sus pies

y las puertas de la aurora adamascada

y el fin de la oscuridad;

y tal vez la intimidad de la estrella rosada.

No era el árbol.

Pero el hecho, sí, entre tantos hechos

y la atracción de los recuerdos

y el otoño, el invierno y el estío

y el cáliz de la serenidad

y los inquietos intersticios del cielo.

No era el árbol.

Pero la leyenda, sí, para evocar

la memoria de otros árboles

y de lo que no está en ellos

y tampoco en nosotros

y ha de caer en tiempo inmemorial.

 

La leyenda del árbol.

No es el árbol.

Nada más.

Es el tiempo inmemorial.

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MARIA LUISA ARTECONA DE THOMSON

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Anna Horvath

Oeuvre Anna Horvath

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A CHAQUE AMOUR QUE NOUS FERONS

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Je me noierai dans tes étreintes
Dans tes vallées, tes sillons
Tes merveilleux labyrinthes
Et tes mystérieuses plaintes
À chaque amour que nous ferons

Le rouge de ta bouche peinte
Enflammera l’horizon
Jusqu’aux étoiles presqu’éteintes
On y trouvera nos empreintes
Et de là, nous nous perdrons

Le monde peut dormir tranquille
Il ne fait qu’un rêve à la fois
Des rêves à la fois, j’en fais mille
Ils ont tes manières et ta voix

Avant de recouvrir la Terre
Chaque nouveau matin viendra
Naître en dessous de tes paupières
Et n’avancer qu’à ton pas

Tu feras fondre mes silences
Envoler tous mes ballons
Et s’écrouler en cadence
Dans les vertiges qui avancent
Tous mes soldats de plomb

A chaque instant, tout recommence
Chaque souffle, un tourbillon
Chaque geste, une impatience
La mort est la renaissance
À chaque amour que nous ferons

Le monde peut dormir tranquille
Il ne fait qu’un rêve à la fois
Des rêves à la fois, j’en fais mille
Ils ont tes manières et ta voix

Avant de recouvrir la Terre
Chaque nouveau matin viendra
Naître en dessous de tes paupières
Et n’avancer qu’à ton pas

Les enfants auront ton sourire
Ceux qui viendront, ceux qui sont là
Pour nous empêcher de grandir

Il ne restera qu’à choisir
Le fou qui annoncera pour moi
Le seul secret que je peux dire
Le jour qui se lève vient de toi

Je me noierai dans tes étreintes
Dans tes vallées, tes sillons
Tes merveilleux labyrinthes
Et tes mélodieuses plaintes
À chaque amour que nous ferons

Le monde peut dormir tranquille


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FRANCIS CABREL
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LA CASTRATION MENTALE...Extrait

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  "Les régimes politiques rêvent d'assurer leur légitimité en assurant le bonheur, mais qu'ils soient de droite ou de gauche, totalitaires ou libéraux, tous ces régimes suscitent des sociétés mystifiées, et par conséquent soumises. La mystification devrait permettre, en théorie, d'obtenir la soumission, non pas au pouvoir mais à l'idée, cependant la bonne idéologie ne va jamais sans bonne police. Alors le pouvoir tâche de rattraper la contrainte par le bien-être. Cette situation et le décalage qui la fonde, a tout pour être tragique, elle n'est que caricaturale. Et d'autant plus que, sous tous les régimes, le bien-être est finalement l'issue vers laquelle se précipitent les mécontents, les opposants, les frustrés, les aliénés. On assiste alors à une démission générale dans l'abattement de laquelle chacun ne consomme que sa propre vie.
    La consommation, bien que dévalorisée, reste la seule excuse, le seul alibi, d'un pouvoir dont l'apparence est désormais tout économique. La rivalité des
    systèmes politiques se mesure au succès de leur économie, le reste est fioritures. Tout est donc marchandise, y compris la vie des individus dans un troc généralisé qui mêle les produits, les mentalités, les corps. On ne s'est pas aperçu que la société industrielle, d'abord considérée comme inhumaine, a si bien envahi tous les domaines qu'il n'y a plus de différence entre la société et l'industrie : nous ne sommes plus des humains mais des industriels. De là cette bureaucratie envahissante, ces plaisirs à la chaîne, ces villes qui sont autant de camps de la mort - une mort douce, bien sûr, dont chacun est l'inconscient complice robotisé.
    Il est curieux qu'au moment où le monde n'a jamais produit tant de richesses survienne un tel abattement. C'est que notre matérialisme est une abstraction (autrement dit un idéalisme déguisé) : au lieu de ramener enfin l'esprit à sa place, dans notre chair, et de tirer de cette incarnation une liberté basée sur une responsabilité nouvelle, il n'entraîne qu'une dissolution des valeurs anciennes et la résignation à la perte du sens."

    "L'utopie vaut mieux que la science des morts-vivants, car elle maintient battante l'ouverture."

    "...nous sommes des poissons sur le sable - sauf que nous le sommes sans douleur par ignorance de la mer, ou de l'espace infini."

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BERNARD NOËL

 

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Allégorie de l'âme

Oeuvre Salvador Dali

 

 

ASTOR PIAZZOLA - MELODIA EN LA MENOR

LIBER

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Le mot liber, en latin, désignait la partie vivante de l'écorce. Il a passé sous cette forme, et avec le même sens, en français. Comme cette partie de l'arbre servait àécrire, liber en est venu à s'appliquer au livre. Mais il avait d'autres significations, dans la vieille langue mère : il signifiait socialement libre, affranchi de charges et de servitudes. On l'employait parfois au singulier, pour désigner l'enfant. Enfin, c'était le nom d'une vieille divinité que l'on a confondue, plus tard, avec Bacchus. Horace, dans ses Odes, s'en sert pour parler du vin.

L'étymologie est une science du passé, de la lettre morte, des paroles gelées. Elle ne saurait déchiffrer la signification de l'heure toujours neuve qu'il est. Il se trouve, pourtant, que les divers sens qui s'attachèrent, jadis, au mot liber flottent encore autour de livre. L'occasion était trop belle pour la laisser passer.

Puisque le livre a rapport à l'arbre, qu'il désigne sa partie vivante, cette couche de l'écorce par laquelle s'effectue la circulation de la sève, le passage de la vie, je parlerai d'abord de ce qui me semble constituer le trait majeur de l'époque actuelle : à savoir la disparition de la société agraire traditionnelle, du monde bocager, lacustre, immobile, vieux de deux mille ans, que les vingt dernières années ont balayé. Tout finit à la ville, prophétisait un économiste du siècle passé, qui était aussi philosophe. Nous avons vu s'accomplir la prophétie.

La vie s'est concentrée dans l'espace réduit, rationnel, fonctionnel des zones urbaines. Ce qu'elle a gagné en efficience économique, elle l'a payé d'un immense désenchantement. L'heureux hasard qui rassemble à l'origine du livre l'ivresse et la délivrance, la sève et l'enfance, ce même hasard veut que François Bon se trouve à cette tribune. Il est celui qui a décrit avec la plus grande vigueur, pour l'avoir subi en personne, le brutal processus d'urbanisation qui a marqué les dernières décennies. C'est ici-même, en Seine Saint-Denis, qu'il a écrit un des livres noirs à couverture blanche qui portent son nom : Décor ciment. Il a représenté, avec la puissance suggestive qui n'appartient qu'à l'oeuvre d'art, les nouvelles structures du monde matériel et l'oppression mentale qu'elles exercent sur ses occupants. Lorsque les barres, les tours, les blocs, les dalles, les parkings, les centres commerciaux en tôle gaufrée, les voies rapides ceinturées de glissières couvrent la surface du sol, ils ensevelissent le territoire où l'imagination enfonçait, depuis le fond des âges, ses racines et puisait son aliment.

Je ne prétends pas que le vieux monde, l'étendue ouverte, sylvestre, virgilienne dans laquelle les gens de mon âge ont fait les expériences cardinales, celles de l'enfance, de l'adolescence, de la première fois, fut meilleur que celui-ci. Il était, lui aussi, dominé par la nécessité. Il avait pour fondement le travail de l'homme, celui, constant, épuisant, que l'on tire de la machine corporelle, de soi. Il a eu sa part de misère et ses maux. Il a connu la parcimonie, la rareté, l'immobilité, l'ignorance. Le même philosophe économiste qui annonçait le triomphe de la ville a eu un mot pour le stigmatiser -"l'idiotie rurale" .

Seulement voilà. Si rude que fût la nécessité, c'est-à-dire la contrainte économique - et elle l'était au suprême degréà ce stade désormais révolu de notre histoire - , elle restait immergée dans ce qu'on pourrait appeler la totalité de l'existence. Et j'entends par là tout ce par quoi nous sommes autre chose que des agents économiques mus par le calcul explicite du gain pécunier. Ou, pour dire les choses autrement, la sphère de l'activitééconomique, le monde de la production et de la circulation ne s'était pas détaché de la création. On ne lisait guère. On n'en avait pas le temps ou la force après qu'on avait passé tout le jour à travailler. On n'avait pas l'argent qu'il fallait. Parfois, même, on n'en avait pas la capacité. On était illettré. J'ai connu des gens d'un certain âge, lorsque j'étais enfant, des femmes, surtout, qui ne savaient pas lire. On leur avait mis un travail manuel entre les mains à l'instant, à peu près, où elles en avaient eu l'usage. On n'avait pas de quoi, pas le choix. C'était ainsi. Mais ces femmes étaient admirables, des êtres accomplis, parce qu'elles avaient puisé dans "le grand livre du monde", comme dit Descartes, les enseignements, les clartés, la finesse, la sagesse qu'elles n'avaient pu se procurer à l'école, dans des volumes de papier imprimé.

Longtemps, le soin de vivre fut si pressant, dévorant, qu'il excluait l'usage des livres. Mais alors les choses tenaient à l'esprit et au coeur ce langage dont Bachelard a montré, dans de magnifiques études, les échos qu'il éveillait en nous. Le temps me manque pour citer, comme j'aurais aimé le faire, certaines pages qu'il a écrites sur les leçons plénifiantes que l'âme tirait de l'air, de l'eau, de la terre et du feu. Celles et ceux qui vécurent à l'écart, qui disputèrent leur existence au vieux sol, dans le vent, sous les pluies et la canicule, ceux-là furent hommes et femmes autant qu'il est en nous, c'est-à-dire au monde, aux quatre éléments qui en forment la substance. Et c'est cela que nous avons perdu sur le chemin qui mène à la ville.

Je n'imagine pas sans effroi l'âme que fait aux enfants d'aujourd'hui l'aride décor de ciment où ils sont enfermés. Jamais les ressorts de l'expérience élémentaire, heureuse, poétique, les oiseaux et les sources de l'illumination rimbaldinenne n'ont été si complètement absentés qu'en cette heure des heures juvéniles où l'on fait provision d'émois et de merveilles pour sa vie à venir.

Avec les"tendres bois de noisetiers", c'est l'expérience du règne végétal, la gamme la plus délicate des sensations qui manque, désormais, à la perception du monde -l'écorce fine, le premier liber-.

La jeunesse n'est plus cette "ivresse sans vin" dont le souvenir étourdissait encore le vieux Goethe. Le liber d'Horace s'est évaporé sans laisser de traces.

L'élément brut, irréductible, gratuit qui se trouvait autrefois mêlé au travail et à la vie en a été chassé par l'emprise totale du profit économique sur toutes les formes de l'existence. La douceur d'un paysage, la lumière, l'odeur de la terre, la voix du bois, le silence, rien que le silence pouvaient faire contrepoids au pire labeur, maintenir, autour de ce qu'on qualifie de réel, un large halo de songes et de contes, une effusion, un horizon de possibles, bref, une liberté que les murs de la ville ont étouffée.

Des acceptions primitives du mot liber, un seule a survécu : le livre. Mais elle combine toutes les autres. C'est à la chose de papier de dispenser l'ivresse , la sève, la liberté que la réalité contemporaine a exilées. Il y a un goût amer au temps que nous vivons. Mais il contient, comme chacun des moments dont notre histoire est faite, une requête intemporelle. Il exige que nous tâchions à réaliser, quoiqu'il advienne, la forme entière de notre condition. Quand les choses qui exaltèrent Rimbaud, l'oiseleur, l'enfant-fée, ont déserté le paysage, c'est au livre qu'il appartient de prodiguer aux enfants leur dû imprescriptible d'images, d'errances, de rêves et de beauté.

Qu'il s'y emploie, deux faits l'attestent.

Le premier, c'est l'extraordinaire floraison du livre de jeunesse, l'attention que les éditeurs ont accordée depuis quelques années à ce secteur de leur activité. Les fastes élémentaires, les merveilles, s'ils ont quitté le paysage, avec les choses auxquelles ils s'attachaient , n'ont pas pour autant abandonné le champ de l'expérience, disparu de l'existence. Ils se sont réfugiés entre les plats de couverture des ouvrages imprimés. Ils veillent toujours dans cette partie de la réalité qu'on appelle un livre, dans ce miroir qui s'ouvre et réfléchit le monde tout entier.

Mais pas plus que la forêt de jadis, les bêtes, la mare, le chemin, le gnome ne livraient spontanément leur histoire et leur secret, le livre ne s'entrebâille de lui-même aux yeux de ceux qu'il a vocation d'enivrer, d'instruire et de délivrer. Et c'est le deuxième fait : l'existence d'un lieu distinct, d'un salon du livre de jeunesse, comme une persistante et mystérieuse lisière au coeur de la cité.

Rien ne se perd ni ne meurt. Nous portons le passé dans notre profondeur présente. Les cinq sens de liber rayonnent encore autour du mot livre.

 

 

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PIERRE BERGOUNIOUX

 

 

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Michael Shainblum Photography,

Michael Shainblum Photography

DEMAIN JE CROIS

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Malgré le peu d'argent qu'on a
Malgré notre gueule en tirelire
Et le goût des chemins de croix
De la mitraille et du délire

Malgré ces gens qui march’ au pas
Qui se réchauffent d'être ensemble
Malgré trois cents gueules de bois
Et des milliers de mains qui tremblent

Demain je crois

Malgré les chemins de l'amour
Et cette peur que j'ai des femmes
Qui m'ont laissé le souffle court
Au petit jour au bord du drame

Malgré mes cheveux qui s'en vont
Et ma voix de plus en plus fausse
Dans les ornières de mes chansons
Malgré mes dents qui se déchaussent

Demain je crois

Malgré la peur du lendemain
Qui me prend le soir à la gorge
Et qui serre fort à deux mains
Malgré l'enfer que je me forge

Demain je crois

Malgré mes enfants de l'amour
Que j'ai vu mourir avant terme
Malgré des milliers de discours
Et ma gueule enfin que je ferme

Malgré les soleils de minuit
Qu'on imagine à la campagne
Et qui vont se coucher sans bruit

 

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BERNARD DIMEY

 

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BERNARD LIEGEOIS1

Photographie Bernard Liegeois

MAHAMUDRA...Extrait

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Né du moi confus
du corps troublé et de l’esprit dément
né des pages du savoir
jetées au vent
né du vol de la mouette rieuse
et des échos de son cri
né des images embrasées
dans le sombre océan de la nuit
né de tant de contradictions
glace brûlante et feu gelé
le blanc, le vide, le nu
voilà ce que j’ai toujours recherché


Ici, sur l’île aux oiseaux
où l’océan vient déferler
en cercles d’écume rageuse
autour des rocs fracturés
où l’esprit s’élève
sur les ailes du fou
ou bien s’abîme à contempler
le quartz blanc d’un caillou
j’ai retrouvé mon être vrai
qui est incandescence
la pensée à peine perceptible
perdue dans l’immanence.

 

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KENNETH WHITE

 

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white

 

 

COLEMAN HAWKINS - SMOKE GATS IN YOUR EYES -

JOEL GRENIER...Extrait

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Du jardin des secrets, les portes s'ouvrent sans faire de bruit, comme un aveu qui perce les murs du silence.
Sans doute était-il temps de partager la lumière, la confidence des ombres pour ouvrir les allées aux fleurs.
C'est un murmure du ciel qui lézarde au soleil, une envie de lierre qui rampe jusqu'aux demains où les feuilles vierges se lisent pour le plaisir de se vriller aux cœurs.
Entrez, les herbes folles ! Il n'y a plus d'hellébore pour vous soigner ! Il n'est plus que la rose de noël pour entendre l'appel des petites boules noires de désirs.

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JOËL GRENIER

 

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joel grenier,

 

 

 

LE TRES BAS...Extrait

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«Écoutons les bruits du monde à la fenêtre. Le bruit de l’or, le bruit de l’épée, le bruit des prières. Ceux qui comptent leurs sous derrière un rideau lourd. Ceux qui cuvent leur vin au fond de leur château. Ceux qui marmonnent sous la dentelle des anges. Le marchand, le guerrier et le prêtre. Ces trois-là se partagent le treizième siècle. Et puis il y a une autre classe. Elle est dans l’ombre, trop retirée en elle-même pour qu’aucune lumière puisse jamais l’y chercher. Elle est comme la matière première des trois autres. Les marchands y puisent la main d’œuvre dont ils ont besoin. Les guerriers y trouvent de quoi renouveler leurs armées. Les prêtres y flairent les âmes dont ils ont goût. Ces trois-là espèrent quelque chose en récompense de leur travail : la fortune, la gloire ou le salut. Cette classe n’espère rien, pas même le passage du temps, l’endormissement de la douleur. Cette classe est celle des pauvres. Elle est du treizième siècle et elle est du vingtième, elle est de tous les siècles. »

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CHRISTIAN BOBIN

 

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guy denning1,